V. — OBSERVATIONS CLINIQUES SUR LES EFFETS DE LA DIGITALINE
Examinons d'abord quelles sont les propriétés physiologiques et thérapeutiques attribuées à la digitale par les nombreux observateurs qui ont consacré à son étude des travaux plus ou moins importants.
On a recormu à la digitale :
1° Une action éméto-cathartique, lorsqu'elle est administrée à dose élevée ;
2° Une action diurétique assez généralement observée;
3° Enfin, une action toute spéciale et très remarquable sur la circulation.
De plus, elle provoque une légère excitation cérébrale caractérisée par des éblouissemeuts, des vertiges, de la céphalalgie, de l'insomnie et du délire.
Enfin, comme les médicaments dits altérants, elle imprime aux sécrétions et au mouvement de résorption interstitielle une suractivité, d'où résulte raraaigrissement.
Observation I. — Affection puerpérale ; vomique ; — anasarque avec hématosurie ; épanchement dons les cavités splanchniques ; — administration de la digitaline ; — action régularisatrice du cœur; — effet diurétique très inarqué ; — action altérante.
Madame M..., vingt-six ans, de bonne santé habituelle, après deux accouchements heureux , accouche pour la troisième fois le 13 mars 18ùl. La sortie du bras, lors de la rupture des membranes avant tout travail préalable, force de faire la version pour terminer l'accouchement. Cette manœuvre est longue et difficile, et l'enfant était mort lorsque la tête franchit la vulve ; l'accouchée n'éprouva cependant pas d'accidents immédiats. Elle avait pu même commencer de se lever et de s'occuper de son ménage, lorsque, dans les premiers jours d'avril, elle fut prise
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d'une bronchite générale accompagnée d'expectoration muqueuse extrêmement abondante, avec fièvre, oppression, perte de l'appétit, diarrhée. Tous ces symptômes s'aggravèrent rapidement; bientôt la dyspnée ne permit aucun repos à la malade; une expectoration séro-purulente , survenue brusquement avec une extrême abondance, fit soupçonner la fonte de tubercules ou la formation d'un abcès dans le parencliyme pulmonaire ; l'auscultation laissait d'ailleurs ce dernier point douteux, un gargouillement étendu masquant tout autre signe ; toutefois, les régions sous-clavières ne présentaient aucun signe stéthoscopique, et le tiers moyen du poumon gauche, en arrière, parut le siège spécial de cette affection, qui, pendant tout le mois d'avril, continua de présenter la même gravité, déroulant dans sa marche tout le cortège des symptômes propres à la dernière période de la phthisie pulmonaire : amaigrissement , fièvre hectique , diarrhée , sueurs nocturnes, expectoration purulente et quelquefois sanguinolente. Cependant, les premiers jours de mai amenèrent quelque amendement; l'appétit revint, l'expectoration diminua, les sueurs et la diarrhée cessèrent, les forces parurent renaître, et la malade put faire une ou deux promenades en voiture. Le 16 mai, une oppression très grande survenait brusquement, et le bras gauche présentait un gonflement considérable, avec endolorissement et gêne des mouvements ; les pieds et les jambes enflèrent à leur tour ; les séreuses splanchniques devinrent le siège d'épanchements considérables, et la dyspnée fut bientôt telle, que la m.alade, ne pouvant plus s'appuyer sur les oreillers, était forcée, pour obtenir quelques instants de calme, de poser en avant son front sur un coussin tendu transversalement devant elle. En même temps, les urines devenaient rares , présentaient une couleur légèrement brunâtre, louche comme un bouillon peu clair, dont elles offraient également l'odeur, et contenaient une proportion considérable d'albumine coagulable par l'ébullition. Le
pouls devint petit, filiforme, d'une fréquence qui ne permettait pas de le compter ; bientôt même, l'urine contint la partie rouge du sang, que le repos laissait en partie déposer au fond du vase sous forme pulvérulente d'un rouge vif. Cet état s'aggrava encore les jours suivants sous l'influence des purgatifs drastiques conseillés par un charlatan.
Le 19 juillet, la malade n'avait pu, depuis plus de dix jours, s'appuyer sur ses oreillers, et n'avait joui que de courts instants de demi-repos; les jambes avaient acquis un volume énorme; la peau amincie, lisse et tendue, semblait menacée de se rompre; la malade ne pouvait ni les soulever ni bouger. Huit piqûres furent faites aux côtés des deux jambes, au moyen d'aiguilles à acupuncture, et laissèrent écouler une sérosité limpide comme de l'eau, et tellement abondante, que, malgré les précautions prises, le lit fut complètement traversé et le plancher inondé ; en même temps, le lait d'amandes fut donné pour seule boisson ; les urines devinrent plus abondantes et m.oins colorées et ne gardèrent bientôt plus trace de sang ; les piqûres, renouvelées le 27 juillet et le 2 août, firent disparaître complètement l'anasarque. La malade, moins oppressée, put s'appuyer sur le côté droit, et trouva un peu de sommeil ; il restait encore une petite toux sèche, et la soif était toujours vive.
Le U août, les jambes indiquaient, par leur maigreur, l'écoulement complet du liquide infiltré ; des frictions huileuses sont pratiquées pour assouplir la peau, racornie et écailleuse, et l'on applique sur chaque jambe une bande roulée remontant de l'extrémité des orteils jusqu'aux genoux ; ce bandage est bien supporté et renouvelé les 6, 7, 8 et 9 août.
Le 10, le retour de l'oppression force de l'enlever. La malade accuse un point de côté à gauche en dehors de la mamelle, accompagné de battements de cœur. Il y a perte de l'appétit, avec soif vive et diarrhée, et les urines dimi-
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iiucnl de quantité en même temps qu'elles conliennerit de nouveau la partie colorante du sang en suspension. Toux, orthopnée, pouls filiforme, battements du cœur sourds et tumultueux, tellement irrégulievs et fréquents, qu'il est impossible de les compter. Tout le côté gauche présente à la percussion une matité presque complète, et l'oreille perçoit de l'égoplionie en arrière vers l'angle de l'omoplate ; deux vésicatoires volants sont appliqués successivementàlarégion précordiale sans amener d'amélioration; le pouls, toujours filiforme, ne peut être compté ; l'oppression ne permet pas à la malade de s'appuyer sur ses oreillers; les urines sont toujours rares; enfin, la région précordiale présente une matité évidente dépassant 12 centimètres de diamètre. C'est dans ces conditions que , le 12 août, la digitaline est administrée à la dose de 2 milligrammes, à renouveler trois fois dans les vingt-quatre heures.
13 août. La malade a rendu, depuis la veille, trois litres d'urhie limpide ; l'orthopnée a cessé, ainsi que la diarrhée, et madame M. . . accuse de l'appétit ; nous comptons 120 pulsations régulières.
2 milligrammes de digitaline trois fois dans la journée; le soir, le pouls esta 96, large et développé, avec quelques intermittences; les urines ont été très abondantes ; la matité est sensiblement moindre au côté gauche ; appétit, peu de soif, pas de diarrhée ; quelques tiraillements d'estomac.
1/j août. Le pouls est large, à 5Zi, avec intermittences; une pulsation manque après 15 ou 16 régulières ; le décubitus est possible des deux côtés ; il y a eu du sommeil, et les urines ont été aussi abondantes, mais un peu plus colorées. — Même prescription.
15 août. L'épanchement paraît complètement résorbé ; le pouls est remonté à 96 ; il y a quelques nausées.
La digitaline est prescrite à la dose de 2 milligrammes seulement, matin et soir.
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16 août. 80 pulsations ; les jambes n'offrent pas de gonflement bien appréciable ; les urines contiennent un peu de matière colorante du sang. — Même prescription.
17 août. 90 pulsations; urines moins abondantes et rouges; deux selles avec borborygmes; l'appétit est moindre; on cesse la digitaline.
18 août. 90 pulsations ; diarrhée bilieuse avec coliques très douloureuses; inappétence; les urines ont diminué des trois quarts et contiennent toujours du sang; somnolence.
19 août. 90 pulsations; continuation delà diarrhée.
20 août. Cessation des coliques et retour de l'appétit; urines plus abondantes et moins colorées. La malade peut se lever un instant et faire quelques pas dans la chambre.
21, 22 et 23 août. Les urines redeviennent sanguinolentes, le pouls est remonté à lOi ; régime lacté et émulsion d'amandes douces.
2A août. 108 pulsations ; battements du cœur réguliers; urinesmoins rouges et plus abondantes. A l'auscultation, le bruit respiratoire présente une prédominance de l'expiration sur l'inspiration ; la voix n'est altérée dans aucun point de la poitrine. A partir de ce moment, la convalescence suivit une marche progressivement régulière, et madame M... revint à une santé qui s'est maintenue jusqu'à ce jour (novembre 1853) malgré une grossesse et une couche dont les suites ont été heureuses.
Cette observation est assurément une de celles où les propriétés de la digitaline se sont montrées de la manière la plus évidente et la plus heureuse : influence sur la circulation, action diurétique et altérante, tolérance assez large pour permettre une modification considérable de l'état pathologique. Le médecin serait trop heureux de rencontrer souvent des faits thérapeutiques aussi concluants.
Observation H. — Affection du cœur ; catarrhe suffocant ; — trouble profond de la circulation; — anasarque; — administration de la digitaline ; — action diurétique; — action régulatrice de la circulation.
P..., Dominique, garçon de restaurant, âgé de cinquante ans, de constitution robuste, sujet depuis deux ans à des indispositions presque continuelles, palpitations, toux, étoutfements, enflure des jambes, pour lesquelles il avait suivi plusieurs traitements, entra, le 22 février 18Zi8, à la maison de santé du faubourg Saint-Denis, dans le service de M. Monod, pour un érysipèle très grave de la face; il en sortit le !'•■ avril, conservant encore de la faiblesse, de la bouffissure et des douleurs lombaires ; il passa un mois à la campagne, revint à Paris bien portant et sans aucune enflure des extrémités. Le 7 mai il reprit ses occupations, mais dès le second jour les palpitations revenaient, ainsi que l'étouffement ; les urines étaient plus rares, et cinq jours après, l'infiltration des jambes, la toux, la dyspnée le forçaient de cesser tout travail.
Le 16 mai, il entre à la Charité, salle Saint-Micliel, n" 26.
Le 17 mai, on observe l'état suivant : orthopnée, toux presque incessante ; étourdisseraents , trouble de ia vue , tintements d'oreilles ; bouffissure de la face, qui est livide; infiltration des cuisses et des jambes, peau froide et couverte d'une sueur visqueuse; pouls filiforme. Le malade a été forcé de passer la nuit sur une chaise, et ne peut garder d'autre position que celle assise. La région précordiale présente une matité étendue; les battements du cœur sont profonds, tumultueux, inégaux, irréguliers, et si fréquents qu'il est impossible de les compter. La poitrine offre des deux côtés, à la partie postérieure, des râles sibilants ou ronflants. Malgré les applications de ventouses scarifiées, puis de vésicatoires volants sur la région précordiale, l'administration de potions purgatives et de boissons variées, malgré l'influence du repos, l'orthopnée, la toux, les pal-
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pitatioiKS coîiliiment, les urines sont toujours aussi rares, et l'infiltration n'a pas diminué.
Le 23 mai, M. Rayer prescrit trois granules d'un milligramme de digitaline, à faire prendre chaque jour en trois fois. La nuit suivante, une diurèse abondante a lieu, la dyspnée diminue ainsi que l'infiltration.
Le 26, l'améHoration est telle que le malade a pu s'appuyer sur ses oreillers et dormir quelques heures la nuit.
Le 30 mai, il peut rester levé une grande partie delà journée; l'infiltration a presque disparu, les urines continuent d'être très abondantes. Les battements du cœur sont profonds, forts, irréguliers et inégaux; râle ronflant à la partie postérieure de la poitrine ; pouls assez développé, encore inégal et irrégulier, battant 54 fois par minute. Les jours suivants, P... peut aider au service de la salle et descendre dans les cours ; l'appétit revient, le pouls descend à 48 ; les battements du cœur deviennent plus réguliers, et le 14 juin le malade, que nous n'avons pas perdu de vue, quitte l'hôpital pour reprendre quelques jours plus tard ses occupations, qu'il n'a pas été forcé d'interrompre depuis. Seulement, il lui faut revenir fréquemment à l'usage des granules de digitaline, et deux fois il a eu recours à la saignée, comme nous allons le dire plus loin.
Ici encore l'action de la digitaline a été telle, qu'elle n'a pu laisser le moindre doute dans l'esprit de tous ceux qui ont suivi le malade. Régularisation de l'action du cœur, qui devient plus énergique, calme correspondant de la respiration, diurèse, résorption de l'infiltration séreuse, convalescence rapide. Un médicament qui, à la dose de 3 milligrammes par jour, produit de tels résultats, ne peut être rejeté parce qu'il aura échoué dans des cas où l'indication n'aura pas été aussi bien saisie.
Suite de rOBSERVATioN IL Ce malade vient nous voir une ou deux fois par an et
renouveler sa provision de granules de digitaline. Voici l'état de sa santé à différentes époques.
Août 1850. Sa santé se maintient toujours au moins aussi bonne. Le sang ne l'incommode pas, et il ne s'en est point fait ôter depuis l'année dernière. Il continue de faire un usage intermittent de granules de digitaline. Il procède de la manière suivante :
Lorsque l'oppression se fait sentir, qu'il vient à monter difficilement les escaliers, à ressentir de la suffocation au moindre fardeau qu'il porte, conditions dans lesquelles sa profession de garçon dans un café-restaurant de premier ordre (café de Paris) l'expose souvent, il a recours à la digitaline. Il en prend deux granules par jour pendant une dizaine de jours. Sous la seule influence de cette faible dose et dans ce court délai, il éprouve une amélioration des plus prononcées : « Je me sens, dit-il, alors dispos ; je me livre facilement à mes occupations journalières, et il me semble que j'irais n'importe où sans me fatiguer. »
Cet état de bien-être dure environ un mois ; puis l'oppression reparaît peu à peu. Dès qu'elle est prononcée, il revient à l'usage des granules pendant huit ou dix jours, et ainsi de suite.
1851. Des étourdissements très prononcés, survenus au printemps, oik déterminé P... à se faire pratiquer une saignée.
Au mois d'octobre, époque à laquelle nous le voyons, sa santé est bonne ; mais il a toujours, même en été, les extrémités et le nez froids ; celui-ci est d'un rouge bleuâtre.
Novembre 1852. Toujours même état de santé. Quand P... est un mois ou cinq semaines sans prendre de granules, il se trouve mal à l'aise, surtout si le temps est pluvieux. Il ressent alors de l'oppression précordiale, de la fatigue générale ; ses jambes faiblissent, dit-il. Il revient alors à l'usage de la digitaline, comme il est dit plus haut, et en éprouve toujours le même bien.
Août 1853. La santé de P..., au lieu de décliner, semble plutôt s'améliorer. L'expression de la figure est celle d'un homme bien portant; le nez est moins rouge. Il se sent fort, et ferme sur ses jambes, respire facilement ; mais il lui faut, pour entretenir cet état, continuer l'usage intermittent des granules, sans être obligé, du reste, d'en employer plus fréquemment, ni en plus grande quantité.
Observation IIL — Hypertrophie du cœur, avec lésion dos orifices; — pneumonie catarrhale ; — anasarque ; — administration de la digitaline à la dose de 3 milligrammes par jour ; — action régulatrice de la circulation ; — aC' tien sur r encéphale.
Reinscli, raffîneur de sucre, 59, faubourg Saint-Jacques, soixante-cinq ans, d'une taille élevée, constitution des plus robustes. Cet homme, qui ne rend pas parfaitement compte de la manière dont a commencé sa maladie, est depuis trois ou quatre ans dans un état de santé qui ne lui permet pas de travail assidu ; essoufflé pour le moindre exercice, il se plaint de toux, d'insomnie habituelle, mais conserve l'appétit, et son embonpoint n'a pas sensiblement diminué. Quatre fois déjà, depuis cette époque, il a dû prendre le lit pour deux et trois mois, lorsque, à ces accidents habituels, se joignait une affection pulmonaire aiguë, déterminant toujours alors l'orthopnée et l'infiltration des membres inférieurs.
Le 12 mars 18/!i5, nous fûmes appelés à lui donner des soins; deux à trois jours avant, à la suite d'un refroidissement, il avait été pris de point de côté à gauche, un peu au-dessous et en dehors du mamelon. L'oppression est excessive; le pouls est inégal, irrégulier et petit, au point de ne pouvoir être compté ; la région du cœur présente une matité très étendue, avec voussure considérable ; la main, appliquée sur cette région, perçoit un frémissement très marqué et un désordre extrême dans les mouvements
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de l'organe ; l'oreille ne saisit qu'un bruit de souffle rude répondant au premier bruit. Râle crépitant à grosses bulles dans les deux poumons. Le malade ne peut rester couché, et a déjà passé deux nuits assis sur le bord de son lit ; les jambes sont infiltrées, et le ventre, assez volumineux, offre peu de sonorité à la partie inférieure, où l'on perçoit une fluctuation obscure.
Vésicatoires volants à la région précordiale; laxatifs, diurétiques, kermès ; amélioration légère, quant à la toux; retour de l'appétit ; mais la dyspnée est toujours aussi pénible; l'anasarque augmente à cause de la nécessité où est le malade de rester assis constamment sur le bord de son lit ; les divers diurétiques employés n'ont d'ailleurs aucune influence appréciable sur la sécrétion urinaire. C'est dans ces conditions que, le 19 mars, nous prescrivons la digitaline à la dose de 1 milligramme trois fois parjour. L'auscultation, pratiquée à ce moment, fournissait les signes suivants :
Bruit de souffle tumultueux, inégal, et tellement irrégulier ou plutôt désordonné, qu'il est impossible d'y saisir un rhythrae quelconque. Le pouls répond à ce désordre profond de la circulation cardiaque ; il est filiforme, sans pulsations distinctes et appréciables.
Le 20, le malade nous annonce avoir été moins oppressé ; il a uriné davantage, et nous pouvons constater dans l'état du pouls quelque chose de plus régulier. Les battements du cœur sont moins tumultueux ; mais il n'a pas encore pu mettre les jambes dans le lit.
Le 21, au matin, nous sommes étonnés des changements survenus dans la circulation ; le cœur bat à peu près régulièrement, ou tout au moins il est possible de séparer les bruits systolaires et diastol aires, bien que les premiers soient encore masqués par un bruit de souffle prolongé : nous comptons 92 pulsations assez développées ; la respiration est beaucoup plus facile, et le malade accuse un bien-être inaccoutumé.
La dij^ittiliiieoîst continuée, et nous perraetlonsdu bouillon et un petit potage ; l'amélioration se soutient dans la journée, et le malade parvient à se coucher ; urines abondantes ; l'infiltration corninence à diminuer d'une manière sensible.
Le 22, il y a du sommeil ; le pouls est régulier, a Sh ; les battements du cœur sont encore masqués par le souffle, mais réguliers et énergiques. Nous continuons la digitaline et l'alimentation est augmentée. L'amélioration lait sous tous les rapports des progrès rapides ; mais le malade se plaint d'avoir éprouvé deséblouissements, de la céphalalgie et des rêvasseries ; sa femme nous dit avoir remarqué par moments un véritable délire. On continue cependant la digitaline à la dose de 3 milligrammes ; mais les éblouissements reparaissent ainsi que la céphalalgie ; et le malade se lève dans la soirée sous l'influence d'un véritable délire.
Ne pouvant, au milieu de l'amélioration considérable observée chez le sieur R. .. , attribuer ces phénomènes à une autre cause qu'à l'action de la digitaline chez un sujet doué d'une impressionnabililé exceptionnelle, nous nous bornons à réduire la dose à 1 milligramme pendant trois jours, ce qui suffit pour faire cesser les accidents, puis à la reporter à 2 milligrammes par jour.
Ce traitement suivi longtemps, rendit au sieur R... la somme de santé compatible avec une hypertrophie considérable du cœur, et lui permit de faire des courses assez longues, jusqu'à l'époque de son admission à l'hospice de la Vieillesse, oii nous avons appris qu'il a succombé dans le courant de l'année 1847.
La digitaline, dans le cas que nous venons de rapporter succinctement, a montré, de la manière la plus évidente, son action modificatrice sur le centre circulatoire ; en deux jours la régularité remplaçait le désordre de cette importante fonction, et consécutivement la respiration s'exécu-
tait avec facilité, l'infiltration séreuse était rapidement résorbée et la sécrétion urinaire augmentée.
Enfin quelques phénomènes cérébraux témoignaient de l'influence de l'agent thérapeutique sur les centres nerveux.
Cette observation est une de celles où les effets physiologiques de la digitaline nous ont paru se manifester avec la plus grande évidence.
Observation IV. — PerturbatAon profonde de la circidatîon cardiaque; — administratiGn de la digitaline ; — action régulatrice de la circidation.
Madame H..., veuve sans enfants, rue Saintonge, 15; a cessé d'être réglée de bonne heure ; son teint est anémique, sa santé délabrée depuis plusieurs années ; d'une faiblesse excessive, elle mène une vie très sédentaire aussi bien par goût que par suite de cette faiblesse. Habituée au café au lait et d'un appétit très faible, elle est constipée et dyspeptique. Madame H... a éprouvé à plusieurs époques des phénomènes nerveux caractérisés par des troubles de la circulation et delà respiration, palpitations, dyspnée, etc.; chaque nuit elle est sujette aux crampes des extrémités inférieures.
Deux fois déjà, à des intervalles de quelques mois, nous avions été appelés auprès de cette dame pour des accidents qu'elle voyait survenir tout à coup sous la seule influence d'un mouvement un peu brusque, et qui se caractérisaient par une anxiété et une gène excessives de la respiration, avec cyanose de la face et des extrémités, petitesse et irrégularité telles du pouls, qu'il ne peut être compté. Madame H..., après un temps plus ou moins long, voyait disparaître rapidement ces graves symptômes à la suite d'un mouvement qui lui semblait s'opérer dans le cœur, et presque immédiatement la respiration se calmait, le pouls redevenait régulier et les battements du cœur ne conservaient qu'un bruit de souffle au premier temps, qui disparaissait
lui-même après quelques jours. L'emploi des amers associés aux ferrugineux, en améliorant la santé générale, avait éloigné ces crises, et Madame II.. ., familiarisée par l'iiabitude avec elles, ne nous appelait plus ordinairement ; mais, le 17 mai 1849, la crise survenue la veille prit une telle gravité, que son neveu, effrayé, nous fit prier de venir la voir. Nous la trouvâmes assise sur son lit, sans pouvoir même s'appuyer sur les oreillers, la face est cyanosée et couverte d'une sueur visqueuse ; la langue, large et humide, offre une teinte violacée; les mains, humectées de cette même sueur froide, sont livides et les ongles bleus; la respiration est fréquente et anxieuse ; la parole saccadée et difficile; le moindre mouvement augmente la dyspnée et provoque la toux ; le pouls n'est manifesté que par une légère ondulation ; la main, appliquée sur la région précordiale, ne perçoit qu'un frémissement tumultueux, et l'oreille n'y saisit qu'un bruit de souffle sans aucune espèce de rhythme. Une potion aromatique éthérée, un lavement purgatif et l'application dé sinapismes n'ayant pas modifié sensiblement cet état grave, nous prescrivons à notre seconde visite la digitaline à la dose d'un milligramme réitéré de six heures en six heures, de manière à en administrer trois jusqu'au lendemain matin.
Le 18 mai, nous trouvons madame H... moins oppressée, la face ne présente plus la teinte cyanosée de la veille ; le pouls est à lOZi, petit et dur; le cœur laisse entendre des battements distincts, mais dont le premier est masqué par un bruit de souffle prolongé. La malade n'a pas eu de sommeil, mais n'a pas éprouvé autant d'anxiété et de gène précordiale.
Prescription : o miUigrammes de digitaline dans la journée, à six heures d'intervalle, infusion de feuilles d'oranger, bouillon coupé.
Le 19, le mieux est des plus marqués. La face est congestionnée et rouge, les yeux brillants, le pouls à 88 régulier, battements du cœur développés avec souffle au pre-
Ml^MOlRE SUR LA DIGITALINi:. — II' PART., § V. 263
mier temps ; soif, urines chargées d'acide uriqiie. Le désir des aliments commence à se manifester. Môme dose de digitaline.
L'amélioration se prononce de plus en plus; il y a du sommeilla nuit, et le 20 au matin le pouls est à 76, régulier et fort. Le cœur, sauf le bruit de souffle au premier temps, ne présente plus rien d'anormal, qu'une impulsion assez marquée. La dose de digitaline est réduite à un milligramme matin et soir, puis remplacée le 23 par une poudre composée par moitié déracine de colombo et de fer réduit par l'hydrogène.
Le cœur, ausculté ce même jour 23 mai, présente un bruit de souffle un peu rude, masquant le premier bruit, et prolongé au deuxième temps avec impulsion ; le pouls est plein et développé à 6/i.
Depuis cette époque, madame H... n'a pas eu de crise violente, m.ais a éprouvé deux ou trois fois des palpitations accompagnées d'anxiété précordiale, qui se sont dissipées spontanément au bout de quelques heures. Il y a toujours un léger bruit de souffle au premier bruit du cœur.
Sans approfondir la question de savoir si les accidents graves que nous avons observés doivent être attribués à la formation de dépôts fibrineux et polypiformes dans les cavités ventriculaires, ou à une altération des valvules aortiques, et pour nous en tenir à la question thérapeutique, il nous paraît ressortir évidemment du fait précédent, que la digitaline a régularisé avec une grande rapidité l'action désordonnée et insuffisante du cœur, et que, loin de déprimer sa force contractile, elle l'a rendue plus énergique, comme en ont témoigné l'impulsion constatée par l'application de la main sur la région précordiale et la force du pouls.
Nous aurions pu rapporter deux autres observations de palpitations nerveuses, avec perturbation grave de la circulation, chez des personnes anémiques et depuis longtemps
dyspeptiques, avec résultat semblable de l'administration de la digitaline, madame B. .., rue de Charonne, et madame de S..., rue des Petits-Augustins.
Observation V. — Pleuro-pneumonie chronique avec troiib/e!^ fonctionnels dc!i viscères ; — achninistrntion de la digitaline à la dose de 3 mi lli grammes 'par jour ; — action diurétique très marquée.
Araiet, rue de Grenelle-Saint-Germain, 8/i, carrossier,
robuste, quarante-neuf ans, adonné à la boisson, eut, en
184G, une pleuro-pneumonie dont la résolution ne fut pas
franche. Il resta avec de l'oppression, de la toux.derinap-
/>étence, et les forces ne revinrent pas.
Nous fumes consultés par lui en février 1847, et constatâmes l'état suivant :
Le pouls est fréquent, dépressible et irrégulier ; il y a souvent un mouvement fébrile.
La langue est sale, avec villosités apparentes; inappétence et constipation ; ventre légèrement ballonné et présentant peu de souplesse.
Le côté droit de la poitrine présente en arrière une matité relative, étendue et non circonscrite, sans râle appréciable, mais avec une faiblesse sensible du bruit respiratoire; la toux est fréquente avec expectoration glaireuse et spumeuse, présentant quelquefois des stries de sang.
Le cœur ne présente pas de bruit anormal; les battements sont profonds, irréguliers; il n'y a pas d'impulsion.
Le kermès, administré pendant huit jours à la dose de 15 à 20 centigrammes par jour, dans unlooch, diminue la toux, et le pouls descend de 92 en moyenne, à 68 ; mais l'appétit ne revient pas ; et quand le malade essaie de rester levé ou de s'occuper un peu, la toux, l'anxiété, l'oppression reparaissent immédiatement.
Dans ces conditions, en présence de symptômes qu'il est difficile de rattacher à une lésion évidente autre qu'une
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ancienne pleuro-pneumonie chez un individu dont la constitution a été modifiée par un abus prolongé des spiritueux, nous nous décidons à prescrire la digitaline à titre d'altérant et de modificateur du mouvement interstitiel de nutrition ou de chimie vivante, selon l'expression de Broussais.
Le malade devra en prendre 3 milligrammes, en trois fois par jour.
25 février. Le lendemain, le malade, que nous n'avions pas prévenu de l'effet du médicament, nous dit avoir été obligé dans la nuit de vider son vase de nuit, devenu insuffisant par l'abondance extraordinaire des urines, que peut seule expliquer l'action du médicament.
Le pouls est développé et même dur, à 72 ; même prescription et même effet diurétique ; le pouls descend à 6^, et le jour suivant à 56 ; mais le malade se plaint de battements de cœur qui lui retentissent jusque dans la tête et pour ainsi dire par tout le corps ; ce qui nous fait abaisser la dose de la digitaline à un milligramme matin et soir.
Sous cette influence, d'ailleurs, la santé s'améliore; l'appétit revient ; la toux diminue assez pour permettre au malade de descendre et de faire quelques promenades à pied. Enfin, vers la fin de mars, M. A... a recouvré le sommeil et la santé.
Nous voyons, dans ce cas, la digitaline produire un effet diurétique d'autant plus remarquable, que, chez ce malade, l'absence d'infiltration du tissu cellulaire et de trouble essentiel delà circulation, éloignait l'idée que l'organisme fût dans des conditions favorables à la production de ce phénomène. La digitaline a d'ailleurs manifesté ici également son action modificatrice de la circulation, par la dureté et la plénitude que prirent rapidement les battements artériels sous son influence, en même temps qu'ils diminuaient de fréquence et tombaient à 56.
Observation VI. — Anasarque avec albuminurie ; — cligita^ Une à dose élevée associée au sulfate de quinine ; — action altérante ; — disparition de r albumine des urines,
M, C..., veut', âgé de cinquante-huit ans, de constitution robuste, ayant eu une existence très active et même agitée, habite depuis quelques années une campagne aux environs de Fontainebleau; il a fait, il y a dix -huit mois, une chute sur les pieds d'un lieu élevé comme un troisième étage, qui provoqua une certaine commotion cérébrale caracté' risée par la stupeur, l'étonnement, etc.
La santé générale ne parut pas, d'ailleurs, avoir été altérée au moins immédiatement.
En octobre 18^5, il fut pris d'une dyspnée que M. Leblond, médecin à Fontainebleau, crut devoir rattachera une affection des centres nerveux, et qui s'accompagnait de prostration et d'un état anémique très marqué. Un peu de diminution dans la sonorité du côté gauche de la poitrine et quelques râles dénotaient de ce côté un léger engouement pulmonaire.
Des vésicatoires promenés sur le thorax, des antispasmodiques et le sulfate de quinine eurent pour résultat de dissiper les accidents et de permettre à M. C... de retourner à la campagne; mais le 6 décembre il revenait à Fontainebleau dans l'état suivant :
Faiblesse extrême, pensée lourde, mémoire faible, œil éteint et vague, engourdissement du bras gauche ; M. le docteur Leblond, craignant une affection cérébrale grave, engagea M. C... avenir à Paris consulter M. Chomel.
Nous voyons pour la première foisM. C... Iel5décembre, et constatons les phénomènes mentionnés plus haut, et l'embonpoint conservé, mais coïncidant avec un teint anémique. On observe une forme de dyspnée particulière survenant brusquement comme si l'instinct de la conservation, rappelé au sentiment du besoin de respirer, réveillait
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — ÎV PART. , § V. 267
tout à coup l'organe présidant à cette importante fonction.
Nous prescrivons un lavement purgatif et des cataplasmes sinapisés. M. Chomel devait être appelé en consultation.
18 décembre. Outre les précédents symptômes, l'empâtement des malléoles appelle l'attention de M. Chomel sur la possibilité d'une albuminurie, qui est constatée immédiatement. L'affection paraissant récente et à l'état aigif, une saignée de 300 grammes est pratiquée, puis le malade est mis à la tisane de raifort et à la teinture de cantharides à doses progressivement croissantes, en commençant par k gouttes matin et soir; enfin des frictions de teinture de scille et de digitale devront être faites sur les membres inférieurs. Nulle amélioration n'étant observée, une deuxième saignée de 250 grammes est pratiquée le 20, et deux purgatifs salins sont administrés.
M. Chomel voit de nouveau le malade le 26, et conseille le même traitement. Le U janvier 18^i6, M. Rayer, dont la famille a voulu prendre les avis, est appelé en consultation et prescrit de continuer le raifort, la teinture de cantharides, plus le vin de quinquina à la dose de deux cuillerées à bouche par jour. Ce traitement est suivi quatre jours encore sans changement favorable. Les urines, au contraire, deviennent plus rares sans cesser d'être albumineuses; l'anasarque fait des progrès rapides, la dyspnée est très grande et s'accompagne par moments de spasmes des muscles inspirateurs, la prostration est extrême, et les fonctions cérébrales ne paraissent s'opérer qu'avec une lenteur et une difficulté remarquables ; le pouls est irrégulier à 88.
Une nouvelle consultation avec.M.Richelot est provoquée le 9 janvier par la famille. Frappés du caractère en quelque sorte cérébro-spinal que semble revêtir l'affection, et conduits par les antécédents à penser que l'albuminurie pourrait n'être que consécutive à une affection des centres nerveux provoqués par la chute mentionnée plus haut, nous
conseillons le traitement suivant : cautères volants ou moxas appliqués tous les six jours sur le trajet de la colonne vertébrale, en commençant par la nuque : frictions sèches sur les membres ; boissons acidulées avec l'acide nitrique alcoolisé [la langue s'étant séchée sous rinfluence de cette boisson, le médicament fut vite abandonné) ; digitaline associée au sulfate de quinine dans la proportion de 1 milligramme de la première pour 5 centigrammes de sulfate de quinine ; cette dose répétée trois fois par jour, puis successivement quatre, cinq, six, sept et huit fois, cette dernière dose de 8 milligrammes de digitaline et de ÛO centigrammes de sulfate de quinine est atteinte le 16 janvier.
Le pouls est descendu progressivement à 52, mais est irrégulier, les urines ont augmenté, et la résorption du liquide épanché dans les cavités séreuses ou le tissu cellulaire est manifeste. La quantité d'albumine diminue progressivement dans les urines, qui sont examinées chaque jour. La dyspnée et les spasmes ont à peu près cessé, les nuits sont bonnes et l'appétit revient. Les phénomènes cérébraux ont presque disparu, quelques piqûres pratiquées aux jambes au moyen d'aiguilles à acupuncture déterminent un écoulement permanent de sérosité qui paraît activer la résorption de l'anasarque ; l'appétit est très prononcé.
Les doses de digitaline sont portées successivement à 9,- 10, 11 et 12 milligrammes, toujours associée au sulftite de quinine, dont la proportion seulement n'est pas augmentée. La tolérance est complète; pas un seul vomissement, pas de diarrhée. — Le 30 janvier, le troisième moxa est appliqué et l'on met un bandage roulé autour des membres inférieurs ; l'urine louchit à peine par l'ébullition ou par l'addition d'acide nitrique. Le malade, dont l'alimentation est un peu augmentée chaque jour, commence à se lever; les digestions se font bien, il n'y a plus de spasmes, les nuits deviennent bonnes et l'amélioration
MÉMOIRE SUR LA DlGlTALKNi:. — II» PART., § V. 269
paraît assez grande pour que le malade, considéré comme convalescent, soit autorisé à faire de petites promenades en voitm-e. Mais le 27 février, M. C..., après une course en voiture découverte et par une température froide, rentre en se plaignant de frisson; un point de côté se déclare à gauche, des crachats sanguinolents sont bientôt remplacés par du sang noir, non spumeux, assez diffluent et en abondance ; une saignée de 250 grammes est pratiquée dans la soirée, des sinapismes appliqués aux membres inférieurs, et un looch kermétisé à 20 centigrammes administré par cuillerées d'heure en heure.
Le 28, on constate une matité étendue dans le côté gauche et remontant d'une manière décroissante jusqu'à l'épine de l'omoplate ; il y a de l'égophonie et quelques bulles de râle crépitant à la partie supérieure du poumon gauche en arrière ; plus bas la respiration, de plus en plus faible, ne s'entend pas du tout vers la base de la poitrine de ce côté ; un large vésicatoire est appliqué sur le côté et l'on continue le looch kermétisé.
L'expectoration reprend progressivement le caractère muqueux, et les symptômes thoraciques diminuent, mais on constate le retour des urines albumineuses, et bientôt l'infiltration du tissu cellulaire des membres n'est plus douteuse. On revient à la digitaline, mais sans obtenir de résultats satisfaisants; de nouveaux vésicatoires, des cautères et des moxas sont appliqués successivement, mais ne provoquent aucune amélioration dans l'état du malade, et ne paraissent enrayer nullement la marche de la maladie.
L'infiltration suit une marche progressive, mais irrégulière, envahissant tantôt un bras, tantôt une jambe, tantôt une des cavités séreuses splanchniques.
Les urines sont fortement chargées d'albumine.
Les spasmes thoraciques et les accès de suffocation sont revenus, la langue se sèche, l'appétit disparaît, la parole s'embarrasse, le délire survient, et le malade succombe le 3 juin, après deux mois d'une véritable agonie.
Nous avons rapporté l'observation que l'on vient délire, parce qu'elle présente une indication nouvelle de l'emploi de la digitaline. Si en effet nous avons pu noter encore son influence modificatrice sur le cœur, c'est surtout l'action altérante de l'agent thérapeutique que nous avons à constater. Cette modification profonde imprimée au mouvement vital interstitiel s'est traduite par la lésorption des liquides infiltrés et par la disparition de l'albumine des urines, en même temps que les phénomènes spasmodiques placés plus directement sous l'influence des centres nerveux s'amendaient.
Peut-être objectera-t-on que l'adjonction du sulfate de quinine ôte à cette observation toute valeur, mais on nous accordera au moins que, dans une maladie aussi rebelle à toute espèce de médication, ce n'est pas au sulfate de quinine seul , administré à une dose qui n'a pas dépassé 40 centigrammes par jour, que l'on peut faire honneur des effets remarquables obtenus, quand en même temps un médicament aussi énergique que la digitaline était donné à une dose relativement énorme, c'est-à-dire s'élevant jusqu'à 12 milligrammes par jour.
Quant à l'inefficacité complète que nous a présentée la digitaline lorsque, chez le même malade, nous avons voulu y revenir après la rechute provoquée par le froid, est-il un médicament parmi les plus éprouvés qui n'ait pas offert de semblables inégalités?
Observation VII. — Cyanose jmr persistance du trou de Botal; — trouble profond de la circulation ) — • la digitaline augmente les accidents.
tin enfant du sexe masculin, âgé de six mois, bien conformé, né à Paris et allaité par sa mère, n'a eu, jusqu'au lO juin iSkh, d'autre indisposition qu'un rhume assez opiniâtre avec raucité de la toux et fièvre, pour lequel on lui fit prendre le sirop d'ipécacuanha à dose vomitive. Il avait
passé six semaines à Versailles dans une maison située sur Jalimitede la ville et entourée d'un grand jardin. Sa bonne n'a jamais remarqué chez lui rien d'insolite, si ce n'est quelques cris survenant sans cause appréciable et cessant de même. Depuis deux mois, on a ajouté à l'allaitement des soupes ou bouillies; il est d'une fraîcheur remarquable, d'une belle carnation et habituellement très vif et très gai.
De retour à Paris, le 10 juin 18^4, avec l'apparence de la plus belle santé et d'un développement régulier, il est pris tout à coup le 11, sans cause appréciable, d'une accès de suffocation convulsive accompagnée de cris ; les yeux expriment une anxiété extrême, les membres sont agités comme par le besoin d'écarter un obstacle, la face bleuit, principalement aux lèvres, aux ailes du nez, au pourtour des yeux ; puis après une minute au moins la pâleur succède brusquement à cet état, l'enfant tombe dans l'affaissement et s'endort : on croit à une indigestion. Le lendemain, tout est rentré dans l'état habituel et trois jours se passent sans accident.
Le 14 au soir, nouvel accès plus violent que le premier, cris déchirants, cyanose plus prononcée de la face et des extrémités, qui sont froides, expression d'angoisse; l'enfant, les yeux ouverts, vitreux et brillants, se tourne vers sa mère comme pour demander du soulagement, agitation des membres; la muqueuse buccale est complètement violacée et lubrifiée par une salive abondante; la sueur inonde la tête et le tronc, le larynx et la trachée laissent entendre, vers la fin de la crise, un râle très humide qui semble annoncer l'augmentation de l'exhalation pulmonaire ou la suspension momentanée de l'absorption ; puis une pâleur mortelle accompagnée d'un profond affaissement, succède brusquement à cette crise; quelques soupirs ou sanglots, des bâillements, des pandiculations, de la toux ont lieu et l'enfant s'endort. Bientôt survient la réaction ; la face se colore vivement, et après un sommeil d'une
demi-heure il se réveille, irais el gai comme d'habitude. L'auscultation pratiquée pendant la crise, et depuis, à toute époque du jour, ou même de la nuit, pendant le sommeil et la veille, dans les moments de calme et de gaîté, aussi bien que dans ceux d'affaissement, de souffrance et l de cyanose, a constamment laissé entendre un bruit de souffle unique, remplaçant le double bruit du cœur. Il n'y ' a ni frémissement cataire, ni impulsion à la région précordiale. Une fois ou deux on a cru retrouver les deux bruits, mais un quart d'heure après on n'entendait plus que le souffle.
On croit percevoir quelquefois simultanément le double'. '■ bruit, en auscultant à gauche, en avant, et le bruit de souffle unique à droite en arrière. 11 y a une très légère voussure à la région précordiale.
Les veines jugulaires ne présentent ni pouls veineux, ni développement anormal. Le pouls varie de 120 à lûO, il est très régulier et modérément développé.
Depuis le \U, plusieurs accès plus ou moins violents ont eu lieu d'une manière tout à fait irrégulière, sans que jamais on ait pu les rattacher à une influence extérieure.
Souvent, sans avoir d'accès de suffocation, l'enfant devient maussade, triste, avec une certaine expression de souffrance, et l'on s'aperçoit alors que son teint est plombé, surtout au pourtour des lèvres, et que les ongles sont bleus. On observe, dans ces cas, un peu de toux, des bâillements fréquents, de l'éternument, des pandiculations, une respiration plus rapide et du ronflement pendant le sommeil. Le calomel à petites doses répétées, les frictions mercurielles, des vésicatoires volants, un cautère à la région précordiale, n'ayant eu aucune influence, on renonce, sur l'avis de M. Bouillaud, à tout traitement. Peu à peu la forme paroxystique des accidents s'effaça, et à l'âge de deux ans l'enfant était habituellement cyanose. Ce n'était guère que le matin au réveil et avant de quitter le lit que le teint ne présentait aucune nuance vineuse et violacée.
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. —ir PART., § V. 273
) Les doigts sont tenninés en massue par le développe-
I ment de la pulpe de leur e:\tromite.
L'enfant a l'intelligence de son âge, le caraclère gai, k l'exception d'accès d'ennui et de tristesse coïncidant toujours avec un trouble plus ou moins grand de la circulation.
Le cœur présente toujours à l'auscultation les mêmes
j phénomènes : bruit de souffle au premier temps, couvrant et masquant presque le deuxième -bruit, surtout à droite; il n'y a pas de matité anormale ; les veines jugulaires ne sont
I pas très volumineuses ; le pouls est petit, dépressible et ondulant. C'est dans ces conditions que le sirop de digitaline, préparé dans la proportion de 1 milligramme pour 20 grammes, fut donné à la dose de deux cuillerées à café par jour, mais nous constatâmes, dès le deuxième jour, une augmentation du malaise et de la cyanose, qui devenait permanente avec dyspnée, anxiété, impulsion du cœur, etc.; nous dûmes, après quelques jours de persévérance, renoncer* à ce médicament.
Celte observation nous a présenté un des cas où la digitaline a une influence défavorable et qui doivent, par une étude attentive, conduire à poser les contre-indications à son emploi.
Observation Vlll. — Hypertrophie excentrique sans lésion des orifices; — influence fâcheuse de la digitaline.
Auguste Lau..., dix-huit ans, demeurant chez ses parents, rue de Verneuil, 6. Développement médiocre; maigreur prononcée. Depuis dix à douze ans, sans qu'il puisse en préciser la cause, ce jeune homme a commencé de présenter quelques signes d'une maladie du cœur, qui, par ses progrès lents mais continus, l'a amené, surtout depuis deux à trois mois, à l'impossibilité de se livrera aucun trais
vail. Toutefois, l'appétit et le sommeil ont continué d'être bons.
Le 17 juillet 18ù5, après une course un peu longue, il rentre plus oppressé que d'habitude, et est pris de fièvre avec toux et crachats striés de sang.
Appelé le 18, nous trouvons le jeune malade couché, ou plutôt assis sur son lit, les épaules et le tronc appuyés sur des oreillers; la région précordiale présente une matité étendue avec voussure , impulsion très forte ; bruits du cœur vibrants, mais réguliers ; pouls large et plein ; on trouve en arrière, dans les deux côtés, des râles mêlés de quelques crépitations fines.
On pratique immédiatement une saignée de 200 grammes ; looch kermétisé; diète. Les accidents du côté des voies respiratoires s'amendent ; mais la faiblesse est considérable; les battements du cœur sont très forts et pénibles pour le malade, qui ne peut se lever sans que cela provoque de la dyspnée et des palpitations.
Le 28, M. Vosseur voit le jeune homme en consultation avec nous, et propose l'application de vésicatoires volants à la région précordiale, et des calmants à l'intérieur, eau de laitue, émulsion, sirop de pavots, plus, des frictions avec la teinture de digitale.
L'état du malade ne présentant aucune amélioration, nous nous décidons à appliquer un point de caustique de Vienne à la base du cœur, et prescrivons la digitaline à la dose d'un milligramme matin et soir. Dès le lendemain, nous constatons une force et une dureté beaucoup plus grandes du pouls qui vibre comme une corde tendue sous la pression du doigt; en même temps, le malade se plaint que son cœur bat plus fort et ne lui permet pas de se livrer aumoindi*e mouvement, même sur son lit.
La toux augmente aussi, et les crachats se strient de sang. Nous persistons deux joui-s dans l'administration de la digitaline; mais l'augmentation de la dyspnée, l'intensité incontestablement plus grande des accidents dépendant
de l'affection du cœur, nous forcent de renoncer à cette médication. Pendant cinq semaines, ce jeune homme s'affaiblit progressivement, malgré les calmants, les analeptiques, etc. , pour s'éteindre le 2 septembre.
Nous voyons, dans cette observation, la digitaline, en augmentant l'énergie des contractions du cœur, activer la marche fatale de l'affection organique. Dans un cas d'endocardite aiguë, observé avec notre confrère le docteur Tessereau, la digitaline, ayant également imprimé une activité plus grande à la maladie, a dû être abandonnée.
Notre honorable confrère, M. le docteur Charrier, aussi habile praticien que consciencieux observateur, a bien voulu nous communiquer le fait suivant :
Observation IX. — Lésion organique du cœur [hypertrophie avec dilatation); — hydropisie consécutive; — adminisr tration de la digitcdine ; — action régulatrice de la circulation ; — effets diurétiques remarquables ; — guérison pcdliative maintenue depuis un an.
Le 9 mars 1850, je fus appelé pour donner des soins à M. D..., limonadier, rue Notre-Dame-de-Lorette. Ce malade, âgé de trente-deux à trente- trois ans, était maintenu assis sur son lit, par des oreillers, les jambes hors du ht; il était en proie à une dyspnée extrême, la face pâle, les yeux saillants, les lèvres bleues, les extrémités cyanosées, le ventre tendu à plein cuir, les cuisses, les jambes, les pieds, le scrotum énormément distendus et d'un froid glacial ; le pouls petit, d'une fréquence extrême et très irrégulier; les battements du cœur sourds, précipités", accompagnés d'un bruit de souffle très marqué, et tellement irréguliers qu'il est impossible d'en saisir les temps; les urines rares, rouges et sédimenteuses, sont presque nulles. Ce malade a déjà épuisé presque toutes les ressources de la thérapeutique ; et son état est tellement grave, que je crois
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devoii' prévenir les piirents delà probabilité d'une lui ti'è proeliaine et à peu près inévitable. Je prescris néaiinioin i une tisane de chiendent et de racine d'asperge nitrée e trois granules de digitaline de MM. HomoUe et Quevenneii Le lendemain, contre toute prévision, je trouve le nialad(( un peu moins mal, mais la différence avec l'état de h\ veille est peu marquée; seulement les urines sont moiriii rouges et un peu plus copieuses; le même traitement escontinué. Le lendemain, 11 mai, les urines sont plus abon-r dantes que la veille et plus claires; quelques jours après elles coulent en très grande abondance ; leur quantité; mesurée chaque jour avec soin, excède de beaucoup h quantité des boissons prises. L'ascite diminue en propor-t tion; les battements du cœur se régularisent ; le pouls se ralentit; le malade prend et digère facilement des alimentai légers; la dyspnée diminue rapidement ; le malade dorM avec un seul oreiller. Enlîn, après deux mois de traitementn par les boissons tempérantes et par la digitaline, il ne restet pas trace de l'ascite, ni de l'anasarque ; il n'y a de dyspnéeé que lorsque le malade marche trop vite ou lorsqu'il montet un escalier; son teint devient frais et rose : il serait imni possible de soupçonner chez lui, en le voyant, une maladie» du cœur, qui existe néanmoins, mais très amoindrie. Il y a maintenant plus d'une année que ce malade a repris lescf travaux de sa profession ; je le vois tous les jours ; sa santé] se maintient relativement bonne ; seulement, je lui ai imposé l'obligation de prendre un ou deux granules de digitaline par jour, d'en suspendre l'usage de temps en temps pour le reprendre ensuite ; de ne boire à ses repas que du vin blanc léger, coupé d'eau ; d'éviter les grandes courses à pied, et de s'abstenir avec soin de liqueurs alcooliques et de café.
Tous les moyens employés dans une pareille maladie n avaient été mis à contribution, sans succès, par plusieurs i médecins distingués qui avaient soigné ce malade avant i moi. Je n'ai fait qu'employer comme remède principal lali
JigiUiline à la dose de 3 milligrammes par jour. Sous l'inrUience de cet agent et contre toute probabilité, il s'est établi une diurèse extrêmement abondante; les battements du cœur et le pouls sont devenus plus réguliers et moins fréquents; la dyspnée a disparu; et si la guérison radicale n'a pas été obtenue, et dans l'espèce elle est absolument impossible, le malade a pu recouvrer un état de santé qui lui permet de travailler et qui ne laisse même pas soupçonner le trait fatal qu'il porte avec lui.
Pourne pas grossir ce mémoire, nousn'avonspas rapporté plusieurs observations d'épanchements pleurétiques et une de péricardite, dans lesquelles la digitaline nous a paru activer la résorption.
Application de la digitaline par la méthode endermique.
i Nous avons rapporté, 2* partie, § II, division A, quelques 'expériences sur l'emploi de la digitaline par la méthode endermique, et conclu en raison des accidents inflammatoires graves survenus, à la nécessité de renoncer à ce mode d'administration. Cependant, en raison de la dose relativement élevée à laquelle avait été appliquée la digitaline, I nous nous sommes de nouveau soumis à l'expérimentation suivante, pensant qu'à des doses très faibles, ce mode d'emploi ne serait pas impossible.
Le 8 février 1850, après avoir constaté pendant plusieurs jours, matin et soir, l'état du pouls, qui fut trouvé oscillant entre Ç)k et 68 pulsations, nous avons appliqué, à huit heures du soir, un vésicatoire du diamètre de 35 millimètres à la partie antérieure et interne du bras droit; le vésicatoire, levé le 9 à midi, a été saupoudré avec le mélange de 1 milligramme de digitaline et 2 centigrammes de sucre de lait. Sensation de chaleur momentanée, sans cuisson ni douleur vives; à quatre heures, on compte 62 pulsations ; sentiment de faiblesse et pour anisi dire de
défaillance musculaire; nul dérangement des organes digestifs. A sept heures, application d'un deuxième milligramme de digitaline. La surface du vésicatoire est d'un rouge livide, entourée d'un cercle inflammatoire assez étendu ; pas de sensation immédiatement pénible ; mais dans la soirée, les mouvements du bras sont difficiles et douloureux. A huit heures, le pouls est descendu à 58. L'endolorissement et la sensibilité au toucher augmentent ; le sentiment de défaillance est des plus prononcés. A dix heures et demie, dans la position horizontale, 54 pulsations très régulières, pleines, sans dureté; nuit bonne.
Le 10, au matin, application d'un troisième milligramme de digitaline sur le vésicatoire, dont la surface est rouge lie de \in, recouverte d'un mucus sanguinolent, avec une aréole douloureuse et rouge de plusieurs centimètres d'étendue. Les mouvements du bras sont roides et pénibles ; nous éprouvons la même faiblesse musculaire et des éblouisseraents qui se reproduisent au moindre mouvement, et ijj surtout lorsque nous nous baissons. Une espèce d'engourdissement douloureux du bras persiste toute la matinée, et augmente même au point de rendre les mouvements difficiles. A midi, le vésicatoire est pansé, sans application nouvelle de digitaline, en raison de l'aspect livide noirâtre de la plaie et des signes d'inflammation profonde de la peau et du tissu cellulaire ambiant. Pansée avec le cérat simple, cette plaie perd peu à peu ces caractères; elle sécrète, pendant les deux jours suivants, un mucus puriforme abondant, et revient progressivement à la teinte rosée d'une plaie tendant à la cicatrisation. Enfin, l'aréole inflammatoire disparaît ainsi que l'engourdissement douloureux du bras.
Chez une malade affectée de troubles considérables de la circulation, l'application de la digitaline, à la dose d'un milligramme sur un vésicatoire placé à la nuque, a déterminé une suppuration considérable avec extension de la plaie, et n'a pu être supportée qu'à la condition de ne re-
nouveler l'application qu'une fois toutes les vingt-quatre heures. Les eifets physiologiques ou thérapeutiques n'ont pas été appréciables.
Il nous paraît ressortir de ces deux nouvelles expérimentations, que l'on devra rejeter l'application de la digitaline sur le derme dénudé, comme entraînant une inflammation locale violente, dès que la dose employée est assez élevée pour produire une action physiologique évidente.
Résumé.
1° La digitaline, comme la digitale, possède la propriété de modifier profondément l'action de l'organe central de la circulation ;
2" La digitaline, comme la digitale, provoque, dans certaines conditions données , qui devront être étudiées avec soin pour bien en établir l'indication, des effets diurétiques marqués ;
3° La digitaline, comme la digitale, présente dans quelques cas, soit en raison de l'idiosyncrasie du malade, soit en raison de la dose et du mode d'administration, mie action excitante sur le système nerveux.
U° La digitaline, comme la digitale, active le mouvement de résorption interstitielle qui constitue, pour le thérapeutiste, l'action altérante ;
5° La digitaline ne peut être employée par la méthode endermique, à cause de l'action irritante locale qu'elle exerce sur le derme.
§ VI. — RÉSUMÉ DES TRAVAUX DES DIFFÉRENTS OBSER- VATEURS SUR LA DIGITALINE AU POINT DE VUE \'\ THÉRAPEUTIQUE.
MM. Hervieux, Strohl, Sandras, Bouillaud , Amiral et Leraaislre, ,| L. Corvisart, Laroche, P. Duroziez, Maiidl. — Considérations générales^
Après les preuves que nous avons présentées à l'appuii de l'opinion qui attribue les propriétés fondamentales d la digitale à la digitaline {Expériences physiologiques et ob servat ions cliniques, §§ II, II bis et § V), c'est à l'observatiorn clinique multipliée et prolongée de saisir les nuances dif-f férentielles qui pourraient exister, quant à l'action, entren la substance complexe ofterte par la nature, et le principeii isolé par l'art ; à formuler le degré d'utilité de ce principeu immédiat ; à préciser, à mesure qu'on les connaîtra mieux, i les indications qu'il peut remplir, les maladies dans leS' quelles il convient. Cette tâche, toute de pratique, but final »i de notre travail sur la digitale et la digitaline, se résume, quant au choix à faire entre ces deux substances, dans les'jj trois questions 'suivantes :
1° La digitaline, tout en offrant les propriétés générales de la digitale, lui est-elle cependant inférieure dans la pratique, parce qu'elle aurait une action médicatrice moins sûre, moins prononcée, compliquée de phénomènes étrangers à ceux qu'on cherche à produire? ou ce corps, précisément par le fait de son isolement, est-il moins apte à u produire sur nos organes l'effet désiré que lorsqu'il est as- • socié aux autres principes coexistant avec lui dans la a plante, et forme ainsi un médicament tout préparé par la » nature?
2° La digitaline seule représente-t-elle toutes les pro- priétés de la digitale, les autres principes qui l'accompa- • gnent dans la plante n'ayant sur l'économie qu'un effet I insignifiant, et qui disparaît d'ailleurs absorbé par l'action i puissante de la première; ces mêmes corps étrangers
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — ir PART. , § VI. 281
ne contribuant en rien à faciliter l'action du principe actif? 3° La digitaline, outre l'avantage de représenter exactement toutes les propriétés thérapeutiques en vue desquelles on administre la digitale, offre-t-elle la possibilité d'éviter certains inconvénients, inhérents à l'emploi de cette dernière ?
Dans le premier cas (infériorité d'action), il faut rejeter la digitaline et s'en tenir à la poudre de digitale, ou tout au plus à ses préparations pharmaceutiques.
Dans le second (égalité, similitude d'action thérapeutique) , il faut donner la préférence à la digitaline, comme fournis- ; ' sant la possibilité d'avoir un médicament toujours iden- ( l tique, fixe dans son degré d'énergie, inaltérable, d'une ' ingestion plus facile (voy. 1" part., § IV), remplissant en un mot le but indiqué par M. Barbier dans les lignes suivantes :
« Quand nous aurons mesuré l'étendue de puissance de ces matériaux (alcalis végétaux), nous saurons quelle quantité nous devons employer pour obtenir des effets d'une intensité déterminée. Nous serons sûr de plus que ces effets ■ auront toujours lieu ; nous n'aurons plus, comme aujour- : d'hui, la crainte démettre notre confiance dans un produit inerte » (1).
Enfin, dans le troisième cas (supériorité d'action thérapeutique), il y a deux raisons pour préférer la digitaline : I fixité de l'agent employé, etc.; efficacité plus grande. i| Encore une fois, c'est à l'expérimentation clinique à ' prononcer en dernier ressort. Les travaux publiés jusqu'à présent sur l'action thérapeutique de la digitaline, aussi bien que nos propres observations, sont de nature à faire penser que la question sera résolue en faveur de celle-ci. Le rapide aperçu que nous allons donner de ces travaux fera partager, nous l'espérons, au lecteur notre conviction à cet égard.
(1) BAnciER, Traité de tnaticre médicale, I, III, p. 397.