‹ Mémoire sur la composition chimique des escargots et sur les préparations pharmaceutiques dont ils sont la baseChapitre 5 sur 10 · DONT LES ESCARGOTS SONT LA BASE · texte numérisé non relu

DONT LES ESCARGOTS SONT LA BASE

Lai première question qui doit nous occuper , est celle-ci : quelle est l'espèce qu’on doit choisir , et dans quelles conditions faut-il la prendre. Le Codex a donné la préférence à Vhélix pomalia , mais nous pensons avec AL Alouchon, que toutes les grosses espèces peuvent être également employées ; mais nous ne pouvons être de Lavis de ce pharmacien si recommandable, lorsqu*fl prélend que l’abstinence des limaçons causant la perle de la majeure partie de la matière muqueuse, il est convenable dans la presque totalité des cjs de les employer sans les avoir soumis à une abstinence préalable. Voici les raisons sur lesquelles nous nous

appuyons : d’abord la matière muqueuse n’étant pas la substance utile, il n’y a nui inconvénient à en voir diminuer la proportion ; et comme le principe sulfureux est ce qu’il nous importe le plus de conserver, et que le jeûne n’a nullement pour effet d’en rendre moindre laquantité ainsi que nous l’avons vérifié par plusieurs essais ; nous sommes autorisés à penser qu’il est utile de soumettre les

limaçons à une abstinence convenable avant de les

employer, si surtout nous prenons en considération les observations suivantes qni nous paraissent décisives: AI. Réussi a vu, dans le Milanais,

un empoisonnement causé par trois limaçons pris dans un fossé où croissaient la ciguë et la belladone , ( Ann. cliniq. de Montpellier, no 171 ), D'un autre côté, M. B. Gaspard rapporte, d’après M. Guillaumod (J. de physiologie , tom. 1 )

que, pendant la disette de 1817, où des individus se nourrirent de limaçons, ceux qui en firent excès , offrirent un état de stupeur et de narcotisme analogue à celui qui accompagne un léger empoisonnement par la belladone ; phénomène qui doit ^e certainement attribué à une modification accidentelle qu’avait pu faire subir aux escargots un genre particulier d’alimentation. (Ij

(I) À Mondée Hier , surtout, où l’on se montre très

friand des escargots , ( qu’au reste on 'assaisonne por-

faiteinent bien ) , il est généralement reconnu que les

personnes qui en mangent de grandes quantités, sans

avoir eu la précaution de les faire jeûner, ne peuvent #

résisterai! sommeil jqui appesantit leurs paupières, et auquel elles se laissent aller avec un certain plaisir. Il est vrai , on peut après un repas copieux , observer ce même phénomène, mais remarquons que l’assoupissement dont il est ici question, se rapproche un peu du nareotisme produit par les Solanèes. Au reste, toutes les bonnes ménagères du Languedoc ont bien le soin, pour éviter l’inconvénient que nous venons de signaler , et dont elles ignorent la cause (ne faisant nous même qu’émettre simplement notre opinion sur ce fait y , de ne préparer les escargots destinés à l’art culinaire , qu’après les avoir faits jeûner un temps assez long.

B ailleurs , une longue expérieuce a démontré que dans aucun cas , les limaçons après un mois d’abstinence et d’hivernation , ne présentent plus d’inconvénient lorsqu’on les emploie comme aliment. Ainsi pour nous , la question est complètement résolue : on ne devra employer les escargots qu’après un mois de jeune préalable , à moins de les tenir dans des parcs comme les Romains le pratiquaient jadis, en les soumettant à un genre particulier de nourriture. (Pline, liv, IX, <7.82 J.

Comment doit-on agir pour conserver sans altération les propriétés médicales des limaçons , et quelles sont les formes pharmaceutiques les plus convenables pour faciliter leur administration? La présence d’une quantité notable de soufre dans ces mollusques , indique assez que les principes immédiats qui contiennent cet élément doi-

vent constituer les parties essentielles de ces préparations. L’hélicine est sans aucun doute le principe immédiat le plus important ; mais il est loin de représenter la totalité du soufre contenu dans le corps des limaçons , car la chair épuisée par l’éther à plusieurs reprises , retient encore du soufre en quantité très notable. Il est encore une considération dont on ne saurait se dissimuler l’importance ; les principes immédiats qui eontiennent du soufre au nombre de leurs éléments , sont extrêmement altérables ; et peut-on ainsi

répondre que leur efficacité n’est pas de beaucoup diminuée , quand ils ont subi quelques changemens dans leurconstitution; car l’odeur, la saveur si désagréable de l’bélicine, nous ferait penser que c est peut-être déjà une matière altérée , puisque les limaçons n’ont point une odeur et une saveur comparables à celle de l’hélicine. Guidé par ces considérations, éclairé par les observations cliniques de M. Chreslien , nous avons pensé que les préparations les plus efficaces des escargots seraient celles qui contiendraient le corps de ces mollusques qui n’auraient été soumis à l’action d’aucune substance capable de les attaquer, comme celle d’une température de 100° qui altère évidemment le principe sulfureux. Nous conserverons ainsi toutes les propriétés des escargots, et nous rendrons leur administration facile.

Page 1