‹ Mémoire sur la digitaline et la digitaleChapitre 17 sur 41 · MM. ANDRAL ET LEMAISTRE · texte numérisé non relu

MM. ANDRAL ET LEMAISTRE

M. le professeur Andral, médecin de l'hôpital de la Charité, conjointement avec M. Lemaistre, alors interne dans son service, a voulu aussi étudier l'action de la digitaline.

(1) Andral et Lemaistre, Union médicale, t. VI, n"' 52 et 5o, 1°' cl h mai 1852; Ann. delhérap, de M. Bouchardal, 1853, p. 12/i.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — ir PART., § VI. 289

Voici l'analyse succincte du travail de ces observateurs:

L'action sur la circulation a été étudiée avec soin, en se mettant en garde contre les causes qui peuvent en général entacher ces essais d'inexactitude. Le pouls était compté plusieurs jours de suite avant l'administration du médicament et par la même personne à plusieurs reprises chaque fois, pour éviter l'influence morale, etc. Ces précautions prises, l'abaissement du nombre des pulsations, sous l'influence de la digitaline, a varié de Uk UO par minute.

Celte diminution a atteint les chiff'res les plus bas, surtout dans les cas d'affection du cœur où le pouls était régularisé en même temps que ralenti.

L'influence sur la fréquence du pouls a été presque nulle dans les afî"ections fébriles (pleurésie) ; elle a été assez marquée dans deux cas de rhumatisme.

Les auteurs n'ont jamais vu l'irrégularité du pouls produite par la digitaline, ce qui tient peut-être à ce que l'administration de ce médicament n'a pas été longtemps continuée à des doses élevées.

L'action diurétique a été constatée de la manière la plus évidente, en tenant compte de la quantité du liquide ingérée. Le nombre des émissions d'urine dans les vingtquatre heures, aussi bien que la quantité absolue de liquide rendue pendant ce laps de temps, a augmenté dans quatorze cas sur dix-neuf. C'est surtout dans les maladies du cœur que cette augmentation a été considérable. Ainsi les urines ont été doublées, triplées, et même quadruplées dans les vingt-quatre heures, en même temps que leur densité tombait de 1016-1012 à 1008-lOOi et même 1003. La diurèse ne survenait d'ailleurs que le troisième ou le quatrième jour après l'administration du médicament. ■Elle était bien plus abondante dans le cas d'œdème du tissu cellulaire, qui disparaissait en quelques jours^ que dans les hydropisies des cavités séreuses. Dans tous les cas, l'action diurétique était toujours consécutive à l'influence" sur la circulation.

Les effets sur les centres nerveux se sont manifestés en général lorsque la dose de digitaline s'élevait à U, 5, ou 6 granules (/i, 5, ou 6 milligrammes), ou que le médicament était continué assez longtemps. Ils consistaient en céphalalgie, troubles de la vue, lassitude ou même affaissement profond des forces, sommeil lourd, fatigant, avec rêvasseries ou même rêves effrayants et délire ; d'autres fois, agitation et insomnie. Enfin on a observé, dans d'autres circonstances, une dépression profonde du système nerveux avec tendance aux lipothymies, bouffées de chaleur montant brusquement à la face.

Les phénomènes d'intolérance gastrique ont été à peine observés. Ils consistaient en borborygmes et gonflement du ventre, tiraillements d'estomac, rarementdes vomissements, coliques, diarrhée peu abondante, anorexie ; ce n'est qu'à partir de la dose de 4 ou 5 granules qu'on a rencontré ces accidents.

Principales conclusions des auteurs.

1° La digitaline doit être administrée dans les maladies chroniques du cœur, alors que le pouls est élevé et la circulation irrégulière, cette substance ayant la vertu de ramener le pouls à son type normal ;

2° Dans les cas d'hydropisie provenant, soit d'une maladie du cœur, soit d'une altération du sang comme dans l'albuminurie, la digitaline facilite la diurèse et dissipe iftinsi les inflammations séreuses.

MM. Andral et Lemaistre ont observé qu'à 2 ou 3 granules par jour (2 à 3 milligrammes), on obtenait presque toujours des effets notables sur la circulation et sur les urines. Quelquefois on est allé jusqu'à 6 et 7 granules dans les vingt-quatre heures; mais presque constamment aloï*» survenaient des accidents d'intoxication, et l'on était obligé de diminuer ou même de suspendre l'usage du remède. Cependant ils ont rencontré quelques exceptions, quant à la tolérance : un jeune malade de quinze ans n'a pu pren-

tire 2 granules sans éprouver de vomissements, tandis que d'autres ont pu eu supporter 5, 6 et 7 sans en être incommodés ; l'un d'eux même a pu prendre, pendant plusieurs jours de suite, 10 granules dans les vingt-quatre heures, et un autre en a ingéré un jour jusqu'à 12 sans inconvénients ; mais ce sont là des exceptions. Elles montrent d'ailleurs qu'il faut tâter la susceptibilité du malade dans l'emploi de ce remède. Règle générale : la dose à laquelle on obtient les effets cherchés, et que presque tous les malades peuvent supporter, est de 2 à 3 granules par jour; ce n'est qu'exceptionnellement et avec circonspection que l'on peut dépasser sensiblement cette quantité.

La forme de granules (on sait que ceux-ci sont à 1 milligramme) paraît aux auteurs le moyen le plus simple d'administrer la digitaline.

Les effets de la digitaline comparés à ceux obtenus avec la digitale, dans quelques expériences comparatives, ont été les mêmes, à la différence près d'une plus grande irritation de la muqueuse digestive par la digitale. Aussi les auteurs, en rapprochant cet inconvénient des mécomptes quecette dernière fait souvent éprouver à cause de sa qualité différente suivant la provenance, n'hésitent pas à donner la préférence à la digitaline qui réunit, sous la forme de granules, l'inaltérabilité, un dosage sûr, une administration facile.

M. L. CORVISiVîlT (1).

Digitaline contre la spermatorrhée.

Le travail dont il est ici question n'est plus relatif, comme les précédents, aux maladies contre lesquelles la digitale a été de tout temps employée; il s'agit d'une affection bien différente, la spermatorrhée.

C'est en quelque sorte par hasard que M. le docteur

(1) L. CoRViSART, Bulletin de thérapeutique, t XLTVj 4853; et Union médicale, n" du 21 avril 1853.

L. Corvisart a été mis sur la voie de ce traitement nouveau de la spermatorrhée. Elève de M. Ghomel , c'est en recueillant l'observation d'un malade traité à la clinique de ce professeur pour des palpitations de cœur, qu'il crut reconnaître, pour la première fois, l'action de la digitale contre le flux séminal, et depuis, deux autres faits sont venus contirmer ce premier résultat favorable.

Dans le premier cas, il s'agit d'un jeune homme de vingt ans dont la santé, à la suite d'orgies souvent répétées et d'excès de coït, ne tarda pas à s'altérer. Les digestions étaient devenues lentes ; anorexie, palpitations de cœur, bouffées de chaleur au visage, éblouissements, tintements d'oreilles, accès de dyspnée la nuit, hallucinations de l'ouïe et douleur précordiale vive suivie de fièvre. Traité d'abord par trois saignées sans grand succès pour une prétendue endocardite, le malade entra dans le service de M. Chôme], où, soumis à l'emploi de la digitaline, il vit rapidement diminuer le nombre des pollutions, qui revenaient parfois le jour mais surtout la nuit, sans laisser de traces dans son souvenir. Il quitta l'hôpital après trentehuit jours, et dans cet espace de temps, il n'a eu que cinq pollutions, dont une seule en vingt-deux jours.

Dans le second cas, il est question d'un jeune homme de dix-huit ans, sujet à de fréquentes pollutions nocturnes, chez lequel un traitement par le camphre avait été sans succès, et qui n'-avait éprouvé qu'une amélioration momentanée par les amers. Traité par la digitaline, à la dose de 3 milligrammes par jour, les pollutions se suspendirent après trois jours, et il resta six. jours sans en avoir. Le dix-septième jour du traitement, il eut encore une pollution, et, en somme, il n'eut que cinq pollutions en trentequatre jours de traitement, dont les deux dernières linent séparées par vingt-deux jours d'intervalle. Les forces avaient reparu et les phéno/nènes divers (affaiblissement de la mémoire, douleurs dorsales, etc.), qui avaient suivi l'apparition des pollutions, s'étaient dissipés.

MÉMOIUE SUR LA DIGITALINE. — ll"= PART. , § VI. 293

Le troisième malade était un homme de trente ans, célibataire, affecté depuis l'âge de quatorze ans de pertes séminales se reproduisant par les seuls efforts de la défécation. Depuis quatre ou cinq ans, il avait vu s'affaiblir les forces musculaires, ainsi que la mémoire et la vue ; les digestions étaient pénibles. On avait essayé d'abord des bains salins, des frictions sur la colonne vertébrale, plus tard des bains froids et des pilules de cantharides ; la maladie avait résisté à tout. Traité par la digitaline, il resta cinq jours sans perte séminale; celles-ci se sont éloignées sous l'influence de ce remède, mais jamais elles n'ont entièrement disparu.

M. le docteur Laroche vient tout récemment de vérifier cette action de la digitaline contre la spermatorrhée. Voici l'observation recueillie par ce praticien :

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