PIÈCES JUSTIFICATIVES
Boston, 25 mars 1847.
Je soussigné Grenville G. Hayden, demeurant à Boston, dans le comté de Sulfolk, Etat de Massachusetts, dentiste, déclare sous la foi du serment :
Que vers la fin de juin 1846, le docteur William T. G. Morton est venu me voir à mon cabinet, n. 23 Tremont Row; il m'a dit qu'il désirait faire quelqu'arrangementavec moi pour que je le relevasse de tout soin, quant à la surveillance des personnes employées pour lui à fabriquer des dénis, et de toutes les autres affaires de son cabinet. Pour m'expliquer ce qui l'engageait à me déléguer cette surintendance des affaires de son cabinet, il me dit avoir en tête une idée se rattachant à l'art du dentiste; il pensait que ce seraitune des plus grandes choses qui eussent jamais été connues : il désirait, dit-il, la perfectionner et consacrer à son développement toute son attention et tout son temps. Il était très-pressant : conformément à sa demande, je conclus avec lui, ce même jour, un engagement. .. Je lui demandai son secret — « Oh ! me dit-il, vous le connaîtrez bientôt. »
— J'insistai pour le savoir, ci il finit par me dire dans la soirée (c'est-à-dire le soir du dernier jour de juin 1846) que c'était une découverte qu'il avait faite et qui lui permettrait d'extraire les dents sans douleur. Je lui demandai si ce n'était pas ce qu'employait le docteur Wells, son ancien associé. Il me répondit : non ; cela n'y ressemble pas du tout. C'est quelque chose que ni lui ni d'aulres n'ont jamais employé.
— Il me dit en avoir déjà fait l'essai sur un chien et il me décrivit ses effets sur lui. Ces effets (d'après la description qu'il m'en donna) sont exactement semblables aux effets de l'élher sur des personnes qui se sont soumises à son influence, ainsi que je l'ai observé moi-même. Tout ceci se passait en juin 1846. Il me pria de ne pas parler de ce qu'il m'avait dit
Un mois environ après ou le i«' août 1846, le docteur Morton me demanda où il pourrait se procurer de l'éther sulfuriquepur; et il me pria d'aller à la pharmacie de Joseph Burnettetd'yacheterune'fioledequatre onces pleined'élher[: il désirait, me dit il, l'emporter aveclui, attendu qu'il se disposait à quitter la ville pour se rendre à West-Needham, où il résidait à cette époque. Vers le même temps, il m'expliqua la nature et les effets de l'éther, et il me dit que s'il pouvait trouver un client décidé à inhaler une certaine quantité de §az d'éther, cela produirait l'absence du sentiment de la douleur de l'extraction des dents (l'insensibilité) : il essaya de m'engager à en prendre. Le docteur Morton me dit en avoir respiré lui-môme et que cela ne faisait pas de mal: au même moment, il essaya d'amener trois jeunes gens qui travaillaient dans le cabinet (trois aides) à prendre le S'Z = on était alors au mois d'août 1846. Il me parlait sans cesse de sa découverte-, depuis l'époque démon ergagement
avec le docteur Morlon, celui-ci me disait fréquemment qu'il avait perfectionné presque toutes les branches de l'art du dentiste, sauf l'extraction des dents sans douleur, et qu'il était décidé à atteindre ce résultat. Mais vers la fin de septembre, il me laissa entendre que, sous quelques rapports, sa découverte n'opérait pas d'une manière très-parfaite, et en ma présence, il consultait ses livres afin d'apprendre quelque chose de plus sur l'élher.
A ce propos, je lui conseillai de cousulter quelque chimiste à cet égard. Le docteur Morton envoya Francis Whitman s'informer si le docteur Jackson était chez lui; Francis revint dire que le docteur n'était pas chez lui. Toutefois, le lendemain, c'est-à-dire vers le dernier jour de septembre ■1846, le docteur Morton dit que ce jour-là il avait vu le docteur Jackson ; et il avait tiré de lui une indication qui lui permettrait de faire disparaître la dernière difficulté restante. Le docteur Morton disait que dans sa conférence avec Jackson on avait parlé librement du gaz oxyde nitreux et du gaz d'éther et de l'air atmosphérique, comme exerçant de l'influence sur l'imagination du patient, et de diverses expériences faites avec ces gaz sur des élèves du collège de Cambridge : on avait également traité des expériences du docteur Wells et des siennes avec le gaz oxyde nitreux ; mais il n'avait pas dit au docteur Jackson qu'd eût fait précédemment des expériences sur le gaz d'éther... Le môme jour, le docteur Morton me dit qu'il venait de faire un nouvel essai del'éther, conformément à la suggestion de Jackson; il avait fait cet essai sur lui-même, et il était demeuré insensible sept ou huit minutes, montre en main.
La première expérience heureuse sur un patient eut lieu le 30 septembre 1846. Le patient avait inhalé de l'éther sul-
furique sur une étolîe pliée en deux , et alors une dent lui avait été arrachée sans douleur. Nous fîmes ensuite diverses expériences de la même manière : toutes échouèrent complètement. Le docteur Morton me dit que le docteur Jackson lui avait recommandé un certain appareil qu'il lui avait prêté et qui était tiré de son laboratoire; cet appareil se composait d'un tube de verre, d'égal volume dans toute son étendue ayant un goulot et trois pieds de longueur. Môme échec complet avec cet appareil; toutes nos expériences, sauf une seule exception , venant ainsi à manquer, nous pensâmes qu'il fallait chercher un autre appareil : c'est à ce moment que le docteur Morton se procura chez M. Wightman, demeurant à Cornhill, un tube de verre conique : en y insérant une éponge saturée d'éther, au plus grand bout, nous arrivâmes à de meilleurs résultais, et nos expériences commencèrent à prendre une tournure plus flatteuse.
Cependant notre succès n'était pas uniforme , et il était loin d'être parfait. A cette époque, le docteur Morton pensa que notre insuccès pourrait bien tenir à ce que jusque-là, dans toutes nos expériences, le patient avait aspiré la vapeur expirée rentrée dans le tube, inhalant ainsi toujours le môme gaz. Il dit qu'il faudrait faire passer l'air expiré dans l'atmosphère environnante ; et il me pria de faire un modèle a'appareil au moyen duquel l'air passerait dans le vaisseau, se combinerait avec l'éther, et serait inhalé dans les poumons, tandis que l'air expiré serait rejette dans l'appartement. Cette idée, ainsi qu'elle se présentait à lui et qu'il me la communiquait , fut élaborée d'une manière complète : elle répond minutieusement à l'appareil actuellement employé dans ce pays et en Europe, et pour lequel le docteur Morton a demandé un brevet. Je lui répondis
qu'il avait exposé son idée avec tant de clarté qu'il n'aurait pas de peine à faire confectionner par un fabricant d'instruments philosophiques, un appareil à inhaler parfaitement approprié, sans avoir besoin de modèle ; et je lui recommandai M. Chamberlain, demeurant, School street; il s'adressa à lui, et ce fabricant lui fit le premier instrument à inhaler {inhaler) comme il le désirait. Avec cet appareil nous avons eu presque constamment du succès jusqu'à ce jour ; les résultats sont bien connus de tous.
Je déclare encore que dans la soirée du 30 septembre 1846, après la première expérience qui avait réussi , le docteur Morton parla d'aller à l'hôpital faire usage de l'élher, et faire connaître la nouvelle découverte. Après diverses autres expériences couronnées de succès, s'offrit de nouveau la question de savoir de quelle manière il faudrait présenter la découverte au public : le docteur Morton dit que le docteur Jackson avait refusé d'encourager la découverte ou d'aider à la mettre en avant : en conséquence, il irait voir le docteur Warren, et il ferait introduire la découverte dans l'hôpital général de Massachusselts... Il sortit et rentra peu de temps après, déclarant que le docteur Warren était convenu de lui offrir l'occasion d'employer la vapeur, aussitôt que la chose se pourrait faire dans l'hôpital.
Pendant plus de quatre semaines après notre première expérience, on savait parfaitement, et l'on disait souvent, dans le cabinet, que le docteur Jackson repoussait toute participation, tout titre ou intérêt dans la découverte : il ne s'est jamais trouvé dans le cabinet du docteur Morton pendant toutes nos expériences, à ce que je sache, jusqu'au 21 octobre; et je n'ai jamais eu connaissance que le docteur Mortçn se fût consulté avec le docteur Jackson autant
qu'avec bciucoup d'aulres, ou aulremeni qu'une seule fois : signé, Grenville G. Hayden.
Elat de Massachussells ; comté de Suffolk.
Boston ai juillet 1847.
Le sus-nommé Grenville G. Hayden a comparu en personne, et duement assermenté, il a certifié sous serment, la fidélité de la déclaration ci-dessus qu'il a signée : Devant moi : signé, William Whiting, juge de paix.
" Nous soussigné, consul de France à Boston, certifions » que la signature apposée ci-dessus est véritablement celle » de M. William Whiting, juge de paix en la vdle de Boston » ùo il exerce cette fonction, et que foi doit y être ajoutée » tant en jugement que hors. En témoignage de quoi nous " avons signé les présentes , el y avons apposé le sceau du » consulat de France; Boston, le 31 juillet 1847; et plus bas, " ainsi signé avec paraphe et le timbre [officiel en marge: » Max. Isnard : ( solvit. Reçu 12 fr. 50 cent. § 2, 37 1;2. n° 58 du tarif ). »
Boston, le 25 mars 1847.
Je soussigné William P. Leavilt , demeurant à Boston, dans le comté de SuCfolk, état de Massachussells, déclare sous la foi du serment :
Qu'environ huit jours après que le docteur Hayden fut venu pratiquer les opérations de dentiste conjointement avec le docteur Morlon , auprès de qui j'étais alors élève, c'est-à-dire vers le 1" juillet 1846, le docteur Morlon entra dans son arrière cabinet ; il élail forl agité, el il s'écria, en
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proie à une grande animation (autant du moins que je puisse me rappeler ses propres paroles) : « Je le tiens maintenant: A je conduirai mes clients dans le premier salon, et je leur « extraierai leurs dents ; puis je les ramènerai dans l'arrière •> cabinet, je leur poserai un râtelier, et je les renverrai sans « qu'ils aient le moindre sentiment de l'opération. »
Quelques jours après, vers le 1" août 1846, le docteur Morton demanda au docteur Hayden où il pourrait se procurer de l'éther très-pur. Le docteur Hayden l'engagea à en faire demander chez Brewers, Stevens et compagnie. Le docteur Morton m'appela de derrière le paravent, et il me pria d'aller chez Brewers Stevens, et compagnie demander de l'éther pur. Il me dit de garder le silence à cet égard. Il désirait que j'eusse bien soin de ne pas leur laisser savoir pour qui était cet éthers : Brewer, Stevens et compagnie devaient ignorer de chez qui je venais et où j'allais. J'achetai de l'éther sulphurique : je dis à Brewers que je devais l'envoyer à la campagne, et je demandai que la facture fût faite au nom d'une personne demeurant à la campagne : je ne me rappelle pas le prête nom dont je me servis.
Je rapportai l'éther à la maison, et je le donnai au docteur Morton. Quelque temps après, le docteur me pria d'aller chez le docteur Gay et de lui demander si l'éther dissoudrait la gomme élastique, attendu qu'il voulait mettre de l'éther dans une bouteille ou un sac de celte substance. Je partis pour cette visite ; mais je ne pus trouver la résidence du docteur Gay, et le lendemain je fis part du résultat de ma démarche au docteur Morton. Une semaine après, le docteur Morton me dit que si je pouvais trouver un homme ayant une dent à extraire, et qui voulût se prêter à une expérience tout-à-fait inoffensive sur sa personne, il me
donnerait cinq dollars : il me chargea , ainsi que Thomas R. Spear, de celle commission Nous allâmes sur les quais, et nous fîmes la proposition à beaucoup de monde : tout le monde refusait de venir avec nous, de sorte que nous rentrâmes sans ramener personne. Le docteur Morlon me demanda de faire l'essai sur moi-môme ; je refusai : il dit alors, qu'il en avait pris, que cela ne faisait aucun mal , et que s'il désirait en faire prendre à une autre personne, c'était pour constater les effets de ses propres yeux. Le docteur Hayden dit : Thomas en prendra bien : Thomas dit qu'il n'en prendrait pas, qu'il n'avait pas de dent à se faire arracher ; mais il finit par dire : oui j'en prendrai ; et s'adressant à moi : et vous, n'en prendrez-vous pas? — Nous en prîmes tous les deux dans la soirée en l'inhalant sur un mouchoir. Thomas en prit d'abord : je restai auprès de lui : il parut s'assoupir profondément, laissant glisser le mouchoir ; lorsqu'il reprit connaissance, il était très-agité-, je fus obligé de le tenir sur le fauteuil. Revenu à lui, il paraissait enchanlé des sensations qu'il avait éprouvées , si enchanlé qu'il ne trouvait pas d'expressions pour les définir. Il me persuada d'en inhaler moi-môme ; je lui dis que je le ferais s'il quittait la salle : j'en pris, les effets furent presque les mêmes; ainsi signé : William P. Leavitt.
Suffolk, 13 août 1847. Attesté sous serment devant moi William Whitiiig, juge de paix.
" Nous soussigné, consul de France à Boston, certifions » que la signature apposée cidessus est véritablement celle •■ de M. William Whiting l'un desjugesde paix de la ville de •• Boston : et que foi doit y ôtre ajoutée tant en jugement » que hors. En témoignage de quoi, nous avons signé les
<> présenlos, et y avons apposé le sceau de ce consulat. '• Boslon, le 14 août 1847 ; ainsi signé avec paraphe et le » timbre ofliciel en marge : Max. Isnard. » (Solvil. Reçu 12f. 50cent.,§2,37 \fè n" 58 du tarif).
Boston, le 25 mars 1847.
Je soussigné Thomas R. Spoar, Junior, demeurant à Boston, dans l'état de Massachussetts, déclare que vers le 1" août 1846, à la demande du docteur Morton , j'inhalai une partie de l'éther sulfurique que William P. Leavilt avait rapporté de chezBiewers, Stevens et compagnie, dans une fiole demi (John), dans le cabinet du docteur Morton.Les autres aides du cabinet, craignaient de le prendre; mais ayant pris moi-même ce que je pensais être la même chose, auparavant , à l'Académie de Lexington, je n'hésitai pas à le prendre lorsque je sus ce que c'était.
Environ huit jours après que l'éther avait été acheté chez Brewers, Stevens et compagnie, le docteur Morton attendait quelques personnes dans son cabinet pour être témoins de l'expérience : il m'offrit de l'argent si je voulais venir et inhaler l'éther. J'allai chezmoi; je consultai mes parents; ils m'engagèrent à ne pas y aller. J'avais souvent entendu dire au docteur Morton que lorsqu'il aurait complété son invention pour l'extraction des dents sans douleur, il serait content.
Après que le docteur Hayden fut venu s'inslaller au cabinet, le docteur Morton sembla tout-à-fait absorbé par les travaux de sa découverte : il avait un grand nombre de bouteilles, un sac de gomme élastique, etc. , etc.; il s'en servait pour ses expériences dans la petite chambre attenant au cabinet: souvent il s'y renfermait.
Le docteur Morton m'offrit cinq dollars si je pouvais lui amener à son cabinet quelqu'un qui consentit à se prêter à l'expérience, et à qui l'on enlèverait une dent pendant qu'il se trouverait sous l'influence du gaz : en conséquence, j'allai avec M. P. Leavitt, faire un tour sur les quais, cherchant quelqu'un pour l'expérience : nous ne trouvâ:r,es personne disposé à tenter l'expérience.
Signé : Thomas R. SpëAR, Junior.
Élat de Massachussells, comté de Suffolk : Boston, 3i juillet 1847.
Le susnommé Thomas R. Spear Junior, a com|)aru en personne devant moi; et après avois prêté serment en due forme, il a attesté la fidélité de la déclaration ci-dessus par lui signée.
Devant moi : Signé William Whiting, juge de paix.
« Nous soussigné d'autre part. Consul de France à Boston, >• certifions que la signature apposée ci-contre est véritable- » ment celle de M. William Whiting, juge de paix de la ville » de Boston, où il exerce cette fonction, et que foi doit y être » ajoutée tant en jugement que hors. En foi de quoi nous » avons signé les présentes et y avons apposé lesceau^du Con- » sulat de France : Boston, le 31 juillet 1847; et plus bas ainsi » signé avec paraphe et le timbre officiel en marge : Max. ISNARD.» (Solvit.Reçu 12 fr. 50, § 2. 37 1i2, ri. 58 du tarif).
Boston, 25 mars 1847.
Je soussigné, Francis Whitman, demeurant à Boston, dans le comté de Suffolk, état de Massachussetts, élève dentiste, déclare sous la foi du serment ce qui suit :
J'ai souvciil entendu Jire au docteur iMurton qu'il avait découvert un moyen pour extraire les dents sans douleur. Cette découverte paraissait être le sujet de ses éludes et de ses investigations pendant la majeure partie de l'année dernière, 1846. Un jour (c'était, je crois, avant juillet 1846), le docteur Morton parlant des améliorations et perfectionnements qu'il avait introduits dans sa profession, et d'un perfectionnement en particulier, disait que s'il pouvait seulement extraire les dents sans douleur, il ferait beaucoup de bruit dans le monde. Je répondis que j'avais peine à croire que cela pût se faire. Il dit qu'd croyait la chose possible, et qu'il trouverait bien quelque chose pour arriver à ses fins.
Dans sa conversation en juillet, le docteur Morton disait qu'il faisait entrer ses patients par une porte, qu'il leur en levait leurs dents sans douleur et sans qu'ils s'en doutassent, puis il les faisait passer dans un autre salon où il leur posait un râtelier.
Je me rappelle avoir vu un jour le docteur Morton enlrei dans le cabinet tout radieux ; il s'écriait : je l'ai enfin trouvé: et désormais je pourrais extraire les dents sans douleur, je ne me rappelle pas ce qui suivit; mais quelque temps après, il voulait que l'un de nous prit de l'éther et il envoya Thomas et William en ville, afin de chercher un homme qui consentit à ce que l'expérience se fit sur sa personne. Après tout cela, le docteur Hayden engagea le docteur Morton à consulter quelque chimiste relativement à celte découverte. A la demande du docteur Morton, j'allai m'informer si le docteur Jackson était de retour (il n'était pas en ville à ce moment) ; on me dit à son domicile qu'il était encore absent.
Je dis au docteur Morton que je savais ce qu'avait acheté William, et j'ajoutai que c'était de l'éther chlorique. Le doc-
teur Morton dit qu'il voudrait bien savoir si l'ôlher dissoudrait la gomme élastique et il envoya William P. Levant chez le docteur Gay pour s'en informer.
Vers cette époque, le docteur Morton me pria de me procurer des ouvrages ?ur la chimie et de voir ce que l'on y disait de l'éther. Je le fis et je lui donnai lecture de ce que j'avais trouvé. Je crois qu'il alla voir chez Burnett s'il ne pourrait pas trouver quelque chose à cet égard.
Après que les journaux eurent parlé pour la première fois de la découverte, j'allai voir lo docteur Jackson qui me parla de quelques-unes des annonces faites dans les journaux; mais immédiatement après, il dit que peu lui importaient les annonces que faisait faire le docteur Morton, si son nom, à lui, n'y figurait pas. Huit ou quinze jours après celte conversation, j'allai voir le docteur Jackson qui me demanda comment cela allait avec le gaz-, je lui répondis: mais cela va parfaitement. Il me dit : je ne savais pas l'effet que cela ferait dans l'extraction des dents, mais je connaissais bien les effets de lelher au collège sur les élèves, puisque la Faculté dût demander un certificat à un médecin à l'effet de constater que son usage leur était nuisible, afin de les empêcher d'en user ; mais, répélail-il, je ne savais pas du tout ce que cela pourrait faire quant à l'extraction des dents : Ainsi signé : Francis Whitman.
Etats de Massachussets, Comté de Suffblk.
Boston, 31 juillet 1847.
Le susnommé Francis Whitman a comparu en personne
el dûment assermenté ; il a attesté la fidélité de la déclaralion ci-dessus par lui signée.
Devant moi, Ainsi, signe William WH1TI^G, juge de paix.
-• Nous soussigné, d'autre part, Consul,de France à Boston, •' certifions que la signature apposée d'autre part de ces pré- » sentes, est véritablement celle de M. William Wliiting, " juge de paix en la ville de Boston, où il exerce celte fonc- » tion, et que foi doit y être ajoutée tant en jugement que » hors. En foi de quoi nous avons signé les présentes et y ■> avons apposé le sceau du consulat de France,
«Boston, le 3t juillet 1847 : Ainsi signé avec paraphe et » le timbre officiel en marge: Max Isnard. » — (Solvit; reçu : 12 f. 50 c. , § 2, 37 1/2. n° 58 du tarif).
30 Court-street, vendredi, 4 juin 1847.
A Monsieur Ed. Warren.
Monsieur, en lisant la brochure que vous avez bien voulu m'envoyer, je me trouve connaître un fait avancé par un des déclarants. Dans une controverse si intéressante pour le public et si importante pour les parties, je crois que tout le monde a droit à tous les renseignements que chacun peut avoir entre les mains. Je me rappelle parfaitement que les docteurs Morton et Hayden se présentèrent à mon cabinet dans un après-midi de l'été dernier (en me référant à mes registres, je trouve la date certaine du 31 juin 1846).
Ces messieurs voulaient que je leur rédigeasse un (raité. Ils me firent part de leurs intentions; les voici en substance : Le sieur Hayden devait quitter son établissement pour aller s'installer dans celui du sieur Morton et y prendre l'entière direction des travaux qui s'y exécutaient pour la partie mécanique de l'art du dentiste- Les affaires devaient se faire an nom du docteur Morlon, qui serait responsable vis-à-vis du public; mais le docteur Hayden se chargerait des travaux. Le docteur Morton serait libre de travailler et de diriger ou ordonner les travaux à son gré, mais il ne serait pas tenu de ce soin. Sur ce point, le docteur Morton était très-explicite, .se réservant le droit de contrôler ou travailler quand bon lui semblerait et lorsqu'il lui plairait, mais s'affranchissant personnellement de toute obligation de le faire. Le docteur Hayden devait recevoir, à titre d'indemnité, une large part du bénéfice dans les affaires.
Le docteur Morton était venu quelquefois chez moi pour affaires, et je connaissais un peu les siennes. Je savais qu'il s'occupait presque exclusivement de la partie mécanique de l'art du dentiste; qu'il y avait consacré son temps el son attention avec beaucoup d'énergie; que c'était sur cela qu'il comptait pour ses succès et même pour sa subsistance. Par ce motif, j'eus quelque peine à bien saisir les intentions des parties; je rédigeai deux ou trois projets de traité : aucun n'était satisfaisant. A la fia, le docteur Morton s'expliqua plus catégoriquement : il me dit que son but était de s'affranchir de toute obligation de travailler et de toute responsabilité autant que possible, attendu qu'il voulait donner toute son attention à une autre matière. En conséquence, le traité fut rédigé dans ce sens : ce paraissait élre l'unique objet que se proposassent les parties. J'ai trouvé parmi mes
papiers le duplicata du traité : je l'ai sous les yeux. Il est en ilate du 30 juin I846; il a été fait et passé en due forme ledit jour par les parties en ma présence.
Voilà tout ce que je puis dire, si ma mémoire est fidèle ; reste encore une chose que je ne citerai pas à titre de souvenir très-distinct, mais bien comme une très-forte présomption. J'ai la forte présomption que le doct. Morton, vers ia fin de la conférence, trouvant que je ne saisissais pas assez vivement son intention d'abandonner ses affaires en la manière précitée, après avoir déclaré, comme je l'ai rapporté, qu'il désirait donner son attention à autre chose, ajouta que c'était une chose de grande importance se rattachant à sa profession ; et à cet égard, il pensait faire quelque chose de très-remarquable.
Sur ce dernier point, je n'entends pas faire une déclaration catégorique; mais, en bonne justice, je ne saurais m'empêcher de dire que j'ai une très-forte présomption à cet égard .
Je crois devoir ajouter que je fais ces déclarations spontanément et sans y être poussé par personne. J'avais tout à fait oublié la chose, lorsqu'on lisant hier votre brochure, j'ai senti se réveiller mes souvenirs. Si j'avais eu connaissance de la controverse, et su ce qu'il en était, ou si le doct. Morton ou le doct. Hayden m'avaient pris à partie, j'aurais pu faire la présente communication avant que votre brochure n'eût paru. Toutefois, elle ne fait que corroborer ce que vous avez déjà publié.
Votre obéissant serviteur.
Signé : RICHARD H. DaNA junior.
(Poft-scripium). Samedi matin': Plus de doute dans mon
esprit sur l'exaclilude et la fidélité de mon impression. Hier au soir après avoir écrit ma lettre, j'ai rencontré un ami, chirurgien-dentiste et membre de la Société médicale de celte ville : je lui ai fait part du sujet dont traite ma présente lettre. Il m'a dit : Vos souvenirs vous servent parfaitement bien: du l^'au Sjuillet, vous êtes venuchezmoi pour une opération de dents (nous avons eu moyen de vérifier la date), et, dans le cours de la conversation, vous m'avez dit que le docteur Morlon travaillait à quelque chose qui, lors de son apparition, étonnerait le public et ferait une entière révolution dans la pratique de l'art du dentiste.
Ce monsieur s'est rappelé la conversation, parce qu'elle avait trait à sa profession. Lorsque l'annonce du doct. Morlon a paru, pendant l'automne, il s'est dit immédiatement : Voilà probablement ce à quoi, cet été, l'on me disait que travaillait le docteur Morton. Je ne doute pas que ce monsieur ne s'empressât de certifier ceci s'il en était besoin.
Votre très-humble serviteur.
Signé : R.-H. DaNA junior.
Boston, 30 septembre 1846.
Le présent est à celle fin de certifier que je me suis adressé au docteur Morton, ce soir à neuf heures, souffrant du plus violent mal de dents. Le docteur Morton a pris son mouchoir de poche, il l'a saturé d'une préparation à lui ; je l'ai aspiré pendant environ une demi-minute, et je me suis endormi. Un instant après, je me suis réveillé, et j'ai vu ma dent par terre sur le parquet. Je n'ai pas ressenti la moin-
(Ire Joulenr. J'ai passé encore vingt minutes dans son cabinet, et je n'ai ressenti aucun effet désagréable à la suite de l'opération.
Ainsi signé : Eben H. Frost, 42, Prince-Street, à Boston, — Nous avons été témoins de l'opération ci-dessus. Le
certificat est exact sous tous les rapports : il y a plus , l'homme a demandé où était sa dent, ou si elle était extraite.
Ainsi signé : A.-G. Tenny, bureau du journal ; H.-G. Hayden, chirurgien-dentiste.
Boston, 30 septembre 1846.
Correspondance entre les chirurgiens de l'hôpital général de Massachussells et M. Galeb Eddy.etM.R.-H.Eddy.
Boston, 18 mai 1847.
A MM. Caleb Eddy, et R.-H. Eddy.
Messieurs, les soussignés ayant appris que vous êtes en possession de détails importants sur la découverte de la nouvelle propriété de l'élher sulfurique et de son histoire subséquente , désirent qu'à vos prochains loisirs vous leur fournissiez des explications sur la matière, de nature à jeter du jour sur une question si importante. Ils vous seront obligés de dire comment les noms du docteur Charles T. Jackson et du docteur W.-T-G. Morton ont été associés dans le brevet, en énonçant la part de chacun (suivant votre
opinion) dans la découverte, et tous les autres faits que vous voudrez bien communiquer, tendant au même but.
Ainsi Jigree: Geo. HAYWA.RD ; S.-D. Townsend, Samuel Parkman, chirurgiens de l'hôpital général de Massachussetts.
Boston, le 34 mai 1847.
Aux docteurs George Hayward, S. D. T. Tonwsend, Samuel Parkman, Henry J. Bigelow, chirurgiens de l'hôpital général de Massachussetts.
Messieurs, vos honorées lettres du 18 et 20 mai adressées à moi et à M. R. H. Eddy nous sont parvenues. Présumant que toute réponse émanée de moi sera rendue publique, je ferai remarquer que sans la circonstance qu'il ne paraît pas aujourd'hui possible que la controverse engagée entre les docteurs W. T. G. Morton , et C. T. Jackson soit arrangée par un arbitrage mutuel, à cause du refus de ce dernier d'en saisir des arbitres, je ne serais pas disposé à faire le récit de ce qui esta ma connaissance au sujet de cette découverte. Je ne voudrais pa-; dépouiller le docteur Jackson d'un honneur auquel il pourrait avoir des droits acquis : et je n'ai pas autre chose en vue que le désir de voir celui à qui le monde doit en réalité cette découverte, recevoir la récompense à laquelle il a de justes titres.
Dans la soirée du vendredi 23 octobre 1846, le docteur Charles T. Jackson vint me voir. Dans la soirée, je lui demandai des détails sur la nouvelle découverte qui avait pour but d'empôchpr la douleur dans les opérations chirurgicales.
Il me dit que le docteur W. T. G. Morton était venu vers la fin du dernier mois lui demander à emprunter un sac à gaz ( Gas bag) : il devait, disait-il (lui, le docteur Morton), s'en servir pour administrer l'air atmosphérique, ou autre chose à une dame, afin de calmer ses craintes et de pouvoir lui enlever une dent. Le docteur Jackson dit au docteur Morton que ses instruments étaient dans son atelier etquH faudrait une certaine peine pour se les procurer. Le docteur Morton lui dit alors : « Je veux faire de l'effet sur l'imagination de " la personne, à peu près comme en raconte que l'on agita « l'égard d'un criminel condamné à la peine de mort. On « faisait couler de l'eau chaude sur une partie de son corps " blessée ou lacérée, pendaut que ses yeux étaient bandés. » Le docteur Jackson dit au docteur Morton : « Celte épreuve échouera, et vous vous rendrez ridicule : vous feriez bien mieux de faire aspirer à cette dame un peu d'éther (si vous pouvez la décider à l'inhaler) ; avec cela, vous l'endormirez ; alors vous pourrez extraire sa dent : elle ne pourra pas se défendre, elle ne vous empochera d'agir par aucune résistance; le docteur Morton lui fit alors des questions sur le danger et le mode d'emploi de l'élher. Le docteur Jackson lui dit : vous pourriez saturer d'éther une éponge ou du drap et l'appliquer à sa bouche ou à son nez. Lorsque le docleur Jackson m'eut raconté cela, je lui dis : Docteur Jackson, saviez-vous à cette époque qu'après qu'une personne avait inhalé de l'étheret qu'elle était endormie, on pourrait entamer sa chair avec un couteau sans qu'elle ressentit aucune douleur. Il me répondit : non; Morton non plus. C'est un étourdi de faire ce qu'il fait; il pourrait bien arriver qu'il tuât quelqu'un. — Voilà tous ou presque tous les détails importants qui me reviennent en mémoire, au sujet de cette
découverte, antérieurement à la demande de brevet dans laquelle furent associés les noms des docteurs Morton et Jackson. Je suis respectueusement votre obéissant serviteur.
Signé Caleb EDDY.
Etat de Massachussetts, Comté de Suffolk, ville de Boston.
Savoir faisons que ce vingt-neuvième jour de mai, an du Seigneur mil-huit-cent-quarante-sept, devant moi, notaire public soussigné dans et pour lesdits comté et ville, duement accrédité et assermenté , a comparu Caleb Eddy ; et il a certifié, sous serment solennel, que la déclaration cidessus par lui signée est fidèle. Ledit Caleb Eddy est bien connu de moi comme étant l'un des habitants les plus recommandables et dignes de foi de ladite ville de Boston.
En foi de quoi, j'ai ci-dessous apposé mon seing et mon timbre officiel. Signé 3. P. Bigelow , Notaire Public.
Boston, 32 mai 1847.
Aux docteurs Geo. Hayward, S. D. Townsend, Samuel Parkman, H. J. Bigelow, chirurgiens de l'hôpital-général de IMassachussetts.
Messieurs, j'ai reçu vos lettres des 18 et 20 courant : vous me dites savoir que je possède d'importants détails sur la découverte de la nouvelle propriété de l'élher sulfurique et son histoire subséquente; et vous exprimez le désir que je fournisse sur la question des renseignements de nature à jeter du jour sur celte matière importante : vous voulez aussi que je dise comment les,noms des docteurs G.T.Jackson
son et W. T. G. Morton so trouvent ensemble dans le brevet et suivant moi qu'elle serait la part de chacun d'eux dans cette découverte ; puis enfin les autres faits qu'il me plairait énoncer tendant au même but.
Les relations amicales qui, pendant nombre d'années, ont existé entre moi et le docteur C. T. Jackson, m'ont fait jusqu'ici m'abstenir de publier beaucoup de faits relatifs à la récente découverte du nouvel effet de l'éther sulfurique. J'espérais voir réglé devant un tribunal impartial le différend entre lui et le docteur W. T. G. Morton, tribunal devant lequel les preuves produites par les deux parties auraient pu être soumises à un rigoureux examen, afin que la vérité pût se faire jour et que stricte justice fût faite à celui des prétendants auquel eiit été attribué par ce tribunal le principal mérite de l'initiative de cette découverte. J'ai instamment recommandé au docteur Morton, toutes les fois que l'occasion s'est offerte, d'engager le docteur Jackson à soumettre à la voie arbitrale îa question de la découverte. En conséquence, j'avais été charmé d'apprendre qu'une proposition de cette nature, faite par le docteur Morton avait été prise en considération par le docteur Jackson. Je vois cependant que mes prévisions ne se sont pas réalisées. Le docleur Jackson, après avoir consenti à en référer, et après av^jir différé longtemps de convenir d'un arbitre compétent, a (à ce que j'ai appris), refusé positivement de soumettre ses prétentions à un juste arbitrage. Dans ces circonstances, je crois de mon devoir de vous faire connaître quelques faits. Mes occupations ne me permettent pas de vous tracer l'historique détaillé de beaucoup de choses, ayant trait à l'affaire, observées par moi . Je vais donc lâcher de me borner à vous dire simplement ce dont j'ai été témoin, depuis l'époque où
j'ai commencé à entendre parler de la découverte jusqu'à celle de la demande d'un brevet dans ce pays.
A quelques jours du 30 septembre 1846 (le l"^' oclobre, à ce que je crois), le docteur W. T. G. Morton vint me voir à mon cabinet. Il m'annonça avoir fait une importante découverte au moyen de laquelle il pourrait extraire les dents sans douleur ; il désirait savoir de moi s'il pourrait s'assurer cette découverte par un brevet. Après lui avoir dit qu'il fallait qu'il s'expliquât sur la nature de la découverte , avant que je pusse lui donner une opinion catégorique, il m'informa qu'il employait l'élher sulfuriqueen l'administrant à l'état de vapeur par l'inhalation. Il médit avoir extrait une dent sans que le patient eut eu le sentiment de l'opération ; en s'éveillant de son sommeil cet homme était tiès-étonné de voir sa dent sur le parquet. Je dis au docteur IMorton qu'en ce qui regardait la question du brevet appliquée à la découverte, j'avais quelques doutes; mais je lui promis d'examiner la loi et de feuilleter les diverses décisions légales touchant les brevets; puis je lui ferais part du résultat. Depuis lors je ne vis plus le docteur Morton qu'une seule fois jusqu'au mercredi 2t octobre. Dans l'intervalle, j'avais lu plusieurs articles dans les journaux sur les expériences faites à l'hôpital généralldeMassachusselts, et j'avais compris, d'après les paroles du docteur Charles T, Jackson, qu'il avait eu quelque participation, avec le docteur Morton, à la découverte. Mes réflexions à ce sujet me firent croire qn'un brevet pourrait être obtenu dans ce pays; et le 21 octobre, le docteur Morton étant venu me voir, je l'en informai. Je lui dis que d'après ce que m'avait dit le docteur Jackson , je considérais la découverte comme coUeelive, et que s'il était demandé un brevet, ce devait être conjoin-
lement par lui et le docteur Jackson. En donnant cet avis, j'étais sous l'impression de la croyance ( d'après les déclarations du docteur Jackson], que ce dernier avait suggéré au docteur Morton l'idée de faire des expérimentations avec l'éther; et que le docteur Morton, sans la présence ou la nouvelle assistance du docteur Jackson, avait démontré d'une manière pratique l'efficacité de l'élher pour anéantir la douleur. Sur ce, voici le raisonnement que je faisais ; si le docteur Morton avait tenu la découverte secrète, ni le docteur Jackson, ni le monde n'auraient eu connaissance du résultat ; ou, en d'autres termes , si le docteur Morton n'avait pas fait son expérience, la découverte n'aurait pas pu avoir lieu; et aussi, si le docteur Jackson n'avait pas donné au docteur Morton l'idée d'employer Télher, ni le docteur Morton, ni le monde n'auraient connu la découverte. Je trouvais là tout le caractère d'une invention ou découverte collective. Le docteur Jackson m'avait dit qu'il n'avait jamais pratiqué d'opération chirurgicale sur une personne soumise à l'influence de l'élher inhalé.
Le docteur Morton, à qui je communiquai mes remarques, me dit qu'il ne savait pas de quel droit le docteur Jackson serait intéressé dans le brevet, attendu qu'il était convenu avec lui de le rémunérer complètement, pour tous les conseils qu'il pourrait lui avoir donnés. Afin de me pénétrer plus complètement de la position du docteur Jackson vis-à-vis de cette découverte, et de la convention entre lui et le docteur Morton, j'allai voir le docteur Jackson le lendemain matin. Je ne saurais me rappeller les termes précis de notre conversation ; mais en voici la substance : le docteur Jackson m'apprit qu'aux termes des lois (ou statuts) de la Société médicale de Massachusselts, il ne pouvait pas.
se concerter avec le docteur Morton, à l'effet de prendre un brevet, sous peine d'être expulsé de la Société, s'il le faisait. 11 ajouta qu'il se proposait de réclamer 500 S. au docteur Morton pour les conseils qu'il lui avait donnés. Le docteur Morton avait accédé à celte demande. Il ne désirait voir son nom associé à celui du docteur Morton en aucune manière : le docteur Morton pouvait bien prendre un brevet si cela lui faisait plaisir, ou eu faire ce qu'il voudrait. Je le pressai de questions sur l'assistance par lui donnée au docteur Morton : je lui demandai s'il avait jamais fait des expériences pour démontrer d'une manière pratique que l'inhalation de l'éther devait empêcher la douleur pendant une opération chirurgicale. Sa réponse fut négative. J'ai la persuasion, qu'à ce moment, lo docteur Jackson regardait toute l'affaire comme étant de mince valeur ou de peu d'importance. Ma conversation avec lui m'a suggéré cette idée. 11 pensait que le docteur Morton pourrait en tirer quelque parti dans l'exercice de sa profession de dentiste; et il consentait à ce qu'il en fit ce qu'il voudrait, pourvu qu'il n'associât pas son nom à celui du docteur Jackson. Je demandai au docteur Morton s'il était convenu de donner 500 dollars au docteur Jackson , pour ses services, et aussi pour désintéresser le docteur dans la découverte; il me dit que oui, et qu'il était convenu de le payer au taux de dix pour cent sur la vente des hcences, jusqu'à parfait payement des 500 dollars.
I^e vendredi soir 23 octobre, en rentrant du théâtre, je trouvai le docieur Jackson en conversation avec mon père Caleb EJdy, Esquire . il m'attendait. Dans celte entrevue je pressai le docteur Jackson de renoncer à ses objections contre une association avec le docteur Morton, attendu que
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j'étais sûr qu'il était dans l'erreur à l'égard de ce que serait laction de la Société médicale-, le docteur Morton ne pourrait pas prendre un brevft sans lui convenablement; en prenant le brevet collectif, il serait certainement réputé inventeur; tandis que s'il agissait différemment, il perdrait tout crédit, comme dans l'affaire du télégraphe magnétique dont il m'avait fait entendre qu'il avait donné l'idée au professeur Morse.
Le lendemain, ou quelque jours après, j'allai voir le docteur Auguste A. Gould pour qu'il me mît au courant de la nature des règlements de la Société médicale. Je le savais ami personnel du docteur Jackson et lui voulant du bien : il m'exhiba la copie des statuts ; j'y vis qu'ils ordonnaient seulement qu'aucun membre ne fit le commerce des remèdes secrets {secret remédies). Cet examen me fit voir qu'il n'y avait pas d'obstacle à ce que le docteur Jackson prît un brevet pour toute invention qu'il pourrait l'aire, attendu que la découverte cesserait d'être secrète aussitôt qu'elle serait spécifiée dans un brevet. I^e docteur Gould partageait mon opinion. Après avoir rédigé la spécification, je la soumis au docteur Jackson qui l'approuva complètement. Je la recopiai de manière à ce qu'elle put être signée et certifiée sous serment par les parties.
Je demandai au docteur Morton de permettre que j'insérasse dans la convention écrite à intervenir entre lui et le docteur Jackson, la clause de dix pour cent sur toutes ventes de licences, au lieu de dix pour cent jusqu'à ce que la somme à payer eut atteint 500 d. Je l'engageais être généreux vis-à-vis du docteur Jackson en lui faisant honneur et en lui donnant une chance de bénéfice. Ici, j'étais animé par un sincère désir de faire du bien au docteur Jackson,
pendant qu'en même temps je pensais remplir mon devoir vis-à-vis du docteur Morton , puisque je croyais de son intérêt d'agir ainsi. Je pensais que la science en chimie du docteur Jackson pourrait servir à améliorer l'article employé, ou que le docteur pourrait produire une qualité d'éther meilleure que celle qui pourrait se trouver en vente ; que son association avec le docteur Morton donnerait immédiatement du relief à la découverte, et que ses conseils à l'avenir pourraient être très-utiles au docteur Morton.
Mes idées parurent sourire au docteur Morton qui y souscrivit.
Je dois ici faire la remarque que le docteur Morton ne m'a jamais parlé d'expériences que j'ai, depuis, appris avoir été faites par lui , avant qu'il reçut à cet égard des conseils du docteur Jackson. Je puis facilement expliquer cela : je l'ai très-peu vu du 21 au 27 octobre, ce dernier jour étant celui où les parties passèrent les actes pour la, demande du brevet.
Le docteur Morton était si absorbé par sa découverte et les affaires de sa profession de dentiste que je trouvai très-difficile, pour ne pas dire, impossible d'avoir une audience de lui. Son cabinet était constamment assiégé pardes personnes qui venaient le consulter pour affaires de sa profession et pour d'autres choses. Si le docteur Morton, à cette époque , m'avait dit ce que j'ai lu depuis dans les afjidavits ( Déclarations sous serment ) du docteur G. -G. Hayden , et de MM. W. P. Leavitt, T.-R. Spear et F. Whitraan , je suis certain que je ne lui aurais jamais donné le conseil d'associer le docteur Jackson dans la découverte ou le brevet, parce que j'aurais penséqueson intimité amicaleavecledocleur Jackson l'avait amené à lui faire visite , comme étant la plus facile manière d'obtenir certains renseignements chimiques, au
sujet de l'éther et de ses propriétés, qui auraient pu se trou* ver dans les divers traités de chimie ou de médecine que le docteur Morton ne pouvait pas avoir sous la main.
J'aurais considéré que l'idée de faire usage de l'éther appartenait, dans le principe, au docteur Morton: que par l'apphcation pratique il avait découvert que l'éther pouvait anéantir la douleur produite par les instruments de chirurgie : que , le premier, il l'avait annoncé, et cela dans des circonstances toutes spéciales, dans lesquelles il avait développé beaucoup de cette remarquable énergie de caractère que l'on voit souvent être l'apanage des|plus grands inventeurs, généralement obligés de lutter contre le puissant obstacle des risques et des difficultés, avant de pouvoir persuader le public de l'importance de leurs découvertes. Dans ces vues, je n'hésite pas à affirmer que j'en ai altiibué la découverte au sieur Morton.
Le mardi matin, 27 octobre, les docteurs Morton et Jackson firent et passèrent les actes pour le brevet américain. Pendant que le docteur Jackson passait de son cabinet dans le mien, je lui appris que j'avais vu le docteur Gould qui m'avait montré les statuts de la société médicale. L'opinion du docteur Gould et la mienne étaient conformes quanta la manière d'entendre ce que ces statuts dénommaient la prohibition de remèdes secrets, cela ne pouvait pas s'appliquer aux remèdes brevetés, attendu que ces derniers ne pouvaient pas être secrets. Il me dit : « Eh bien ! si c'est l'avis du docteur Gould, cela me suffit. » Je ne vois pas d'inconvénients à signer les papiers avec le docteur Morton ; je crois rappeler ici, sinon exactement, au moins presque littéralement, les paroles du docteur Jackson.
Je dois faire remarquer que j'avais trouvé le docteur
Jackson imbu d'anciens et vains préjugés' contre les brevets , et je m'efforçai de les combattre; j'y parvins si bien que plus tard il m'apprit qu'après en avoir conféré avec un chimiste distingué du sud, il était bien décidé à garantir de cette manière toute invention qu'il pourrait faire par la suite; d'accord avec ces idées, il m'envoya la spécification d'un nouveau parfectionnement dans la préparation d'un certain article pour objetsconcernant la profession de dentiste ; il se proposait, à cet effet, de faire faire un cai'catetde prendre un brevet. Sa répugnance à s'associer au docteur Morton, dans un brevet, ne venait pas d'une disposition à moi manifestée de donner au public l'usage gratuit de la découverte ; fon objection principale contre la prise d'un brevet venait de ses hypothèses quant à l'action que pourrait exercer la société de médecine de Massachussetts.
Enfin, je dois faire observer que j'ai pris à tâche d'exposer quelques faits relatifs à la découverte de l'effet de l'cther sulfurique dans les opérations chirurgicales. Ce faisant, je n'ai pas d'autre but que celui de rendre justice à qui de droit. Peu m'importe à qui le monde pourra, en dernière analyse, accorder le mérite d'être son bienfaiteur pour l'avoir doté de cette grande découverte. Le docteur Jackson a été personnellement mon ami pendant bon nombre d'années; je n'ai, comparativement, que peu connu le docteur Morton, je ne l'ai pas jamais vu ni connu avant de lui avoir été présenté, lorsqu'il résidait dans la famille du docteur Jackson. Mes sympathies devaient naturellement me faire pencher du côté du docteur Jackson ; mais l'amitié personnelle, le caractère privé, ou les capacités scientifiques sont des choses qui (à ce qu'il me semble), ne doivent pas prévenir^
ni moi ni aucun autre, pour ou contre, l'un ou l'autre des prétendants, lorsqu'il s'agit de juger des mérites de leurs prétentions respectives.
Je vous salue respectueusement.
Signé R. H. Eddy.
Etat de Massachussetts , comté de Su^olk, ville de Boston, 18 juin 1847,
Le sus-nommé R. H. Eddy a comparu en personne; et dûment assermenté, il a déclaré que ses assertions contenues dans la lettre ci-dessus, signée par lui, sont exactes, autant que sa mémoire le puisse bien servir, et autant qu'il le sache et le croie.
Devant moi.
Signé J. P. BiGELOW, juge de paix.
» Nous soussigné d'autre part, consul de France à Boston, » certifions que la signature de M. J. P. Bigelow, apposée » ci-contre de ces présentes est véritablement la sienne, et » qu'il est juge de paix en la ville de Boston, où il exerce » cette fonction, et que foi doit y être ajoutée tant en juge- » ment que hors. En témoignage de quoi nous avons signé » les présentes, et y avons apposé le sceau du consulat de » France. A Boston , le Sijuillet 1847; et plus bas, ainsi » signé avec paraphe et le timbre officiel en marge. Max.