M. HERVIEUX
Cet auteur a eu surtout pour objet Tétude des effets diu rétiques de la digitaline, mais en même temps il a examiné l'action sur la circulation, ainsi que sur les autres fono tions.
Chez tous les malades le pouls a subi uue modificatiou sensible. Il n'est pas un seul d'entre eux chez lequel ora n'ait observé un ralentissement plus ou moins marqué dd la circulation, ralentissement dont la moyenne a été de \]li à 1/3, le maximum de 1/2 et le minimum de 1/8 dul nombre des pulsations.
Examiné quelques minutes après l'ingestion de la digi taline, le pouls n'a généralement présenté aucune modifi-i cation appréciable. Il a fallu au moins deux ou plusieurs' heures pour apercevoir une différence entre le nombre dea pulsations compté avant la prise du médicament, et le! nombre des pulsations observé après ; le maximum d'effet a été atteint cinq ou six heures après le moment de l'adminiS' tration. Considéré relativement à toute la durée du traite ment, le pouls n'a subi son maximum d'abaissement» qu'après un septénaire seulement et quelquefois deux. Less qualités du pouls, dans cet état, sontextrêmement variables habituellement petit, il acquiert souvent, tout en conservani sa petitesse, de la résistance et quelque dureté ; plus rare-i ment, il reprend sa souplesse et son ampleur normales.
Mais un phénomène beaucoup plus digne d'attention, c'est l'action de la digitaline sur l'irrégularité du pouls, soiU que le médicament ingéré détermine cette irrégularité, lali modifie ou la fasse cesser (car ces trois cas peuvent se pré senter). En somme, on peut dire que la digitaline, aui moins à dose thérapeutique, améliore les qualités du poulsli
(1) Hervieux, Archives géii, de méd., ^' série, t. XVI et XVII. — Voy. ) aussi Atin, de ihcrap, de M, Douchardat, 18A9, pi 147.
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — ir PART., § VI. 283
u lieu de les altérer ; qu'en diminuant sa fréquence, elle égularise ses allures, et tend plutôt à le rapprocher qu'à éloigner du type normal.
Comme la fonction circulatoire, la sécrétion urinaire est lîfluencée par la digitaline. La suractivité des fonctions énales se reconnaît à deux circonstances distinctes: 1° Un xcès dans la quantité du liquide évacué ; 2° une augmenation dans le nombre des évacuations ordinaires. Sous 'influence d'un traitement prolongé par la digitaline, à a dose de 2 à 3 milligrammes chaque jour, l'auteur a vu 3 chiffre des évacuations urinaires, par vingt-quatre leures, augmenter de moitié dans la majorité des cas ; )lus rarement il ne s'est accru que de 1/3, l/U ou 1/5"=; lans quelques autres cas plus rares il a pu être quadruplé, juintuplé. En somme, il y a toujours eu un avantage en àveur du nombre des mictions sous l'intluence de la digialine.
En somme, il résulte des expériences de l'auteur, au )oint de vue physiologique :
1" Que, à la dose de 2 à 3 milligrammes, cette substance ^igit notablement sur la circulation qu'elle ralentit ; sur les jonctions urinaires qu'elle active ;
2° Qu'à la dose de 3 à 6 milligrammes, on peut voir apparaître des désordres plus ou moins graves du côté des centres nerveux et de l'appareil digestif;
3° Qu'au delà de 6 milligrammes, l'intolérance survient presque toujours.
I Au point de vue thérapeutique, que la digitaline est d'une incontestable utilité :
1" Dans les maladies du cœur, endocardite, péricar--dite, lésions valvulaires, hypertrophie du cœur, etc. ;
2" Dans les hydropisies anasarques , épanchements des .séreuses pleurale, péricardique et péritonéale; ] 3° Dans la phthisie, pour combattre la dyspnée, la céphalalgie, calmer la toux et rendre le repos ;
k" Enfin dans les palpitations nerveuses et dans tous
les accidents qui résultent d'une impulsion trop violenti donnée au cours du sang.
Après avoir exposé les résultats de ses recherches, c lorsqu'il s'agit de conclure sur le choix à faire entre 1 digitale ou ses préparations et la digitaline, l'auteur s'ex^ prime ainsi : « La digitaline produit les mêmes effet physiologiques, et présente les mêmes avantages thérapeu tiques que les préparations de digitale, et cela d'une ma nière sûre et constante ; elle peut donc être employée ave succès dans tous les cas où l'on a coutume de prescrire 1 digitale; elle peut, de plus, l'être avec sécurité, avantag énorme qui lui donne le pas sur celle-ci. v
La forme médicamenteuse à laquelle M. Hervieux doniii la préférence est celle de granules... « Une des circon stances qui plaident le plus en faveur de la digitaline ajoule-t-il ailleurs, est la facilité du dosage. Tandis qui celui-ci ne peut avoir lieu pour les préparations'de digitali qu'à une approximation extrêmement grossière, il se fai pour la digitaline avec une rigueur mathématique (1). »
M. STROHL.
Août et septembre 1849 (2).
M. Strohl, professeur agrégé à la Faculté de raédecin( de Strasbourg, a aussi étudié l'action de la digitaline. Le jugement de cet expérimentateur est également favorabk à ce produit. Il l'a employé dans divers cas de bronchite, de tubercules pulmonaires, d'affections du cœur, etc. — Toujours il a retrouvé les mêmes effets que ceux de la digitale, et qui sont en général le ralentissement des contractions du cœur, soit que ce ralentissement survienne directement après l'administration du médicament et san; phase d'augmentation, soit qu'à un moment quelconque, i y ait un temps d'accélération.
(1) Archives, t. XVII, p. 182.
(2) Stkohl, Gazette mcil. de Sivasboure/, août et septembre 1849(1 p. 20A.
Sur '18 exemples fournis par 9 sujets, cités par M. Strohl il y en a eu :
.3 où l'effet a été nul, quant au nombre des pulsations ;
1 où il y a eu accélération persistante ;
lu où il y a eu un ralentissement, variable pour le degré, le moment de l'apparition, la durée, etc.
D'abord l'auteur avait pu douter de l'action diurétique du médicament, mais plus tard il a rencontré un cas où cet effet a été des plus marqués.
Après avoir rappelé la grande différence d'action entre les diverses digitales suivant les causes ordinaires de variation de qualité de plantes, et avoir fait ressortir les chances d'accident qui peuvent en résulter dans la pratique, si un malade, à l'usage de ce médicament, vient à passer forluitement d'une poudre altérée à une autre de bonne qualité, l'auteur ajoute : « C'est la constance dans sa composition qui donne à la digitaline un immense avantage sur la digitale... et lui mérite (ainsi qu'à plusieurs autres principes actifs des végétaux) une belle place dans la matière médicale. »