OBSERVATION PREMIERE
Pied-bot eonge'nial en dedans très-prononcé.- — Extrême jeunesse de l’enfant. — Section du tendon d’Achille. — Hémorrhagie veineuse. — Guérison complète (i).
La jeune Joséphine H.... , de Plombières, n’avait que onze mois lorsque je la vis. Elle avait apporté en naissant un pied-bot du côté droit. Cet accident attristait les parents; ils désiraient avec ardeur obtenir la guérison de cette difformité. Je leur proposai la section du tendon d’Achille. Cette opération fut acceptée et pratiquée le 25 juin 1837.
La difformité était considérable, la plante du pied fortement portée en dedans ; le tendon d’Achille , dur, rétracté , attirait en haut le calcanéum et s’opposait à ce que le pied pût être ramené à la position naturelle : les machines , le plâtre et les bandages ne me promettaient aucun résultat avantageux, tant la déviation était prononcée. Je m’ar-
(1) Voy. planche Ire, fig. 1.
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rêtai donc à la pensée de pratiquer l’opération , mais je ne m’en dissimulai point les difficultés, et même les dangers , chez un enfant aussi jeune. Le développement incomplet des parties , Fartère qu’on sentait battre contre le tendon d’Achille, les veines volumineuses qui devaient F entourer , tout m’annonçait les conditions défavorables dans lesquelles je me trouvais; je crus que la prudence éviterait les périls et j’opérai. Le tendon fut facilement divisé, mais en retirant l’instrument, un flot de sang s’échappe, il est rouge, se coagule avec rapidité : dans mon émotion je crois un instant à la section de Fartère. Cependant le jet n’est point intermittent, et il est arrêté par la compression exercée au-dessous de la petite plaie. L’accident étant bien reconnu , je continue la compression avec le doigt; j'expulse le sang contenu dans la plaie; j’applique un petit plumasseau enduit de cérat et je place dans la gouttière tibiocalcanienne une compresse longuette , épaisse , qu’une bande soutient et comprime.
Le premier jour se passe sans accident aucun; je fais surveiller l’enfant avec le plus grand soin. Le quatrième jour je lève l’appareil. Je trouve la petite plaie guérie. Le lendemain l’appareil de redressement fut appliqué. Ce ne fut qu’avec une
grande attention et des soins minutieux que nous parvînmes à maintenir le talon dans une position convenable, mais à mesure que le pied se redressait , cette difficulté diminuait. Il fallut dix jours pour ramener le pied à une direction normale ; le trentième jour, l’enfant était complètement guéri. Toutefois l’appareil de redressement fut conservé pendant un temps plus long, afin de permettre au pied de croître dans une bonne direction : il est impossible aujourd’hui, à l’examen des pieds , de reconnaître celui qui était difforme.
Cette observation présente le seul exemple , connu, jusqu’à présent, de la section du tendon d’Achille, pratiquée à un âge aussi tendre. Les difficultés que j’ai rencontrées et les dangers que j’ai courus m’ont conduit à me demander s’il ne serait pas plus avantageux , et surtout plus sûr , de remettre l’opération à une époque où les organes seraient mieux isolés et plus distincts. Je n’ai point hésité à répondre affirmativement ; mais n’y a-t-il pas d’autres inconvénients à attendre ? L’aggravation de l’accident par l’âge, la gêne et quelquefois l’impossibilité de la marche , l’amaigrissement et la déformation de la jambe, enfin l’affliction des parents sont des motifs qui doivent engager à guérir le plus promptement
possible. Pour satisfaire à ces deux conditions , je crois qu’il est avantageux d’attendre que les enfants aient au moins l’âge de deux ans. Je suis cette règle dans ma pratique , et je crois avoir à m’en féliciter.