‹ Mémoire sur la digitaline et la digitaleChapitre 11 sur 41 · HUTCHINSON · texte numérisé non relu

HUTCHINSON

Cet auteur admet, comme Sanders cl Joerg, une propriété d'accélération primitive du pouls dans la digitale, et consécutivement une action ralentissante.

Il a employé la digitale en teinture alcoolique, généralement à très haute dose, comme on va le voir. Le Journal des progrès rapporte quatre observations, dont trois laites sur l'expérimentateur en état de bonne santé, et une sur un malade.

Le but de lîutcliinson, du moins dans ses premiers essais, a été de déterminer si l'on pouvait entretenir pendant longtemps une excitation de l'économie en employant la digitale à haute dose et à courts intervalles, et si l'on verrait tomber l'action du cœur et des artères au-dessous de sa force ordinaire, bien que la dose du médicament fût portée aussi haut que possible.

Nous ne parlerons que des trois expériences faites sur lui-môme, les doses de digitale n'étant pas indiquées dans l'autre.

Première expérience, — Le 2 février, son pouls étant à 60 (2), l'auteur débute par 2ZiO gouttes de teinture de digitale prises en .quatre fois, à intervalles égaux, dans l'espace de vingt-quatre heures (3); le nombre des pulsa-

(1) De Londres , et prcsentemcnt iDcdcciri en dief du gouvernement de Criiiiéc. [Journ. des progrès, 1827, t. VI, p. 218.)

(2) Nous admettons ce chiffre 60 d'après un passage qui a un sens général, car dans ces expériences de Hutchinson (du moins dans le réiMmd in Journal des progrès), de même que dans beaucoup d'autres, l'état du pouls avant l'expérimentation n'est pas indiqué, ou ne l'est que d'une manière gcncrnle, vague et peu concluante; aussi croyonsnous que le peu de précautions apporté à établir ce point, qui est cependant capital , a souvent contribué à fausser les conclusions dans la question qui nous occupe.

(3) La teinture employée par Hutchinson était d'environ un tiers moins forte que celle du Codex français, de sorte qu'il faut compter vingt-

lions s'élève successivement , et celles-ci atteignent le chiffre 100 dans la nuit.

Le lendemain, malgré les nausées qui étaient apparues, l'auteur n'en reprend pas moins 180 gouttes de teinture en trois fois et à intervalle de six heures. Sous cette nouvelle influence le pouls est porté dans la journée à 125, et après quarante-huit heures à 150, mais il survient en même temps des vomissements. L'expérimentateur, rendu très malade, est obligé de garder le lit quinze jours, et il lui fallut deux mois pour rétablir sa santé.

Ainsi nous ne trouvons là qu'un effet d'accélération.

Deuxième expérience. — Hulchinson ayant reconnu qu'il avait employé trop brusquement la digitale dans sa première tentative, recommence un autre essai sur lui, avec la même teinture.

Nous ne mentionnerons ici que les jours où l'on a trouvé les pulsations notées; mais l'expérimentateur n'en a pas moins pris le médicament les autres jours, en augmentant progressivement les doses.

Pouls normal présumé, 60.

Aucnu elTt^î marqué les qnaire premiers jours.

Quantité d'urines augmeiilée.

BaUcmenls du cœur plus forts que de coutume.

27 — 180 100. fortes et pleines; sorte d'ivresse, cé-

phalalgie ; urines Jjeaucoup plus aljondantes.

28 — 220 85. DIRicullc de digérer.

nnalrc gonltos à peu prè?, au lieu de dixhuit, pour équivaloir à i milligrammode dig:ilaline ; alors les deux cent quarante gouttes de teinlure prises le premier jour correspondraient à 9 millgrammes de digitaline environ. (Voy. la Table des équivalents à la fin du mémoire.)

Teinture.

Puisât.

ih avril

40 glt.

l/jO

Teinture. Puisât,

29 avril. 220 » Fonctions de Testomac affaiblies ; selles

copieuses et d'apparence bilieuse , urines peu abondantes et foncées en couleur.

30 — 220 80. Dyspepsie et céphalalgie augmentées ;

corps languissant, fatigué; facultés inlellecluelles obtuses et affaissées.

31 — 280 80, Pulsations pleines, fortes; état lan-

guissant du corps , accablement d'esprit.

1" mai. » 85. Pulsations faibles et irrégulières.

Beaucoup de nausées, malaise, pesanteur d'estomac ; légères évacuations muqueuses intestinales. Altération des facultés intellectuelles. —On cesse de prendre de la digitale.

2 mai. A peu près même état que la veille.

3 — 70 puisât. Faible amélioration.

k — 50 à 55. Plein, quoique souple et facile 5 déprimer.

Les fonctions se rapprochent de l'état de santé, quoiqu'il y ait encore peu d'appétit et beaucoup de faiblesse.

Environ une semaine après, le pouls avait repris son rhytlime naturel ; mais il fallut un mois pour que la santé revînt à son état habituel.

Si l'on admet que dans ce cas le chiffre des pulsations à l'état normal était de 60 , comme dans l'expérience du 2 février , nous trouvons, sous l'influence de la teinture de digitale, portée successivement de ^0 gouttes ( environ 2 milligrammes de digitaline) à 280 gouttes (10 milligrammes de digitaline) par vingt-quatre heiires, et toujours administrée de six en six heures par fractions , une augmentation du nombre des pulsations , qui a duré tout le temps de l'usage du remède (quinze jours) ; celles-ci se maintenant en général de 80 à 85, et s'élevant un jour à

A la Un de cette quinzaine, l'action éméto calharlique ,

5JÉ.UUUIE SUR LA DIGITALISE. — ll*^ FART,, § I. 163

déjà annoncée précédemment par quelques signes , fait suspendre la digitale. Alors seulement le pouls baisse , d'abord à 70, puis à 60 , et atteint 50 le cinquième jour.

[ci encore nous voyons un efft^t d'accélération pendant toute la durée de l'administration de la digitale à doses croissantes , et, consécutivement, un ralentissement. De plus, sous l'influence de ces doses énormes continuées avec persistance, il y a eu une action très prononcée sur le cerveau , qui a été affecté à tel point que les facultés intellectuelles , à la fin de l'expérimentation , étaient affaiblies.

Troisiènie expérience. — Nous résumerons cette expérience comme offrant un exemple remarquable de fort abaissement du pouls, et cela dans l'état physiologique ou normal.

Nous admettons toujours 60 comme chiffre des pulsations normales ; le médicament toujours pris en trois fois à six heures d'intervalle.

6 gU. de icinlure. »

— 80 puisai. (1). ,

Ces 20O gouttes de teinture (équivalant à .132 gouttes de teinture française et à 7 milligrammes environ de digitaline ) prises d'une seule fois et dans le but de voir l'effet produit par une forte dose de digitale.

Une heure après, on constate 65 pulsations (on ne dit p^ combien il y en avait avant) dures, pleines ; nausées , malaise dans la région de l'eslomac, et enfin vomissements de matières muqueuses; vertiges , céphalalgie.

(1) Nous n'avons menlionné ici que les jours où nous avons trouvé une indication du nombre des pulsalions; les autres jours, on a pris pareillement de la teinture, à dose progressivement croissante.

12 juillet.

Six heures après, 2S pulsations , souples et irrégulières. Moral accablé , facultés intellectuelles troublées.

27 juillet. 150 glt. de teinture. »

28 — 150 — 58 puisât.

Plus de vomissements , mais toujours de l'accablement musculaire et moral.

L'auteur essayant ensuite l'action simultanée de l'eau de-vie, de l'opium , d'un bain , nous bornons là l'extrait de cette observation, dont nous no voulions prendre que ce qui est relatif au nombre des pulsations sous la seule influence de la digitale.

Dans ces trois observations, l'auteur signale l'augmentation de la quantité des urines , puis , presque toujours , au moment de l'intoxication, la diminution de celle-ci.

Après avoir suivi les modifications du pouls dans sa fréquence, il note aussi, à titre de remarque générale, la persistance de la force et de la plénitude des pulsations , bien que leur nombre diminue.

Ces expériences de Hutchinson ne nous semblent pas prouver grand'chose , pathologiquement parlant , quant à la question de ralentissement ou d'accélération du pouls , à cause des doses énormes de médicament qu'il a toujours employées , et qui sont , comme on le voit, tout à fait au-dessus des limites thérapeutiques ; mais elles sont très importantes au point de vue physiologique, au moins à trois titres différents.

Î^EUes tendent à prouver que les grands ralentissements que l'on a signalés dans les cas pathologiques, sous l'influence de la digitale (voy. plus loin, même paragraphe^, peuvent aussi avoir lieu dans l'état physiologique , puisque nous voyons le pouls descendre ici de 60 à 28 (3'' exp.).

2° Môme remarque pour l'action diurétique: il y a eu augmentation des urines dans les trois cas, du moins dans les premiers temps , et lorsque les symptômes d'irritation gaslro-inlestinale n'étaient pas encore très prononcés.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — îV PART., § I. 165

3" Elles fournissent une nouvelle preuve de la nécessité d'administrer la digitale avec circonspection; car si , chez cet expérimentateur, qui a persisté, il est vrai , avec une puissance de volonté sans exemple , non seulement à prendre , mais à augmenter les doses déjà énormes de teinture de digitale dont il faisait usage, et cela malgré les signes d'irritation gastro - intestinale et le trouble cérébral qu'il éprouvait; si, disons-nous, chez cette personne bien constituée, et dont l'organisation n'était pas altérée par la maladie, les accidents, si pénibles d'ailleurs, ont pu entraîner dos désordres fonctionnels d'une durée assez longue, que serait-ce chez des sujets dont la constitution est détériorée par de longues maladies? On comprend combien pourraient être dangereuses alors ces secousses puissantes imprimées à l'économie, qui, en même temps qu'elles agissent sur le cœur et sur l'estomac , peuvent aussi atteindre le cerveau , c'est-à-dire se porter simultanément sur les trois organes fondamentaux qui président à l'entretien des conditions de la vie! (Voy., au sujet de la nécessité de cette circonspection ,§ II , article Action éméto-cathartiqiie, remarques^ et § YIII.)

Interprétation dioerse des mêmes faits par les deux partis opposés ; observations comparatives.

Dans la question controversée de l'action primitivement accélératrice ou ralentissante de la digitale, il faut dire que l'interprétation donnée par chaque auteur à ses expériences a souvent dépendu d'idées préconçues, soit qu'il eut puisé celles-ci dans des considérations théoriques, soit qu'elles eussent pour base des expériences fautives ou mal interprétées.

De sorte que pour celui qui cherchait dans la digitale un effet d'accélération primitive, il lui suffisait que le pouls eût un jour, un moment, présenté une augmentation

même fort légère dans le nombre , pour y trouver une preuve à l'appui de sa théorie.

De même, celui qui admettait que la digitale produit dans tous les cas un effet de ralentissement, passait quelquefois légèrement sur l'accélération plus ou moins marquée qui pouvait se montrer, attribuant au besoin celleci à la maladie ou à quelque autre cause étrangère à la digitale, et ne méritant pas d'être prise en considération dans l'appréciation des effets du remède.

De sorte qu'en réalité, les faits étant les mêmes dans les expériences des uns et des autres, chacun lésa interprétés suivant le point de vue auquel il s'était placé.

Comme preuve à l'appui de ce que nous disons, nous rapporterons brièvement ici, sous une forme comparative, quelques observations empruntées à des antagonistes dans la question en litige.

Nous ne mentionnerons guère que le nombre de pulsations et la quantité du médicament ingérée : ces deux indications pouvant suffire à l'objet que nous avons en vue en ce moment, l'interprétation diverse d'un même fait, suivant les idées préconçues.

Doctrine de raccélération primitive , observations de Scmders.

Première observation (1). — Homme de quarante-cinq ans, sujet aux catarrhes avec toux , quelquefois suivie de

(1) Ouvrage cité, p. 25 à 31.

Noia. — Dans l'exposilion des deux observations de Sandersqui vont suivre, nous ne rapporlerons que le nombre des pulsations observé cliaque jour avant l'administration du remède, et par conséquent lorsque le malade était sous l'influence de la dose précédente , faisant abstraction de l'accélération que l'auteur prétend avoir observée immédiatement après l'administration du médicament, et dont nous avons parlé au commencement de cette division du paragraphe comme d'une chose erronée, en nous basant sur des expériences réitérées.

vomissements ; n'ayant jamais puni courir ni monter, sans difficulté de respirer. En santé, le pouls battait ordinairement 50 t'ois par minute.

Au début de l'expérience le pouls est à 60.

6 mars. 30 gU. de teinture de digitale en 2 fois. 60 puisât.

Le malade continue de prendre 30 gouttes de teinture chaque jour, de la même manière.

10 mais, 30 gtt. de teinture de digitale en 2 fois. 66

Du 1^ au 28, 40 gouttes de teinture par jour; les pulsations oscillent de 48 à 42.

Du 29 mars au 6 avril, toujours 40 gouttes par jour; pulsations, de 4^ à 42.

Le malade continue encore l'usage de la digitale jusque vers le 15 ou le 20 avril, époque à laquelle il abandonne ce remède.

Alors le pouls, faible et intermittent, battait 36 fois.

Conclusions d'après les faits. — Les quatre premiers jours, effet nul ? (du moins on ne trouve pas de mention à ce sujet).

Les 10, U et 12, accélération.

Plus tard il y a diminution de plus en plus prononcée.

Conclusion d'après la doctrine de l'auteur, — ■ Il y a eu accélération.

Deuxième observation (1), — Femme de trente -trois ans, hydropique, ayant plusieurs fois subi la ponction depuis deux ans (kyste adhérant au péritoine).

Le pouls, antérieurement compté pendant quelques jours, est de 70 à 90.

tl) Si>:DERS, ouv, cil., p. 32 à 37,

Le 28 février 1805, au début du traitement, le noiribre( des pulsations est de 88.

28 février. 30 gtt. de teinUiie, 88 puisai. 1" mars. ZiO — 76 à 80.

ZlO — 80

/lO - 88

U gram. de Icinliire cliaqne jour ( nombre de piilsa-r lions non mcnlioniié)»

U gr. ? de teinture, 60 puisât.

Dose de teinture augmentée (on ne dit pas de coni- i i3ien), bli pulsations faibles. |

On donne encore la teinture de digitale jusque vers le 17, temps pendant lequel le minimum d'abaissement fut de 52.

On ne mentionne, d'ailleurs, nulle action diurétique dans celte observation.

Cette femme éprouva d'abord un grand bien de cette médication ; clic se disait plus soulagée par la digitale que par tout autre remède qu'elle eût employé depuis sa maladie , ce qui malbeureusement ne s'opposa pas, quelques mois plus tard, à une issue fatale, qu'expliquèrent, du reste, les désordres organiques graves constatés à l'autopsie.

Conclusions d'après les faits. — Lorsqu'on prend pour point de départ la moyenne du pouls, constaté plusieurs jours auparavant, on a 80 (moyenne de 70 et 90),

Si l'on part du nombre de pulsations le jour où l'on a commencé l'expérimentation, on a 88.

En prenant ce dernier chiffre on ne trouve aucune augmentation , mais un état d'abord stationnaire ou à peu près, puis un effet de ralentissement très marqué.

Si l'on compare au premier nombre (80), on a une augmentation lespremitn% quatrième et cinquième jours, puis ensuite une diminution de plus en plu? marquée.

Conclusion d'après la doctrine de fauteîir. — 11 y a eu accéléi'alion.

Observation de Hutchinson , partisan de l'accélération primitive.

Voyez précédemment, dans la même division du paragraphe (p. 161), la deuxième expérience de cet auteur.

Voici la conclusion de cette observation , d'après les faits.

Accélération pendant tout le temps de l'administration de la teinture de digitale (élevée jusqu'à la dose énorme de 280 gouttes par jour) ; on ne voit tomber le nombre des pulsations au-dessous du chiffre normal que le cinquième ^jour, à partir de la cessation de l'usage du médicament.

Hutchinson voit là une preuve à l'appui de sa doctrine. \ Ses antagonistes rejettent cette observation oîi la digitîile a été administrée à des doses beaucoup trop élevées, comme ne prouvant rien quant à l'action thérapeutique du médicament. (Voyez, pour l'influence des doses, § 11 bis, art. Bouley et Reynal.)

Doctrine du ralentissement. — Observations de M. Joret (1).

Première observation. — Homme de trente-huit ans , rhumatisme chronique.

On pratique d'abord une saignée, puis quelques jours après, le \h juillet 183?), on le met à l'usage de l'extrait aqueux de digitale; son pouls marquait alors 56.

Extrait. Puisât.

1^ juillet. 0,10 ccnligr. 56 (avant la digit.), 15 — 0,20 G^.

(1) Joret, Archives de médecine, 2* série, t. IV, p. 27. — L'auteur est partisan du lalenlissemcnt direct, non pas comme fait absolu, mais comme point rnpilal et se prér.cnlant le plus îoiivciit.

Extrait.

16 juillet.

Piilsat,

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