‹ Mémoire sur la colonisation des terres incultes du Bas-Canada [microforme]Chapitre 2 sur 6 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

POUR ÊTRE PRÉSENTÉ A NOSSEIGNEURS LES ÉVÊQUES DE LA PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE DU CANADA, RÉUNIS A QUÉBEC, À L'OCCASION DE LA CONSÉCRATION DE SA GRANDEUR MGR. J. L. LANGEVIN, ÉVÊQUE DE RIMOUSKI.

Ayant été chargé par le Département de la Colonisation du Bas-Canada de surveiller les travaux d’un nouveau chemin entre les villages de Victoriaville et de Princeville, dans les “ Cantons de l'Est”, j'ai dû, pour me conformer aux instructions du département, répondre à une série de questions qui m'ont été posées sur le sujet impcrtant de la colonisation. Après avoir f répondu catégoriquement à ces questions, j’ai cru devoir faire au gouvernement des observations assez détaillées que j'ai formulées comme suit :

“ Je me permettrai d'ajouter à ce rapport quelques lignes qui ne seront pas sans intérêt pour les amis de la colonisation. Près de 25 années de travaux et d’'expérience dans cette belle œuvre de la colonisation me semblent un titre suffisant pour justifier ma démarche.

“ On est étonné de voir les progrès de la colonisation dans le Bas-Canada, et certes on a bien raison ; c’est un fait qui tient presque du prodige. Si l'on considère d’un côté, les obstacles qu'il a fallu surmonter, et de l’autre côté, les ressources dont on a pu disposer pour parvenir aux résultats obtenus, on est forcé de reconnaître que la colonisation n'a pas été l’œuvre des hommes, mais qu’elle à été l'œuvre de Dieu.

“1° Le premier obstacle à surmonter a été la difficulté de se procurer des terres.

“ Au commencement du siècle, le gouvernement avait donné à ses favoris une étendue de terre considérable près des seigneuries, avec des conditions d'établissement pour sauver les apparences. I] va sans dire que ces conditions n'ont jamais été reruplies, et que messieurs les favoris ne s’en sont pas trouvés plus mal. Les nouveaux propriétaires se sont tenus cachés pour s’exempter de contribuer aux charges et aux travaux publics, et pour laisser augmenter la valeur de leurs terres par les défrichements et les améliorations que faisaient les pauvres colons sur les quelques lots disséminés çà et là, qu'ils avaient pu acquérir du gouvernement,

# Quand, par le travail du colon, leurs terres avaient acquis une grande valeur, alors ils consentaient à les vendre à des conditions telles, que l'achat en était impos-

sible la plupart du temps. Malheur au colon qui s'établissait sans titre sur les terres de ces messieurs ; il était certain d'être, tôt ou tard, évincé sans aucune rénumération.

“ Les choses en sont demeurées là jusqu'en 1855, époque à laquelle la nouvelle loi municipale a été mise en force. Maintenant chacun est obligé de contribuer pour sa part aux travaux publics ; on sait à qui appartiennent les terres, Les propriétaires comprennent qu'il est de leur intérêt de les céder à des conditions libérales, Si cet état de choses eût été inauguré il y a 50 ans, les Cantons de l'Est ne seraient plus une forêt, mais un vaste et beau pays, bien habité dans toutes ses parties.

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“ 2° Un second obstacle au progrès de la colonisation a été le manque ou le mauvais état des chemins, à

“ Il est impossible de se faire une idée des misères qu'ont endurées les premiers colons par l'absence de voies de communication. Dire qu'il leur a fallu, pendant des années, transporter sur leur dos, à travers les forêts, à travers des savanes profondes, leurs provisions de bouche, leurs denrées, et même leurs meubles, et cela à des distances de plusieurs lieues ; ce n’est qu'une parcelle de la vérité. Combien d’entre eux ont ruiné leur santé, et même perdu la vie, par suite des fatigues excessives endurées dans ces horribles voyages ; j'en ai vu de mes yeux, portant sur leur dos meurtri et couvert de blessures profondes, des fardeaux de 150 livres pesant, ensevelis dans des abîimes de boue, où ils seraient morts, sans

l'assistance de leurs compagnons de misère... shiraiels On est tout étonné, on se fâche même de ce que des Canadiens sans cœur abandonnent leur patrie pour aller végéter sur une terre étrangère... On devrait s'étonner bien d'avantage, selon moi, de ce que le nombre n’en est pas plus grand... On ne saurait jamais le

la colonisation.

“ 8° Un autre obstacle à la colonisation a été la privation de secours religieux.

“ Nos Canadiens, accoutumés dès l'enfance aux belles solennités religieuses des anciennes paroisses, accoutumés à entendre la voix du pasteur, les éclairant dans les sentiers de la vie, les encourageant dans les moments de tribulations, et, au besoin, les ramenant dans la voie dont ils s'étaient écartés dans un moment d'illusion ; se voyant tout à coup privés de ces avantages inappréciables, se désolent ; l'ennuie les accable ; le dimancheest pour eux un jour de réminiscences qui bouleversent leur âme ; ils ne peuvent se passer de ce pain quotidien que la religion leur distribuait en abondance au sein de leurs anciennes paroisses ; découragés et abattus, ils abandonnent la cabane de la forêt pour retourner à la chaumière paternelle. Après y avoir mené, pendant un temps, une vie désœuvrée et inutile, ils prennent le chemin des Etats-Unis.

“ On pourrait citer des établissements qui ont croupi pendant 25 ans dans un état de torpeur, parceque le prêtre n’y était pas; et qui, sous la protection d’un prêtre résidant, ont doublé et triplé sous tous les rapports, dans l’espace d’un petit nombre d'années,

“ Après le chemim, (ou mieux avec le chemin) /a chapelle.

“ LE CHEMIN ET LA CHAPELLE, C’EST LA COLONISATION: Ces deux mots fre être écrits, en grosses lettres partout où il y a des yeux pour les voir et

es Lire.

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“4° Un quatrième obstacle, et ce n'est pas un desmoins importants, s'est trouvé dans cette masse énorme de frais et dépenses que le colon doit supporter. Examinons le budget de la famille au sein de la forêt.

“ Le colon doit payer sa terre ; soit 10 chelins l'acre, terme moyen.

“ Il faut la défricher, c'est une dépense de #12 par acre pour la déboiser, autant pour la mettre labourable après quelques années ;

“ Il faut faire clôture, fossés, cours d’eau ;—chemin de front, part de route, ponts publics ;

“ [1 faut payer les cotisations municipales, cotisations scholaires, frais d'arpenteurs, procès-verbaux de chemins, etc. etc. ;

“ J1 faut se construire une maison, grange, étable, four, puits, laiterie, et se pourvoir d'animaux, de voitures et d'instruments d'agriculture ;

“ I] faut contribuer à la bâtisse d’une chapelle, d'un presbytère, d’une maison d'école ;

“ Il faut payer la dime et un supplément pendant plusieurs années ;

# I] faut nourrir, vêtir, chauffer la famille ;

“ Il faut pourvoir la chapelle des objets nécessaires au culte, ce qui est dispendieux dans les commencements, et aussi de bois de chauflage, etc. ;

“ Il faut tous les ans payer un petit compte au forgeron, au marchand, quelquefois au médecin et aux gens de loi, etc., etc. ;

“ Et tout cela à payer par le travail de chaque jour ! ! !

“ L’émigration est-elle un mystère pour celui qui examine consciencieusement ces faits ?

“ Quelles ont été les ressources du colon jusqu’à cz jour ?

“ La colonisation jusqu’à ce jour a été à peu près abandonnée à elle-même.

“ Un courage Mo chez le con.

“ Un esprit de dévouement et de sacrifice sans bornes, chez un certain nombre d'hommes entièrement dévoués à J: cause.

“ Beaucoup d'encouragement ex paroles et en écrits.

“ Quelques secours du gouvernement, de la société de la Propagation de la Foi, et des sociétés de colonisation.

“ Des dons généreux de la part de quelques amis de l’œuvre.

“ Enfin beaucoup de bienveillance chez tout le monde, à quelques exceptions près, (pour mettre du relief dans le tableau.)

“ Voilà les ressources de la colonisation ; c’est bien ge chose, sans aucun doute, puisqu'avec ces moyens la colonisation a progressé. ais c’est un fait qu'on veut faire plus, et qu'on peut faire plus.

“ Que nous manque-t-il ?

“ UNE ORGANISATION.—A l'heure qu'il est, la colonisation est un corps sans téte. Chacun fait de petits prodiges dans sa petite sphère, tandis qu'on pourrait faire de grands prodiges dans une grande sphère. Nous avons tous lès éléments de la colonisation, même la volonté de coloniser ; il ne s'agit plus que de les exploiter. À L'ŒUVRE DONC !!

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