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si toutefois je croyais pouvoir le faire sans niellre le docteur sur la voie des expériences que j'avais entreprises et m'en faire un concurrent. Je sais qu'en faisant cet aveu je m'expose à ce qu'on trouve que je n'étais pas animé par l'esprit le plus désintéressé d'enthousiasme -philosophique entièrement dégagé de toutes vues de droits ou bénéfices personnels ; mais il suffira de dire que j'avais présents à la pensée les sacrifices faits par moi et les risques que j'avais courus pour cet objet; je croyais être à la veille d'atteindre mon but, et cependant un autre, avec de meilleures occasions d'expérimentation, profitant de mes idées et de mes travaux, pourrait cueillir le fruit que j'avais sous la main !
Je demandai au docteur Jackson son sac à gaz {gas bag) : il me dit qu'il était chez lui : j'allai le chercher, et je revins dans le laboratoire. Le docteur Jackson me dit en riant : " Eh bien, docteur, voilà votre équipement complet; il ne vous manque plus que le gaz. » Je répliquai, également en riant, qu'il n'y aurait peut-être pas besoin de gaz si la personne destinée à le prendre pouvait être amenée à croire qu'il y avait en effet du gaz; et je rappelai l'histoire de l'homme qui était mort parce qu'on lui avait fait croire qu'il était emporté par une hémorrhagie, tandis que réelle ment il ne coulait que de l'eau distillée sur sa jambe ; mais, ajoutais-je, je n'ai point intention de faire ce tour. Il dit en riant que l'histoire était bonne: mais, ajoula-t il gravement , je préférerais que vous ne tentassiez pas cette expérience, de peur que l'on ne vous croie un plus grand blagueur {greater humbug) encore que Wells avec son gaz oxyde nitreux.
Croyant l'occasion bonne pour aborder la question, je dis avec autant d'indifférence que je pus en feindre Pour-
quoi ne pourrais-je pas donner de l'élher? — Vous pouvfz le faire, me dit-il; et il me répéta ce qu'il m'avait déjà dit des élèves de Cambridge. Il ajouta que le patient serait hébété et stupéfié, que je pourrais en faire tout ce que je voudrais , qu'il serait hors d'état de se soutenir.
Comme nous étions entrés en matière, je lui adressai les questions que je voulais faire concernant les diverses qualités et préparations de l'éther. Il entra dans quelques détails sur les préparations ; et pensant que s'il en avait, ce devrait être de la plus pure espèce, je lui demandai de me faire voir son éther : il m'en montra, mais en faisant observer qu'il était déjà préparé depuis quelque temps-, et il me dit que j'en trouverais de parfaitement rectifié chez Burnelt. Comme je m'en allais, le docteur Jackson me reconduisit jusqu'à la porte, et il me dit qu'il me recommandait quelque chose de meilleur que le sac à gaz pour administrer l'éther, et il me donna une bouteille avec un tube de verre y inséré. J'ai pris l'éther chez M. Burnett, et avec lu tube et la bouteille , je me suis enfermé dans mon cabinet, et, assis dans le fauteuil d'opération, j'ai commencé à respirer l'éther. J'ai trouvé l'éther tellement fort, qu'il m'a suffoqué en part'e ; mais il a produit un effet décidé. J'en saturai mon mouchoir, et je l'inhalai. Je regardai ma montre; je perdis bientôt connaissance. En revenant à moi, ie sentis de l'engourdissement dans mes jambes, avec une sensation semblable à un cauchemar. J'aurais donné le monde entier pour que quelqu'un vînt me réveiller. Je crus un moment que j'allais mourir dans cet état et que le monde ne fairait que prendre en pitié ou tourner en ridicule ma folie. A la fin, je sentis un léger chatouillement du sang à 1 extrémité de mon doigt, et je m'efforçai de le toucher avec le pouce,
mais sans succès. Un deuxième effort m'amena à le toucher, mais sans éprouver aucune sensation Peu à peu, je me trouvai solide sur mes jambes, et je me senlis revenu entièrement à moi; je regardai sur le champ ma montre, et je calculai que j'élais demeuré insensible l'espace de sept à huit minutes.
Enchanté du résultat de celte expérience, j'annonçai immédiatement mon succès aux personnes employées chez Mioi, et j'attendis impatiemment que quelqu'un voulût se prêter à une complète épreuve. Dans la soirée, un homme demeurant à Boston (dont le certificat se trouve à l'appendice) se présenta chez moi ; il souffrait beaucoup, et il dcmaiidait l'extraction d'une dent. Il redoutait l'opéralion, ol il demandait à être magnétisé. Je lui disque j'avais quelque chose de mieux que cela, et, saturatit d'élher mon mouchoir, je le lui fis inhaler. Il perdit connaissance presque immédiatement : il faisait nuit. Le docteur Hayden tint la lampe pendant que je procédais à l'extraction d'une dent liarrée qui tenait par de fortes racines. Il n'y eut pas beaucoup d'altération dans le pouls et aucun relâchement des muscles. Revenu à lui, au bout dune minute, il ne savait rien de ce qu'on lui avait fait. Il resta quelque temps à causer de l'expérience, et je lui fis signer un certificat. C'était le 30 septembre 184(). Je considère cette opération comme étant la première démonstration de ce fait nouveau dans la science. Je ne sache pas que personne puisse citer une démonstration antérieure à cette date. Si quelqu'un peut le faire, je suis tout prêt à lui céder la priorité en matière de temps.
Je ferai une seule observation au sujet de mon entrevue avec le docteur Jackson II n'est pas nécessaire de traiter ia
— Il) —
question de l'origine de toutes les idées Je suis tout disposé à reconnaître ce que je dois aux hommes et aux livres, en ce qui concerne mes renseignements et lumières à ce sujei. J'ai puisé un peu d'un côlé et un peu de l'autre. J'ai appris par le docteur Jackson, en 1844, les effets de l'élher directement appliqué sur ime dent malade, et j'ai éprouvé par les expériences que l'élher rendait graduellement le nerf insensible. J'ai appris aussi, en 1844, par le docteur Jackson, les effets de l'éther inhalé par les élèves du collège : ce fait a été corroboré par ce que m'a dit Spear et par ce que j'ai lu. J'ai connu les essais du docteur Wells pour appliquer le gaz oxyde nilreux {niirous ozide gaz), à l'effet de détruire la douleur résultant des opérations chirurgicales. J'étais trèsintéressé à détruire ou alléger la douleur dans le cours de mes opérations, et je me suis efforcé d'arriver à ce résultat par l'inhalation de l'éther, pensant bien que si l'éther pouvait rendre le nerf insensible, directement appliqué, il pourrait aussi, par le moyen de l'inhalation, détruire ou adoucir beaucoup le sentiment de la douleur en général. Si l'éther par moi employé le 5 avril avait été pur, je serais arrivé, dès ce jour-là, à ma démonstration; je reconnais en outre que plus tard j'ai dû au docteur Jackson de précieux renseignements sur les espèces et les préparalious de l'éther, et que c'est lui qui m'a recommandé l'emploi de l'éther très-considérablement rectiflé (1) de Burnett comme étant le plus sûr et le plus efficace. Mais là s'arrêtent les obligations que je lui ai personnellement. J'aurais pu tirer de tout autre chimiste instruit, ou puiser dans certains Uvres, tout ce qu'il m'a communiqué. Il ne m'a pas mis sur la voie des expériences ;
(1) Highly rectified ether.
lorsqu'il ma recommandé l'élher suH'urique considérable ment rectifié; l'effet par lui prévu était uniquement la stupéfaction qui n'était pas inconnue ; du reste, il ne donnait pas la plus légère atteinte de cette insensibilité, relativement à la douleur, qui a été démontrée, et qui a étonné le monde scientifique.
Aussitôt que l'homme dont la dent avait été extraite eut quitté mon cabinet, je m'entretins, avec le docteur Hayden, de la meilleure manière de faire valoir cette découverte. Nous fûmes d'avis que le mieux était d'en faire part aux chirurgiens de l'hôpital ; mais, comme il s'écoulerait quelque temps avant qu'une opération fût pratiquée, je crus devoir chercher quelque assurance qui engageât mes clients à prendre l'éther. J'allai voir l'homme qui en avait pris, il se portait très-bien ; j'allai ensuite chez le docteur Jackson, à qui je fis part de ce que j'avais fait : je lui demandai un certificat constatant que cet éther était inoffensif dans ses effets. 11 réfusa positivement de me livrer ce certificat; je lui déclarai quejem'adiesseraisaux premiers chirurgiens et que je ferais approfondir la question. J'allai voir le docleur Warren, qui me promit de me fournir bientôt l'occasion de faire une expérience. Bientôt après, je reçus l'invitation qui figure à l'appendice.
En attendant, je procédai, dans mon cabine!, à de nouvelles expériences suivies de différents effets. J'administrai l'éther à un petit garçon : il n'en résulta pas d'autre effet qu'un malaise, accompagné de vomissements. Le petit garçon fut reconduit chez lui en voiture, et un médecin déclara qu'il avait été empoisonné. Ses amis étaient furieux : on parlait de m'altaquer en justice. La nouvelle de mes expérimentations heureuses s'élant répandue dans les jour-
naux, à mon insu, plusieurs personnes se présentèrent chez moi pour se faire administrer l'éllier. J'en donnai à une dame 5 l'unique effet produit fut un engourdissement. Aspiré (ou inhalé) au moyen de l'appareil désigné par le docteur Jackson , l'éther produisait la suffocation : je fus forcé d'abandonner ce mode. Ayant pris chez M. Wightman un tube de verre conique, j'insérai une éponge saturée à l'ex- I rémité la plus éloignée; cette dame aspira ainsi... De cette manière, elle parut être dans un état peu naturel, mais elle continuait de parler, et elle refusait de se laisser arracher sa dent; je lui fis une petite promesse, ce qui la décida. Je fis l'extraction de la dent sans que rien chez elle ne décelât la moindre douleur : pas un muscle ne bougea. Son pouls donnait 90 pulsations ; sa figure était très-colorée, et, après être revenue à elle, elle demeura longtemps assoupie. Cette expérience me donna la conviction de ce qui est aujourd'hui bien prouvé, c'est que l'état de pleine connaissance demeurera quelquefois après la cessation de la sensibilité.
J'administrai ensuite l'éther à mademoiselle L. .,âgée d'environ 25 ans. L'effet produit sur elle fut très alarmant ; elle bondit de dessus le fauteuil , sauta en l'air; elle criait ; et ce fut avec peine ^ue l'on put la faire asseoir. Revenue à elle , elle ignorait complètement ce qui s'était passé, clk' voulut que je lui en administrasse encore. Je le fis avec un succès parfait et je fis l'extraction de deux dents molaires. Je fis encore d'autres expériences avec plus ou moins de succès, donnant surtout mon attention à la manière d'administrer l'éther.
Le moment approchait où l'expérience devait avoir lieu à l'hôpital; j'élaisexcessivement inquiet, jour et nuit dormant à peine, ne mangeant presque pas; je travaillais au perfec-
iionnernentde l'appareil et je poursuivais niPS investigations générales sur la matière.
J'allai voir le docteur Gould, médecin qui s'est beaucoup occupé de chimie; et je lui communiquai mes anxiétés et mon embarras ; il me témoigna beaucoup de sympathie; il nie prêta toute son attention , et toutes les nuits nous travaillâmes à esquisser des modèles d'appareil : ce fut lui qui, le premier, me suggéra l'idée d'un antidote dans les cas où les effets seraient mauvais, et qui me fit substituer le bon systèaie à celui que je pratiquais.
L'opération devait avoir lieu à 10 heures; je me b'vai au petit jour ; je me rendis chez M. Chamberlain, fabricant d'instruments-, en le pressant vivement, j'obtins la possession de mon appareil après 10 heures sonnées; j'entrais dans la salle au moment où le docteur Warren allait commencer l'opération n'espérant plus me voir arriver. Le compte-rendu détaillé de cette opération se trouve dans la communication du docteur Warren. Il y avait grande aifluence. L'intérêt excité était à son apogée : on désirait vivement être dans le secret des sensations du patient ; après l'opération, le patient fit la description de son état; et le docteur Warren déclara qu'il croyait que le patient avait été insensible à la douleur : on se figurera ce que j'éprouvais mieux que je ne le saurais dire. Je fus invité à administrer l'élher le lendemam dans une opération sur une tumeur. L'opération fut pratiquée avec un succès parfait par le docteur Hayward.
Le 23 octobre, je vis le docteur Jackson pour la première fois depuis l'entrevue dont j'ai parlé. J'emprunte ma narration de cette entrevue à un mémoire rédigé au moment même ; sa fidélité est attestée par deux témoins très-recommandables, présents à la conversation. Il dit que son atten-
tion avait commencé à être éveillée quand il avait appris que je réussissais avec l'éllier; M. Eddy lui avait dit que je me proposais de prendre un brevet, ot que je ferais une bonne affaire. — Je répondis que tout cela m'avait occasionné bien du tourment et des dépenses, mais que je pensais pouvoir en tirer parti. — Je le crois aussi, ajouta-t-il, et je crois que je devrais vous demander une rétribution, à titre d'honoraire pour les conseils que je vous ai donnés. — Je lui demandai pourquoi il soulèverait cette prétention plutôt en ce cas que pour tous les autres conseils qu'il pouvait m'avoir donnés dans le cnursde nos précédentes relations spécifiées au commencement de ce mémoire. — Il me dit : Mon conseil vous a été utile ; vous ferez une bonne affaire avec le brevet, et vous me devez bien un déJommagement {Compensation) ; — et je vous le doimerai, dis-je, si le brevet me rapporte beaucoup indépendamment des produits de mes autres affaires. — Il me dit alors qu'il me demanderait 500 dollars. — Je lui dis : je vous les donnerai, si lo pour 0/0 sur les bénéfices nets du brevet s'élèvent à cette somme. — Je suis très content de cet arrangement, me dit-il. » Ainsi finit cette entrevue. Le lendemain matin , il raconta à M. R. H. Eddy ce qui s'était passé; et deux ou trois jours après; M. Eddy me suggéra l'idée qu'au lieu de donner un honoraire au docteur Jackson, je devrais l'intéresser dans le brevet, en lui donnant 10 pour 0/0 sur les bénéfices nets. M. Eddy me suggérait celte idée par amitié pour le docteur Jackson qu'il désirait voir avantagé. Il ajouta que le brevet aurait ainsi l'avantage du nom et de la science du docteur Jackson ; que celui-ci serait ainsi intéressé à donner son attention à la préparation et à l'appareil, et que nous pourrions prendre l'avance sur les améliorations qui pourraient ôtre suggérées par d'autres.
Il ajouta que si un procès s'engageait (et si le docteur Jackson était appelé à déposer, comme il le serait indubitablement), l'assistance qu'il m'avait donnée pourrait devenir une arme entre jps mains des tiers qui attaqueraient le brevet, à l'effet d'invalider mon titre à être réputé inventeur. A ce moment les dentistes avaient organisé une résistance formidable à l'emploi de Téther, et tous les Magazines ou revues médicales de l'union, à l'exception de Boston, s'étaient prononcés contre ce procédé Je sentais le besoin de m'entourer de toute l'assistance que je pourrais me procurer: j'avais la conscience que je péchais par l'absence d'une
éducation scientifique coirplèle; tous ces motifs me déterminèrent à accéder à la demande de M. Eddy. Mais il ne m'était pas venu alors à la pensée que le docteur Jackson prétendit ôlre l'inventeur; sous ce rapport, je me réfère aux affidavits (déclarations sous serment) de messieurs Eddy.
Je continuai d'administrer l'élher dans mon cabinet ; et dans les premiers jours de novembre, je demandai au docteur Hayward la permission de l'administrer dans un cas d'amputation, qui , à ce que j'avais appris, devait avoir lieu à l'hôpital. Le docteur H. J. Bigelow avait assisté à mes expériences dans mon cabinet, y prenant un vif intérôt; il avait rédigé un mémoire dont il a donné lecture à la société de Boston (société de perfectionnements médicaux de Boston), et ensuite à l'Académie américaine des arts et des sciences.
Les chirurgiens de l'hôpital déclarèrent qu'ils croyaient de leur devoir de refuser l'emploi de la préparation jusqu'à ce qu'ils sçussent ce que c'était. J'écrivis sur-le-champ au docteur Warren, doyen des chirurgiens, lui donnant la clé
de toute l'affaire. L'opération eut lieu le 7 novembre. Environ une demi-heure avant, le docteur H. J. Bigelow vint me prévenir qu'il désirait que je fusse sur les lieux dans le cas où l'on jugerait à propos de m'admettre. Je restai quelque temps dans la salle d'attente : il fut décidé par les chirurgiens que l'on autoriserait l'expérience , et j'administrai l'éther avec un succès complet. C'était le premier cas d'amputation. Je ferai remarquer aussi que le docteur Jackson n'était pas en ville à ce moment, et qu'il ignorait entièrement l'opération.
Le 21 novembre, j'administrai l'éther dans une opération pour une tumeur , à Broomfield House, en présence d'un grand nombre de médecins parmi lesquels je distinguai le docteur Jackson. C'était la première fois qu'il voyait admiministre l'éther ; seul, je l'avais administré à Boston ou ailleurs, du moins à ce que je sache. Dans celte circonstance, le docteur Jackson ne parut que comme simple spectateur.
Du 2 janvier 1847 date le premier acte indiquant aux chirurgiens qu'il eut quelque intérêt dans l'affaire. Ce jour-là, il se rendit à l'hôpital avec du gaz oxigène comme servant d'antidote à l'asphyxie qu'il avait appris avoir été produite par l'éther. Mais, avant cette époque, les chirurgiens avaient acquis la conviction qu'il n'y avait pas d'asphyxie. A la seule exception près d'une observation faite au docteur Warren, consignée dans ses dépêches (ou communications), aucun des chirurgiens ou des autres personnes se livrant à ces expériences ne s'est imaginé, soit d'après ce qu'aurait pu dire M. Jackson lui-môme, soit d'après sa conduite, qu'il dût se rattacher en aucune manière à cette découverte; qu'il fut personnellement responsable de l'emploi delà pré-
parution ; qu'il eût, des litres à s'honorer de son succès ; ou qu'il fût passible du désagrément de l'insuccès , si la mort ou une grave indisposition avait atteint quelqu'un à l'issue de l'opération; dans ces hypothèses, le docteur Jackson n'aurait pas pu le moins du monde être incriminé. Ce n'est qu'après tout danger passé, après la certitude acquise du succès, après l'appel de l'allention du mtmde sur cette découverte, après l'impuissance démontrée de la résistance formidable des dentistes el de toutes les revues et sociétés médicales, c'est après tout cela que le docteur Jackson a commencé à se môler de l'affaire, et qu'il a élevé la prétention d'avoir deviné les effets de la découverte et de me les avoir communiqués.
Le 19 octobre, aussitôt que j'eus acquis la certitude du succès, j'écrivis à mon ancien associé le docteur Wells pour l'informer de ce que j'avais fait. Je le priais de venir à Boston et de m'aider à exploitera découverte dans l'extraction des dents. Sa réponse est à l'appendice; elle est en date du 20 octobre 1846. Il vint à Boston, et assista a plusieurs expériences dans mon cabinet : il exprima l'alarme qui s'emparait de lui ; il dit que je pourrais bien tuer quelqu'un, el que je me mettrais mal dansmes affaires. Il me quitta brusquement, mais sans faire valoir aucun titre à la découverte, bien qu'il eut pu reconnaître l'élher el que je lui eusse dit franchement que c'était de l'élher. Je puis au.ssi citer l'autorité du docteur Warren el celle du docteur Hayward pour déclarer que le docteur Wells ne fit aucune allusion à l'éther, du moins à ce qu'ils sachent, lorsqu'il fit son expérience à Boston, en 1845.
Je sais très-bien qu'une communication adressée à une
Académie qui s'occupe des sciences et non des personne?, ne me donne pas le droit de discuter la question de mes titres au mérite d'une découverte contrairement aux prétentions émises par d'autres. Je me suis borné à raconter les seuls faits de nature à jeter du jour sur l'historique de cette démonstration. Si ces faits invalident les prétentions d'autres personnes, j'ai le droit de profiter de cet avantage ; mais le présent mémoire n'a pas pour but d'exposer tous mes titres comparatifs en regard des prétentions du docteur Jackson ou du docleur Wells. Si l'affaire était portée devant un tribunal et que la discussion fût ouverte, je me disposerais avec empressement à la plaidoirie, et je me soumettrais volontiers à la décision de tout arbitre éclairé. J'ai proposé cet expédient au docteur Jackson, il a refusé.
En justice, je dois dire que je me suis pressé de prendre mon brevet, avant môme de savoir positivement l'immense avantage que l'on pourrait tirer de cette découverte : outre le mobile du bénéfice et de la rémunération pour moi-môme, je pensais qu'il serait bon de mettre des restrictions à un agent si puissant qui pourrait servir aux plus criminels objets. J'accordai la franchise des droits à tous les établissements de charité, et j'offris de vendre le droit aux chirurgiens et médecins pour un prix très-modique, prix tel que personne ne pourrait s'en plaindre. Je ne doutais pas que les autorités compétentes n'enlevassent la chose aux mains des particuliers, si le bien public l'exigeait, en indemnisant avec justice l'inventeur qui avait risqué sa réputation et sacrifié son temps et son argent. Mais l'usage en étant devenu aujourd'hui général, et presque nécessaire, j'ai depuis longtemps renoncé à la vente des droits : le public emploie l'éther
librement; et je crois être la seule personne au monde pour qui cette découverte ait été un sacrifice pécuniaire.
Le très-respectueux et obéissant serviteur de V Académie,
Signé William T. Green Morton.
A Boston, Etats-Unis d'Amérique, le 31 juillet 1847.