ÉTIOLOGIE DE LA MALADIE
Si ce que nous venons de dire est exact, si c'est ri-* goureusement fondé sur l'observation , il devient manifeste que l'inflammation de l'iléum et du ceecum est aussi secondait^ que celle de l'estomac. Nul doute qu'elle ne se forme durant le cours de la maladie; aussi remarque-t-on en général, à l'ouverture des corps, que la désorganisation des plaques et des follicules est d'autant plus marquée , que raffection date d'un plus grand nombre de jours. Ce n'est donc pas cette inflammation qui est la source d'où dérivent tous les phénomènes généraux, ce n'est pas sur son existence que doit être fondée une thérapeutique rationnelle : or voilà pouijquoi nous avons déjà fait remarquer qu'en la prenant pour base du traitement on tombe dans une erreur d'autant plus matérielle qu'en croyant attaquer la cause du mal on fait une guerre ouverte au symptôme.
Si elle était essentielle, nul doute que les saignées, les révulsifs , les adoucissants, les calmants auraient sur elle une puissance, pour ainsi dire, souveraine, tandis qu'une observation, dégagée de toute prévention systématique , prouve que ces moyens n'empêchent pas sa marche, et qu'en n'attaquant pas le principe du mal ils lui laissent le temps d'exercer son activité destructive sur les tissus organiques qui sont plus particulièrement en contact avec lui. C'est là un des grands inconvénients qu'on peut reprocher à la méthode antiphlogistico-révulsive ; mais il en est quelques autres que nous examinerons un peu plus tard. Ne quittons pas ici le sujet qui nous occupe, et disons encore que, si l'inflammation intestinale était essentielle et la source des phénomènes généraux qui caractérisent les fièvres
typhoïdes , il est à peu prés incontestable que les purgatifs réitérés seraient aussi nuisibles à la muqueuse iléo-csecale, que les vomitifs à l'estomac atteint d'une phlegmasie idiopathique; or il est aujourd'hui de notoriété qu'à l'exception d'une boisson rafraîchissante, de lavements, de quelques cataplasmes sinapisés, je n'use que de ces médicaments, tant que dure l'affection typhoïde. Il est encore bien connu que presque tous mes malades guérissent, que ceux qui meurent sont particulièrement les sujets qui ont été saignés hors de mon service, ou bien ceux qui me sont livrés agonisants. J'ai donné peut-être cinq cents vomitifs à l'hôpital Necker, tant dans les embarras gastiwques que dans les lièvres typhoïdes, et je cherche encore une gastrite qui soit le résultat de cette médication. J'ai administré des miniers de purgatifs, et je n'ai vu qu'un fort petit nombre de cas, déjà avancés, où la muqueuse intestinale a paru s'irriter momentanément. Dans les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de ces cas, la douleur de la fosse iliaque disparait, au contraire, après remploi de quelques laxatifs, ce qui, certes, ne prouve pas en faveur de l'essentialité de Y enter o-més entérite.
N'est-il pas très surprenant, d'après cela, d'entendre répéter à des hommes de l'art chargés de l'enseignement, et qui, par conscience ou par d'autres motifs, sont les seuls qui n'ont jamais voulu traiter la fièvre typhoïde par les évacuants; n'est-il pas surprenant, dis-je, de leur entendre répéter que ces évacuants doivent être classés parmi les causes de cette fièvre ? Un tel langage ne peut que faire sourire de pitié ceux qui m'ont vu pratiquer à l'hôpital Necker.
Il doit étonner aujourd'hui les praticiens qui, comme