‹ Mémoire sur la digitaline et la digitaleChapitre 12 sur 41 · PiéguUer; quelques coliques, nausiies, vomissements · texte numérisé non relu

PiéguUer; quelques coliques, nausiies, vomissements

Cessation de la digitale.

Les vomissements durent jusqu'au lendemain ; douleur à l'épigastre, le pouls descend à Uh, et redevient irrégulier.

Le malade sort de l'hôpital le 25, ayant à ce moment 52 pulsations.

Conclusions d'après les faits. — Accélération le lendemain et le surlendemain, retour au chiffre primitif pendant quatre ou cinq jours , puis abaissement seulement à partir de la cessation du médicament.

Deuxième observation (1), — Homme de quarante et un ans. Tubercules pulmonaires.

Le jour de son entrée, 60 pulsations ; après une saignée, 62. On le met à l'usage de l'infusion de digitale.

Digitale en infusion (2). Puisât.

l"jour. 0,75 centigr. 62.

W — 1,50 120. Irrégulières; nausées, vomisse-

ments, dévoieraent.

5* — 1,50 56. Encore cinq ou six vomissements

de matièreg verdâlres; la diarrhée cesse, mais les coliques continuent.

Conclusions d'après les faits. — D'abord un ralentisse-

(1) JoKET, loc. cit., t. IV, p. 393.

(2) Dans trois verres d'eau. .,;

ment très marqué, puis, un seul jour, une accéiéralion énorme, et dès le lendemain le pouls retombe au-dessous de l'état normal.

Sanders et ses partisans, ne considérant que le phénomèjie qu'ils avaient en vue, n'eussent assurément pas manqué de conclure de ces deux observations de M. Joret, qu'elles olfraient des exemples à l'appui de leur manière de voir.

Nous avons choisi exprès, dans le travail de M. Joret, deux observations offrant à un moment quelconque do l'accélération, mais nous devons dire que le plus grand nombre n'en présente point, et que l'on ne voit, pendant toute la durée de l'administration du remède, qu'un effet jde ralentissement progressif.

Nota. — Une circonstance qui, dans le travail de M. Joret, paraît mériiV'rquelqiie atlenlion , bien que l'auteur ait semblé y attacher peu d'importance, puisqu'il ne la rappelle ni dons ses considérations généralus , ludans ses conclusions, c'est rinfiuence de la digitale sur la respiration. Sur trente malades soumis à l'usage des préparations de digilLilc, et chez lesquels on a noté les effets sur la respiration, on trouve:

/■liaximum d'accélération. . 2i

Respirât, ac^'c/ô-ee chez 7 malades. \ Minimum h

Moyenne 9,5

/ Maximum de ralentissement 22

Respirât, j-a/enfî'e chez 21 malades, j Minimum 2

'Moyenne 6

Effet nul chez 2 malades.

Nous reviendrons à l'action sur la respiration, § II bis, art. Douley ctReynal, et § YI, art. P. Diirozicz.

En somme, lorsque l'on examine les choses de près , on voit que, entre les deux camps (partisans du ralentissement ou de l'accélération), la différence, comme nous l'avons dit, n'est pas dans les laits, qui, d'après les observations mêmes des auteurs, se montrent les mêmes dans beaucoup de cas, mais dans la théorie: Ceux-ci (partisans de l'accélération) se proposant d'utiliser le phénomène

primitif d'accélération lorsqu'il se manilcste; — ceux-là (partisans du ralentissement) n'ayant en vue que d'obtenir le ralentissement des contractions du cœur, et le prenant seul en considération.

Quant au nombre de partisans respectifs de l'une ou de l'autre doctrine, il est très disproportionné; ceux qui admettent le ralentissement comme fait capital et en vue duquel il faut administrer la digitale, sont en bien plus grand nombre que leurs adversaires. « Si l'on consulte, dit Ricliard, le nombre prodigieux d'auteurs qui, surtout en Angleterre, ont écrit sur la digitale, on verra qu'au moins les 7/8, en parlant de son action sur le cœur, no font mention que du ralentissement qu'elle occasionne dans le cours du sang (1).

La digitale proposée comme succédané de la saignée.

Parmi les observateurs qui, dans l'action de la digitale sur la circulation, ont été frappés par-dessus tout du phénomène de ralentissement, il en est qui ont eu la pensée, toute naturelle d'ailleurs en jugeant les choses à priori, d'appliquer cette propriété de la plante au traitement des maladies inflammatoires, et de l'employer comme succédané de la saignée. Les docteurs Currie, Thomas, etc., ont fait des essais de ce genre, et ont eu, disent-ils à s'en louer (2). Clulterbuck l'a proposée pour combattre la fièvre (continue?) (3). Mais d'autres expérimentateurs, au contraire, n'ont vu dans ces applications que des inconvénients [h).

Or, il faut remarquer que, pour les partisans de l'accé-

(1) RiciiAUD, Z)ic/. de méd. en 21 vol., art. Digilale, t. VII, p. 58, et Dict. eu 30 vol., t. X, p. 371.

(2) Bidault dr Villiehs, ouv. cil., p. 18 el20.

(3) Cilalion de M. Bouillaud, Bicl. de méd. et dechir, prat,, t. VI, p. 306, et. Rapport stii' la digitaline, p. 23.

(li) Bidault de ViLLinns, oui', cit., p. 2i, — cl Baueier, Traité de mat, méd,, t. III, p. 3GS.

lération, cette prétention de considérer la digitale commt; un succédané de la saignée est en quelque sorte leur point de mire, la chose à laquelle ils s'attaquent particulièrement chez leurs adversaires.

Ainsi, Sanders dit : « Elle ne convient donc pas dans la violence d'une hiflammation; mais elle est utile. dans les maladies qui sont caractérisées par la débilité, comme la chlorose, l'hydropisie. » {Oiw. cit., p. 75.) I « C'est donc une grande erreur, dit Joerg, de regarder ce médicament comme un puissant antiphlogistique. » \{Ouv. cit., t. XXVI, p. 108.)

Hutchinson ne regarde pas non plus la digitale comme devant être administrée à titre de contre-stimulant, dans les maladies inflammatoires, suivant la doctrine de Rasori. [Journal des progrès, t. VI, p. 233.) , Le docteur Bettoli a publié un mémoire ayant pour objet spécial de réfuter l'opinion des sectateurs de Rasori, qui ont rangé la digitale parmi les contre-stimulants (1).

Quant à nous, si nous nous en rapportons à nos propres observations, ou à celles dont nous avons eu occasion d'être témoins, nous devons dire que nous n'avons jamais vu de bons résultats de son emploi dans les maladies inflammatoires, et dès lors nous sommes disposés à croire qu'eu effet elle n'est pas indiquée dans de pareilles conditions pathologiques, du moins à la période aiguë (2); mais il est fort possible que ce médicament puisse être utile dans ces maladies quand la période inflammatoire est passée.

Conclusions relaticcment à l'influence de la digitale sur le nombre des pulsations.

D'après l'expérience aujourd'hui acquise, voici l'opinion

(1) Dict. des se. mcd,, I. IX, p. A59.

(2) Voy. à ce sujet J) VI, art. Happorl de la commission de l'Acmlcmie, elart. iliif/r.-(/ct Lcmaistrc.

17i4 ARCHIVES DE PHYSIOLOGIE, ETC.

que nous croyons pouvoir émettre au sujet de la question controversée (accélération ou diminution directe du nombre des pulsations).

Rejetant les observations de Sanders, comme entachées d'erreur dans un certain ordre de faits se rapportant à l'effet d'accélération de la digitale ;

Rejetant aussi celles de Hutchinson, comme faites avec des doses énormes de digitale, et telles qu'elles se trouvent tout à fait en dehors des conditions thérapeutiques ordinaires (teinture alcoolique progressivement élevée à des doses qui correspondent à 2 et successivement 10 milligrammes de digitaline par vingt-quatre heures : intoxication pour résultat) ;

Négligeant provisoirement celles de Joerg, comme ne nous étant pas suffisamment connues dans leurs détails (extrait trop laconique dans les journaux français) ;

Mais prenant en grande considération celles de Mac Lean (1), qui appuie son opinion sur le chiffre imposant de deux cents observations ; celles de M. Sandras, qui a publié sur ce sujet un travail important, dont nous avons donné un aperçu au commencement de ce paragraphe ; celles de M. Joret, dont le mémoire, de grande valeur, se recommande à plus d'un titre, et, entre autres» en ce sens, qu'ayant rapporté ses observations avec détail, on peut y trouver une infinité de renseignements utiles, et revoir en quelque sorte chaque malade avec lui ; enfin, celles de la plupart des expérimentateurs qui ont écrit sur la digitale;

Nous appuyant, en outre, sur notre propre expérience ( voy. surtout §§ II et V de 2*^ part.) ;

Nous admettons trois circonstances possibles à la suite de l'administration de la digitale , quant à l'influence sur le nombre des pulsations, seul point que nous ayons cherché à élucider dans ce paragraphe :

(1) Ouv., cit., l"part., § IV.

1° Effet direct de ralentissement du pouls : ce serait le cas de beaucoup le plus fréquent.

2" Accélération pouvant survenir dès le premier jour, quelquefois plus tard, à laquelle succède généralement, après un, deux, trois jours ou plus, un effet consécutif de ralentissement. — Rarement cette accélération est persistante. (Voy. pour les développements à ce sujet, § II.)

3" Enfin, effet nul, chez certains malades, quant au nombre des pulsations.

Nota. — Tout ceci , bien entendu , en supposant qu'on ait administré des doses thérapeutiques.

Voy., pour d'autres notions sur le même sujet , § II, et § II bis , la fin de l'article Bouley et Reynal ; voy. surtout le Rapport de l'Académie et les autres publications postérieures analysées § VI.

Ralentissements exceptionnels.

Relativement aux abaissements considérables du nombre des pulsations sous l'influence de la digitale, on en trouve beaucoup d'exemples en compulsant les auteurs.

Le tableau suivant est destiné à donner une idée de ces ralentissements exceptionnels.

Nombre «les Nomj des observateurs. pulsations obsrrvé

par niiinitc.

Drake (1) ZiO

Gérard, Mavré (2) 37

-, , ( avec la dic;itale (3) 36

M. .Sandras, ^ ^ ^ '

(ave (ave

k'ec la digitaline {k) 30

MM. Joret, Barbier, Sanders (5) 30

M. Andral (6) 29

(1) Bibliothèque thérapeutique à& Bayle, t. III, p. 250.

(2) Ibid., p. 326, 95.

(3) Ouvrage cité, 2' partie, § I, et Bihl. thér., p. Sa6.

(i) Ont: cit., 2' part., § VI. — Voy. aussi /our/t. des conn. méd., 2' série, t. III, 1850, p. -139.

(5) Jor.KT, Arch. de méd., 2° série , t. IV, p. 393. — BAiiniEn, Traité de mat. méd., t. III, p. 358. — Sandep.s, ouv. cit., § I, p. 63.

(6) Archives de médecine, 2' série, t. IV, p. 392.

Nombre des Noms des observateurs. pulsations oliservé

par minute.

Ilutchinsoiî (1) ." 28

M. Bouillaud (2) 28

r.ochoiix (3) 22

Graffenauer (Zi) 20

MM. Piedagnel et Hortcloiip (5), chez une

malade qui faisait usage depuis longlemps

de digitale 17

Le ctiiffi-e le plus bas que nous trouvions dans nos expériences est de i2.(l'''" tabl. récap. de 1" série, homme, à la fin du mémoire ; voy. aussi 2* partie, § II), et encore ce dernier abaissement n'a-t-il été que momentané.

En dehors de ces expériences, nous avons eu occasion de voir par nous-mêmes quelques autres exemples de pouls amenés à des chiffres analogues sous l'influence de la digitaline, mais jamais au-dessous de ûO ; et si ces nombres de ZiO à 1x5 sont déjà peu communs, il va sans dire que ceux au-dessous le sont encore bien moins. Il n'en est pas de même des réductions à 50 et 55, ces chiffres sont mentionnés à chaque instant dans les observations des auteurs, et nous-mêmes nous les avons rencontrés fréquemment, soit dans les expériences rapportées dans ce mémoire, soit ailleurs.

Ces cas d'abaissement considérable que nous venons d'accumuler ici sont tellement rares (nous voulons parler de ceux au-dessous de 35), qu'il n'est peut-être pas donné

(1) Bibliolh. thér., t. III, p. 67.

(2) Traité des maladies du cœur, 2° édition, t. II, p. 591.

(3) Dict. dcméd. en 30 vol., art. Pouls, t. XXV, p. 614-

(h) Dicl. de mat. mcd. de Méiut et Delens , 1830, t. II, art. Digitale.

(5) Bulletin detkcrape.ntlquc, t. XVIII, p. 31.

Nota. — On conçoit, d'ailleurs que la sip;nification des clilffrcs iiidiqiuîs sur le tableau ci-dessus est subordonnée à l'clat normal du ])ouls chez chaque individu.

à tout médecin d'en voir un exemple dans sa vie. Cela est si vrai que Vassal, entre autres, qui s'est beaucoup occupé d'expériences thérapeutiques sur la digitale , indique 50 comme un minimum d'abaissement du pouls très remarquable, sous l'influence de la digitale (1).

Du reste, un pouls abaissé à UO ou ^45, dont chacun peut rencontrer de temps à autre quelque exemple, doit déjà être considéré comme une chose très curieuse au point de vue biologique, et démontre l'étendue que la. puissmice mo- (lificcdrice de h d\Qit&\c sur la circulation peut quelquefois atteindre ; il est suffisant pour faire naître chez l'observa leur l'impression si bien rendue par M. Barbier dans les lignes suivantes, en parlant des effets de la digitale : « Lorsque le doigt posé sur l'artère , on attend les battements du pouls, on s'étonne de les sentir si loin les uns des autres : on se demande si les mouvements de la vie ne vont pus s'interrompre (2). »

// résulte de ce que nous avons rapporté dans ce paragraphe :

Que plusieurs médecins anglais ou allemands ont considéré la digitale, à tort suivant nous, comme ayant une action primitivement accélératrice sur le centre circulatoire, qu'elle ne déprimerait que secondairement ;

Que Rasori, Toramasini, et toute l'école italienne, placent la digitale au premier rang des contre-stimulants, et en font un succédané de la saignée; ce qui est, pensonsnous, une autre erreur ;

Que la grande majorité des médecins anglais et français considèrent cette plante comme un sédatif de la circulation.

(1) «Elle (la digitale) diminue loujonrs plus ou moins les pulsations arlérielles, et chez certains sujets le ralenlissement du pouls est si remarquable, qu'on ne compte que 50 pulsations par minute. (Vassal, Oiivr. cit.. p. 17.)

(2) Barbier, Traite de mat. mccl. , Odit. de 1820, t. III, p. 358.

178 archives de physiologie, etc.

§ ii. — ^ expériences physiologiques. différents modess d'absorption.

A. — Expériences physiologiques antérieures.

(Homme, chien, lapin.)

A une époque antérieure , l'un de nous avait fait avec la i| digitaline des expériences physiologiques qui ont été consignées dans le mémoire déjà cité [Journal de pharm. et de chùn., t. VIT, p. 71 à 79). En voici les principaux résultats.

1° Ingcstionpar Vestomac. — Dans un essai fait sur luimême , l'expérimentateur a vu son pouls baisser successivement, sous l'influence de la digitaline, de 72-64 à 50 , avec irrégularité , intermittence.

Il y a eu diminution de la sécrétion urinalre pendant l'expérience , et notable augmentation après la cessation du médicament.

2° Absorption par le tissu cellulaire et par la peau dénudée. — La digitaline ayant été déposée sous la peau delà partie interne de la cuisse d'un chien, en refermant la plaie au moyen d'une suture, il s'en est suivi' une inflammation locale assez intense pour déterminer la formation d'un phlegmon , et un état fébrile général avec augmentation considérable du nombre des pulsations, qui sont devenues en outre irrégulières et intermittentes. On observe de plus un tremblement musculaire de tout le corps.

L'expérimentateur ayant voulu essayer sur lui-même la digitaline par la méthode endermique , au moyen d'un vésicatoire appliqué sur le bras, n'en a éprouvé nuls bons effets; au contraire, il y a eu des signes d'inflammation locale, coran>e cuisson légère, engourdissement douloureux du bras, et l'on a dû ne pas pousser plus loin l'expérience, car il était démontré, par ce fait et le précédent (relatif au chien), qu'il fallait renoncer à l'idée d'employer

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — ir PART. , § II. 179

la digitaline par la méthode eiidermique. (Voy. § V, pour d'autres expériences qui ont encore été faites sur ce sujet , et qui ont conduit à la même conclusion.)

L'expérience faite sur le chien est répétée de la même manière chez un lapin, mais en employant une dose double de digitaline.

Ici l'absorption s'est faite sans produire d'inflammation locale , et il en est résulté un abaissement très marqué dans le nombre des pulsations , avec quelques signes seulement d'intoxication, et de courte durée (tendance au repos , anxiété, inappétence, tremblement musculaire).

La digitaline administrée ensuite au même animal , par Tcstomac, à une dose trois fois plus considérable que celle qui avait été déposée dans le tissu cellulaire, a été cependant tolérée sans signes marqués d'intoxication et avec un abaissement de 25 à 30 dans le nombre des pulsations.

Ainsi , le lapin , avec une dose double de celle qui avait été employée chez le chien, s'est montré inaccessible à l'action irritante locale de la digitaline sur le tissu cellulaire , et l'absorption de celle-ci n'a , dans ce cas , déterminé que quelques accidents toxiques généraux peu marqués.

Lorsque le principe actif a été confié à l'estomac, quoique la dose en fût trois fois plus considérable , l'action toxique générale a encore été moindre.

Dans les deux cas , il n'y a eu de prononcée que l'action ralentissante sur la circulation.

Il résulte, de ces expériences comparatives sur le chien et le lapin, que le dernier est beaucoup moins apte à subir l'action toxique de la digitaline.

B. — KTouvelles expériences physiologiques.

Conditions générales des expérimentations.

La personne qui fait le sujet des expériences résumées dans la première série des tableaux que nous présentons (voy. à la fin du mémoire les tableaux récapitulatifs, et le

premier tableau synoptique) est aujourd'hui (1850) âgée de quarante-quatre ans. Sa constitution est ncrvoso-sanguinc. Bien portante jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, elle a eu alors (183^), à la suite de travaux intellectuels soutenus, une paralysie du côté droit, que l'on a attribuée à une congestion cérébrale. Celte paralysie s'est assez promptement dissipée (en deux mois), et a laissé pour trace de son passage un peu de faiblesse du même côté, une espèce d'éréthismo nerveux se traduisant en une sorte de roideur dans la région de l'axe cérébro-spinal, avec sentiment de battements sourds de l'aorte : symptômes consécutifs qui ont, depuis cette époque , et à plusieurs reprises , offert des cxacerbalions accompagnées d'un grand affaissement physique et intellectuel, qu'après différentes tentatives infructueuses on a combattues avec succès par l'action combinée de légères émissions sanguines, d'un régime débilitant et surtout du repos. Du reste, toutes les fonctions s'accomplissent chez elle d'une manière régulière. Seulement la vue à distance s'est affaiblie depuis quelques années d'une manière anormale.

Quelque temps avant chaque expérimentation, et pendant toute sa durée, le régime alimentaire et le genre de vie ont été d'une grande régularité : chaque expérience n'ayant été entreprise que dans un moment où il était possible d'en remplir exactement les principales conditions, telles que d'éviter tout surcroît d'exercice, les dhiers en ville, les veilles, etc.

Pendant le même intervalle, les occupations consistaient généralement, soit en recherches expérimentales de diverse nature, soit en lectures, rédactions, écritures, comptabilité, etc.

Le pouls était compté le matin au lit, environ dix minutes après le réveil , et le soir, après le coucher, par la personne même. Dans le courant de la journée il était pareillement compté dans la position horizontale, au moins cinq minutes après s'être placé sur un lit : temps qui avait

été reconnu suffisant pour produire tout l'abaissement qui pouvait résulter de cette position (toujours dans l'hypotlièse d'un genre de vie très calme (1).

On avait soin de se placer dans une situation toujours la même, où tous les muscles fussent dans le plus grand état de relâchement, .et où la respiration pût se faire sans aucune gêne : car on avait eu occasion de constater que lorsque la tête se trouvait très élevée, et le bassin déprimé, il y avait en peu d'instants une légère accélération de la circulation. On comptait les pulsations jusqu'à ce que l'on eût obtenu pendant trois minutes le même nombre, ou du moins qu'il n'y eût pas une différence de plus de 1 ou 2, cas dans lequel on prenait la moyenne.

Les pulsations toujours variables à tétat normal.

Un point excessivement difficile dans les reclierches d(i cette nature, pour ne pas être induit en erreur, c'est d'avoir des chiffres qui représentent bien réellement, et autant que la chose est humainement possible, le nombre des pulsations de chaque jour. On sait en effet combien le pouls est variable dans les conditions ordinaires de la vie ,• et même, alors que l'homme est soumis à un régime très régulier sous le rapport de l'exercice, de l'heure des repas, de la quantité et de la qualité des aliments, on observe encore quelquefois des différences assez grandes dans le nombre des pulsations. (Voy. entre autres le troisième tableau récapitulatif de la '\J'^ série ^ première période, c'est-àdire celle intitulée avant.)

Ce fait admis et constaté, la seule voie qui nous restât à suivre, si nous voulions que nos expériences pussent prouver quelque chose, c'était de ne pas nous en tenir à

(1) Chez ceUe personne il j' a, en général, une différence d'environ 5 pulsalions entre les U'ois positions verticale, assise et horizontale; ainsi, le nombre des pulsations étant de 70 debout, si elle reste quelque temps assise, on pourra trouver G5 , et GO lorsqu'elle est couchée.

constater l'état du pouls un jour avant et un jour après chaque série d'expérimentations , mais de procéder paç périodes, dont nous prendrions les moyennes pour représenter les différences observées.

Le froid, cause de ralentissement.

Le froid est, comme on le sait, au nombre des causes qui peuvent diminuer l'action du cœur, et nous avons d'ailleurs reconnu expérimentalement qu'un refroidissement survenu brusquement dans l'atmosphère, et qui vient saisir l'économie d'une manière générale, pouvait apporter un notable abaissement du nombre des pulsations. Dans nos essais sur les chiens comme sur l'homme, nous avons don lâché de maintenir le sujelà expérimenter dans un miliei atmosphérique d'une température le moins variable pos sible.

Ce que chaque expérience a pu offrir de particulier a été noté sur le tableau y relatif.

Les séries d'expériences que nous présentons ne sont pai très nombreuses (dix-sept) , et ne portent que sur troi sujets ; mais elles ont été faites avec des soins minutieuj (surtout en ce qui concerne la régularité du régime alimentaire et du genre de vie) dont il n'est pas toujour donné de pouvoir s'entourer, et avec une patience don tout le monde n'est pas capable.

Chiens.

Le chien appelé Digitalin [deuxième tableau synoptique était de race anglaise, taille moyenne; poids, 7 kilogr. 500 Bien constitué, mangeant et digérant bien; intestin facih à relâcher, il suffisait pour cela d'un peu de lait.

Ce chien était d'un naturel très vif et très vigilant. Dans le principe (deux ans auparavant) il offrait un nombre ùi pulsations très variable, soit dans la même journée, soit i plusieurs jours d'intervalle. Il avait été soumis alors d'autres essais nombreux sur la digitale et la digitaline

MÉMOIRE SUR LA DICITALINL:. —Il" PART,, § II, 183

(essais qui sont rapportés dans d'autres parties de notre travail, § I, p, /jO, et §lV,p, 116); son pouls, au moment des expériences dont il s'agit ici, s'est trouvé présenter moins de variations.

Le chien appelé Mars [troisième tableau synoptique) était de race anglaise bâtarde, un peu plus fort que le précédent; il pesait 8 kilogr. 500. Pareillement bien constitué, toutes ses fondions s'accomplissaient avec une grande n^gularité. D'un naturel moins vif et plus docile que le premier, son pouls était généralement moins variable et plus facile à compter.

Ce chien avait antérieurement porté une fistule stomacale , et avait servi à des expériences sur l'assimilation des ferrugineux. Cette fistule était cicatrisée depuis quel- {jue temps.

Ces deux chiens étaient constamment tenus à la chaîne, et ne faisaient que deux courtes promenades par jour, conduits en laisse.

Leur régime ahmentaire, comme on le voit sur les tableaux, a été varié suivant certaines vues théoriques ou expérimentales ; mais une fois adopté pour chaque expérimentation, il n'a plus changé pour toute la durée de celle-ci. Pour la quantité et pour les heures, il a été d'une exactitude mathématique.

Dans un but spécial, la dose de digitaline chez les chiens a toujours été portée jusqu'aux vomissements. On débutait par une quantité moyenne et l'on s'élevait progressivement, d'une manière qui a été à peu près uniforme dans toutes les expérimentations, jusqu'à l'apparition des vomissements.

Manière de compter le pouls chez les chiens.

Ici ce ne sont pas les pulsations artérielles que l'on a comptées, mais bien les battements du cœur. Poui cela, on faisait asseoir l'animal, le côté appuyé contre la jambe de l'observateur, et le museau retenu dans la main, de

manière à éviter toute espèce de mouvement; les doigts de l'autre main étaient appuyés du côté opposé, directement sur la région du cœur , et l'on percevait ainsi les battements de cet organe entre les côtes.

On ne commençait à tenir compte des pulsations qu'après quatre ou cinq minutes de repos dans cette position, et lorsqu'on avait trouvé , au moins pendant deux minutes, le même nombre.

Mais il faut dire que ces sortes d'expériences offrent des difficultés particulières, à cause de la nature vigilante de l'animal : le moindre bruit accidentel qui a lieu aux environs vient souvent tout à coup animer ses yeux, activer les battements du cœur, et oblige l'expérimentateur d'attendre que cette cause d'accélération soit passée pour recommencer à compter le pouls.

Dans les expériences que nous rapportons, bien que nous fussions placés dans un lieu assez isolé, ce n'est qu'à force de patience que nous sommes parvenus à des résultats que nous puissions considérer comme non erronés dans leur ensemble.

Appréciation des faits qui rsssortent des tableaux (1).

Différence dans le nombre des pulsations de la même personne, à intervalles de plusieurs années.

Une première observation à faire est qu'il n'y a pas lieu de comparer entre elles les six expérimentations sur l'homme que nous présentons ici, le nombre des pulsations à l'état normal chez cette personne (il s'agit de l'un de nous) offrant des différences très grandes aux diverses époques où ces essais ont été faits.

Ainsi nous trouvons pour la moyenne normale : «

(1) Ces tableaux sont à la fin du mémoire. Lire, dès ù présent, une noie qui les accompagne et qui est intitulée : Observations relatives au» tableaux.

MÉMOIRE SUR LA. DlGlTALlNli. — 11^ PART., § I[. - 185

1" lablcau récapitulalit" de 1" série, juillet 18/i2 . . 59,21

2" — — * septembre id. . 58,00

3"= — — mars, 18Zi3 . . 6/(,85

Zi« — -- octobre 18/i7. . 65,85

5^ — — décembre id. / 68,12

6= — — juin 1850 . . . 75,25

Il ne faut doue comparer ensemble que les trois périodes de chaque expérimentation.

Nombre des pulsations par ixipport aux différentes heures de la journée.

Si l'on examine dans la môme série de tableaux (sur l'homme) le chiffre des pulsations à l'état normal (période intitulée avant ) pour chaque heure de la journée , on trouve , en comparant isolément des autres heures , le matin et le soir :

/^Tableau n"

/ MiniiHum, 5 fois. \ — Le soir, |

de 10 à 11 heures.)

\ Maximum, 1 fois.

Le matin (de six à huit heures) on trouve nécessairement l'inverse, c'est-à-dire le maximum pour les cinq premiers tableaux énumérés , et le minimum pour le dernier.

Les heures intermédiaires de la journée n'ont pas été comptées pour quatre de ces tableaux. A part le maximum de toute la journée , qui se trouve à une heure sur le tableau n" 2, elles présentent sur les trois autres tableaux fort peu de différence entre elles; et l'on peut, dans les conditions d'expérimentation où l'on s'était placé , se les représenter sur une même ligne , qui serait intermédiaire entre le maximum du matin et le minimum du soir. . C'est chose à noter , que le minimum des pulsations se trouve ainsi atteint à peu près constamment le soir, entre

dix et onze lieures (quatre à cinq heures après le diner) , tandis que le maxinaum apparaît le lendemain matin , de six à huit heures. Le contraire arrive chez la plupart des hommes : « En général, sa fréquence (du pouls) augmente graduellement du matin au soir, diminue la nuit pendant !, le sommeil, et revient dans la matinée au point où elle ! était la veille (1). »

Les résultats consignés sur nos tableaux s'accorderaient plutôt avec Ceux obtenus par Knox. En effet, cet observateur dit que c'est à minuit environ que les battements du pouls sont le plus rares , tandis qu'ils augmentent vers trois heures du matin (2).

Du reste , des observations ultérieures tendent à prouver que cette manière d'être du pouls n'est pas constante chez la personne dont il s'agit.

Ainsi, à partir du 8 juillet 1850 , époque à laquelle elle avait été contrainte par les circonstances de changer d'habitude , pour mener une vie plus active, faire usage d'une nourriture plus abondante, et se placer par cela même dans les conditions de la vie de la plupart des hommes, jusqu'au 17 du même mois , en tout dix jours, on a trouvé pour moyenne :

Le malin, à six heures 70,90

Le soir, à dix iieures 7/i,20

Le 18 juillet, elle a pu reprendre le genre de vie calme, et le régime alimentaire antérieurement suivi ; on a eu alors , pour une période de dix-sept jours , les moyennes suivantes :

Le matin, ù six heures . 69,82

Le soir, à dix lieures « . 67,00

On eût été naturellement porté à conclure , d'après ces

(1) Rocuoux, Dict. de méd. en 30 voh, t. XXV, p. 61/i,

(2) Knox , cité par Bir.DAcn, l'railé de physiologie, t. V, p. 237 et

; deux séries d'observations, que le fait du minimum des : pulsations obtenu le soir résulli" d'un genre de vie calme i et d'une alimentation légère, tandis que si l'on mène

une vie plus active, et que la nourriture soit plus abon- I dante , c'est le maximum qui s'observe le soir. i Toutefois , il ne paraît pas que telle soit la cause de la ! différence signalée , car le même expérimentateur s'élant

de nouveau trouvé dans les mêmes conditions de vie ac-

I live et d'alimentation abondante pendant un séjour à la campagne, qui a duré du U au 23 septembre , nous trouvons , pendant cette période de vingt jours , les moyennes

; suivantes :

Le matin, à six heures 7i,30

Le soir, de dix à onze licures 68,05

De ces faits , et de quelques autres que nous n'avons pas consignés ici , il ressort que chez la personne en question, dans des conditions très diverses d'alimentation et de manière de vivre , le maximum des pulsations s'observe sou^ vent, mais non pas toujours, le matin avant le lever (de six à huit heures), et le minimum le soir ( à dix ou onze heures , le diner ayant été terminé vers six heures).

vSi la veille esl prolongée, et que l'observation ne se fasse (|ua minuit ou une heure du matin , l'abaissement du

II pouls est encore plus marqué.

Action de la digitaline, plus marquée après qu'on en a cessé l'usage.

Parmi les faits les plus importants qui ressortent des trois séries d'expériences dont nous présentons le résumé (voy. les trois tableaux synoptiques), il s'en rencontre un fort remarquable, c'est que le minimum d'abaissement des pulsations ne correspond pour ainsi dire jamais à la péiiode d'administration de la digitale ou de la digitaline, mais bien à celle de repos, après la cessationde l'usage du médicament. Sur les dix-sept expériences résumées dans les

tableaux, il y en a quatorze où le minimum d'abaissé ment correspond ainsi à la période de repos; une où il y an eu accroissement pendant la période d'administration,, accroissement qui s'est encore augmenté pendant le temps s de repos (2"= tableau synoptique, 2" tableau récapitulatif); unii cas où le pouls n'a pas été compté passé le temps de l'administration de la digitaline (3" tableau synoptique, h^ tableau récapitulatif); enfin dans une seule de ses expériences (!"■ tableau récapitulatif de 1" sérié)^ le minimum i correspond à la période d'administration de la digitaline.

Le fait de la persistance d'action après la cessation de ; l'usage de la digitale avait été constaté à peu près par r tous les observateurs, mais on n'avait point appelé fat- • tenlion sur cette autre circonstance , l'accroissement l d'effet, dont on trouve cependant des exemples dans les > auteurs, comme nous l'avons vu plus lard. Ainsi, dans le ' travail de M. Joret, la 9° observation de 5° série, les > 2" et 3^ observations de 2" série, sont dans ce cas (1). Sanders admet aussi, implicitement du moins, l'accrois- ■ sèment d'action de la digitale après qu'on en a cessé ■ l'usage, lorsque, signalant comme un inconvénient, à son i point de vue, le grand affaissement que peut produire ^ l'administration trop prolongée du médicament, il dit : « Le pouls, loin de s'élever immédiatement quand l'emploi de la digitale a été suspendu, descend au contraire en peu de jours jusqu'à 50, ZiO, 30 et même plus bas (2). » On voit que ces paroles et ces chiffres comportent un accroissement d'action très marqué, et sans doute rare à un tel degré, après la cessation de l'usage du médicament.

On en trouve aussi un exemple frappant dans les observations de Hutchinson. En effet, dans la 2^expérience faite sur lui-même, le pouls ne tomba pas au-dessous de 80 pen-

(i) Joret, loc. cit., t. IV, p. 401.

(2) Sakders, loc, cit., p. C3.

MÉMOIRE sur, LA DIGITALINE. - 11"= PART., § IL 189

" dant les quinze jours durant lesquels il prit la teinture de digitale, dont la dose fut portée de t\0 à 280 gouttes ; mais à partir du moment de la cessation de l'usage du médicament, les pulsations descendirent à 70, 60, et le cinquième jour à 50. Huit jours après elles étaient revenues à l'état normal (1).

Enfin le travail que M. Strohl, agrégé à la Faculté de médecine de Strasbourg, a publié sur l'action thérapeutique de la digitaline en présente également, et cet expérimentateur dit à la fin de son mémoire: « Parfois même on observe un abaissement consécutif à la suspension de ces agents (digitale et digitaline), abaissement qui ne s'était pas manifesté auparavant (2) . » Seulement il semblerait, à la manière dont s'exprime M. Strohl, que c'était là un fait connu et constaté pour la digitale ; tandis que, à part Sanders, il est le premier, à notre connaissance, qui parie de cette circonstance comme effet possible et prévu du médicament. La plupart des auteurs signalent très bien la prolongation d'action, mais non l'augmentation. Or, c'est une chose assez curieuse et assez extraordinaire qu'un médicament produise ainsi un effet physiologique plus ^rand après le terme de son administration, pour que l'on appelle l'attention sur cette particularité.

Ce fait, si l'expérience ultérieure vient en confirmer la ■ réalité, est de nature à fournir un nouvel et puissant argument en faveur des praiiciens qui, dans le but de moins fatiguer l'estomac du malade, administrent la digitale pendant dix ou quinze jours, en suspendent l'usage plus ou moins longtemps, et y reviennent ensuite.

Des circonstances diverses nous ont empêchés de jamais pousser la durée des expérimentations assez loin pour savoir jusqu'où peut s'étendre cette prolongation d'action. Plusieurs fois nous l'avons vue encore très prononcée au bout d'une dizaine de jours.

(1) HuTcaiNSON, loc. cit., t. VI, p. 218.

(2) Sthoiil, Gazette médiccde (le Strasbourg, seplemhre lSi9.

190 ARCHIVbS DE PHYSIOLOGIE, ETC.

Action comparée de la digitale et de la digitaline.

Avant, rendjiif. Après.

2"= tableau rdcapiLulalif de 1" série

(!'■'■ tableau synoptique) 58,00 5^,96 52,72

5* tableau récapitulatif del" série . . 68,12 65,60 63,68

Totaux 126,12 120,56 l!l6,/i0

Moyennes 63,06 60,28 58,20

Abaissement moyen pendant Jes deux essais . . 2,78 'l — persistant après /i,86j '

Minimum atteint pendant Tune des expérimentalions, /i9.

Ce qui équivaut à un abaissement momentané de 9.

DIGITALINE.

Avant. Pendant. Après.

1" tableau récapitulatif de 1" série. . 59,21 52,61 57,45

Totaux 265,16 2Zt7,18 2/|5,36

Moyennes 66,29 61,79 61,o/i

Abaissement moyen pendant les essais. . . . /i,50'

persisiant après .... /i,95)

Minimum atteint pendant Tune des expérimentalions, Z|2.

Ce qui équivaut à un abaissement momentané de 17,21. (Voyez le 1" tableau récapitulatif.)

Nous voyons parce tableau et le précédent que l'abaisseinent moyen produit par la poudre de digitale pendant et après son administration est de 3,82 ;

Et le minimum atteint pendant les expériences, de 49.

Que l'abaissement moyen résultant de l'administration de la digitaline donne dans les mêmes circonstances, 4,72;

Et le minimum pendant l'une des expériences, 42.

MÉMOIRE SUR L;\ DIGITALINE. —IP PaRT., § II. 191

. En prenant ces cliHfres à la lettre , on trouverait donc un avantage marqué en faveur de la digitaline; mais comme nous n'avons ici que deux expérimentations avec la digitale, nous ne nous croyons pas autorisés à attacher une grande importance à la prééminence qui ressortirait de ces nombres, et nous conclurons simplement, quant à présent, que la digitaline possède une action ayssi marquée que la plante sur la circulation.

Temps nécessaire pour arriver au maximum d'action après chaque dose de médicament.

L'égalité d'action sur les organes circulatoires entre la poudre de digitale et la digitaline étant admise, la somme d'action qu'il est possible d'atteindre, dans la majorité des cas, et à part les exceptions, étant connue, essayons de rechercher combien de temps après l'ingestion d'une dose du médicament le maximum d'effet se produit.

Homme. — Nous avons déjà fait voir que chez l'homme le minimum des pulsations, à l'état normal, se montrait le soir, vers dix heures, au moment où l'on venait de se mettre au lit, le dîner ayant été terminé à six heures.

En examinant sur le premier tableau récapitulatif de 1" série les moyennes de la seconde \)év\odiQ{ pendant l'administration du médicament), on trouve le minimum des pulsations de trois à six heures du soir, le déjeuner ayant eu lieu à neuf heures, et le médicament ayant été pris à onze heures du matin : ce qui établit le maximum d'action de quatre à sept heures après l'ingestion.

Sur le deuxième tableau récapitulatif de la même série (voy. 1" tableau synoptique). — Déjeuner à neuf heures ; poudre de digitale prise en deux doses, de midi à une heure : minimum des pulsations à trois heures, ce qui correspond à un intervalle de trois heures.

Troisième tableau récapitulatif de la môme série. --^ Déjcuiinr à nouf heures; digitalino à midi: minimum des

192 ARCHIVlîS DE innSIOLOr.iE, ETC.

pulsations à quatre heures, c'est-à-dire quatre heures après radn]inistration du médicament.

Sur le sixième tableau récapitulatif (voy. 1" tableau synoptique), le minimum ne s'observe plus dans le milieu de la journée, mais bien le soir à dix heures, comme cela avait eu lieu pour l'état normal.

Chie7î appelé Digitalin [deuxième tableau synoptique). — On voit qu à l'état normal ( première période , avant) le minimum des pulsations a lieu presque toujours le matin.

On trouve pour la période d'administration de la digitaline :

Premier tableau récapitulatif. — Déjeuner à huit heures; digitaline à midi: minimum des pulsations à six heures du soir, c'est-à-dire six heures après le médicament, dix heures après le repas.

Deuxième tableau récapitulatif. — Digitaline à sept heures du matin ; déjeuner immédiatement après: minimum des pulsations à deux heures, sept heures après.

Troisième tableau récapitulatif. — Déjeuner et granules de digitaline à huit heures du matin : minimum des pulsations à deux heures, six heures après.

Cinquième tableau récapitulatif. — Déjeuner à huit heures du matin; granules à dix heures : minimum des pulsations à six heures du soir, soit huit heures après la digitaline, dix heures après le repas.

Sixième tableau récapitulatif. — Repas unique à six heures du soir; digitaline le lendemain à huit heures du matin , à jeun : minimum des pulsations à deux heures, six heures après l'ingestion.

Les chiffres du quatrième tableau font exception : il ne se produit pas d'abaissement des pulsations sous l'influence directe de la digitaline.

Si l'on envisage dans son ensemble toute la série des six expérimentations, et que l'on compare les moyennes des pulsations du commencement et de la fin, on trouve une

Mli.MOJKE SUR LA DIGITALINE. — 11' PART., § IL 19S

diminution terminale de 8,72 ( voy. deuxième tableau synoptique, 1" division).

Chien appelé Mars {troisième tableau synoptique). — Cliez ce cliien on constate presque toujours le minimum des pulsations, dans l'état normal, à six heures du soir.

Pendant la période d'administration de la digitaline on trouve :

Premier tableau récapitulatif. — Déjeuner et granules de digitaline à huit heures du matin. Minimum des pulsations à six heures du soir, dix heures après.

Deuxième et troisième tableaux récapitulatifs. — Mêmes résultats.

Quatrième tableau récapitulatif, -^ Repas unique à six lieures du soir; digitaline prise le lendemain à huit heu- ■res du matin, à jeun ; le minimum est atteint à deux lieures, c'est-à-dire six heures après l'ingestion.

En comparant les moyennes du commencement et de la |5n des quatre expérimentations, on a : diminution filale, 17,37 (voy. troisième tableau synoptique, l'' division).

Ainsi, dans la plupart des expériences, la digitaline ateint son maximum d'effet de quatre à six heures iprès avoir été introduite dans l'estomac, rarement plus ôt, quelquefois plus tard, surtout chez les chiens. i Ceci s'accorde avec les conclusions de M. Hervieux, ui admet que le maximum d'effet de la digitaline a lieu 3 plus ordinairement après cinq ou six heures (voy. plus 3in,§VI).

Suivant M. Sandras, ce maximum d'action se montrerait n peu plus tôt : quelques heures après l'administration ela digitaline (§ VI).

- action de la digitaline s'étend d'une manière presque égale à toutes les heures de la journée.

I Nous pensons que cette délimitation de maximum, dont 'DUS venons de parler, n'a guère ici qu'un intérêt de pré-

\9!i ARCIUVES DE PHYSIuLOGlF., LTC.

cisioii dans les recherches. En effet, puisque nous voyons l'action se manifester à toutes les heures de la journée, ctc presque toujours d'une manière plus marquée après l'em ploi du médicament que pendant son usage , n'est-il pasi rationnel de se représenter la digitaline comme produisanli une modification uniforme dans l'économie: de telle sorte que la circulation est influencée d'une manière presquei égale à toutes les heures du jour, et même, avons-nous vu au delà de la durée de l'administration de ce médicament^i bien différent en cela de l'opium, par exemple, qui a uni cifet beaucoup plus apparent, mais d'une durée bien plusi restreinte?

La teinlurc de digilale, l'alcoolé et le sirop de diyilaUne tm produisent pas leur effet plus vite que les granules.

On eût pu élever quelques objections touchant la lenteuii d'action, à cause de la forme pilulairesous laquelle avaien été administrées la digitale et la digitaline dans les expé^ riences qui précèdent, forme qui comporte un léger r tard, en raison du temps nécessaire pour que la dissolution ait lieu dans Testomac (voy. § 1 de première partici article forine médicamenteuse) ; on eût pu croire peut-êtrt que ces substances à l'état de dissolution auraient fait senthl plus promptement leurs effets sur l'économie.

Nous devions d'autant plus nous préoccuper de celtt» objection que Sanders, comme nous l'avons dit ailleiu-ii (2* partie, § 1, division B), prétend avoir souvent constat» une action immédiatement accélératrice avec la teijituru de digitale.

En conséquence, la même personne dont il s'agit dann la première série de tableaux a fait les expériences suhij vantes :

Expériences avec la leiulurc de digitale.

Première expérience. — Le 3 juillet 1850, à une heufeij l'expérimenlaleur s'étant placé sur un lit depuis un quaia

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. —Il' PART., § II. 195

d'heure, et le pouls, compté à plusieurs reprises donnant , 70 pulsations, prend 15 gouttes de teinture de digitale

dans un verre d'eau sacrée. Le pouls compté après cinq ^et quinze minutes est à ces deux moments de 69.

' Deuxième expérience. — Le même jour à quatre heures, 'le pouls étant remonté à 71, on prend encore 15 gouttes de

teinture de digitale de la même manière :1e pouls, compté iaux mêmes intervalles, donne également un abaissement

del.

Expériences avec le sirop de digitaline.

\ Première expérience. — Le 21 juillet, à une heure et

i demie, le pouls, compté plusieurs fois sur le lit, étant de 01, on prend ZiO grammes de sirop de digitaline ( == 2 milligrammes de celle-ci), étendu dans un verre d'eau. Le

'pouls compté après cinq et quinze minutes, donne comme

, [ci-dessus un abaissement d'une pulsation.

! Deuxième expérience. — A quatre heures et demie, le ipouls étant revenu à 61, on prend encore 40 grammes tdu même sirop. Cette fois on n'éprouve aucun changement, et le pouls, après cinq et quinze minutes, est toujours à 61.

Expériences avec ralcoolé ou teinture de digitaline.

Première expérience. — Le 11 août, à dix heures et fdemie du soir, au moment où Ton vient de se coucher, le 'pouls compté pendant dix minutes varie de 70 à 71. On prend dans un verre d'eau sucrée 30 gouttes de solution de idigitaline dans l'alcool à 55° c'', équivalant à environ !3 milligrammes de ce principe actif. Le pouls compté alors pendant dix autres minutes, on trouve encore 70 à 71.

Deuxième expérience. —Le ik du même mois, le pouls, icorapté cinq minutes dans la position horizontale, est itrouvé à 61. On prend 30 gouttes du même alcoolé de digitaline, et l'on continue de cumpt,gr le pouls peiêidaut

une derni-lifiiire ; on trouve duriiiit ce temps de légères vaiiations qui vont de"60 h 63.

Ces expériences ont été répétées plusieurs fois, non seulement sur chacun de nous, mais aussi sur deux autres personnes jouissant d'une bonne santé. Dans ces nouveaux essais on a employé, comme ci-dessus, soit la teinture de digitale, l'alcoolé ou le sirop de digitaline. L'état du pouls était d'abord constaté à plusieurs reprises après un intervalle de cinq à dix minutes de repos dans la position horizontale, et pendant- les vingt minutes qui sui-ï vaientl'ingestion du médicament. En comparant le nombre des pulsations après l'ingestion à celui qui l'avait précédée, les différences obtenues ne se sont pas trouvées aller aui delà de deux, rarement en plus, souvent en moins. !

Dans ces diverses expériences, nous voyons donc tantôt un abaissement, tantôt un accroissement dans le nombre des pulsations quelques minutes après l'ingestion du médicament ; mais ces différences ne dépassent pas en général deux en plus ou en moins. Or, ces légers écarts ne nousi paraissent en rien sortir des limites de variations ordinaires du pouls dans l'état normal, et par conséquent nouisi ne croyons pas qu'on doive les rapporter à l'influence del la substance ingérée.

M. P. Duroziez, dans des expériences faites sur luimême, n'a pas observé non plus l'action primitive d'excitation dont parlent certains auteurs, et il est porté à lai considérer, lorsqu'elle a lieu, comme une sorte d'accident (voy. ci- après § VI).

Conclusion. — Lors même que l'on prend la digitale oui la digitaline à l'état de dissolution (au lieu d'être em pilules), il n'y a pas d'action immédiate appréciable suii l'économie.

MÉ.MOir.E sur» LA DIGITALINE. — li' PART., § II. 197

La digitaline peid quelquefois produire de l'accélération dans le pouls comme effet primitif.

Muis si nous nions l'effet d'accélération immédiate attribué à la digitale, nous ne contestons pas qu'il puisse s'en présenter quelquefois h une époque plus ou moins éloignée de l'administration de la substance médicamenteuse.

En efifet, sur les tableaux qui précèdent, nous trouvons deux exemples d'accélération du pouls, sous l'influence de la digitaline ; ils sont fournis par le chien appelé Digitalia (2'= tableau synoptique). Cet animal, chez lequel le nombre des pulsations avait d'abord été sensiblement diminué dans une première expérimentation, du 10 au 16 mai {i" tableau récapitulatif de 2" série), ayant été mis de nouveau à l'usage de la digitaline, du 28 mai au 7 juin (2" tableau récapitulatif de 1" série), puis du 6 au 15 juillet {k'^ tableau récapitulatif de 2= série), on voit dans ces deux cas le Jioinbre des pulsations augmenter sous l'influence de la digitaline. Cette action accélératrice a persisté assez longtemps chaque fois, puis s'est effacée pour ne plus reparaître de toute la durée des expérimentations , pendant lesquelles l'animal a été soumis à des périodes alternatives d'administration du médicament et de repos , et cela jusqu'au 9 septembre, en tout quatre mois.

Chez le chien appelé Mars [troisième tableau synoptique) il n'y a eu qu'une accélération peu marquée et peu durable, et nous voyons le nombre des pulsations baisser peu à peu, en passant par quelques variatiofs pendant le cours des expériences.

Les essais faits sur l'homme ne présentent pas d'exemple d'accélération marquée sous l'influence de la digitale ou de la digitaline. On voit seulement sur Je petit tableau additionnel, formant une dépendance du septième, que si l'on fractionne en deux parts les huit jours de l'adminis-

tration du sirop de digitaline, on obtient une légère accélération pour les quatre premiers jours.

Nous devons dire, d'ailleurs, que la personne qui fait le sujet de ces observations se rappelle avoir vu une fois son pouls s'accélérer sensiblement par la digitaline, sans que nul changement apparent dans l'état des organes ou des fonctions pût expliquer cette dliférence. Comme on n'a pas enregistré les chiffres de cette expérience on ne peut que se rappeler le fait sans les détails, ce qui n'en constitue pas moins un cinquième exemple d'accélération primitive du pouls sous l'influence de la digitaline.

Cette expérience jointe aux dix-sept autres, ce serait donc, sur dix-huit cas, cinq exemples d'accélération directe et primitive, dont trois seulement ont été marquées, et treize où l'abaissement s'est montré de prime abord et a persisté.

Action émético-cathartique et toxique.

Quant à l'action émético-cathartique , nous l'avons éprouvée sur nous-même, dans nos expériences physiologiques, lorsque nous avons trop élevé la dose de digitale ou de digitaline (voy. surtout 5" tableau récapitulatif de 1" série) ; mais dans la pratique nous ne l'avons rencontrée que trois fois sur plus de cent personnes, à qui nous avons administré ce médicament, et dans ces trois cas, qui n'ont consisté du reste qu'en nausées , suivies deux fois de vomissement, il nous a suflî de suspendre la digitaline, ou même seulement d'en diminuer la dose , pour faire cesser aussitôt tout accident.

Reste l'action to]lique proprement dite, signalée surtout par MM. Bouchardat et Sandras, qui, ayant injecté chez des chiens la digitaline dans les veines, ont vu ces animaux succomber rapidement (1). Ces faits, devenus la base de craintes exagérées, ont été évidemment mal interprétés^

(1) Voy. S n 6j«, l'article consacré à ces auteurs.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALLISE. — If PART, , § II. 199

comme le remarque lui-même 31. Bouchardat, dans son Annuaire de 1852, p. 30 (voy. un article spécial, à la fin du présent paragraphe, div. C, au sujet de la différence d'action suivant le mode d'absorption).

Ce que nous pouvons affirmer, c'est que ces phénomènes toxiques, tels qu'on les entend ici, c'est-à-dire graves, ne se sont jamais présentés à notre observation ; nous avons vu, quelques fois seulement, de la céphalalgie, un peu de délire même, mais rien au delà (§ V, 3" observation). Nous ajouterons que les vomissements, lorsque la digitaline est administrée par l'estomac à des doses exagérées , débarrassent l'économie de l'excès du médicament non encore absorbé, et, remplissant, pour ainsi dire, l'office de soupape de sûreté, mettent obstacle au développement des accidents véritablement toxiques.

llemarqv.es. Le rapport de la commission de l'Académie (p. 31) fait observer qu'il y a quelque chose de trop rassurant dans cette comparaison, et qu'il faut user d'une grande circonspection lorsqu'il s'agit d'élever les doses de digitaline. Nous reconnaissons la justesse de cette observation ; et puis, lorsqu'il s'agit d'agents thérapeutiques aussi énergiques, on ne saurait avoir trop de prudence.

Le fait rapporté par M. le docteur Leroux vient d'ailleurs à l'appui de cette observation (1).

Il s'agit d'un homme de soixante-douze ans, d'une constitution vigoureuse, offrant de l'œdème des membres inférieurs, et auquel on avait prescrit deux granules de digitaline par jour. Cet homme, qui n'avait vu prendre jusque là que de grosses pilules et pour lequel le volume était tout, ayant jugé que ces petits granules ne devaient avoir que peu d'action, en prit le même jour une trentaine en deux fois.

Cinq heures après la première prise, légère céphalalgie, quelques nausées. Sept heures plus tard (la deuxième prise

(1) Leroux, de Corbeny (Aisne), Union médicale du 19 aoûl 1852*

ayant été ingérée dans l'intervalle), anxiété précordiale extrême; langue légèrement chargée et jaunâtre sur les côtés, sécheresse et légère rougeur au centre et à la pointe. Pas de soif, refus même des boissons, qui ramènent les nausées et produisent des vomissements. Abdomen rétracté, sans coliques, pas de selles ; urines rares, d'un roux brun, avec dépôt briqueté, abondant. Extrémités fraîches, pas de sueurs. Pouls plein, vibrant, régulier, descendu de 68-70 à /t8-50. Bruits du cœur profonds, ayant une grande force d'impulsion; céphalalgie devenue forte et lancinante, bouffées de chaleur montant au visage ; troubles de la vue, étourdissements , vertiges. Sensibilité et intelligence nullement altérées. Pas de bourdonnements d'oreilles. Affaissement général avec assoupissement.

Pour le traitement, on a employé : Ipéca, tartre stibié, lavements purgatifs ; puis café avec rhum, eau vinaigrée et limonade citrique. Lé troisième jour, le malade ne rendant toujours que ses lavements sans excréments, on lui administre du calomel, de la scammonéeet de la crème de tartre, qui produisent cinq ou six selles. Le malade passe une bonne nuit et se trouve mieux ; urines moins rares mais encore colorées. Toujours quelques nausées, un peu de mal de tête, pas d'appétit. Enfin vingt jours après, cet homme s'est trouvé complètement rerais et a pu reprendre ses travaux.

(Pour la nécessité de se maintenir à des doses faibles dans les maladies graves, voy. § YIIL)

Sirop comparé aux granules^ quant à l'action générale.

Nous avions déjà vu par certaines expériences qui précèdent que la digitaline à l'état de dissolution n'avait pas plus d'action immédiate sur la circulation que lorsqu'on la donnait sous forme solide ; mais en était-il de même quant à l'eff'et général de ce remède dans les conditions ordi-

naires de son administration? C'est ce qu'il s'agissait d'examiner par une expérimentation ad hoc. Celle du 7' tableau récapitulatif de i" série a donc été instituée dans le but d'étudier l'action du sirop de digitaline, comparativement avec celle des granules déjà observée sur les 'P', 2% h% et 6*^ tableaux récapitulatifs (de 1''* série).

Comme action générale de la digitaline, la seule remarque à laquelle puisse donner lieu ce tableau, c'est que si l'on scinde en deux, comme nous l'avons fait sur un petit tableau additionnel, la période d'administration, on a une léfière accélération pour les quatre premiers jours, et un abaissement très prononcé pour les quatre derniers.

Comme phénomènes différentiels avec les granules, voici ce qu'on observe de plus saillant :

1" Au lieu de tiraillements d'estomac, souvent accompagnés de besoin de manger et d'augmentation d'appétit, ce sont plutôt des défaillances de cet organe.

Le matin du cinquième jour [k milligr. de digitaline chacun des jours précédents), il y a eu des nausées , presque des vomissements, et l'on a dû diminuer la dose ce jour-là. On n'a osé la porter finalement qu'un seul jour à 5 milligr., et un autre à 6 milligr., dans la crainte devoir survenir les vomissements,

[On avait pu antérieurement, en débutant de même par h milligr., supporter les doses de 5 et 6 granules, chacune pendant deux jours (6'= tableau récapitulatif de i'"' série).]

2° La vue a été par intervalles obscurcie , surtout le cinquième jour ; il y a eu douleur ou tension sus-orbitaire, ce qui était rarement arrivé avec les granules, ou à un degré moindre.

3° L'état de prostration a été plus marqué. v

h° Le pouls a été plein pendant tout le temps de l'administration de la digitaline, tout en restant d'ailleurs régulier.

Avec les granules le pouls s'était montré tantôt plus fort, tantôt plus faible qu'à l'état normal, et l'ou avait eu

202 IRCHlYIiS DE PHYSIOLOGIE, ETC.

une fois, comme ici, l'occasion de constater de l'accélération.

5° Nous trouvons le maximum d'etlet quatre heures et demie après avoir administré le remède et huit heures et demie après le repas (léger). C'est sensiblement comme avec les granules.

6" La somme de l'abaissement moyen pendant ou après l'administration du médicament (2,83 et 7,59) , le chiffre qui représente le maximum de cet abaissement (17,^7], sont analogues à ceux du premier tableau récapitulatif (voy. aussi le troisième).

De l'ensemble des faits , il résulte que l'action de la digitaline est à peu près la même, soit qu'on l'administre à l'état de sirop, c'est-à-dire dissoute par avance, ou à celui de granules.

S'il y a quelques ditfércnces , elles sont légères et paraîtraient défavorables au sirop (nausées et phénomènes cérébraux plus marqués).

Mais pour appréciera leur juste valeur ces petites différences dans leurs détails , on conçoit qu'il faudrait une expérimentation plus prolongée : nous ne pouvions donner ici qu'un aperçu.

(Voy. pour d'autres expériences physiologiques déjà faites à ce sujet, § I de la l" partie, fin de l'art. Forme médicammteuse .)

Action directe sur les yeux.

Dans le cours des manipulations en grand de la digitaline, il est arrivé à plusieurs reprises que des fragments de cette substance ont sauté dans l'œil de l'opérateur. Yoici ce qui en est résulté :

Sensation légèrement pénible dans l'organe, puis après quatre ou cinq heures , la vue se trouble ; si alors on fixe une lumière artificielle, la flamme de celle-ci paraît entourée d'une auréole offrant les couleurs de l'arc-en-ciel. Cet état, lorsque l'accident est arrivé dans la matinée, a

ilÉMOIRE sua LA DIGITALINE. — If PART. , § II. 205

duré ordinairement le reste de La journée et s'est dissipé le lendemain sans laisser aucune trace ; la vue était redevenue aussi nette qu'auparavant.

Sous cette influence, la pupille est à peine dilatée, et paraît moins contractile, et le cristallin semble présenter une certaine opalinité.

Le même effet se produit lorsqu'on est resté longtemps dans une atmosphère chargée d'émanations pulvérulentes de digitaline.

Théorie de M. Mialhe sur l'intolérance de la digitaline.

On voit l'intolérance de la digitaline survenir parfois brusquement après quelques symptômes précurseurs légers et souvent inaperçus. Notre honorable confrère M. Mialhe a donné de ce brusque développement une explication basée sur le peu de solubihté de la digitaline et sur son accumulation dans les voies digestives(l); quoique cette théorie ne nous parût établie sur aucun fait positif et fût purement spéculative, l'un de nous, pour en apprécier la valeur, s'est soumis à l'expérimentation consignée sur le 5^ tableau récapitulatif.

Là, on voit que de la poudre de digitale de première qualité fut prise en pilules, à la dose de 20 centigr. chacun des trois premiers jours, à la dose de 30 centigr. les lx\ 5% 6% 7' et Séjours, en tout 2,10 de digitale en huit jours. Malgré quelques maux d'estomac et de la dyspepsie éprouvés le huitième jour , les pilules n'en furent pas moins prises le soir ; mais le neuvième au matin, survinrent des défaillances suivies bientôt de nausées et devomissemeiîts, et accompagnées d'une prostration extrême. Le lit, la diète et l'eau de Seltz donnée par cuillerées, quelques tranches d'orange, calmèrent les vomissements qui reparurent toutefois encore le lendemain. Ce fut le

(I) M'ALiiE, Art de formuler, p. CCLXII.

huitième jour seulement après l'intoxication, qu'il fut possible de revenir à une alimentation solide,

L'action vomitive qui constitue l'intolérance observée dans cette expérience nous paraît démontrer :

1° Que ce n'est pas au peu de solubilité de la digitaline, et par suite, à son accumulation dans une partie quelconque du tube digestif qu'on doit attribuer l'intolérance, puisque la poudre de digitale contenant le principe amer à l'état soluble a produit le vomissement d'une manière aussi rapide et pour le moins aussi prononcée ;

2° Que cette propriété est inhérente à la nature intime du médicament ;

3° Que la digitale provoque tout aussi fortement, sinon plus que la digitaline, les effets dus à l'intoléranco de l'estomac.

Action de.<^ aliments sur la digitaline.

A quelle distance des repas est-il préférable d'administrer la digitaline ?

Nous avions constaté dans plusieurs expériences que lorsque la digitaline est mise en contact avec le chyme, on voit disparaître la saveur amère, tandis que celle-ci n'est en rien diminuée, si c'est au suc gastrique filtré et limpide qu'est mélangé le principe amer. Nous en conclûmes naturellement que ce devaient être les matières alimentaires solides, tenues en suspension, qui jouissaient, dans cette circonstance , de la propriété d'absorber la digitaline.

Première expérience. ■ — Un granule de 1 milligr. de co. principe ayant été écrasé et mis dans 8 gr. d'eau, dont on constitua une bouillie avec 4 gr. de bœuf cuit et pilé (1), nous vîmes la saveur amère disparaître au bout d'un quart d'heure environ.

(1) La chair musculaire crue proiiuil- le même effet.

lIÉ.MOirxR SDR LA DIGITALI.NE. — IP PART., § II. 205 Deuxième, troisième et quatrième expérience. — En substituant du foie de veau et de la chair de poisson ou de veau au tissu musculaire de bœuf, le résultat fut le même.

Cinquième expérience. — Bouillie composée de 5 gr. de raie de pain et de 9 gr. eau. 1 milligr. digitaline. — Effet moins complet et moins prompt.

Sixième expérience. — /i gr. de caséum fraîchement coagulé par l'acide acétique et pressé, 8 gr. d'eau, 1 milligr. de digitaline. — Le résultat est à peu près le même qu'avec hi mie de pain , c'est-à-dire qu'il y a simple diminution de la saveur amère (1).

Septième expérience. — 6 gr. de blanc d'œuf liquide, étendu de 6 gr, d'eau, 1 milligr. de digitaline. — Très peu de diminution de la saveur amère.

Huitième expérience. — 6 gr. du même blanc d'œuf coagulé et écrasé, 6 gr. d'eau, 1 milligr. de digitaline. — Même résultat que pour le sixième essai.

Neuvième expérience. — h gr. de fibrine de sang, fraîche, coupée menu, 8 gr. d'eau, l milligr. de digitaline. — Absorption de la saveur amère aussi complète qu'avec la chair musculaire (premier à quatrième essai).

Dixième expérience. — 12 gr. d'une bouillie préparée avec de la fécule. L'amertume de 1 milligr. du principe ci-dessus ne paraît point affaiblie.

Ainsi, la fibrine du sang, la chair musculaire, le tissu parenchymateux du foie, jouissent de la propriété d'absorber la digitaline dans une solution aqueuse de ce principe.

Le caséum, la mie de pain (probablement par son glu-

(1) La digitaline dissoute dans le lait ne semble pas y perdre de son amertume, probablement parce que la proportion du caséum qui s'y trouve naturellement est trop faible. ( Voy. § I de la première partie, art. Propriétés de la digitaline.)

ten), l'albumine coagulée, possèdent la même propriété ai un moindre degré.

L'albumine liquide exerce bien moins d'action sur la digitaline, et la fécule ne paraît point en avoir d'appré-ciable.

Nous nous sommes, d'ailleurs, assurés qu'il y avait danSi ces cas simple absorption et non destruction de la digitaline, car la bouillie fibrineuse exprimée, traitée par l'alcool, lui a cédé le principe amer.

Doit-on, en raison de ce fait, administrer la digitaline lorsque l'estomac contient encore des aliments, dans le but de former entre ceux-ci et le principe médicamenteux une combinaison nouvelle et plus facilement tolérée? L'expérience clinique a prononcé.

En effet, M. Bouillaud, n'ayant point observé de différence dans l'action delà digitaline administrée au moment des repas ou longtemps après [Rapport sur la digitaline, p. 51, note), il faut conclure que les aliments n'exercent point d'action modificatrice sensible sur les effets du médicament, et que, par conséquent, il n'y aurait pas d'avantage à le faire prendre à un moment très rapproché des repas.

Il nous a semblé, par d'autres raisons , que le moment le plus favorable pour l'administration de la digitaline était de deux ou trois heures après le l'epas. L'intervallenin à laisser écouler ensuite entre le moment de l'ingestion duil médicament et le nouveau repas est subordonné aux exi-igences du malade ou de sa position. 11 doit être au moinsH de demi-heure ; mais il y a lieu de croire qu'il y auraitij avantage à rendre cet intervalle plus long : deux à troisii heures par exemple.

Digitalose , digitalin , digitalide ; extraits analytiques de digitale.

Comme contre-épreuve des faits qui établissent directe- s ment que la digitaline est le principe actif de la digitale, 6

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — 11' PART., g IL 207

nous avons voulu savoir si les autres substances extraites de cette plante: — JDigitalose, digitalin , digiûalide, posséderaient réellement quelque propriété tliérapeutique marquée. Nous avons pris nous-mêmes de ces substances, soit isolément, soit réunies, nous en avons administré à quelques personnes ; jamais nous n'avons observé aucun effet physiologique appréciable.

Malgré ces résultats négatifs propres à nous confirmer dans la pensée que toutes les propriétés thérapeutiques de la digitale se retrouvent dans la digitaline, nous nous laissions encore parfois surprendre par le doute , et nous revenions, pour un moment du moins, à l'idée de l'existence dans la plante d'un principe diurétique différent de la digitaline.

A l'appui de ces doutes, nous nous posions cette question : Malgré le nombre déjà grand des principes retirés de la digitale, n'en avons-nous pas laissé échapper quelqu'un, perdu dans les eaux mères, et dans lequel résiderait précisément l'action diurétique? Si cette supposition était fondée, on devait croire le principe en question plutôt .soluble dans l'eau que dans l'alcool, attendu que des praticiens disent avoir obtenu des effets diurétiques plus marqués avec les infusions de la plante, tandis que la teinture alcoolique porterait de préférence son action sur le cœur (1).

(1) Hamillon dil qu'on doit préférer l'infusion de feuilles de digitale lorsqu'on veut n'obtenir que des effets diurétiques ; dans ce cas , on doit doubler la dose de feuilles (on la porte ainsi ordinairement à h grammes), elne pas prolonger beaucoup la durée de l'infusion, afin deiîe pas rendre le médicament trop désagréable au goût, (MÉnAX et Delens, Dict. de mat. méd.y t. II, p. 6i8.)

(Quel vague dans la manière de faire l'infusion d'une plante très «clive ! Que de chances d'avoir un médicament variable si ce n'est pas toujoursia même personne qui le prépare I)

Voy. aussi Munck, in Gurfs hospital reports, n* IV, octobre 18M. — Suivant cet auteur, la teinture de digitale agirait sur le cœur cl l'infusion lur les reiut.

C'est dans le but de résoudre cette question que nous avons extrait en trois fractions différentes par leur nature tous les principes de la plante. (§ III de la l'"" partie, 7" expérience avec l'étlier.)

L'une, la matière verte, composée surtout de chlorophylle et de digitalose ;

La deuxième , constituée par une matière jaunâtre amère, et renfermant la digitaline, le tannin, les acides digitalique et antirrhiaique et plus ou moins de certains des autres principes ;

La troisième , particulièrement composée de la digitalide, des matières extractive et colorante orangée.

Nous étions sûrs d'avoir en trois parts tous les principes de la plante, rien n'ayant été éliminé, et la bonne qualité des produits nous étant garantie par les soins apportés à leur préparation, surtout quanta l'action de la chaleur.

L'un de nous a expérimenté ces trois extraits sur luimême, suivant le plan des tableaux placés à la fin du « mémoire , c'est-à-dire avec trois périodes pour chaque expérimentation. Il n'y a eu aucun effet diurétique, pas plus avec l'un qu'avec l'autre de ces produits, bien que le premier et le dernier (chlorophylle, — matières extractives) aient été portés jusqu'aux [doses équivalentes à 2 grammes de poudre de digitale dans les vingt-quatre heures.

Ainsi, rien ne nous autorise à croire que la digitale doive : ses propriétés diurétiques à quelque principe encore inconnu i et perdu dans les manipulations de l'analyse; les parties de l'extrait de digitale dans lesquelles nous avons concentré i; les principes autres que la digitaline, de manière à pouvoir i les supporter à haute dose, n'ont pas produit plus d'effet I diurétique que les principes immédiats pris isolément, ou que la poudre en nature (voy. pour celles-ci, les 2« et .3' tableaux récapitulatifs de la 1" série) ; et nous revenons dès J lors, avec une probabilité de plus, à la croyance motivée t plus loin (§ VI, art. Remarques au sujet de l'action diuré- -

tique de la digitale et de la digitaline)^ que c'est à la digitaline que doivent être rapportées les deux propriétés fondamentales de la plante : action sur les organes de la circulation, action sur ceux de la sécrétion urinaire.

L'expérience aujourd'hui acquise (1853), les observations de 31. Hervieux, celles de MM. Andral et Lemaistre, ne permettent pas de douter que la digitaline possède réellement la propriété diurétique au même degré que la digitale (voy. plus loin, § VI).

On pourrait, peut-être, invoquer une autre considération en faveur de l'opinion qui accorde une action diurétique plus prononcée aux préparations aqueuses de digitale, qu'à celles obtenues par l'alcool, ou à la digitaline; c'est celle-ci : La diversité d'action ne dépendrait-elle pas de ce que le nitre, que l'on sait exister dans la plante (1), et qui est, non pas insoluble, mais peu soluble dans l'alcool, se trouverait en plus grande quantité dans les préparations obtenues par l'eau???

Si telle était en effet la cause de Ja différence (différence qui ne nous semble pas suffisamment établie), on voit que tout serait expliqué, et qu'il suffirait de faire boire au malade une légère solution de nitre avec ou après la digitaline pour retrouver l'auxiliaire qui favorisait l'action de celle-ci dans la plante.

La digitaline ne se retrouve pas dans les urines.

Dans le cours de nos expériences, nous avons plusieurs fois recherché la digitaline dans les urines, notamment chez les chiens, lorsqu'ils en prenaient 10 milligram. par jour : nous n'en avons pas trouvé la moindre trace. 11 en a été de même chez l'homme après en avoir pris 12 milligrammes en deux jours. [^"^ tableou récapitulatif de X'"^ série, sur le 1" lahleau sijnoptique.)

Le moyen dont nous nous sommes servis pour recher-

1) JoMrn. de pharm, 2' série, l. XXI, p. 130.

210 APiCMlVES HE PtlYSIOLOGlf , ETC.

cher la présence de la digitaline dans les urines est tout simplement la dégustation. ( Il suftit de placer une goutte de liquide sur la langue et de la rejeter aussitôt pour savoir à quoi s'en tenir.) Ce mode de recherche, dans le cas où il s'agit d'une substance extrêmement araère et altérable par la chaleur, comme ici, et en tant que les résultats sont négatifs , est certainement bien au-dessus des moyens chimiques qui pourraient être employés en cette circonstance , pour le degré de sensibilité et de certitude.

Ce résultat négatif se conçoit d'ailleurs parfaitement pour un médicament qui s'administre à doses si minimes. — Retrouverait-on de la quinine dans les urines d'un malade qui n'en prendrait que 10 milligrammes par jour? — Non sans doute.

C — Bifférents modes d'absorption , ou différence des efiPets obtenus par l'injection dans les veines et l'absorption digestive ou Capillaire.

Dans les expériences de physiologie et les conséquences qu'on en déduit, il est un fait trop souvent oublié, savoir :

La différence des effets obtenus par l'injection directe des poisons dans le système vasculaire, d'une part, — et de ceux produits par l'absorption de l'agent toxique introduit dans quelque partie du canal digestif, ou mis au contact du tissu cellulaire.

Si, toutes choses égales d'ailleurs, on suppose une même dose de poison employée dans ces différentes circonstances, les effets seront beaucoup plus rapides dans le premier cas. Dans les deux derniers, au contraire , l'introduction dans la circulation n'ayant lieu que peu à peu et successivement par le fait de l'absorption, les effets seront plus lents à apparaître et généralement moins énergiques.

Non seulement les effets sont plus rapides et plus énergiques par l'injection directe, mais il arrive souvent aussi

MÉMOIRE SUPx LA DIGITALINE, — II' PARI., § IL 211

qu'ils présentent des différences dans leur nature , comme le travail de M. Stannius (analysé plus loin, § Il bis) nous en offre l'exemple.

Ainsi, dans les expériences où il employait, soit la digitale soit la digitaline à dose modérée, il voyait apparaître d'abord les nausées , les vomissements , accompagnés quelquefois de déjections alvines, — puis les crampes, les convulsions et enfin la mort.

Quand, au contraire, il avait injecté le poison dans les veines, à dose comparativement aussi élevée et suffisante, on voyait de suite se produire les crampes et les convulsions précurseurs de la mort, sans qu'il y eût eu d'abord ni nausées ni vomissements.

Nous trouvons dans la Toxicologie d'Orfila un exemple de différence d'intensité d'action. Ce savant ayant essayé comparativement les extraits de digitale par injection dans les veines , par la méthode endermique et par injection dans l'estomac, conclut ainsi :

ce L'action des extraits (alcoolique et aqueux de digitale) est vive et rapide lorsqu'on les injecte dans la veine jugulaire ; elle l'est moins lorsqu'on les applique sur le tissu cellulaire, et beaucoup moins encore lorsqu'on les introduit dans l'estomac, et qu'on empêche le vomissement (I). »

Nota. — Dans l'expérience de M. OiGla l'œsophage avait été lié pouf s'opposer au vomissement; par conséquent on est en droit de penser que si les chiens eussent pu voûiir, l'action toxique eut encore été moindre.

M. Bouchardat nous fournit un autre témoignage en faveur de la proposition en question. En effet, tout en disant que la méthode d'injection dans les veines , pratiquée avec soin, est excellente pour juger bien et sainement de la valeur physiologique de la plupart des médicaments , ce savant observe ceci : — « Il est bien évident qu'il faut se garder de conclure immédiatement des effets

(1) Okfila, Traiié de toxicologie, k" édit., t. II, p. A19, troisième conclusion sur la digitale.

produits par une substance introduite par injection dans les . veines, à ceux qu'elle produira dans l'appareil digestil'(l).

Ainsi il faut, dans ces sortes d'expériences, tenir compte ; du mode d'absorption qui modifie si profondément l'action des médicaments et des dangers qu'il peut entraîner par lui-même. A combien d'agents thérapeutiques en effet le médecin ne devrait pas renoncer si pareille épreuve devait être un motif d'exclusion !

•Résumé.

V L'action de la digitale et de la digitaline sur le cœur s'est, montrée de même nature.

2° Ces substances ont pour effet ordinaire et direct de produire le ralentissement du pouls.

3" Le maximum d'effet, relativement au temps écoulé après une prise de digitaline, se montre, dans la plupart des cas, après un intervalle de quatre à six heures; mais ce maximum est peu prononcé, et il semble plus rationnel , d'envisager l'action de ce principe médicamenteux comme «'exerçant d'une manière presque uniforme sur l'économie : de telle sorte que le nombre des pulsations se trouve diminué à peu près également à toutes Içs heures de la journée.

4° Que la digitaline soit administrée à l'état solide (granules) ou à l'état liquide (sirop ou alcoolé), on ne voit pas, que son effet apparaisse plus vite dans un cas que dans l'autre, ni qu'il soit sensiblement différent ; jamais l'effet du médicament ne s'observe immcdialement après l'ingestion.

5" Non seulement le ralentissement imprimé au pouls par la digitale ou la digitaline est susceptible de se prolonger au delà du temps de l'administration du médicament, mais nous le voyons souvent (quatorze fois sur dix-sept) s'accroître dans nos expériences, à partir de ce moment.

(1) BoucuAiiDAT, Ann, de ihéraji,, 1852, p. 131 ti 132,

Nous n'avons point été à même de déterminer la durée âù cette persistance d'action : nous savons seulement qu'elle peut être de dix jours.

6" Le chiffre de l'abaissement moyen des pulsations n'cX généralement pas été grand dans les expériences que nous présentons ici.

Nous le trouvons seulement de A, 70 sur le quatrième tableau récapitulatif de la première série (homme), à la période intitulée après; de 6,60 sur le tableau numéro 1 (pendant) ; et de 9 , 3 3 sur le numéro 3 [après). Les au très son t intermédiaires. Mais il faut noter qu'il s'agit là de l'homme en santé, c'est-à-dire dans les conditions physiologiques normales où le ralentissement du pouls est moins prononcé, comme nous le dirons plus loin (§ VI).

Pour le chien appelé Digiîalin^ après divers décroissements et accroissements, et un usage intermittent de la digitaline pendant quatre mois, nous trouvons un abaissement final de 8,87 seulement (voy. 2^ tableau synoptiqne).

Chez le chien appelé Mars, après trois mois d'usage de la digitaline , aUernarit avec des périodes de repos, nous voyons un abaissement de 17,33 (3' tableau synoptique).

1" Chez l'honjme, le pouls a souvent montré de la dureté ; quelquefois il est devenu faible et filiforme ; dans d'autres circonstances il a conservé sa force ordinaire ; rarement on a observé de l'irrégularité.

Chez les chiens il a aussi, en général, conservé sa régularité, et n'a été que rarement modifié dans ses autres caractères.

8° Il y a eu dans les diverses expériences sur l'homme, plus ou moins de tiraillements d'estomac et même des nausées, surtout lorsque la dose du médicament était élevée.

Une fois (5* tableau récapitulatif de 1" série) avec une, poudre de digitale de qualité supérieure, les vomissements sont survenus d'une manière brusque et presque sans signes précurseurs; ils ont été opiniâtres et persistants.

Une autre fois' on a observé des coliques et des selles ^ diariiiéiques pendant les premiers jours qui ont suivi la période d'administration de la digitaline (1" tableau récapitulatif de i'^ sérié).

9° Chez les chiens nous avons dit que la dose de digitaline,;dans un but spécial, avait toujours été élevée jusqu'à l'apparition des vomissements. L'indisposition survenue chez eux par ce fait ne s'est jamais prolongée au delà de quinze ou vingt heures, souvent moins. Outre les vomissements, ils ont quelquefois eu delà diarrhée, qui était pareillement de courte durée. Souvent il y avait de la diminution d'appétit un, deux ou trois jours avant l'apparition des vomissements.

10° Les phénomènes généraux chez l'homme ont souvent consisté en un sentiment de plénitude générale , quelquefois accompagné de faiblesse dans les membres. -

Les chiens n'ont jamais paru souffrir dans leur état général , à part le temps des vomissements ou celui qui les précédait et les suivait.

11" La digitahne en substance, introduite accidentellement dans l'œil, même en quantité fort minime, a occasionné après quatre ou cinq heures, un trouble de la vue qui a persisté pendant dix ou quinze heures.

12° Dans aucun des dix-sept cas rapportés sur les tableaux (tous relatifs à des sujets en bonne santé) nous n'avons observé d'action diurétique nettement appréciable.

13° La digitalose, le digitalin, la digitaline, n'ont paru avoir d'action appréciable, ni sur les organes de la circulation, ni sur les reins.

14° Certains aliments, la chair musculaire surtout , le caséum, le pain (celui-ci en raison de son gluten sans doute', jouissent de la propriété d'absorber la digitaline dans les solutions aqueuses , lesquelles perdent ainsi leur amertume. Le même phénopjène s'accomplit dans l'estomac si l'on y introduit de la digitaline lorsqu'il renferme encore des aliments.

UÉMOir.E SUR L\ niGITALlNK. — 11* FAUT., § II bh. 215

L'ilbumine liquide et la fécule ont beaucoup moins de te/idajce à précipiter la digitaline.

Il ne paraît pas que cette propriété des aliments ait d'influence marquée sur l'effet du remède, et l'action a été trouvée sensiblement la même chez les malades lorsqu'on a administré la digitaline à un moment rapproché ou éloigné des repas.

15" Il ne nous a été possible, dans aucun cas, de constater le passf^e de la digitaline dans les urines.

16'^ Les effets de la digitale et de la digitaline diffèrent d'intensité et même de nature suivant le mode d'absorption.

Pour un poids donné , ces effets vont en décroissant, suivant que l'on injecte la substance dans les veines, qu'on la dépose dans le tissu cellulaire, ou qu'on l'introduit dans l'estomac.

I IT his. — ^XWZ DES EXPÉniEXCES PHYSIOLOGIQUES.

MM. Bouley et Reynal. — Dupuy el Delafond. — BoucbaniaL cl Sandras. — Slanuius. — A. Dumérii, Demaïquay ef Leccin'.c. — ïrauhe.

Xïpériences toxicolcgiques et thérapeutiques iur la digitale, par VS-KL. H. Bouley, professeur, et Heynal, chef de clinique à l'écoîe vétérinaire d'Alfort [\\.

Les expériences qui constituent ce travail se divisent en trois séries :

1° A un premier groupe d'animaux (chevaux) on a administré la digitale à doses rapidement toxiques, afin d'exagérer son action et de grossir les phénomènes.

2" Sur un second groupe elle a été expérimentée à doses toxiques encore, mais plus atténuées, afin de prolonger la durée des plîénomcnes, et de permettre de les saisir dans l'ordre de leur succession.

(1) Recueil Je vicdecinr rélolniire pratique, 3' série, t, VI, p. 297

216i ARCHIVES 1)K PHYSIOLOGIE, ETC.

3° Sur un troisième groupe enfin, les expériences r'ont eu pour but que d'éclairer l'action thérapeutique de ce puissant modificateur.

J. — Expériences sur la diijitale à doses rapidement toxiques.

Six à huit heures après l'administration de cette substance à dose susceptible de produire une action toxique, ses effets se traduisent par quelques changements saisissables dans l'habitude extérieure des animaux (il s'agit de chevaux) .

Ils se tiennent à l'extrémité de leur longe, tristes, abattus, sans appétit ; les poils se hérissent et perdent leur luisant. Puis surviennent les signes d'une excitation générale : coloration des muqueuses, narines dilatées et animées de mouvements nerveux vibratoires, yeux brillants, fixes, face grippée ; la respiration et la circulation s'accélèrent un peu sans rien présenter encore de caractéristique, si ce n'est l'effet ordinaire d'un agent excitant introduit dans l'économie.

Souvent dans les douze heures qui suivent l'administration, les animaux présentent des signes de douleurs intestinales, des coliques qui ne sont pas de longue durée.

A ces premiers symptômes, qui n'ont rien de bien caractéristique et peuvent manquer, succèdent après vingtquatre ou trente-six heures, les] signes d'un abattement nerveux profond ; les fonctions sensoriales sont suspendues ; les animaux sont plongés dans un état comateux complet; leur tête alourdie penche vers la litière ou se tient dans le fond de la mangeoire. Ils demeurent complètement insensibles aux excitations et aux bruits extérieurs; leurs yeux sont éteints, sans mouvement et sans expression, tantôt à moitié recouverts par les paupières tombantes, d'autres fois fixes, hagards, comme saillants en

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — II* PART., g 11 bîs. 217

hors de l'orbite et laissant voir la pupille la-rgement diWée.

\'à démarche est incertaine, chancelante. Bientôt la faiBesse devient extrême, les membres s'affaissent sous le corjs ; puis enfin les animaux se laissent tomber tout d'uri\ masse. Leur peau est alors frappée d'un froid glacial précurseur de la mort, qui arrive d'ordinaire au milieu d'un ^and calme. Quelques sujets, par exception, se livrent à des Mouvements désordonnés au moment de l'agonie.

Tout\fois, cet ensemble de symptômes ne. présente rien de particulièrement propre à la digitale; la plupart des substances toxiques déterminent, à quelques légères différences prte, cette même sidération générale.

Mais lel signes fournis par les fonctions spéciales sont plus caracléristiques.

Circulation. — Dans les premières vingt-quatre heures qui suivent^administration de la digitale à dose toxique, les battemen\s du cœur deviennent précipités, leur énergie s'accroît beaucoup , et au bout d'un certain temps, ils s'acpompagnent dun frémissement vibratoire avec tintement métallique très orononcé.

Au fur et à r^esure que l'intoxication fait des progrès, on distingue, ef^ auscultant le cœur, un bruit de souffle qu'on perçoit trè^ distinctement et qui augmente après un léger exercice.

Enfin, de temps à autre, les battements du cœur présentent une intermittence bien marquée.

Le pouls, dans le cas d'intoxication rapide, est toujours petit, filiforme, à peine perceptible et intermittent, quand le rhythme du cœur l'est lui-même.

La circulation capillaire présente des signes caractéristiques. Au début de l'intoxication, les conjonctives s'injectent et prennent une teinte rouge vif, qui plus tard passe au brun violacé; la sécrétion dont elles sont le siège paraît comme tarie.

Respiration. — Le rhythme de la respiration subit, sous

l'influence de la digitale à dose rapidement toxique, ds modificalions très notables.

Six à huit heures après l'administration de cette sibstance, les mouvements respiratoires s'accélèrent et s* lèvent jusqu'à 15, 20 et 25 par minute, accélératiorqui coïncide avec celle des pulsations cardiaques.

Puis, lorsque les premiers phénomènes d'excitatioT sont passés et que l'action stupétiante de la digitale s'esfexorcée sur le système nerveux, ou observe un ralentisement marqué dans la succession des mouvements respiidoires. Ils deviennent surtout profonds, entrecoupés, trenblants. Leur nombre descend à 8, 7 et même 6.

Vers la fin de la vie, le rhythme de larespiratioi se trouble davantage, sans qu'il y ait rien de fixe et dt constant dans la succession des phénomènes qu'elle présinte. Tantôt elle est saccadée , difficile , plaintive ; tantft et le plus ordinairement très lente; quelquefois un peu accélérée; mais la lenteur est son mode le plus habituel.

Chez quelques sujets, la respiration préseite un caractère d'intermittence bien remarquable, et ses temps d'arrêt coïncident avec le repos du cœur, quand le rhythme de cet organe est intermittent lui-même.

Digestion. — Les symptômes les plus immédiats qui suivent l'administration de la digitale à dose rapidement toxique, sont l'inappétence, et môme le dégoût des aliments solides ou liquides. La bouche est chaude et remplie d'une salive peu abondante et mousseuse. La langue, d'un rouge violacé sur ses bords et à sa pointe, présente sur sa face supérieure une teinte plombée due à un enduit sédimenteus épais. Chez quelques sujets, on remarque, vingtquatre à trente-six heures avant la mort, une paralysie des lèvres (la supérieure principalement). La bouche laisse alors écouler une salive épaisse et filante. Pendant les premières heuresqui suiventl'adminislrationdeladigitale.les crotins ont leur forme et leur consistance normales; puis, lorsque l'action spécialement irritante de cette substance s'est pro-

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. —IV PART., § II blS. 219

lite sur la muqueuse intestinale, les matières excrémentiVelles , moulées encore , prennent une couleur plus bnne qu'à l'ordiuaire, et se revêtent d'une pellicule muqueuse plus ou moins épaisse. Sur la fin de l'expérimentationla diarrhée se déclare, il y a expulsion abondante de matWes sous forme de pâte molle, noirâtre et très fétide, puis.Wsque le canal est complètement évacué, la diarrhée devieit séreuse ; les matières expulsées sont presque liquidesu noirâtres et d'une odeur repoussante.

Apphreil UT inaire. — Le premier effet delà digitale à dose toMqueest la suppression de la sécrétion urinaire, à laquelIeWccède, au bout de trente-six à quarante-huit heures, une diurèse abondante. L'urine excrétée à cette époque es\ claire et inodore ; son expulsion a lieu souvent et en petiiç quantité à la fois.

Système ierveux. — L'action de la digitale à haute dose sur le systèi\ie nerveux est profondément stupéfiante. Cette influence est^ccusée par l'état comateux, l'affaiblissement des fonctions\sensoriales, l'état de stupeur et d'insensibilité générale, k faiblesse musculaire extrême, d'où résulte la titubation d^is la marche, l'oscillation du train postérieur et l'espèce de paralysie qui en ralentit les mouvem.ents. Chez quelques chevaux, l'influence de la digitale est exprimée par des mouvements vertigineux peu prononcés, chez d'au,tres par des contractions fibrillaires spasmodiques des muscles de la face et des ailes du nez.

Nutrition générale. — Les animaux soumis à l'action toxique de la digitale maigrissent avec une grande rapidité, eff"ets que concourent à produire, d'une part, la suspension de la fonction digestive ; d'autre part, l'activité des fonctions sécrétoires de l'intestin et des reins.

Calorification. — Dans les premiers temps de l'administration delà digitale à haute dose (période d'excitation), la chaleur du corps est un peu augmentée; des sueurs chaudes se manifestent aux oreilles, aux naseaux, aux aines, en arrière des épaules et aux flancs. Mais lorsque

2'20 ARCHIVES Dl- PHYSlOr.Or.lE, ETC.

l'intoxication est complète, -ces sueurs se tarissent, la peai devient frcide, et en même temps aussi la chaleur des parties profondes diminue.

Le thermomètre de Réaumur, introduit dans l'oreile, dans la bouche, dans le tissu cellulaire sous-cutané et «ans lerectum est descendu, sur certains sujets, à 26 (;j2 1/î" C), et ù 20 même (25 C.) dans les heures d'agonie qui »récèdent la mort.

II. —Expérience sur la digitale administrée ù docs plus lentement toxiques.

Quand la digitale est administrée à doses suffîsanmciil atténuées, quoique toujours toxiques, les symptômes par lesquels elie se traduit apparaissent plus tardivement que dans le premier cas et se succèdent avec moins de npidité. Les premiers signes qui dénotent son action ne son:, pour ain.'^i dire, que des diminutifs des symptômes que ncus avons exposés dans le premier groupe d'expériences, symptômes qui disparaissent bientôt pour faire place mx caractères de la santé, si l'on n'a soin de maintenir l'organisme sous le coup de l'action toxique de la digitale, en renouvelant les doses de celle-ci au fur et à mesure qje son influence s'épuise par le fait môme des réactions et des éliminations organiques.

Lorsque, par l'administration plusieurs fois répétée de doses légèrement toxiques, les forces de l'économie sont enfin surmontées, et que l'influence de la digitale s'est établie en plein, alors les signes par lesquels elle se manifeste ont quelque chose de p^us caractérisé. Et c'est dans ce cas surtout que nous devons plus particulièrement étudier les fonctions de la circulation , sur les organes de laquelle la digitale exerce une influence toute spécifique.

Appareil circulatoire. — Ici encore le premier effet est une légère excitation du cœur, qui en accélère un peu les

MélOIP.E SLR LA DIGITALINE. — 11" PARÏ., § II hlS. 221

battenreiils ; plus tard, ceux-ci se ralentissent notablemcÀt, ils tombent jusqu'à vingt-cinq et mèn:}e vingt psr min\fte.

Mfris cette sédation ne persiste pas. Si l'on administre de no^A'eau la digitale , et sous l'influence de doses suffisamment répétées, les mouvements du cœur s'accélèrent et augmentent d'énergie, comme dans le cas d'intoxication rapide, et s'élèvent au nombre de 55, 60, 65, 70. Les bruits qui acccmpagnent ces battements et par lesquels ils se traduisent, se font entendre à l'oreille plus clairs, plus distincts les uns des autres que dans l'état normal et suivant un rhythme différent.

Ce qui caractérise ce rhythme nouveau , ce sont les intermittences, c'est-à-dire qu'après un certain nombre de pulsations, le cœur s'arrête, se repose pendant un espace de temps sensiblement égal à celui que dure une pulsation. Ces intermittences sont ordinairement régulières' et se reproduisent après le même nombre de battements; mais ce nombre varie suivant les sujets, et sur le même sujet, suivant la date de l'intoxication. Nous avons vu des intermittences séparées par cinq ou six pulsations ; d'autres par quinze ou seize et même au delà. Enfin, chez quelques sujets , les intermittences sont tout à fait irrégulières .

Il est une autre modification des battements qui se manifeste dans leur timbre et qui a lieu d'une manière constante dans le cours de l'intoxication lente : c'est le tintement métallique. Il devient de plus en plus clair, di^stinct et sonore à mesure que les effets de l'intoxication se prononcent davantage. — A une époque plus avancée encore, le frémissement vibratoire et le bruit de souffle signalés (premier groupe) deviennent à leur tour perceptibles à l'auscultation.

Ainsi, accélération d'abord, puis ralentissement des battements du cœur : tel est l'effet d'une première dose modérément toxique de digitale. Si l'on en donne de nouvelles

quantités, et cela d'une manière répétée, alors on voit réapparaître et se maintenir l'accélération des battements avec augmentation de leur énergie, intermittence régulière ou , irrégulière , tintement métallique , frémisiement vibratoire et bruit de souffle , tel est l'ensemble des symptômes et l'ordre dans lequel ils se succèdent. A mesure que se rapproche le moment de la mort , les battements du cœur se précipitent davantage. « Nous les av^ns vus, disent les auteurs, monter jusqu'à 92, 100, et même 11^. « . . . Les pulsations artérielles s'opèrent suivant un rhy thme exactement concordant avec celui des pulsations du cœur. Cependant les premières, loin de répondre par leur intensité à l'énergie des battements du cœur, faiblissent, décroissent et deviennent de moins en moins sensibles à mesure qu'augmente l'énergie des pulsations de cet organe. Lorsque l'influence toxique de la digitale est complète, le pouls devient tout à fait misérable et imperceptible.

IIL — Phénomènes produits par la digitale administrée à dose thérapeutique.

Lorsque la digitale est administrée à dose suffisamment atténuée pour ne pas porter atteinte aux forces de la vie, et borner son influence à la modification de quelques unes des fonctions de l'organisme, ses effets portent principalement, d'abord sur la sécrétion urinaire, et en second lieu, sur l'appareil central de la ciculation.

Pour donner une idée de cette action, les auteurs rapportent sommairement l'une des observations où le fait s'est manifesté avec une très grande clarté. « Cette histoire, ajoutent-ils, est à quelques différences près, dépendantes des individualités sur lesquelles on opère, l'histoire de tous les sujets sur lesquels nous avons expérimenté. »

Observation. — Cheval hongre, de race allemande, d'une excellente constitution, employé au service de l'école ; dix ans ; taille de 1",55.

\M£M01RE SUn LA. DIGITALINE, — U' TART. , § Il bis. 225 \fa( au moinent de l'expérieuce. — 16 respirations ; 37 pilsatioiis du cœur; artère rouliuilc et pleine: muqueuses rosées; fonctions digestives intactes; tous les signet de la santé.

l" jmvier lSh9, dix heures du malin. — 6 grammes de poudrede digitale en électuaire, l'animal étant complètement à jeun.

A deux heures, — 14 respirations. Expulsion d'une urine claîre et abondante.

A six heures, — 13 respirations ; 35 pulsations cardiaques. Les urines sont toujours expulsées en abondance et avec le même caractère de limpidité.

Le lendemain, les effets de la digitale avaient disparu.

U Janvier, dix heures du matin. — 6 grammes de digitale dans les mêmes conditions. Au moment de l'administration, 1() respirations, 37 pulsations.

A trois heures. — 1 k respirations ; les urines sont claires, abondantes et sans odeur.

A six heures. — Mêmes signes fournis par la respiration et la circulation ; môme état de la sécrétion urinaire.

A huit heures. — 13 respirations; les battements du cœur ont un peu diminué d'intensité.

Du reste, tous les signes de la santé.

5 Janvier, sept heures du matin. — Conjonctives pâles ; pouls petit et peu sensible; 22 pulsations; les battements du cœur ont diminué d'intensité, sont restés très distincts ; intermittence marquée après chaque battement. — 6 à 7 respirations.

A midi. — Même état,

A deux heures. — 25 pulsations; intermittence moins sensible. — 11 respirations; urines toujours claires, moins abondantes.

A sept heures. — Décubitus calme ; litière très mouillée par l'urine. 30 pulsations; disparition de l'intermittence; 15 respirations.

6Jcmvier. —Tous les signes de la médication disparaissent; retour des fonctions à leur état normal.

8 Janvier. — 6 grammes de digitale. Au moment de l'administration, 30 pulsations, 10 à 11 respirations. Le thermomètre Réaumur introduit dans le rectum marque 31 (38''3/ZiC.),et 25 seulement (31" \/k C.) aux cavités nasales. — Tous les signes de santé.

A une heure. — Rien de particulier.

A quatre heures. — 28 pulsations; rien de changé dans le rliythme du cœur ; 1 0 respirations. Expulsion d'urines claires en quantité considérable. — 29 degrés au rectum (36" 1/6 C). — Un peu de sensibilité à l'abdomen.

A huit heures. — x\ppétit bon; 26 pulsations; battements du cœur retentissants; 14 respirations. Urines toujours abondantes.

9 Janvier. — Conjonctive pâle ; 24 pulsations ; pouls petit, à peine sensible; battements du cœur affaiblis. — G respirations; température à 29" Réaumur (36° 1/4 G.).

A deux heures. — Muqueuses plus colorées ; 30 pulsations ; battements du cœur plus intenses; 12 respirations. — Urines moins abondantes et moins limpides.

A partir de cette époque les fonctions reviennent peu à peu à leur état normal.

« Il résulte de cette observation, disent les auteurs, que sous l'influence de la digitale administrée à doses tolérablespar l'organisme, la fonction urinaire est notablement activée, tandis que par contre, les pulsations du cœur et les mouvements de la respiration sont manifestement ralentis. ))

Nous avons vu que dans les expériences de ces messieurs, le contraire avait eu lieu, lorsque le médicament avait été administré à dose toxique.

Dans celte différence d'action exercée par la digitale sur l'organisme du cheval , suivant que la dose est très forte ou suffisamment atténuée, les auteurs voient la confirma-

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — 11^ PART. , § 11 Ms. 225

tiou de la règle formulée par MM. Trousseau et Pidoux, dans leur Traite de théi^apeutique^ à savoir : — que lorsque la digitale produit des effets excitants sur le cœur et sur la respiration, son action diurétique est nulle ou à peu près. Celle-ci devient au contraire progressivement croissante en raison de la puissance sédative de cet agent modificateur SUT les fonctions respiratoire et circulatoire.

Autopsie. — Il résulte des lésions qu'on rencontre à l'autopsie des chevaux qui ont succombé à l'empoisonnement par la digitale, que l'action toxique de cette substance porte principalement sur la masse entière du sang qu'elle rend noire, incoagulable et poisseuse, et d'une manière toute spéciale sur l'organe central de la circulation, qui s'est toujours montré plus pâle et plus flasque que dans l'état normal, pour peu que l'autopsie fût différée. Mais chez les animaux qu'on ouvre immédiatement, il présente la teinte et la fermeté ordinaires. On a observé des ecchymoses plus ou moins étendues, plus ou moins profondes à la surface extérieure des ventricules et des oreillettes. La muqueuse du sac droit de l'estomac a offert une teinte rouge pointillée de taches ecchymotiques.

Nota, — Les auteurs ne disent pas quelles quantités de digitale il leur a fallu employer pour tuer les cbevaux ; mais, dans leur opinion, 16 gr. administrés pendant un certain nombre de jours pourraient entraîner la mort de l'animal, lis indiquent 4 à 6 grara. comme suffisant et devant constituer la dose thérapeutique à employer.

MMr Delafond et Bupuij, professeurs à Alfort (1), ont vu aussi que la digitale donnée à fortes doses, chez les animaux domestiqueset surtout le cheval, produit, dans le premier moment , des phénomènes d'excitation ; mais que si l'on administre le médicament à faible dose, la diminution du nombre des battements-du cœur est un des premiers phénomènes observés.

(d) BuUcùn de V Académie de médecine, l. XVI, p, 428-29.

22G ARCHIVES M PHTSIOLOGIE, ETC.

Ces messieurs ont vu pareillement la diminution du nombre des respirations sous l'influence de la digitale.

Remarques. — Une chose fixe surtout l'attention dans les observations des professeurs de l'école d'Alfort : c'est ce fait, que si l'on n'administre la digitale qu'à dose thérapeutique, il n'y a pas d'accélération des battements du cœur et des mouvements respiratoires, ni d'élévation de température, et les seuls changements signalés sont les effets sur la sécrétion urinaire (activée) et sur l'appareil central de la circulation (ralenti).

Or, en voyant ces résultats différentiels, on est tout naturellement porté à se demander si les phénomènes d'excitation signalés par certains auteurs comme effet primitif de la digitale, et dont nous avons longuement parlé, 2* partie, §1", n'auraient pas dépendu, non toujours assurément , mais souvent^ de ce qu'on avait administré le médicament à des doses trop élevées; ce qui a pu arriver surtout lorsque l'on est tombé sur une qualité supérieure de plante.

A l'appui de cette opinion , nous citerons l'observation de M. Sandras, dans son premier travail sur la digitale (cité 2" partie, § I), à savoir : que cette plante, de même que beaucoup de médicaments actifs, ne produit pas le même effet à haute et à petite dose (1).

MM. Bouchardat et Sandras (-2).

Ces observateurs ont fait leurs expériences physiologiques sur des chiens. Tantôt ils ont injecté la digitaline dans les veines après l'avoir dissoute dans quelques gouttes d'alcool , qu'ils étendaient ensuite d'environ 60 grammes d'eau ; tantôt ils ont introduit cette substance dans l'estomac.

(1) Sakdras, Bullet. de thévap., t. V, 1885, p. 318.

(2) BorcHARDAT ct Sandras, Atm. de thérapeutique de Bouclutvddl, 1845, pages 60 à 68, et Répertoire de pharmacie, t. I, p. 196,

Il; MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. ~ II" PART. , § H biS. 227

Dans leurs premières expériences, ces savants ont eu pour but d'étudier l'action toxique du nouveau principe porté à haute dose dans l'éconoraie ; ensuite ils ont examiné l'action thérapeutique.

Première expérience. — 10 centigr. de digitaline (d'Homolle et Quevenne) sont injectés dans la jugulaire externe d'un chien. L'animal a marché un instant comme étourdi, puis il s'est arrêté et est tombé brusquement. Les pulsations étaient lentes et inégales, à peu près ùO par minute. Le chien est mort tout au plus une minute et demie après l'injection (p. 61 de V Annuaire cité].

Deuxième expérience. — On a injecté, de la même manière et pareillement dans la veine jugulaire externe d'un chien , 1 centigr. de digitaline. Les battements du cœur étaient avant l'expérience, de 120 par minute.

Aussitôt l'injection faite, le chien eut une évacuation alvine abondante, puis il se mit à vomir à deux ou trois reprises un peu de matière mousseuse, vomissements qui se renouvelèrent à plusieurs reprises ; titubation au bout de quatre ou cinq minutes. Les pulsations du cœur étaient dures, inégales pour la force et la fréquence, et réduites à S6. Les signes de vertige, de malaise, les envies de vomir continuèrent. Au bout de dix minutes , les pulsations étaient revenues à plus de 100. L'animal est mort au bout de quatre heures et demie (p. 63).

Troisième expérience. — 5 centigr. de digitaline dissous dans très peu d'alcool, avec addition de 60 gr. d'eau distillée, ont été injectés dans l'estomac d'un chien, et l'œsophage lié. Les pulsations étaient , avant l'expérience, de 128 par minute. Deux heures après il yen avait seulement 58 ; le chien faisait beaucoup d'efforts pour vomir et aller à la selle ; il semblait très affaissé. La mort est arrivée trois heures après l'ingestion (p. 62).

228 ARCHIVES DE PHYSIOLOGlR, ETC.

L'action toxique de la digitaline à liaitte dose précisée, 3IiVI. Boucliardat et Sandras procédèrent à des expériences cliniques. Ils administrèrent le médicament à la dose de 5 milligr. sous forme de pilules.

« Tous nos malades ont eu un ralentissement du pouls, disent les auteurs... Nous avons trouvé que le plus grand abattement du pouls avait lieu en général quelques heures après l'administration du médicament. A cette époque, il est arrivé plusieurs fois de le trouver diminué de fréquence presque à la moitié de l'état normal ; très souvent il l'a été de 1/3 ou de 1/i (p. (35). »

« .... Un seul de nos malades nous a parlé de modification en plus dans la sécrétion urinaire , et nous n'avons pas pu attribuer ce fait à une autre cause saisissable que l'administration du médicament (p. ô7). »

Les auteurs parlent aussi de phénomènes nerveux, tels que, troubles des sens, troubles de la tête, rêves fatigants, etc.. Mais ils observent que ces inconvénients se sont montrés au début des effets toxiques, ou, en d'autres termes, lorsqu'on dépassait la dose thérapeutique (p. 67).

Finalement, MM. Boucliardat et Sandras , après avoir insisté sur l'obligation de n'employer qu'avec une grande circonspection un médicament aussi énergique , concluent :

Que la digitaline est une des substances les plus actives que nous connaissions; qu'elle représente exactement toutes les propriétés médicales de la digitale ; que ce nouveau produit, lorsqu'on aura fait une étude attentive et suivie de ses effets, pourra rendre des services dans toutes les maladies où la digitale a été employée avec succès ; et que le médecin pourra connaître toujours rigoureusement la quantité de principe actif qu'il emploie (p. 68).

MÉMOIRE SUR LA, DIGITALLNE. — IV PART,, § II bis. 229

Hechercbes sur la digitale et la digitaline, par M. le docteur Stannius, professeur à l'université de Hostock (I).

Dans ce travail, qui date de quelques années seulement (I8Z18, 1850), M. Stannius a eupour objet principal d'étudier l'influence des nerfs vagues, du grand sympathique et de la moelle allongée sur les battements du cœur ; il a été conduit, par suite, à examiner le mode d'action de la digitale sur ce dernier organe.

M Stannius s'est servi, pour ses expériences, tantôt d'infusion de digitale, tantôt d'une soUition de digitaline nu 1/8 dans l'acide chlorliydrique faible (2).

Les expériences ont été faites principalement sur des chats; d'autres ont été faites sur des lapins, un chien, plusieurs oiseaux, des grenouilles.

Le lieu d'application du poison a varié : on a déposé celui-ci, tantôt entre les muscles des parois abdominales et le péritoine, tantôt sous la peau de diverses autres parlies du corps ; d'autres fois on l'a injecté dans les veines, une fois dans la plèvre; enfin quelquefois on l'a ingéré dans l'estomac.

L'aulopsie a été pratiquée dans presque tous les cas aussitôt (]ue l'animal venait de s'affaisser, et lorsque la vie, éteinte en apparence, présentait cependant encore pour l'homme de science quelques vestiges de ses attributs.

Nous ferons remarquer tout d'abord qu'il s'agit do l'action toxique et nullement des effets thérapeutiques de la digitale, le but du travail de M. Stannius le mettant

(i) Le Iravail de M. Slaiinius a élé impriniédans les Archives de médecine et de ■physiologie publiées par le docteur Vierordt, de Tubingue, 2« livraisou de 1851.

Nous analysons ce travail d'après une traduction manuscrite de M. le docteur II. ]\îeding, président delà Société médicale allemande , ù Paris.

(2) Il s'agissait, comme le dit d'ailleurs M. Stannius, d'une digitaline brute. En effet, la digitaline pure ou à peu près pure se dissout ù peine dans les acides affaiblis (voy. % ï de la 1" partie).

dans l'obligation de l'aire succomber l'animal sous l'injluencG do l'agent expérimenté.

Pour donner une idée de la manière d'expérimenter de l'auteur, nous rapporterons trois de ses expériences, dont deux où l'on a employé les plus fortes doses de digitaline.

1° Expérience du 8 septembre 18^8 sur wi jeune chat.

On injecte dans la cavité thoracique 18 grammes d'infusion de digitale (faite dans la proportion de 16 gr. de feuilles pour 190 gr, d'eau, ce qui représente ici 1 gr. 50 de la plante).

Deux minutes après. — Expulsion de quelques matières fécales.

Seize minutes id. — L'animal tire la langue, se lèche et paraît éprouver du dégoût.

Peu après surviennent les vomituritions et le voinissement des aliments contenus dans l'estomac. Puis des tremblements musculaires ; la respiration semble accélérée.

Les pupilles sont dilatées, mais se contractent sous l'influence d'une lumière vive.

Vingt-deux et vingt-cinq minutes id. — Nouveaux vomissements; l'animal marche à reculons.

Trente-six minutes id. — Tremblement de tout le corps, décubitus sur le côté. Les extrémités se roidissent, apparition des spasmes.

Bientôt la mort arrive. Les pupilles sont très dilatées, la cornée paraît saillante.

Ouverture du thorax. — Pendant et immédiatement après l'autopsie, on remarque des mouvements évidents de respiration, le cœur offrait des battements intermittents (quatre à cinq contractions accélérées, puis une longue pause).

Quatre minutes après, ces contractions cessèrent, et ne se répétèrent même pas sous l'influence de l'appareil magnéto-électrique appliqué sur le péricarde.

MÉMOIRE SUR LA DIGlTALmE. — II' PART., § II [)IS. 251

Celui-ci ouvert, on aperçoit des contractions spontanées du ventricule et de l'oreillette gauche ; le ventricule droit, gonflé de sang, ne se contractait pas ; il resta même insensible après l'évacuation du liquide au moyen d'une piqûre.

Sept minutes après. — Contractions de l'oreillette droite provoquées au moyen de l'appareil électrique.

Dix minutes id. — Les contractions du ventricule gauche, jusque-là spontanées, cessent pour ne plus reparaître, même au moyen de l'électricité. Les contractions de l'oreilleltedu même côté peuvent encore avoir lieu sous l'influence d'excitations directes.

Aucun organe des cavités abdominale, thoracique ou cérébrale, n'offrait de lésions pathologiques appréciables.

2* Expérience du 6 juin 1850 sur un jeune chat.

Une solution de digitale brute, renfermant 0,198 de celle-ci, est injectée entre le péritoine et les muscles de l'abdomen, puis on ferme la plaie au moyen de sutures.

Deux minutes après. — L'animal commencée se lécher.

Quatre minutes id. — Il vomit et tombe sur le sol, puis se redresse et fait quelques pas.

Quatre minutes dix secondes id. — Il chancelle; convulsions dans les extrémités.

Quatre minutes et demie id. — Il pousse des cris, se roule par terre et ouvre la gueule ; émission d'urine. Bientôt il tombe et paraît mort.

OuveiHure. — Six minutes et demie après l'injection on procède à l'ouverture du thorax.

Le cœur, entouré du péricarde, ne bat plus et ne présente aucune contraction spontanée ; il n'en offre pas davantage sous l'influence des moyens d'irritation les plus forts.

Toutes les cavités du cœur sont dans l'état de relâchement, distendues et gorgées de sang.

Le cœur gauclie contient un sang d'un beau rouge clair ; le sang des veines du poumon et des artères du cœur était de couleur pourpre.

Du reste, le sang entier était partout liquide, nulle part coagulé.

y Expérience du 27 juillet 1850 sur un chat adulte.

Solution de digitaline liltrée (contenant environ 0,075 milligr. de celle-ci).

On injecte dans la veine crurale gauche.

Trente secondes après. — Pupilles dilatées , respiration pénible, langue tirée; inquiétude extrême peinte sur la physionomie; griffes courbées; convulsions des membres et des muscles de la mâchoire.

Deux minutes trente secondes id. — L'animal présente les apparences de la mort.

Autopsie. — • On ouvre aussitôt le thorax. On trouve le péricarde immobile, ainsi que les veines caves supérieures, et celles du poumon.

Le péricarde ouvert à son* tour, on ne trouve aucunetrace de contractions dans aucune partie du cœur. Les excitations mécaniques et électriques les plus fortes restent sans effet, bien que l'action de l'appareil électrique ait été continuée pendant trois minutes.

Au contraire, tous les muscles volontaires, le canal intestinal, les uretères, les veines et les artères méséntériques étaient très sensibles et se contractaient visiblement à l'endroit irrité.

L'auteur a expérimenté sur un seul chien : l'action de la digitaline s'est montrée analogue à ce qu'elle avait été chez les chats.

Pour les expériences de M. Stannius, sur les lapins et les oiseaux, voy. § III, ci-après.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — II* PART. , § II bt's. 233

Conclusions tirées par M, Sfannius de S07i travail.

Chats et chiens. — La digitale et la digitaline, dit M. Stannius, agissent sur les chats à la manière d'un poison violent. Une dose très petite de digitaline, 0,030 et peut-être moins, peut tuer un chat adulte (1).

Ces poisons ne narcotisent point, ne troublent point les fonctions des sens supérieurs.

Si la dose n'est pas très forte, et qu'on n'injecte pas le poison dans le système vasculaire, mais qu'on le dépose dans quelques parties du corps où il soit absorbé peu à peu, il y a des maux de cœur, des vomiturilions, des vomissements, suivis de selles ou de selles et d'urines (2).

Mais si la dose a été très forte, et surtout si le poison a été porté directement dans le torrent de la circulation en l'injectant dans les veines , comme dans le troisième exemple précédemment rapporté, on voit tout de suite apparaître les convulsions, sans que les nausées et les vomissements aient eu le temps de se produire, et la mort arrive en deux ou trois minutes. Le cœur, alors devenu imnjobile, est insensible à toute espèce d'excitation.

Pupilles. — M. Stannius a presque toujours constaté la dilatation des pupilles dans ses expériences.

(1) II faut encore rappeler ici,'à propos de celte dose de 30 milligrammes, qiieM. Stannius s'est servi d'une digitaline hruie.

La digitaline pure, ou du moins neretenantque peu de corps étrangers, est bien autrement énergique, comme on a pu le voir à l'article précédent, au sujet des expériences de MM. Bouchardat et Sandras.

(2) Dans presque toutes les expériences de M. Stannius, on trouve signalées des émissions d'urine à la suite de l'introduction du poison dans l'économie. Quelle part faut-il faire dans cette circonstance, où la mort venait rapidement, à l'action de la substance essayée.^ Quelle part faut-il attribuer ù la douleur, à la frayeur, nécessairement éprouvées par les animaux lorsqu'on leur pratiquait des incisions, surtout lorsque l'agent toxique était injecté dans la cavité Ihoracique ou dans la cavité abdominale ? On ne le sait pas, et l'auteur enregistre le fait sans ajouter la moindre réflexion à ce sujet.

liU ARCHIVES DE PFIYSIOLOGIE , ETC.

Quant à l'aclion directe sur les yeux, l'auteur rapporte, à la fin de son mémoire, que de la solution de digitaline instillée dans les yeux des chats ne produisait aucun changement dans l'état de la pupille ; celle-ci ne se dilatait point, et l'iris restait entièrement contractile. Au § II de la 2' partie , division B, nous avons rapporté ce que nous avons observé nous-mêmes de l'action directe de la digitaline sur les yeux, chez l'homme.

Les phénomènes sur lesquels l'auteur appelle surtout l'attention sont :

Les troubles si remarquables dans les mouvements du cœur.

Les spasmes dans les extrémités avant le moment de la mort.

Considérations générales déduites par l'auteur^ relativement à la manière d'agir de Iq, digitale et de la digitaline sur le cœur.

Toute dose un peu forte de poison cause promptement un affaiblissement surprenant des pulsations cardiaques, qui bientôt se transforme en une paralysie de l'organe, d'abord partielle et enfin totale.

Si l'on ouvre le thorax au moment même où la vie s'éteint, on voit que les pulsations sont d'abord intermittentes, puis cessent d'avoir lieu. On a pu cependant encore les reproduire, tantôt entièrement, le plus souvent partiellement, niais pour peu de temps, par l'irritation directe exercée sur le cœur d'une manière mécanique ou au moyen de l'électricité.

Dans tous les cas, l'irritabilité du cœur s'éteint beaucoup plus vite que lorsque la mort est causée par d'autres poisons, comme la strychnine, l'acide cyanhydrique , l'acide sulfhydrique, etc., et même si le poison a été administré à de très fortes doses (voy. expériences n" 2 et 3), le cœur reste immobile et insensible à toute espèce d'excitation.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — II' PART. , § II bis. 235

Les parois de l'organe paralysé sont toujours distendues et gorgées de sang ; il n'y a donc là aucun indice de contraction ni de tétanos.

Le sang est rutilant.

M. Stannius se demande ensuite quel est le raode d'action intime du poison sur le cœur. On peut songer, dit-il, à deux manières de l'expliquer :

1° Ou la paralysie du cœur est le résultat de l'action des centres nerveux et surtout de la moelle allongée, après une absorption préalable de l'agent médicamenteux, action dont les nerfs vagues seraient les intermédiaires.

2° Ou la digitaline, après avoir été absorbée et répandue dans le torrent de la circulation, agirait directement par l'intermédiaire du sang sur la substance du cœur.

Suivantl'auteur, la première manière de voir n'est point admissible, puisque dans plusieurs expériences où il avait coupé soit les nerfs vagues seulement, soit les branches cervicales du nerf grand sympathique , ou tous ces nerfs ensemble , la paralysie caractéristique n'en a pas moins eu lieu.

Il faut donc, dit-il, regarder comme seule admissible la seconde hypothèse , à savoir, que l'action de la digitaline s'exerce d'une manière directe et immédiate sur le cœur par l'intermédiaire du sang.

De plus, l'auteur est disposé à croire que cette action de la digitaline se porte directement sur la fibre musculaire, à laquelle il attribue une contractilité innée , et il n'accorde tout au plus aux nerfs du cœur, et surtout à leurs centres (dans l'état normal) , qu'une influence régulatrice de la contractilité particulière et des mouvements alternatifs de cet organe.

Toutefois il convient finalement qu'il est impossible de rien conclure de certain relativement à cette question dé savoir si la contractilité musculaire est ou n'est pas indépendante des nerfs. Car le reste de contractilité, irrégulièrô d'ailleursj observée immédiatement avant ou après la mort

par la digitaline, dans le cas de section des nerfs, pourrait a la rigueur dépendre de quelques parties nerveuses ayant une origine difterente des pneumogastriques ou du grand sympathique.

îufluence de la digitale et de la dîgitalîae sur la température animale.

MM. Aug, Duraéril, Demarquay et Lecointe ont étudié cette influence dans leur travail intitulé : Action des sédatifs et des altérants sur la chaleur animale (1).

Les essais ont été faits sur des chiens avec l'extrait de digitale et la digitaline. Ces expérimentateurs ont vu huit fois la température ^'élever (dans une période de onze à douze heures), et une seule fois s'abaisser d'une manière constante.

La digitaline a été donnée à la dose de 0,010, 0,020, 0,025, l'extrait de digitale à celle de ^ à /i gr.

Le chiffre d'élévation a varié de 1 à 2 degrés.

Dans le cas oii il y eut abaissement, celui-ci fut de 1,7 : on avait donné une dose énorme de digitaline (0,050), et la mort eut lieu en une heure.

MM. Bouley et Reynal (2) avaient déjà étudié antérieurement l'influence de la digitale sur la caloriticalion chez les chevaux, comme nous l'avons vu.

Suivant ces observateurs, lorsqu'on administre cette plante à dose suffisamment élevée pour arriver à produire des effets toxiques, il y a dans les premiers temps une légère augmentation de la chaleur du corps, des sueurs chaudes; tandis que pour les doses thérapeutiques [Ix à 6 gr. pour le cheval) ces auteurs ne parlent plus d'élévation de température ; au contraire, ils ont constaté, quelque temps après le moment de l'administration de la digitale, un abaissement sensible de la chaleur du corps.

(1) Compies rendus de l'Acudéinie des sciences, 26 mai 1851, p. 801 ; voyez aussi Jlépert. de pharm., t, Vlil, p. 19.

(2) Loc. cit., p. 30/i el309.

3i. Ti-aube, médecin de l'hôpital de la Charité à Berlin, a t'ait des expériences sur le même sujet (1).

Suivant cet observateur, la digitale abaisse la température du corps : fait qui serait en rapport, dit-il, avec une oxygénation ou combustion du sang moins grande, et se comprendrait facilement là où^ ce liquide, circulant avec moins de rapidité, doit éprouver par cela même un contact moins multiplié avec l'oxygène. Quant aux détails d'expérimentation, aux doses employées par M. Traube, les journaux qui ont donné le résumé de son travail ne les ont point fait connaître ; on dit seulement'que l'auteur a employé de fortes doses du médicament, sans les préciser.

Ces trois séries d'observations, ne concordant point entre elles, laissent indécise la question de savoir dans quelles conditions la digitale élève ou abaisse la température animale.

§ lîl. — RÉSUMÉ DE l'action DE LA DIGITALE ET DE LA DIGITALINE SLR DES ANIMAUX DE DIFFÉRENTES CLASSES.

Homme, chiens et chats.

Nous avons rapporté au paragraphe précédent les expériences par lesquelles M. Stannius a établi l'action de la digitale et de la digitaline sur les chats et les chiens. Nous avons, de notre côté (§ II), étudié cette action sur l'homme et les chiens. Il serait superllu d'y revenir ici, et nous nous contenterons d'observer que celte action offre la plus grande analogie sur les trois espèces dont nous parlons.

Chevcaix.

L'action de la digitale a été étudiée chez les chevaux,

(1) TiiAUUE, Abeille mcdicale, n" du 3 juin 1S31, p. 152, Qi Jcnirn. des coitn. mcd,. 2<^ sûiie, t. ÎV, 1851. p. 397.

comme nous l'avons vu (§ II bis), par MM. Bouley et Reynal, Dolafond et Dupuy.

11 résulte des travaux de ces observateurs que les animaux dont nous parlons sont très accessibles à l'action de la digitale. Les principaux caractères de cette action, lorsqu'il s'agit de doses thérapeutiques, se traduisent par une augmentation de la sécrétion urinaire et un ralentissement dans le nombre des battements du cœur, ainsi que dans celui des respirations.

Il y a dans ces etfets une grande analogie avec ce qui s'observe chez l'homme, si ce n'est que pour celui-ci la respirationne semble pas être aussi positivement influencée. Il faut dire aussi qu'à dose toxique, on n'a point vu la digitale produire des vomissements chez les chevaux, comme cela a lieu pour l'homme, les chiens et les chats. Mais ces animaux (les chevaux) n'étant point, de leur nature, susceptibles de vomir, ce signe ne peut être allégué comme différentiel en ce qui concerne la digitale. Du reste, on retrouve dans ce cas (doses toxiques), les effets purgatifs et l'action sur les centres nerveux commechez les autres animaux.

/.apins.

M. Stannius (1) a vu que l'action de la digitale et de la digitaline est beaucoup moins vive chez les lapins que chez les chats et les chiens. Une dose de digitaline qui à coup sûr eût tué un chat fut injectée entre la peau et les muscles d'un lapin presque sans qu'il en fût incommodé. Mais si l'on élève suffisamment les doses de digitale ou de digitaline, on linit par produire chez ces animaux une action délétère.

Non seulement l'action est moindre, mais les effets diffèrent de ceux observés chez les chats. Point de nausées, point de vomituritions ou de vomissements ; toutefois ces

(1) Loc. cit.

MÉMOIRK 5LT. L\ DIGITALINE. — Il* PART., § III. 239

animaux étant, comme le cheval, dépourvus de la faculté (le vomir, la différence dont il s'agit ne doit point être rapportée à la digitale. Il n'y a pas ou il y a peu de paralysie du cœur. Los pupilles, toujours dilatées chez les chats, l'étaient aussi la plupart du temps chez les lapins ; dans deux cas cependant elles étaient contractées.

L'ensemble des symptômes chez les lapins consistait en un cerlain abattement des forces, lassitude, impossibilité de se tenir debout; spasmes dans \es muscles de la tête, du cou, du dos et surtout des extrémités; puis la mort survenait bientôt après.

Ces observations concordent, en ce qu'elles ont d'essentiel, avec les expériences déjà faites par l'un de nous, et rappelées § II, divis. A, art. Expériaices physiologiques o.idérieures.

Oiseaux.

L'action de la digitaline est moins vive sur les oiseaux que sur les chats et les chiens (1). Comme pour ces deux dernières espèces, on a observé de la faiblesse musculaire, et il y a eu des vomissements ou des selles liquides quatre fois sur cinq. Dans l'expérience où il n'y a eu ni vomissements ni selles, il s'agissait d'une poule à laquelle on avait injecté, çà et là sous la peau, de la solution de digitaline. Le seul phénomène observé fut un peu de faiblesse dans les mouvements du corps ; à part cela , l'animal ne présenta aucun signe de maladie. Chez les pigeons, les corneilles et les hiboux, lorsque la dose de digitaline a é!é suffisamment élevée, la mort s'en est suivie. Après la mort le cœur restait encore longtemps excitable par un appareil électro-magnétique.

L'auteur a cru observer quelque légère différence entre les ç^irnivores et les granivores. La corneille et le hibou ont succoml^é plus tôt que les pigeons. Ainsi ou retrouverait

(1) Sta.nmcs, /or» cU%

2^l() ARCHIVI'S DE PHYSIOLOGIE, ETC.

chez les oiseaux une différence rappelant celle qui a été observée, chez les mammifères, entre les carnivores et les herbivores ; toutefois le contraste est beaucoup moins frappant.

Pour ces expériences , tantôt la solution de digitaline a été déposée sous la peau , d'autres fois elle a été ingérée par le bec.

Les résultats obtenus par M. Stannius s'accordent avec ce qui avait été observé anciennement quant au peu d'intensité d'action de la digitale sur les oiseaux. Ainsi on voit dans le Dictionnaire des sciences médicales, que :

Schiemann ayant fait prendre pendant longtemps de la poudre de digitale (on ne dit pas combien) à une poule, il survint seulement de la tristesse chez celle-ci et elle perdit une grande partie de ses plumes.

Mongiardini a conclu de ses expériences, que la digitale avait une action très faible sur les oiseaux, qui la rendent très promptement parles selles. Il en faut une dose considérable pour les tuer, et l'irritabilité de leurs muscles ne semble pas être notablement diminuée par ce genre de mort.

Cependant dans un autre exemple on trouve une action plus vive : Une dinde, au rapport de Salerne, fut frappée d'une sorte d'ivresse, d'anorexie, de convulsions, et succomba dans un état d'émaciation extrême (1).

Expérience de M. Bonjean (2) .

Les faits observés par M. Bonjean tendent à prouver que les poules sont extrêmement réfractaires à l'action de la digitale.

Ainsi dans une expérience, un poulet ayant pris en quatre jours 56 gr. de poudre de digitale, réduite en boulettes à l'aide d'un peu d'eau de gomme , la seule chose

(1) Dict. des sciences méd,t t. IX, p. 450.

(2) Bonjean, Journ, de pharm, el de chm,^ t, IV, p. 24 (1843),

MÉMOIRE SU1\ LA DIGITALINE. — 11' PART. , § IV. Ilii

anormale remarquée fut que le lendemain du jour où il en avait pris 32 gr. il se tint souvent couché et mangea peu. Ses excréments avaient la couleur de la digitale.

A un deuxième poulet, qui en avait déjà pris huit jours auparavant, on donne en deux jours /|.8 gr. de poudre de digitale de l'année, et on le prive en outre de nourriture. Le soir du deuxième jour il devient malade et meurt dans la nuit.

A l'autopsie on a trouvé l'estomac (on ne dit pas quelle partie) distendu par une énorme quantité de substance ingérée.

Un troisième poulet a pu prendre impunément, pendant dix-sept jours, 8 gr. chaque jour (total, 136 gr.), de poudre de digitale de l'année, sans que l'on ait vu se produire aucun effet appréciable, et il a mangé chaque jour comme à l'ordinaire.

L'extrait alcoolique, administré à d'autres poulets, n'a pas produit plus d'effets que la poudre.

Dans une autre expérience (sixième), où un poulet avait pris de fortes doses de poudre de fleurs, puis de feuilles de digitale , on trouve noté un peu de faiblesse ; mais comme l'animal était en même temps privé de nourriture, on ne sait à laquelle de ces deux circonstances rapporter l'affaiblissement.

M. Bonjean fait ressortir dans ses conclusions cette circonstance, que 24 gr. de poudre de digitale suffisent pour causer, dans l'espace de douze à quinze heures, la mort d'un chien robuste et de moyenne taille (Orfila, 7'raïté des poisons, 3^ édit,, t. II, p. 285), tandis que 64 gr., administrés à des poulets dans les vingt-quatre heures, ne produisent chez ces animaux aucuns phénomènes morbides (1).

(1) Il faudrait dire, suivant nous : ne jjvochdsent pas toujours depliC' nomènes morbides, puisque, dans la deuxième expérience, ou voit un poulet mourir après avoir ingéré 1x8 grammes de digitale, mort que M. Bonjean veut l)ieu attribuer à une indigestion (de digitale).

De ces diverses expériences il ressort que la digitale et la digitaline exercent une action peu vive sur les oiseaux. Les principaux phénomènes observés sont de la faiblesse musculaire, quelquefois des vomissements ou des selles. Il semble que les poules soient particulièrement réfractaires à ces substances.

Grenouilles.

M. Stannius [loc. cit.) a constaté que la digitale et la digitaline avaient très peu d'action sur les grenouilles. Après avoir fait plusieurs incisions à la peau de ces animaux, on plongeait ceux-ci, pendant plusieurs heures, dans une infusion de digitale; le seul effet observé a été un peu de faiblesse musculaire, et encore cette faiblesse était-elle passagère; avec la solution de digitaline l'action n'a pas été plus marquée.

Ces expériences de M. Stannius s'accordent , quant au peu d'intensité d'action, avec celles de ses devanciers ; mais elles en diffèrent en un point, comme nous allons le voir, pour deux de ces expérimentateurs.

En effet, King et Beddoes ayant soumis des grenouilles séparément à l'action de l'opium et de la digitale, en appliquant sur la partie postérieure de ces animaux un papier imprégné d'une forte infusion de chacune de ces substances , on les vit, dans les deux cas , donner des marques extraordinaires d'excitation en sautant violemment , et s*élevant sur leurs membres postérieurs contre les parois du vase. Ces mouvements diminuèrent peu à peu, et s'étaient dissipés au bout de trois quarts d'heure ; puis ces animaux tombèrent dans un engourdissement complet, suivi d'affaiblissement dans les muscles.

Nous voyons donc là de l'excitation dans le premier moment (ce qui n'a point lieu dans les expériences de M. Stannius), puis plus tard , la torpeur et l'affaiblissement musculaire, et cela sans qu'on puisse apercevoir de

différence entre l'opium et |a digitale. Dans aucun cas il n'y a eu de sommeil (1).

Mongiardini rapporte, de son côté, que les effets de la digitale sont presque nuls chez les batraciens; car les muscles d'une grenouille , trempés dans la décoction de cette plante, ne perdent rien de leur contractilité ordinaire (2).

Ainsi King et Beddoes ont vu une vive excitation dans le premier moment, puis de la torpeur et de l'affaiblissement musculaire. Mongiardini et M. Stannius n'ont observé que l'affaiblissement des muscles.

Du reste, les faits signalés par ces quatre expérimentateurs tendent à donner l'idée que les grenouilles n'ont qu'une susceptibilité fort obtuse quant aux effets de la digitale. — Le phénomène dominant est l'affaiblissement musculaire.

§ ÏV. — THÉORIES DIVERSES AU SUJET DU MODE D*ACTION DE LA DIGITALE ET DE LA DIGITALINE SUR LA CIRCULATION.

Nous avons déjà vu au § Il his que M. Stannius considère la digitale et la digitaline comme agissant sur le cœur en le paralysant. L'auteur considère cette action comme s'exerçant immédiatement sur l'organe par le moyen du sang, et sans que ni les nerfs vagues ni les nerfs sympathiques en soient les intermédiaires. Il est disposé à croire que cette action se produit directement sur la fibre du cœur, à laquelle il attribue une contractilité innée, n'accordant aux nerfs qui s'y rendent et surtout à leurs centres, tout au plus qu'une influence régulatrice des mouvements alternatifs de cet organe.

(1) Bidault de Villiers, ouv. cit., p. 62. — Beddoes a fait ses expériences sur la digitale vers la fin du xviii« siècle. (Voy. 2' partie, § I, Historique. )

(2) Dict, des sciences méd,, t. IX, p. à56i

Itik AllCmVES DE PHYSIOLOGIE, LTC.

M. Traube (11 admet, d'après les travaux de Ed. Weber, Ludwig, etc. , deux systèmes nerveux du cœur, différant quant aux fonctions : l'un provoque les contractions du cœur, l'autre tend à les régler ; il appelle le premier système musculo-motew\ le second système régulateur.

Le système rausculo-moteur a son centre ganglionnaire dans le cœur même ; le centre du système régulateur se trouve dans la moelle allongée, et communique avec le cœur par des fibres faisant partie des nerfs vagues.

Il base cette doctrine sur les expériences suivantes :

1° Si l'on soumet la moelle allongée ou les nerfs vagues à un faible courant électrique, il s'ensuit un ralentissement considérable des mouvements du cœur (Ed. Weber).

2" Si l'on coupe les deux nerfs vagues d'un mammifère, il y a au contraire augmentation extraordinaire de vitesse (Ludwig).

Une substance qui agit en ralentissant les mouvemeiils du cœur, doit donc être considérée comme ayant une action spéciale sur le système nerveux régulateur de la circulation. — Tel est le cas pour la digitale.

Voici deux expériences à l'appui de ces conclusions.

1° Ralentissez les mouvements du cœur chez un chien par l'injection d'infusion de digitale dans la veine jugulaire externe ; coupez alors les nerfs vagues, et tout de suite le ralentissement fera place à une accélération.

2" Coupez les nerfs vagues à un chien, puis injectez de l'infusion de digitale dans les veines et vous n'observerez aucun ralentissement.

Ces faits de physiologie ainsi établis, voici les principales propositions de l'auteur.

1" La digitale à hautes doses exerce une action excitante sur le système nerveux régulateur du cœur.

2" Par le fait de cette action sur le système régulateur, la digitale diminue la pression des artères, ainsi que la

(1) Loe. cit., $ 11 bis.

MÉMOIKE sur. LA DIGITALINE. — li* FAUT., § IV. 265

rapidité du courant sanguin dans toute l'étendue de la circulation.

0° La diminution de la rapidité du courant sanguin a elle-même pour conséquence d'abaisser la chaleur animale, fait que M. Traube annonce avoir vérifié par l'expérimentation directe , comme nous l'avons rapporté au § II bis (1).

Dans l'exposé des théories sur l'action de la digitale, nous devons faire abstraction des auteurs qui ont attribué à celte plante, comme effet primitif, un pouvoir accélérateur des pulsations, tels que Sanders et autres, car nous croyons avoir suffisamment démontré dans le I" et le II" paragraphe (voy. aussi le VP), que cette prétendue action primitive d'accélération est tout à fait exceptionnelle, et que l'effet ordinaire de la digitale est le ralentissement des pulsations, se produisant dès le commencement de l'administration du remède.

Nous ne nous occuperons donc ici que des observateurs qui admettent le ralentissement direct. Ces auteurs se subdivisent en deux parts.

Les uns croient que la digitale, en diminuant le nombre des pulsations, ralentit le cours du sang dans les vaisseaux et diminue ainsi la force d'impulsion comme le nombre des battements du cœur. Pour ceux-ci, la digitale est un régulcteur et un ralentisseur (nous empruntons ce mot au rapport de M. le professeur Bouillaud sur la digitaline) de la circulation.

Comme leur manière de voir constitue la croyance générale, et qu'elle est suffisamment connue, il serait inutile d'en parler ici.

D'autres, tout en admettant dans la digitale la même propriété de diminuer le nombre des pulsations, préten-

(1) Ou pourruii, dans celle liypolhèse, comparer les nerfs régulaleurs des niouvcmenls du cœur au cocher qui, par le moyen des rênes, ralentit

et régularise la marche de ses chevaux Un verre de vin venant sti-

U3U 1er ses forces, il saura mieux et plus sûrcmciil modérer la fougue des

dent qu'alors celles-ci sont plus fortes, plus énergiques, et qu'elles ont, en définitive, pour résultat de faire circuler dans l'économie le sang du malade avec plus de vitesse et d'une manière plus en rapport avec l'état normal. Pour ces derniers, la digitale est un régulateur et un accélérateur de la circulation.

Voici comment s'exprime Kinglake :

« Le retard du pouls produit par l'action salutaire de la digitale, est le même que celui qui résulte de l'action fortifiante du quinquina, de l'opium, du vin, d'une diète nourrissante, d'un sommeil réparateur, de la tranquillité d'esprit, de la convalescence, du passage de l'enfance à la puberté, du bain chaud.

» Dans toutes ces occasions différentes, le pouls, quoique moins vite et moins fréquent, n'est pas pour cela moins fort et moins énergique ; au contraire, l'action du cœur et des artères se trouvant augmentée, il est plus plein, plus souple et mieux développé; ses parois se rapprochent davantage à chaque systole, et s'éloignent d'autant plus à chaque diastole suivante. Aces effets sont inséparablement liées l'augmentation de la force et la lenteur de la pulsation, ainsi que la transmission d'une plus grande quantité de sang dans un temps donné, que cela ne pourrait se faire dans le cas d'action artérielle comparativement petite, faible et rapide. On peut donc conclure de là, dit-il, que la digitale, en retardant le pouls, agit comme stimulant, et qu'elle produit ses effets curatifs dans les maladies dues à la faiblesse générale, en affectant spécialement, et d'une manière particulière, la puissance motrice vitale (Kinglake, cité par Bidault de Villiers, p. 99). »

Bidault de Villiers émet une opinion en quelque sorte mixte. Il admet l'augmentation de force des pulsations, mais sans que pour cela il y ait accélération delà circulation.

chevaux prêts à s'emporter. — Dans la théorie de M. Traube, la digitale lient lieu du verre de vin et augmente la puissance régulatrice de ces nerfs spéciaux.

« Si le remède, dit-il, a été bien administré, et qu'il n'ait pas porté trop loin son atteinte, bientôt le pouls, en diminuant de fréquence et de vitesse, augmente de force, et quitte peu à peu cette espèce de constriction qui semble caractériser l'embarras des viscères, La diminution de la chaleur morbifique suit de près cette amélioration produite dans le pouls ; et à mesure qu'il perd sa vélocité, qu'il acquiert plus de force et de souplesse, qu'il devient plus plein et plus régulier, on le voit s'abattre et avoir moins de violence (1). •

Cet auteur ne pense pas, d'ailleurs, que cette augmentation de force qui coïncide avec la diminution de vitesse du pouls, ait pour conséquence une circulation plus rapide ; il se range, au conlraire, à l'opinion des personnes qui admettent le ralentissement de la circulation dans la circonstance dont nous parlons,

M. Briquet admet que la digitale, au lieu de diminuer la force du cœur, l'augmente d'une manière notable, tout en diminuant le nombre des pulsations. Il a constaté ce fait à deux reprises à l'hémodynamomètre. Du reste, l'auteur ne dit pas si, dans sa pensée, cette circonstance a pour résultat d'augmenter la vitesse de la circulation (2),

A ceux qui paraîtraient surpris que l'on ne soit point encore d'accord sur l'effet réel et ultime que la digitale exerce sur la circulation, nous répondrions que la même incertitude se présente pour une infinité d'autres médicaments, à commencer par le quinquina, dont on ignore complètement la manière d'agir (3). On connaît la vertu antipériodique de ce remède, comme on sait que la digi-

(1) BiDACLT BE VlLLIERS, OUV. cit., p. 49.

(2) Briquet, Traité thérapeulique du qumqidna, 1853, p. 111 et 112.

(3) Postérieurement à l'époque où ce passage a été écrit, M. Briquet a publié l'ouvrage que nous venons de citer, dans lequel il donne une théorie nouvelle du mode d'action du quinquina dans les fièvres intermittentes (p. 269, 301, 302, 304 et 305).

taie fait respirer plus librement l'anévrismalique ; quant au mode d'action intime, nous disons qu'on ne le connaît dans aucun des deux cas.

lïoutefois l'un de nous a essayé de jeter quelque jour sur cette obscure question, et nous ne pouvons mieux l'aire que de transcrire ici quelques passages du travail inséré dans le journal V Union médicale (mai et juin 1851) :

« Le mot sédatif, si souvent appliqué à la digitale, ne peut être pris dans le sens général et absolu de tempérant et de calmant, car la diminution de fréquence des battements du cœur observée après l'administration de la digitale chez une personne dont cet organe fonctionne régulièrement, s'accompagne toujours d'une certaine augmentation dans leur force d'impulsion , et ne peut être assimilée à une véritable sédation. Celle-ci, pour se manifester, suppose nécessairement un mouvement désordonné, une perturbation fonctionnelle du cœur, préexistant à l'emploi de la digitale, et n'est en réalité que le retour à l'état normal.

» La digitale, administrée à dose thérapeutique, ne déprime donc pas l'action du cœur, ne fait pas baisser le diapason de sa contractilité ; le ralentissement qu'elle détermine dans les mouvements de cet organe ne doit pas être pris pour synonyme de ralentissement de la circulation, et cependant nous devons faire observer que dans l'esprit d'un grand, nombre de praticiens, les idées de sédation et de ralentissement de la circulation sont synonymes et corrélatives de celles de diminution de fréquence du pouls.

» La modification imprimée à la circulation par la digitale et la digitaline ne doit donc pas être considérée comme déprimante, mais plutôt comme régulatrice, et la diminution de fréquence des battements du cœur, sous l'influence de ces agents thérapeutiques, n'emporterait pas l'idée d'un ralentissement corrélatif de la circulation. »

A l'appui de cette opinion, on peut alléguer» la fré-

MÉMOIRE SUR LA. DIGITALINE. — Il« PART. , § IV. 249

quence du pouls pendant l'agonie, dans l'asphyxie, le choléra, l'astlirae et autres états pathologiques où il est de !a dernière évidence que la circulation est profondément entravée; enfin nous l'avons étayée sur une observation directe. L'un de nous, en effet, ayant comparé, pour toutes les saignées pratiquées par lui en 18ft8-^i.9, la vitesse d'écoulement du sang avec le nombre des pulsations , a constaté que, toutes choses égales d'ailleurs, diamètre de la veine, largeur de l'ouverture pratiquée par la lancette, degré de compression du bras, etc., le sang pouvait, avec une fréquence de 110 à 120 pulsations et au delà, présenter un écoulement lent, que les contractions musculaires du malade étaient insuffisantes à activer, et qui réclamait l'impulsion auxiliaire d'une'pression exercée de bas en haut sur l'avant-bras , pour pousser le sang vers l'ouverture de la veine; tandis que, avec un pouls de 60, il lui est souvent arrivé d'obtenir un jet vigoureux, témoignage certain de la rapidité de la circulation. »

En résumé, il résulterait de cette manière de voir :

1° Que la digitale est avant tout un modificateur de l'action du cœur, un régulateur de la circulation;

2° Que c'est à l'activité imprimée à la circulation, à la régularisation de l'action du cœur troublée pathologiquement, que sont dus les principaux phénomènes consécutifs à son administration ;

3° Que l'action sédative attribuée à cet agent thérapeutique ne doit être acceptée que comme exprimant le retour à l'état normal des mouvements désordonnés du centre circulatoire.

Avons-nous besoin d'ajouter que ce n'est qu'avec la réserve commandée par le sujet que nous soumettons ces opinions aux physiologistes et aux médecins.

250 ARCHIVES DE PHYSlOLOGIt: , ETC.

Page 1