PARTIE CHIMIQUE
Les limaçons n’ont point encore été l’objet de recherches chimiques approfondies. M. Boudet ( bulletin de pharmacie , tome 1 ) s’est borné à y indiquer l'existence du soufre. M. Mouchon (journal de pharmacie, tom. 19) s’est uniquement occupé des préparations pharmaceutiques dont ils sont la base, sans beaucoup se préoccuper de leur composition chimique.
Nous avons exécuté nos recherches sur le limaçon officinal , Hclix Pomatia , qui avait été ramassé le mois d’octobre dernier. Nous avons examiné à part: lo le corps de l’animal séparé des intestins; 2e* la coquille ; 3° les excréments. Nous allons d’abord porter notre attention sur la matière muqueuse.
Mucus d’ Escargot. Pour l’obtenir, nous avons suivi le procédé indiqué par M. Mouchon, et qui consiste, comme on le sait, à battre avec un balai d’osier, dans trois fois environ leur poids d’eau, la chair des limaçons séparée des intestins et coupée menue ; on passe avec une forte expression et ou évapore à l’étuve; on obtient une couche sèche adhérente, d’une matière transparente, d’une couleur blanc jaunâtre. Traitée ensuite par l’eau , elle se gonfle beaucoup sans se dissoudre ; à la distillation sèche , ce mucus donne du carbonate
d’ammoniaque et de l’huile empyreumalique. Après la combustion , il reste une cendre contenant du carbonate de chaux et des traces de chlorure de sodium.
Le mucus des escargots ne se dissout pas dans les acides ; les alcalis caustiques , au contraire , en opèrent facilement la solution. La plupart des auteurs pensent que les limaçons doivent leurs propriétés médicales à cette matière muqueuse. Les faits que nous allons exposer , nous forcent d’adopter une opinion contraire. Nous avons procédé à l’analyse du corps des limaçons privés de leur mucus; nous en avons pris 100 grammes encore humides, mais fortement exprimés dans un linge; nous les avons traités à plusieurs reprises par l’éther rectifié. Après l’évaporation spontanée de ce menslrue, nous avons obtenu 23 centigrammes d’une substance huileuse particulière , sur laquelle nous reviendrons , et que nous nommons dès à présent hélicine.
Les escargots épuisés par l’éther, ont été traités par l’eau distillée à l’aide d’une ébullition soutenue ; ils ont donné un liquide qui précipite par la solution de tannin et par celle de bichlorure de mercure ; mais je crois qu’on s’est fort exagéré la quantité de ce principe, contenu dans ces mollusques, qui se convertit en gélatine ; quelques expériences tentées dans le but de nous
assurer de la proportion de la gélatine, nous ont montré que le corps des limaçons n’en contenait pas plus d’un cinquantième de son poids. Ainsi ce n’estpas , comme on l’a dit , à la gélatine que l’escargot doit ses propriétés , et le bouillon de limaçon, conservé par le Codex, doit être un médicament à-peu-près inerte.
La plus grandeproportion du corps deslimaçons n’est point attaquée par l’eau , l’acide acétique est également sans action sur lui ; mais il se dissout au contraire très bien dans les solutions alcalines caustiques. D’après cela , on peut dire que celle matière présente autant d’analogie avec l’albumine concrète qu’avec la fibrine , corps qui sont si difficiles à différencier l’un de l’autre , sous le rapportchimique ; mais elle n’estpas identique avec ces substances, car la fibrine ou l’albumine fournie par les vertébrés, sont facilement converties en gelée par l’acide acétique concentré; ce qui n’arrive point avec le corps que nous examinons ; la quantité de soufre qu’il retient au nombre de ses éléments, étant aussi plus considérable. La nature des sels est aussi très différente. Si on calcine le corps des limaçons, on obtient une cendre extrêmement abondante , mais qui diffère essentiellement des sels fournis par la calcination de l’albumine ou de la fibrine des vertébrés chez les animaux de ce premier embranchement ; ces
cendres consistent essentiellement en phosphate de chaux mêlé d’un peu de carbonate, tandis que la cendre fournie par notre mollusque est , au contraire, presqu’entièrement composée de carbonate de chaux , avec une trace de la môme base , et parfaitement exemple de phosphate; en outre, elle contient une petite proportion de chlorure de sodium qu’on ne peut isoler que lorsqu’on calcine le corps des limaçons, avant de les avoir traités par l’eau.
L’hélicine se présente sous l’apparence d’une huile transparente très légèrement colorée en jaune ; son odeur est particulière , très-développée ; sa saveur est caractéristique , extrêmement prononcée et très désagréable. Elle se dissout à froid dans l’alcool et dans l’éther, les solutions n’ont point d’action sur le papier de tournesol ; c’est donc une matière neutre. Elle est insoluble dans l’eau ; les liqueurs alcalines la dissolvent au contraire très bien , et fournissent un savon qui, étant traité par les acides fixes , prend une odeur encore plus forte et plus désagréable que celle de l’hélicine. On voit que cette substance doit être rangée dans la classe des matières grasses neutres qui sont saponifiées sous l’influence des
alcalis , et qu’elle a la plus grande analogie avec l’Hircine et la Phocénine; mais elle s’en distingue essentiellement, parce qu’elle contient du soufre au nombre de ses éléments ; c est cette circonstance qui nous a engagé à la considérer comme une matière à part , et à lui donner un nom particulier , quoique nous n’ayons pu en faire une étude approfondie. Voici comment nous avons constaté la présence du soufre dans l’hélicine et déterminé sa proportion: 0, 50 d’hélicine furent d’abord combinés avec un excès de potasse à l’alcool ; puis brûlés au moyen du nitrate de potasse pur. Les liqueurs furent additionnées de chlorure de barium , il se forma un précipité de sulfate de baryte qui , recueilli et calciné au rouge , pesait 0, 051 , ce qui correspond à 0, 007 environ de soufre. D’après cela, l’hélicine contiendrait environ pour 100 grammes , 1 gramme 40 centigrammes de soufre.
D'après ce que nous venons d’exposer , il paraît hors de doute que les Escargots doivent leurs propriétés médicales à l’hélicine ; une longue expérience a en effet constaté que plusieurs composés sulfureux , que plusieurs substances qui tiennent du soufre au nombre de leurs éléments, ont une efficacité incontestable pour soulager ou guérir plusieurs affections de poitrine : ici l’analogie est complète. Il s’agissait de vérifier si les autres matières qu’on peut extraire des limaçons con-
tiennent également du soufre au nombre de leurs éléments , c'est un point intéressant à éclairer, sous le rapport pharmacologique. Pour arrivera ce but , nous avons pris séparément : lo du mucus de limaçons ; 2o le corps des limaçons privés de mucus et d’hélicine. Nous les avons calcinés avec de la potasse et du nitrate de potasse ; les liqueurs saturées par l'acide acétique furent additionnées de nitrate de baryte ; avec le mucus de limaçous précipité à peine sensible , avec le corps de limaçons précipité très apparent de sulfate de baryte. 11 résulte de ces faits que le mucus du limaçon, que jusqu’ici on s’était efforcé de faire passer dans les préparations pharmaceutiques, est une matière à peu près inerte ; et que le corps au contraire , qu’on rejetait , pouvait être doué de propriétés beaucoup plus actives. Sans vouloir déshériter toul-à-fait la matière muqueuse , nous dirons qu’elle ne doit être considérée , selon nous, que comme un adjuvant ; surtout si on la compare à l’hélicine , principe sulfuré qui , très probablement , concourt aux bons effets de l’emploi des escargots. Nous reviendrons plus loin sur ces faits, en, nous occupant des préparationspharmaceutiques..
De la coquille des Escargots. Si on traite la coquille des limaçons par l’acide chlorhydrique affaibli, il y a effervescence; tout se dissout excepté une trame légère d’une matière muqueuse*. La liqueur acide saturée par l’ammoniaque pur®*
se trouble à peine , il n’existe que des traces de phosphate de chaux ; additionnée de chlorure de barium , elle fournit un précipité très léger, mais plus sensible ; elle précipite abondamment par le carbonate de soude. Des expériences relatées , nous concluons que la coquille des limaçons est composée, 1° d’une trame muqueuse ; 2o de carbonate de chaux , presque la totalité ; 3° des traces de phosphate et de sulfate de chaux. L’absence presque complète de phosphate de chaux, la présence au contraire du sulfate , distingue essentielîeftient la coquille des mollusques , des parties solides des animaux vertébrés.
Excrcmens des Escargots. Nous ne les avons examinés que sous un point de vue pour nous assurer s’ils«contenaient de l’acide urique ; nous y avons pu constater la présence de cet acide , et établir ainsi , que ce produit d’excrétion se rencontre dans une grande partie de l’échelle animale. On en a trouvé chez les vertébrés , chez les insectes ; les excrémens des mollusques en renferment également. Ils contiennent en outre , une matière verte résineuse, soluble dans l’alcool et des sels.