‹ Mémoire sur la fièvre typhoïdeChapitre 7 sur 19 · ÉTIOLOGIË DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIË DE LA MALADIE

MM. Marjolin, Louis, Andral, Husson, Guéneau de Mussy, Biett, Miquel, Martin Solon, Honoré, Bricheteau, Bonneau, médecin à l'hôpital des Enfants, et beaucoup d'autres, ont voulu voir par eux-mêmes si ce qu'on leur a répété tant de fois à ViVcadémie était fondé sur des observations rigoureuses. Qu'on demande à ces honorables confrères s'ils ont ou non à se louer des évacuants ; qu'on le demande aux élèves qui sont chargés de recueillir les observations, et j'affirme d'avance que pas un ne répondra négativement (i).

Mais si cela est , si Ton combat heureusement la fièvre typhoïde par la méthode évacuante, si c'est cette méthode qui guérit le plus de malades , qui les guérit

(i) M. Cruveilliier, qui, uniquement éclairé par l'anatomie pathologique, ne paraît pas partisan de ma méthode de traitement, ainsi que cela résulte de ce qu'il dit, l'année dernière, dans une séance de l'Académie, peut-il nier que l'enfant de M. le docteur Vitrât , presque mourante , a été sauvée par les évacuants mis en usage contre son gré , d'après l'opinion de M. Fouquier et de M. Vitrât lui-même ? Je ne pense pas que cet honorable professeur désavoue un pareil fait ; mais j'ai lieu d'être étonné qu'il n'en ait pas fait mention lors de la discussion sur mes mémoires. M. Vitrât a été plus juste à mon égard, car il est venu me faire des remeicîments et m'autoriser à raconter ce qui s'était passé relativement à son enfant.

Quant à M. Chomel, qui se montre si craintif et si cauteleux dans l'administration des purgatifs , il peut dire aussi qu'une demoiselle de M. Trubert, ancien notaire, à laquelle il a donné des soins de concert avec son confrère M. Pierre Ovitti, n'a peut être évité la mort qui la menaçait que parce que des évacuants lui ont été administrés, ajïrès une démarche que M. Bastarèche, agent de change, fit chez moi, et qui, peu de temps après, fut suivie d'une seconde, pour me remercier des conseils bien gratuits que j'avais donnés à sa grande sollicitation.

plus promptement et en évitant tous les inconvénients qui sont attachés aux autres traitements , il devient incontestable que l'inflammation intestinale est symptomatique.

Maintenant on est en droit de me demander quelle est , selon moi , la cause de cette phle/^masie et des phénomènes généraux qui, avec ou sans elle, constituent la fièvre typhoïde.

Pour répondre d'une manière un peu satisfaisante à cette question , il est bon de rappeler qu'indépendamment des altérations organiques du canal alimentaire, altérations auxquelles seules on a fait jouer un l"ôle primitif important, on a presque constamment trouvé sur la muqueuse digestive une grande quantité de bile mélangée probablement avec d'autres liquides sécrétés et exhalés. M. Andral l'a rencontrée en abondance chez la moitié des sujets qu'il a ouverts.; M. Bouillaud l'a constatée chez tous et il le fait remarquer d'une manière particulière , sans en tirer la plus petite conséquence profitable à la médecine pratique; M.Louis a vu que, dans la fièvre typhoïde, la bile était deux ou trois fois plus copieuse que dans les sujets morts d'autres maladies. Prost , bien longtemps avant ces trois médecins, avait non seulement fait observer combien la quantité de ce liquide était augmentée dans les Kèvres graves, mais il avait de plus remarqué que là oii la muqueuse intestinale n'était pas protégée par des mucosités, la bile devenue acrimonieuse déterminait une inflammation. Quant à moi, j'ai vu que ce produit hépatique était répandu dans le tube alimentaire en raison directe de la brièveté de la malade, de la rareté et du peu d'abondance des évacuations. J'ai vu qu'en

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général il est d'autant plus jaune qu'on l'examine plus près du duodénum ; qu'il se répand dans cet intestin et dans le jéjunum sans y déterminer d'irritation; que, dans la première portion de l'intestin iléum, son passage est quelquefois marqué par des rougeurs; que, dans la plus inférieure et dans le caecum, le liquide encore jaune, vert ou roussâtre, clair ou poisseux , est . abondamment accumulé et corrompu ; que là il imprime souvent une couleur ocrée aux ulcérations qui se sont formées sur les plaques et les follicules.

En réfléchissant à toutes ces circonstances, dans les premiers temps de ma pratique à l'hôpital Necker; en voyant que mes malades soumis au traitement antiphlogistique, pris dans sa plus grande acception, étaient particulièrement ceux que je perdais; en remarquant que je n'étais guère plus heureux avec ceux que je traitais par la méthode expectante ; enfin, en ayant acquis la conviction que le traitement stimulant était , en quelque sorte, meurtrier quand il était employé d'emblée, je soupçonnai que peut-être la fièvre typhoïde, qui, selon l'opinion d'alors, n'était qu'une gastro-entérite , dépendait , ainsi que l'altération organique à laquelle on l'attribuait , de la présence de cette bile abondante qui, devenue acrimonieuse et putride, exerçait d'une part une action désorganatrice sur l'intestin, de l'autre introduisait l'infection et le désordre dans l'organisme, en pénétrant et se répandant dans le système circulatoire (i).

Je m'attachai d'autant plus à cette idée hypothéti-

(i) Depuis îlippocrate jusqu'à Finke, il n'est presque pas de patliologiste qui n'ait manifeslé cette opinion.

que que je voyais se former les lésions organiques dans la portion la plus déclive de l'intestin grêle, c'est à dire là où les matières stercorales , légèrement retenues par une valvule, sont, en quelque sorte, forcées de stagner, et où d'ailleurs elles ont acquis un très haut degré de corruption.

Une autre raison qui m'engagea à ne pas abandonner cette hypothèse, c'est la désharmonie que j'observais, dans une multitude de cas, entre le degré de l'irritation intestinale et les symptômes généraux, qui souvent étaient très graves, lorsque l'aftection abdominale paraissait très légère, et vice versa.

Ne pouvant donc invoquer l'influence sympathique de l'intestin sur le reste de l'économie; ne pouvant admettre d'ailleurs que l'état général dépendait de la propagation de l'inflammation intestinale dans tous les systèmes organiques, puisqu'il est des cas où cette inflammation n existe pas, je me rendis compte des troubles généraux, en établissant, comme un fait probable, que les matières contenues dans le tube alimentaire passaient en partie dans la masse des humeurs et produisaient nécessairement sur les divers organes, inaccoutumés à leur impression, des troubles fonctionnels proportionnés à la putridité et aux qualités stimulantes de ces liquides.

Le délire, les soubresauts des tendons, les tremblements musculaires , l'aspect pulvérulent des narines , la fuliginosité buccale, la prostration des forces, la décomposition du sang, les pétéchies et les vibices, la disposition des organes aux dégénérescences gangreneuses, les ramollissements qu'ils subissent, etc., etc., pouvaient, en admettant cette hypothèse, être plus ou

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moins raisonnablement expliqués, tandis que, sans elle, il devenait impossible de s'en rendre un compte qui approchât de la vraisemblance.

Il y a trop d'identité entre les symptômes qui surviennent dans la fièvre typhoïde et ceux qui se développent quand on injecte des matières putrides dans l'intestin, pour que l'éiiologie des accidents soit différente dans les deux cas. Il me parait que, dans l'un comme dans l'autre, il y a résorption de substances délétères ; aussi se manifeste-t-il, dans l'un et l'autre, des symptômes putrides et ataxiques. Il n'y a qu'à consulter les expériences faites par MM. Gaspard et Bouillaud pour se convaincre de cette vérité.

Le foyer putride existe aussi incontestablement dans l'intestin des sujets qui sont atteints de fièvre typhoïde spontanée que dans ceux chez lesquels on la fait naître artificiellement. Seulement, dans le premier cas, la bile joue un grand rôle dans la production des phénomènes morbides, tandis que, dans le deuxième, elle ne concourt, selon toute apparence, au développement des phénomènes généraux que d'une manière très secondaire. Mais que ce soit elle ou toute autre matière simple ou composée qui forme le foyer putride dans lequel les absorbants intestinaux vont puiser, peu importe : toujours est-il qu'il y a un foyer putride sans lequel la maladie n'aurait pas lieu.

Pour que ces idées aient quelque valeur, me dis-je , il faut qu'elles soient justifiées parla thérapeutique, qui doit particulièrement être dirigée contre la cause matérielle à laquelle nous attribuons les divers accidents qui caractérisent les fièvres typhoïdes. Il est nécessaire, par conséquent, que la maladie s'améliore

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en proportion de la diminution de cet agent morbifiquë et que, finalement, elle cesse dans la plupart des cas, quand il aura été complètement expulsé. Je n'espérais pas, bien entendu, obtenir de pareils résultats, lorsque la désorganisation intestinale serait portée très loin, et quand d'ailleurs les malades soumis à mes soins seraient parvenus au suprême degré de leur affection; mais je me flattais que, traités en temps opportun, j'obtiendrais avec eux des succès qui auraient d'autant plus de retentissement, qu'on était plus persuadé de la nature inflammatoire de la maladie et des inconvénients qui étaient attachés à l'usage des moyens médicamenteux auxquels je devais avoir re-

Je m'adressai d'abord aux laxatifs et particulièrement à l'eau de Sedlitz; je fus timide dès le début parce que je craignais d'accroître cette inflammation intestinale que tout le monde considérait comme là source de tout l'appareil morbifiqUe. Je débutai par de petites doses de cette eau , que je continuai tou5 les jours, et à ma très grande satisfaction je vis que les malades allaient d'alitant mieux qu'ils avaient été plus éoriiplétement évacués. J'observai déplus que les souffrances de la fosse iliaque se dissipaient presque toujours sous l'influence du même moyen. Dès lors, je devins plus hardi et j'administrai journellement une bouteille de mon laxatif; mais comme je ne remédiais pas toujours à la céphalalgie et aux vertiges aussi rapidement que je le voulais, comme ces phénomènes me paraissaient particulièrement liés à l'état saburral de l'estomac, je pensai qu'en ayant recours aux vomitifs ]^ parviendrais mieux à maîlriser ces accidents. Bien-

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tôt, eh effet, je remarquai que, dans le plus grand nombre de cas, les symptômes cëphaliques, y compris même le délire, s'amélioraient très sensiblement, ou même disparaissaient avec rapidité, surtout quand les vomissements bilieux avaient été abondants. Je vis, en outre, que la rougeur de la pointe de la langue , le malaise épigastrique , les nausées et les vomissements, loin d'augmenter par l'action de cet agent médicamenteux , devenaient de moins en moins manifestes après les vomissements. L'état général s'améliorant aussi après quelques jours de traitement, je me trouvai forcé de conclure de tout cela que lajiè^re typhoïde n^ était qu'unejihre bilieuse grave, dont les conséquences les plus constantes étaient F inflammation et V ulcération des plaques de Pejer et des follicules de Brunner; Vengorgement des glandes mésentériques ,

Et comme ce que nous avons appelé les symptômes précurseurs de la fièvre typboïde n'est autre chose que la fièvre bilieuse simple y qui a souvent pour prodrome un embarras saburral de l'estomac, nous fûmes encore conduits à cette autre conclusion : que la fièvre typhoïde ri est pas une maladie particulière , mais bien unejorme de la fièvre bilieuse simple, forme que les auteurs ont désignée sous la dénomination de fièvre putride, quand elle n'est pas accompagnée de phénomènes nerveux ; de putride et maligne, quand ces symptômes se développent en même temps que ceux qui indiquent la putridité.

La preuve que la fi.èvre typhoïde ne diffère pas , quant à sa nature, de Xdi fièvre bilieuse simple, c'est qu'elle est la suite de celle-ci et qu'elle ne réclame pas

1 04 cnAPiTiiE V. — iVnoLOGiË de la maladif..

foncièrement d'autre nuUhode thérapeutique (i) : or, c'est ce que nous allons tâcher de démontrer dans le chapitre suivant qui sera le dernier.

(i) C'est là une des belles démonstrations du très judicieux et très savant Stoll ; aussi nous a-t-il dit ( Ratio med. reflex. in historias ^ t. II, p. 279 et seq. ) : « Indicationes curatii>as non » desumpsimus ex febrium aut vario typo, aut lusu vario symp- » tomatum , sive enim conlinuam quis diceret , sive remitten- » tem, aut statis horis , aut erroneo modo , seu intermittentem » quâcunque ratione , seu efïlorescentiis quibuscunque stipai> tam, et quidcunque grseci nominis scliola vêtus tribuisset, » omnibus eamdem fecimus medicinam^ ubi eamdemfebris causant >» adi^ertebamus^ aut propemodum eamdem. Hinc causée morbific^e, » non autem yariis ejusdem causée effectibus aut lusibus et mo- >» dificationibus adventitiis , methodus adaptabatur. »

Traitement (i).

Il résulte manifestement des considérations dans lesquelles nous sommes entré jusqu'à présent, i" que la fièvre typhoïde ne se développe jamais d'une manière brusque et instantanée ; 2° qu'elle a pour pro-

(i) La fièvre typhoïde, comme nous venons de le voir, étant essentiellement liée à un état saburral primitif des premières voies , il n'y a pas lieu d'être étonné que nous ayons évité de la confondre, ainsi que le font beaucoup de pathologistes, avec radynamie et l'ataxie qui sont le produit d'une foule de causes différentes , agissant hors du canal alimentaire , réclamant des traitements plus ou moins spéciaux et tout à fait différents de celui que nous employons contre la pyrexie qui nous occupe.

Nul doute qu'à l'occasion de la pustule maligne, des antbrax, des scarres gangreneuses , du scorbut porté au suprême degré , du pourpre, des grandes liémorrhagies, des suppurations abondantes, du séjour trop prolongé du placenta dans l'utérus, il ne se développe fréquemment des symptômes adynamico-ataxiques qui ne diffèrent point de ceux qui apparaissent dans la fièvre typhoïde; mais je ne pense pas que, d'après cette identité de phénomènes et sans tenir compte du siège et de la nature des causes qui leur donnent naissance, il se trouve un médecin assez iraprudent pour admettre dans tous ces cas une méthode curative uniforme. Ce serait là , sans doute, le comble de la déraison , et cependant c'est là où l'on est conduit quand on considère comme similaires des êtres tout à fait disparates.

Traitez donc par les évacuants l'adynamie qui est la suite de la pustule maligne , négligez de cautériser l'affection locale et d'administrer des toniques à l'intérieur , et vous verrez avec quelle promptitude la mort arrivera. Combattez de la même manière, ou , si vous voulez , avec les saignées , les symptômes putrides qui sont la conséquence du scorbut et des hémorrhagies,

drome une série plus ou moins nombreuse de phénomènes morbides , dont le point de départ est dans les organes digestifs; 5° que c'est parce qu'on attaque mal, ou qu'on néglige de combattre la cause de ces phénomènes que la maladie prend la forme typhoïde ; 4° que cette dégénérescence n'indique aucunement un changement dans la nature de l'afFection , mais seulement une activité difFérente dans la cause première des accidents et la formation très probable de quelques complications ; 5° que les symptômes primitifs ne tiennent pas à une inflammation gastro-intestinale, mais bien à un état saburral des premières voies ; 6° que cela est démontré par la marche de la maladie, par la thérapeutique et l'anatomie pathologique ; 7° que la lésion des plaques de Peyer et des

et vous pourrez bientôt juger si le résultat final n'est pas le même. Voyez encore si vous n'aboutirez pas à cette conséquence désastreuse quand vous ne vous empresserez pas d'extraire ou de faire expulser un placenta en putréfaction qui infecte toute l'économie.

Si donc tous ces cas demandent, d'une part, des indications particulières, si,'de l'autre, il est certain que la thérapeutique, qui a jde «i heureux effets dans la fièvre typhoïde, ne pourrait qu'en produire de très fâcheux dans la série d'affections que nous venons d'énumérer, il est manifeste que, nonobstant toutes les apparences extérieures que ces cas peuvent offrir, je ne dois pas les confondre avec la maladie qui fixe ici notre attention et qui se différencie d'eux par son point de départ, par plusieurs de ses symptômes, par la nature et le siège de sa cause , par les lésions organiques qu'elle laisse ordinairement après elle. On ne voit jamais , en effet , les plaques de la fin de l'iléum dans les adynamies qui ne dépendent pas d'un état saburral du canal intestinal.

TRAITEMENT. lOt

folliélilfes de Brunner n'est pas là source première des symplorïies typhoïdes, puisque, d'une part, ces symptômes peuvent se développer indépendamment de cette lésion , qu'en second lieu celle-ci ne se forme que plus ou moins longtemps après les {)remiers accidents de la maladie; qu'en troisième lieu elle ne s'évanouirait pas si souvent sous l'influence des évacuants et n'offrirait pas lihe résistance si opiniâtre aux antiplilogisliques , si réellement la phlegmasie iléo-csecale était primitive et formait avec la gastrite la cause des accidents typhoïques; S"" que cette étiologie est aussi fausse que celle qui attribue les symptômes nerveux de la fièvre qui nous occupe à une inflammation des méninges et du cei'veau ; 9° que ces accidents nerveux donnent bien une forme différente à la maladie, indiquent bien que l'appareil sensitif souffre, que l'affection a étetidu son domaine , mais ne m.ontrent pas que sa cause première ait changé ; 10° que celle-ci ne paraît être autre chose qu'une bile acrimonieuse qui altère la muqueuse intestinale dans les lieux non protégés par des mucosités et plus particulièrement là où elle repose le plus longtemps; 1 1 ''qu'en passant ensuite dans le torrent circulatoire , avec ou sans les détritus des plaies qu'elle occasionne dans l'intestin grêle et dans le caecum , elle va déterminer les plus grands désordres dans tous les appareils organiques , désordres qui , nécessairement 3 sont en rapport avec la quantité de matières putrides résorbées. Tel est, à peu prés, le résumé des faits que nous avons établis, telle est aussi la théorie que nous avons adoptée , parce que , plus que toute autre , elle nous a paru concorder avec les résultats de la thérapeutique évacuante. Libre à chacun de l'admettre ou

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de la rejeter ; mais je me flatte qu'il n'en sera pas de même de cette dernière qui, déjà, a reçu la sanction du temps, et qui, parmi les médecins de nos jours, a fait de très nombreuses conquêtes. Répétons, au surplus, que la théorie d'après laquelle je me dirige , et que je fonde sur des données anatomiques desquelles les paihologistes de nos jours n'ont déduit aucune conséquence , est si peu nouvelle , qu'elle remonte , de même que mon traitement , à l'illustre vieillard de Cos ( I ) ; car, parmi les espèces de typhus qu'il admet , il en est une qu'il fait dépendre de la bile répandue dans toute l'économie et dans laquelle il déterminait le vomissement par l'ellébore, purgeait avec l'extrait de scammonée, tonifiait enfin avec du vin généreux.

On ne s'attend pas, sans doute, que je signale ici tous les médecins qui ont suivi les principes et la pratique d'Hippocrate ; mais outre Gallien , je mettrai de

(i) Typhos quidem appellatur hic moibus , hoc est stupor aUonilus : corripit auteni tempore aestatis , quuni canis sidus oritur bile per corpus commota. (Tome II, p. 246, de Internis affectionibus . Vander Linden. )

Dans le même article , Hippocrate dit : « Si vero sitis fortis » premat propter calorem, potu acervatim dato, eç'omere jiibeto n bis aut ter hoc repelito. )>

Dans le cinquième article, où il traite du typhus, il dit que la peau devient quelquefois noire, et que cela dépend de ce que Patra-bile passe dans les veines. Or, c'est particulièrement alors qu'il recommande le vomissement et les purgatifs : « Hinc » quum sic hahuerit , ventrem nigro veratro pmgato , su- »• pernum videlicet, infernum vero scammonia? succo. »

{Ibid.y^, 9.53.)

ce nombre Lazare - Rivière (i) , Sydenbam (2), Huxham (5), Pringle (4), Frédéric-Hoffmann (5), Stoll(6), Tissot(7), Finke(8), Baglivi (9), Ilaller (loj, Lepecq-de-la-Clôture (n), Rœderer et Wagler (12) et même Pinel (i5), qui recommandait les vomitifs, les laxatifs et les toniques, quoiqu'il eût classé sa fièvre adynamique parmi les maladies asténiques : or, tous ces praticiens vantent les bons effets des évacuants et recommandent , sinon l'exclusion de la saignée , du moins son usage très circonspect. Sydenbam , ce grand partisan de Botal , à l'égard de la pblébotomie, qu'on cite à tout propos quand on le croit favorable aux doctrines qu'on professe , et qu'on laisse de côté lorsqu'il n'est plus l'homme de ces doctrines, Sydenbam, dis-je, est, au milieu de tous ces patbologistes , celui dont la prudence, à l'égard des émissions sanguines, se fait le plus remarquer quand il s'agit de fièvres putrides et malignes (14).

(i) Praxis medica.

(2) Febris continua, ann. 1661, 62, 63, 64, t. I, cap. IV.

(3) De acre et morb. epid. et Traité des fièvres.

(4) Mal des armées.

(5) De duoden. multo. morb. causa opéra, tome VI.

(6) Ratio med., tom. I, II.

(7) Fièvre bilieuse de Lausanne.

(8) Epid. de Mecklembourg, trad. de M. Lugol.

(g) De febrib. malig. et mesentericis, lib. I, § i, p. 52. (10) Opéra minora, t. III.

(il) Epid. du Gros-TIieil et de Louviers (1770). (12) Traité de la malad. muq., p. 84 et 85. (i3) Méd. clin, et nosograp. philosoph.

(i4) On peut juger de sa grande réserve à l'égard de la saignée dans l'e'pidëmie de 1678, 74, 76, où les symptômes typhoïdes

Mais n'anticipons pas sur ce que nous aurons à dire un peu plus lard , bornons-nous ici à faire remarquer que, puisque la fièvre typhoïde, sous quelque forme qu'elle se présente, dépend de la même cause première que l'embarras gastrique et la fièvre bilieuse , ses avant-coureurs, il est évident que le traitement doit être foncièrement le même, dans les diverses nuances de la maladie (i). Il n'y a que les complications qui doivent engager le praticien à y introduire des modifications toujours relatives à la nature et au siège des affections coïncidentes; rien ne nous parait plus irrationnel que le choix de tel ou tel ordre de moyens médicamenteux, selon la forme des accidents qui se présentent ; rien ne fait mieux supposer une ignorance complète de la cause morbifére que cette guerre our

se montrèrent avec une grande violence, par le passage suivant: Atrox capitis dolor , propensioque quam liabeÎDat hic morbus ad dolores lateribus infigendos , tum etiani sanguis pleuriticoruni similis, me statim edocebant , inflammationem liaud mediocrem buic febri subesse , nec tamen eam posse ferre largioremistamevacuationem, quae pieuritideconvenit : sanguis enim post primam aut secundam saltem vicem detractus glutinis colorem , quo tegebatur superficies , protinus amisit, nec repetita adhuc venœ sectione levahatur œger^ nisi forte morbus in pleuritidem veram transiret , quod non nunquam accidebat post regimen justo calidiùs. (T. I, p. iSg.)

\ (i) Stoll était tellement pénétré de cette vérité, qu'il parle avec les plus grands éloges de la méthode de Wagner, praticien de Lubeck, et disciple de Heister, méthode qu'il semble se complaire à exposer tout au long après avoir donné à son auteur le titre à^ illustre. Ce traitement est trop digne d'être connu et se rattache trop bien au sujet qui nous occupe pour qu'à notre tour nous ne nous fassions pas un devoir de l'extraire des oeuvres

verte faite aux symptômes , guerre presque toujours infructueuse , parce que le hasard la dirige rarement contre le principe du mal y et que souvent les agents thérapeutiques qu'on met en œuvre rendent ce principe plus actif et aggravent les lésions organiques qu'il a déjà fait naître. C'est cependant à cette méthode routinière qu'ont encore recours certains praticiens en réputation; c'est elle tout en déclarant quelle nest pas fondée sur la connaissance de la cause du mal , cause qu'ils avouent ne pas connaître, qu'ils affublent du titre de rationnelle. Veut-on se faire une idée de l'incohérence forcée de cette méthode , on n'a qu'à observer certains malades typhoïdes ^ chez lesquels on

de Stoll : « Wagner donnait ai>ec le plus grand succès une mix-

» ture composée de 3 ou 4 onces d'eau de chardon bénit et d'un

» demi-gros de racine d'ipécacuanlia triturée avec un sel neutre,

» de laquelle mixture le malade devait prendre une cuillerée

M ordinaire toutes les heures ou chaque demi-heure , jusqu'à

» ce que l'ipécacuanha eût opéré son effet. Il prescrivait ensuite

» des mixtures dissolvantes afin d'exciter d'autres excrétions,

» telles que la transpiration et l,es urines; mais si, dans l'espace

» d'environ deux heures, le mal était fort urgent, si les vertiges,

» l'affection du gosier, la lipothymie n'avaient point donné de

» relâche, si le pouls et la respiration ne s'étaient point amé-

» liorés, il répétait de nouveau la potion évacuante mentionnée,

» et cela jusquà ce que la rémission des symptômes annonçât

» que la maladie prenait une tournure favorable. Il fut surtout

» attentif à la respiration dont il plaça, avec raison, la difficulté

• au rang des signes pathognomoniques dans les aiFections

» exanthématiques. »

En terminant l'exposition de ce traitement ., Stoll dit : « Hac

'> niethodo etiam ego aliquoties exoptato cum eventu usus

» sum. » ( Rat. med. )

il2 CHAPJTKEYr.

trouve, dans la même journée, des symptômes de fièvre angioténique , de fièvre adynamique et de fièvre ataxique : or, s'il est vrai qu'il faille combattre la maladie selon les formes qu'elle présente, il est clair qu'en pareil cas il faut, dans la même journée, employer lesantiphlogistiques, les toniques permanents et les médicaments qu'on appelle antispasmodiques. Certes, il n'est pas nécessaire d'avoir une bien grande expérience ni beaucoup de sagacité pour entrevoir qu'une succession aussi rapide et aussi bizarre dans l'emploi de moyens tout à fait différents doit avoir les conséquences les plus fâcheuses. Si l'on veut en avoir une preuve bien convaincante, on n'a qu'à consulter les registres de l'Hôtel-Dieu de Paris, et l'on verra que, dans le service de quelques médecins qui ont adopté ce mode de traitement , la mortalité a été, pendant quelque temps, d'un malade sur trois. Je doute beaucoup qu'elle soit changée dans le moment actuel; car je ne sache pas que, malgré tout ce qui s'est passé depuis plusieurs années dans le mode médical, on ait cessé de suivre les mêmes errements thérapeutiques; on y revient du moins toujours, comme si l'on n'avait rien pu trouver de meilleur. Pour le persuader aux élèves , on fait quelques misérables essais d'une méthode diff'érente ; on les fait sans abandonner les vieilles habitudes , et puis on a bien soin d'attribuer aux moyens qui ne sont pas ceux qu'on met ordinairement en usage tous les sinistres qui arrivent. On sait bien que ces moyens, employés isolément par d'autres mains , ont les résulîats les plus heureux ; mais, comme si l'on devait souffrir de l'entendre proclamer dans le sein de l'Académie royale de médecine,

TRAITE3IEM'. 113

on prend , pendant six semaines que dure une discussion à ce sujet , le noble parti de ne pas y mettre les pieds.

Je laisse à tous mes confrères le soin de juger une pareille conduite et je me hâte de passer à l'examen particulier des traitements expectant, antiphlogistique, tonique et évacuant.

Article I*^ Du traitement expectant.

On appelle expectante une méthode de traitement qui consiste à livrer la maladie aux soins de la nature lorsqu'on est convaincu que celle-ci peut seule amener la guérison.

Cette méthode , témoignage souvent authentique de l'impuissance de l'art , qui se borne à l'usage de quelques boissons appropriées et à élaguer les causes physiques et morales qui peuvent entretenir et aggraver l'affection , a été recommandée dans la fièvre typhoïde, parce qu'après des observations multipliées on a vu ou cru voir qu'aucun mode de traitement actif n'était capable d'arrêter la marche de cette maladie et que tous offraient moins d'avantages que d'inconvénients.

On a fait plus, on a remarqué que certains malades à qui on ne faisait rien guérissaient aussi bien que ceux auxquels on faisait subir un traitement actif, que les cures spontanées s'opéraient au moyen de crises successives ou instantanées : dès lors, on a été conduit à penser qu'une méthode qui ne faisait pas de mal et qui n'empêchait pas le bien de survenir était bien pré-

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férable à toutes celles qui, par leur action, avaient fréquemment des résultats contraires.

S'il était vrai qu'il en fût toujours ainsi , nous trouverions, certes, que cette préférence accordée par quelques praticiens à la médecine expcctante serait très légitime; mais malheureusement cela est loin d'être constant; car il est d'observation que, pendant qu'on attend les efforts salutaires de la nature médicatrice et qu'on épie ses mouvements , le mal jette assez souvent de profondes racines, les accidents se multiplient et deviennent plus sérieux ; les lésions organiques se forment et s'agrandissent, l'embarras des fonctions importantes se développe de plus en plus, de telle sorte qu'il arrive un moment où les malades sont exposés aux plus grands dangers.

On peut donc dire , d'après cela , que si, en expectant, on n'est pas directement nuisible, on le devient souvent d'une manière indirecte ^ c e^i à dire en ne s'opposant pas aux progrès de l'affection typhoïde.

Au point où les choses sont arrivées aujourd'hui , je crois que la médecine expectante ne doit être admise que lorsqu'il y a incertitude sur le caractère de la maladie; mais je pense aussi qu'une fois qu'on s'est assuré de la nature de l'affection , Thomme de l'art serait impardonnable s'il n'agissait avec les agents thérapeutiques dont l'expérience a démontré la grande utilité.

Si la maladie est légère, elle sera arrêtée dans sa marche et promptement maîtrisée; mais il faut, pour cela, attaquer de front la cause qui lui donne naissance, attendu que si on laisse agir longtemps cette cause qui, pour nous, est tout à fait humorale et rë-

sidante dans les organes digestifs, si on lui permet d'acquérir des qualités de plus en plus stimulantes ou délétères, on s'expose à n'avoir bientôt affaire qu'à une afFeçtion grave, dont l'issue n'est pas seulement incertaine, mais très communément funeste. Dance, qui savait cela aussi bien que nous, n'en avait pas moins engagé les praticiens à traiter la fièvre typhoïde par la méthode expectante; mais il ne le fit qu'en désespoir de cause, ou parce qu'après avoir rassemblé beaucoup d'observations sur les effets des saignées et des toniques, il avait vu qu'il n'y avait pas grand'chose à espérer des unes ni des autres. En disant : ce Force est donc de céder à la dure loi de la nécessité (i) , » il semble manifestement qu'il ait voulu faire entendre que la méthode temporisante n'est guère plus favorable que l'antiphlogistique et le traitement tonique , mais qu'elle a l'avantage de n'être pas aussi dangereuse par elle-même.

Outre les inconvénients que j'ai déjà reprochés à ce mode curatif , il en est un autre que nous ne devons pas passer sous silence; je veux parler de la durée de la convalescence, durée qui, dans une foule de circonstances, est le double de celle qu'a la maladie. Je l'ai observée dans plusieurs cas, et je tiens de M. Honoré, l'un des médecins les plus sages de la capitale, que c'était là un des grands inconvénients de la médecine d'expectation, méthode qu'il avait suivie pendant longtemps à l'hôpital Necker, et à laquelle il a, pour ainsi dire, renoncé, depuis que MM. les docteurs Bazin et Beau (:2),

(i) Archives de médecine.

(2) C'est à ces deux jeunes médecins , bien connus aujourd'hui comme des liomAies instruits et d'excellents observateurs,

116 cïîapitrl: vi.

mes anciens internes , l'ont bien mis au courant de la

thérapeutique que je mets en usage dans les fièvres

typhoïdes.

La durée de ces fièvres, quel que soit leur peu d'intensité, est, en général, d'une vingtaine de jours, lorsqu'elles sont livrées aux seules forces de la nature. Or, comme celle de la convalescence est au moins égale , il s'ensuit que des malades qui , traités convenablement, auraient pu sortir de l'hôpital au bout de deux ou trois semaines, sont obligés d'y rester infiniment plus longtemps et de consommer ainsi les revenus de l'administration, revenus qui auraient pu servir au traitement de quelques autres malheureux.

Si Dance, que je me plais à citer encore, avait pu recueillir des faits multipliés sur le traitement évacuant; si, moins excité par la prévention, il avait su profiter du peu d'observations qu'il avait été à même de faire sur les résultats heureux de ce mode curatif , il n'aurait sans doute pas pris la détermination de conseiller à ses confrères de se borner à la médecine d'exque je dois en grande partie la propagation de ma méthode de traitement dans les fièvres graves ; ils l'ont soutenue envers et contre tous, parce que chacun d'eux a été témoin, pendant trois années consécutives, des résultats heureux qu'elle avait. Quiconque connaît ces deux estimables et laborieux confrères sait parfaitement qu'ils sont incapables de se constituer les défenseurs bénévoles d'une erreur préjudiciable à res]3èce humaine. On doit, au contraire, ajouter d'autant plus de confiance à leur jugement qu'il n'a été porté qu'après de longues études et après un doute philosophique que j'étais loin de blâmer. J'ai voulu les convaincre par les faits^ et j'y suis parvenu. Il en sera de même de tous ceux qui daigneront prendre la peine de suivre mon service à l'hôpital Necker.

pectation; il l'aurait fait encore moins, s'il s'était donné la peine de rapprocher les faits qui lui étaient propres de ceux qui étaient signalés par une foule de médecins des xvii^ et xviiie siècles.

Ce qu'il y a de très curieux dans un des mémoires de ce jeune médecin, c'est qu'il s'élève contre les évacuants en même temps quil prouve leur utilité. D'ailleurs, Dance ne se douta pas un instant que les malades soumis à la médecine expectante guérissent parce quils ont des évacuations ; s'il avait eu cette pensée, s'il avait observé que ce sont les malades qui vont le moins souvent à la selle qui sont le plus gravement affectés ; si , en ouvrant des cadavres, il avait porté une attention plus sérieuse aux liquides répandus dans le tube alimentaire, à leur accumulation dans la portion la plus inférieure de Vintestin grêle, là oii se forment particulièrement les lésions organiques, il aurait peut-être été conduit à préconiser les mêmes moyens thérapeutiques que moi, et à ne pas être surpris en voyant guérir des malades auxquels on avait administré des évacuants. Tous ces faits ayant échappé à son attention, il n'est pas étonnant, d'après ce qu'il avait vu d'ailleurs, qu'il ait vanté la médecine expectante, sans pouvoir dire, toutefois, qu'il l'avait large '^ ment expérimentée.

Article 2.

Des vomitifs.

Si , à l'exemple de l'école physiologique, nous considérions les phénomènes gastriques qui se montrent, soit dans les préludes, soit dans le début et durant le

cours de la fièvre typhoïde, comme les signes d'une inflammation stomacale, nous nous garderions soigneusement de recommander les vomitifs; mais ces phénomènes, n'étant pour nous que des indices d'un étatsaburral des premières voies, et l'expérience nous en fournissant tous les jours la preuve, nous sommes d'autant plus loin de craindre l'emploi de ces agents médicamenteux que, plus de cinq cents fois, nous en avons obtenu les plus grands avantages , tant dans les embarras gastriques, avec ou sans fièvre, que dans la fièvre typhoïde proprement dite. Ainsi que nous l'avons dit précédemment , jamais nous n'avons observé qu'après leur administration une gastrite se soit développée, tandis que bien des fois nous avons remarqué le contraire, quand on a négligé de les employer en temps convenable.

Loin de devoir être considérés comme des moyens propres à faire naître la lièvre typhoïde, il faut, au contraire, les regarder comme les agents les plus salutaires pour empêcher son apparition et modérer son intensité. Il n'y a que ceux qui ne veulent pas les mettre en usage, ou qui redoutent de les y voir mettre par d'autres, qui se complaisent à déclamer contre eux et à leur attribuer des effets tout à fait désastreux. Ces résultats fâcheux, dont on ne cesse de parler, ne s'observent que sur les animaux auxquels on a distribué de fortes doses d'émétique, et dont on serre ensuite l'œsophage pour les empêcher d'avoir des vomissements (i); mais ils sont imaginaires chez l'homme qui

(i) Voyez les expériences de M. Bouillaud, dans son Traité des fièvres.

offre un élat saburral bien prononcé, et qui vomit tout à son aise.

Plus , chez un tel sujet , les vomissements sont abondants et bilieux, mieux il se trouve soulagé. On voit souvent alors , comme l'observe très bien Hildenbrand, « la diminution de la stupeur ^ une plus grande )) sérénité d esprit y la disparition des vertiges, de la )) céphalalgie y du délire, un sommeil plus tranquille ^ )) une transpiration douce, une légère rémission de » la chaleur fébrile ^ de la soif et des angoisses , la » physionomie offre un aspect plus consolant (i). » Donné dès le commencement , et d'après une indication bien précise, le vomitif a encore l'avantage d'abréger sensiblement le cours de la fièvre typhoïde, de lui imprimer, en général, un caracté e bénin, et de prévenir une foule d'anomalies qui se développent avec une intensité relative à la multiplicité et à la gravité des symptômes précurseurs. Jamais les malades ne se trouvent plus soulagés que lorsque le vomitif provoque en même temps, ou successivement, des évacuations supérieures et inférieures , parce qu'alors il débarrasse plus complètement l'économie de la cause matérielle de la maladie. Nous avons vu plusieurs sujets qui avaient pris le tartre sîihié à la dose d'un, deux ou trois grains , et qui , après avoir eu des évacuations très abondantes par haut et par bas, se trouvèrent tellement soulagés que, le jour même ou le lendemain, ils passèrent, d'un accablement profond et d'une prostration extrême, à la faculté de se mettre avec facilité sur leur séant , de se coucher sur l'un et l'autre^

(i) Des iypliiis contagieux, p. 191, trad, par M. Gasc.

côté, et de faire quelques pas sans être soutenus , pour aller satisfaire à leurs besoins. Nous en avons vu un bon nombre qui avaient la pointe de la langue très rouge avant le vomissement, et qui, un ou deux jours après, n'offraient plus ce phénomène.

Enfin nous avons remarqué maintes fois que les sujets qui avaient la bouche (rès sèche, et, pour ainsi dire, aride, l'avaient bientôt humide quand des vomissements copieux avaient pu être déterminés (i).

Ce n'est donc pas sans beaucoup de raison que Sydenham, Huxham, Pringle, Stoll, Tissot, Frédéric Hoffmann, Finke, Hildenbrand, Quarrin,Pinel et tant d'autres observateurs distingués , ont vanté les bons effets des vomitifs dans les fièvres putrides , et qu'ils nous ont recommandé de les administrer, autant que possible, durant les préhminaires ou au début de ces maladies. Il leur suffisait de voir réunis un pelit nombre des phénomènes précurseurs que nous ayons décrits, pour se décider à provoquer le vomissement,

(i) Tous ces faits prouvent manifestement que la membrane muqueuse stomacale est beaucoup moins susceptible de s'enflammer que ne l'ont prétendu l'auteur de l'histoire des phlegmasies chroniques et ses partisans. Ils font voir d'ailleurs qu'il n'y a qu'un médecin inexpérimenté et prévenu qui ait pu prétendre que les vomitifs ont fait plus de mal que tous les sabres et les boulets de canon des armées de l'Europe. Que les praticiens essaient cette médication , et ils se convaincront rapidement que cette assertion n'est pas seulement hyperbolique , mais qu'elle est tout à fait mensongère. Pour juger dans ce cas de la grande résistance de la muqueuse gastrique ou gastro-intestinale , je ne leur demande que d'éviter de confondre, à l'exemple de quelques adeptes de l'école physiologique , la gastrite proprement dite avec l'état saburral des premières voies.

duquel ils retiraient toujours les meilleurs résultats. L'expérience leur ayant appris d'ailleurs que, lorsque par l'action du vomitif il survenait des déjections liquides plus ou moins abondantes, ces résultats étaient plus prompts et plus certains , ils prirent souvent le parti d'associer les laxatifs au vomitif, attendu qu'en procédant de la sorte ils étaient plus sûrs d'améliorer la position des malades. Tantôt ils combinaient le vomitif avec le tamarin et la pulpe de casse , tantôt avec l'un des sels purgatifs que tout le monde connaît et qu'il est inutile d'énumérer ici.

Plusieurs de ces auteurs ont préféré l'ipécacuanha au tartre stibié , parce qu'en général son action- est moins violente et suivie de moins de fatigue; mais, comme il est infiniment plus désagréable à prendre , qu'à cause de cette circonstance il est très souvent rejeté avant d'avoir produit l'effet qu'on doit en attendre; comme, d'ailleurs, il est moins sudorifique et moins susceptible de produire des évacuations stercorales, Stoll accordait la préférence au tartre stibié.

Quant à nous, il nous arrive assez fréquemment d'administrer tantôt l'une, tantôt l'autre de ces substances, et si les malades ont trop de répugnance pour l'ipécacuanha en substance , si notre intention est cependant d'éviter les trop grandes secousses , nous avons alors recours, d'après le conseil du professeur Magendie , à Vémétine impure qui, à la dose de 5 ou 4 grains divisés dans autant de tasses d'eau tiède sucrée, produit presque toujours des vomissements copieux et offre, d'autre part, l'avantage de n'être pas dégoûtante et de pouvoir être donnée sous toutes les formes. Quand l'effet d'un premier vomitif a été nul

OU peu remarquable , il est nécessaire d'y revenir de nouveau et d'en augmenter la dose , surtout si les symptômes saburraux réclament plus ou moins impérieusement l'emploi d'un pareil moyen. Hippocrate l'administrait quelquefois à plusieurs reprises, et Stoll l'a donné jusqu'à trois fois et avec avantage (i). Nous avons été rarement dans l'obligation de le réitérer, et si cela nous est arrivé dans trois ou quatre circonstances , c'est parce que nous n'avions pas obtenu d'abord les résultats que nous désirions. Nous ne terminerons pas ce chapitre sans faire remarquer que , pour peu que les symptômes gastriques soient prononcés , nous avons toujours recours au vomitif dès notre première visite auprès de nos typhoïdes. Ce n'est que lorsque ces symptômes sont peu marqués et en petit nombre que nous commençons notre traitement par l'usage de quelques doses d'eau de Sedlitz ou de tout autre laxatif. Stoll et Tissot ont fait remarquer avec raison que, dans les cas de saburre stomacale, les évacuants inférieurs n'étaient pas toujours suffisants pour arrêter la marche de la maladie, et

(i) In emeto catharsi pluries repetenda eam legein sequebamur, ut omni alterno tertiove die secessum et emesin molieremur, donecfebris aut emanserit penitùs, aut maximam paitem deferbuerit, diimmodo vires id genus remediorum admitterent, quibus vigentibus eineticum reiteravimus non ob nota soliim onerati ventriculi symptoniata et febrini eodem decunentem tenore, aut denuo insurgentem, sed etiam oh linguam siccam, adustam, nigrescentem, retorridam ligneain, aut ob cephalalgiam magnain et capitis calorem grai^em ; eumque sensum ac si, ut œgrotantium phrasi utar, caput dissiliret. Miruni certe et subitaneum febrilis aestûs solamen ab emetc-catliarsi saepissirne vidimus. (Ra 0 med.^ pars secunda, p. i^jSf cap. XI. )

qu'alors il était absolument indispensable de faire précéder leur administration d'un ou deux vomitifs , qui ont pour effet ordinaire la diminution ou la cessation des symptômes céphalitiques et des lassitudes générales.

Article 3.

Des laxatifs»

Nous avons dit, au commencement du chapitre précédent, que si nous considérions les symptômes gastriques qui se développent dans les préludes de l'affection typhoïde, ou lors du début de cette maladie, comme des caractères d'une inflammation stomacale , nous éviterions avec le plus grand soin de commencer notre traitement par l'administration d'un ou plusieurs vomitifs, attendu que de tels agents thérapeutiques ne pourraient avoir alors que des conséquences fâcheuses ou funestes ; mais, comme, au contraire, nous nous sommes cru autorisé à déduire de la marche de la maladie et de quelques autres circonstances que la phlegmasie de la muqueuse gastrique n'existait presque jamais au début de la fièvre typhoïde, que, dans les cas où elle se formait, ce n'était que plus ou moins longtemps après l'apparition des symptômes saburraux , nous n'hésitons à faire usage de ces médicaments que lorsque l'affection typhoïde est portée au point de n'offrir presque plus de chances de guérison. Nous avons vu que, hors ces cas extrêmes, on obtenait des vomitifs les meilleurs résultats , et qu'ils avaient surtout une influence tiés salutaire sur les phénomènes cérébraux.

Les remarques que nous avons faites à l'égard de rinflammation gastrique sont en grande partie applicables à celle qui plus communément se forme à la fin de l'intestin et dans le caecum. Toutes les deux ont cela de commun qu'elles sont consécutives à l'état saburral, et que, par conséquent, elles sont symptomatiques : or , c'est cette particularité qui explique pourquoi les purgatifs doux sont , non seulement donnés impunément, mais encore avec des avantages très remarquables. Croit-on que si l'altération des glandes de PeyerQi de Brunner n'était qu'une inflammation essentielle, dont tous les troubles généraux dépendraient, croit-on , dis-je , qu'on pourrait espérer de ne perdre que deux malades sur une trentaine qui ont l'affection typhoïde bien caractérisée ? C'est pourtant ce qui nous est arrivé dans une circonstance à l'hôpital Necker , c'est encore ce qui a paru extraordinaire aux grands partisans de la doctrine physiologique , et qui leur a fait dire et répéter jusqu'à satiété que je n'obtenais de tels succès que parce que je prenais de simples embarras gastriques pour des fièvres typhoïdes. Je ne chercherai pas à relever ici une objection de cette nature qui ne peut que paraître absurde à tous ceux qui me voient pratiquer; je me contenterai de faire remarquer qu'en pleine Académie , elle a été formellement démentie par M. le professeur Andral , et que les faits dont j'ai fait l'envoi à cette société savante l'ont détruite complètement. D'ailleurs , je vais en rapporter quelques autres à la fin de ce mémoire, afin que les honorables confrères , au jugement desquels il est soumis , soient à même, après avoir pris connaissance de ces faits , de voir si ma sagacité s'étend jusqu'au

point de savoir distinguer l'embarras gastrique de la fièvre typhoïde.

Quoi qu'il en soit , disons ici que , loin d'être arrêté dans l'administration des laxatifs, par la diarrhée, les douleurs abdominales et le météorisme, ce sont \h, au contraire, les raisons qui m'engagent à ne pas différer l'emploi de ces médicaments; car, dans mon opinion, plus on laissera séjourner sur la muqueuse intestinale la cause matérielle de la maladie , plus il est à craindre que l'altération de cette membrane ne devienne profonde , et ne concoure à la perte plus ou moins rapide des malades. En se hâtant de débarrasser l'intestin des liquides impurs et stimulants qu'il contient, on évite en général ces graves résultats, et presque toujours les malades guérissent ; mais si l'on attend que les désorganisations de l'intestin soient grandes et très multipliées, que l'infection de l'économie soit très profonde , les chances de succès diminueront en proportion du temps qu'on met à remplir l'indication dont il s'agit. On m'objectera peut-être que, lorsqu'il y a diarrhée spontanée, on n'a pas besoin d'administrer les purgatifs, puisque la nature procure elle-même les évacuations que je considère comme nécessaires ; mais je ferai observer à mon tour que la nature rejette bien moins, en général, la cause matérielle de la maladie que les liquides qui sont sécrétés par les surfaces enflammées ; d'ailleurs, quand elle se charge de ce soin , elle le fait avec beaucoup trop de lenteur, de telle sorte que les lésions organiques ont le temps de se former , de grandir et de se multiplier , tandis qu'il n'en est pas de même quand l'art expulse la cause morbifique avec une promptitude et une continuité convenables.

Ce qui arrête ordinairement le médecin dans remploi des purgatifs , c'est la crainte d'accroître la sensibilité des surfaces phlogosées, et, par conséquent, d'augmenter l'inflammation ; mais ce qui prouve que cette crainte est presque toujours chimérique , c'est qu'il est rare que les souffrances de la fosse iliaque droite se soutiennent après deux, trois ou quatre purgations. Quelquefois elles sont emportées par le premier laxatif; mais c'est lorsque tout annonce que l'inflammation n'a pas jeté de très profondes racines. Quel que soit, au surplus, le temps où les souffrances disparaissent sous l'influence des purgatifs, leur cessation prouve que les médicaments ne font pas naître la maladie; que l'inflammation intestinale n'est pas essentielle ; que c'est en expulsant une cause amovible, et non en déterminant une révulsion, que les évacuants ont des résultats favorables. Si leur manière d'agir était purement révulsive, il faudrait qu'au lieu de diminuer la douleur intestinale ils l'augmentassent sensiblement; car tout révulsif agit en exaltant plus ou moins la sensibilité de la surface où il est appliqué : or , c'est précisément tout le contraire de ce qui a lieu dans l'intestin des typhoïdes , lorsqu'on leur a administré un ou plusieurs purgatifs , et que des évacuations nombreuses ont été déterminées. Dira-t-on que les purgatifs ne sont, dans ces cas, que des modificateurs de la sensibilité, qu'ils amènent la guérison de la même manière que le nitrate d'argent produit celle d'une ophthalmie ou d'un vieux ulcère ? Mais, si cela était, il faudrait, encore une fois, que l'agent médicamenteux commençât par augmenter la souffrance intestinale , comme le nitrate d'argent fait développer,

TRAlTExMENT, 127

OU rend plus intense celle du bord des paupières, ou de l'ulcère blafard ; or , l'observation prouve qu'il n'en est pas ainsi : elle fait voir qu'ici l'homme de l'art ne fait que changer la vitalité des parties enflammées vicieusement, afin de leur donner une disposition favorable à la guérison, tandis que là il détruit directement et avec une grande promptitude le foyer phlegmasique, non pas en changeant la vitalité de ce foyer , mais bien en faisant cesser son contact avec l'agent matériel qui lui a donné naissance et qui incessamment l'agrandit. Est-ce à dire pour cela que le purgatif n'exerce pas une action révulsive sur le canal digestif? Il n'y a pas le plus petit doute que cette action a lieu, mais ce n'est pas très certainement par elle que les modifications avantageuses des surfaces enflammées s'opèrent, et je pense que les considérations dans lesquelles je viens d'entrer le prouvent suffisamment.

En général, ces modifications salutaires sont d'autant plus évidentes que les déjections ont été plus abondantes, qu'on s'est plus empressé de les déterminer et qu'on met moins d'interruption dans l'administration des laxatifs. Si les déjections s'arrêtent après avoir été provoquées abondamment, il est rare que, dans le commencement de la maladie, les accidents typhoïdes qui avaient diminué, ne se reproduisent et ne s'aggravent en proportion de la négligence qu'on met à rendre de nouveau le ventre libre; mais si l'on se hâte de remplir cette indication y les accidents de la récidive ne sont pas, en général, de longue durée. Quand les sujets éprouvent des coliques et des superpurgalions , il est bon cependant de suspendre pendant vingt-quatre heures l'administration des laxatifs, parce qu'en insis-

128 CHAPITHE VI,

tant sur leur emploi on pourrait ajouter à l'inflammation dothinentérique une phlegmasie érythémateuse.

Les gargouillements des liquides qu'on sent en pressant l'abdomen est le signe qui indique le mieux la nécessité d'administrer les laxatifs, et il est rare que les symptômes généraux soient vaincus tant que ce phénomène se maintient. On peut, au fur et à mesure que l'état général s'améliore , interrompre de temps à autre les évacuants inférieurs; mais il ne faut, en général , cesser de les mettre en usage que lorsque la maladie est complètement vaincue (i).

On ne saurait déterminer autrement l'époque où il faut passer à une autre médication.

Quoiqu'il y ait des médecins qui ont administré avec avantage les drastiques , je ne les emploie jamais dans la crainte de produire une surexcitation (2); mais je pense que, dans le cas d'une constipation opiniâtre, on peut y avoir recours utilement : dans toute autre circonstance, je ne les crois pas nécessaires, les laxatifs suflisent.

Parmi ceux-ci , j'ai adopté l'eau de Sedlitz, l'huile de ricin , le calomei ; mais ces moyens peuvent être remplacés par d'autres, dont Taction n'est pas plus sti-» mulante. Je varie ces médicaments à cause des répugnances que les malades éprouvent pour l'un ou pour

(i) Inmoibis omnia pœne timenda sunt et non opoitet nos securos esse de morbis , praesertim si pars aliqua primaria la • borat, donec noslros œgios convaluisse viderimus.

( GuUelmi Balloaii opéra, tome I; Épid. ephem.^ P^g^ i5i. Genevae, 1762. )

(2) Il y a longtemps qu'Huxliam en avait blâmé l'usage. {De aère et morb. epid. )

ïilAlTEMEM'. 129

l'aiUre; mais tant que ceux-ci ne repoussent pas l'eau de Sedlitz, c'est à elle que je m'adresse de préférence. Je la fais préparer à la dose de 1 1 gros de sel par bouteille d'eau gazeuse, et j'en donne un, deux ou trois verres, selon la nécessité.

Quant à l'huile de ricin, je Tadminisire à la dosed'une ou 1 onces dans de l'eau de pourpier et avec du sirop tartareux. Je la mets particulièrement en usage quand l'eau deSedlitz répugne, ou lorsque, glissant, pour ainsi dire, à travers le canal intestinal, elle ne produit que des déjections aqueuses. Je me sers du calomel à peu prés dans les mêmes circonstances, et j'en fais prendre depuis 8 grains jusqu'à 24. C'est un excellent laxatif; mais il a l'inconvénient de produire l'irritation de la bouche, le gonflement inflammatoire des parotides et la salivation. Ces fâcheux accidents sont moins marqués quand on le donne à haute dose , parce que sans dou(e, en séjournant peu dans le tube alimentaire, il est moins souvent résorbé que lorsqu'il est employé dans des proportions très fractionnées.

Aux laxatifs dont je viens de faire l'énumération, je joins Tusage de cataplasmes émollients sur les parois abdominales, dans les cas où l'intestin me parait très douloureux ; les boissons acidulés, dont je proportionne la quantité à la soif des malades , les lavements émollients matin et soir. Je répète ici que, quelle que soit la forme de la maladie , je ne sors pas de ce traiment tantqueles phénomènes typhoïdes persistent (1).

(1) « Il ne faut pas imiter, » nous a dit Tissot, « ceux qui, ne » s'occupant jamais de la cause , n'apercevant que les synip- » tomes et marchant par conséquent d'erreur en erreur , écri- / 9

On les voit ordinairement disparaître d'une manière graduée, au fur et à mesure que le tube digestif se débarrasse des impuretés qu'il contient.

Ce qui annonce un rétablissement procbain, c'est le retour de la gaîté et de l'appétit, la diminution de la congestion faciale, du délire, de la pulvérulence des narines, de la fuliginosité et de la sécheresse de la langue, du météorisme, du gargouillement intestinal, des souffrances iléo-ceecales, de la faiblesse musculaire, de la chaleur de la peau et de la fréquence du pouls. Ce mieux est ainsi annoncé par le retour de la moiteur cutanée, ou par l'apparition des sueurs plus ou moins copieuses, par la décoloration et la cessation des taches lenticulaires, par l'apparition de nombreux sudamina vers le septième ou neuvième jour.

Le rétablissement ne nous paraît jamais complet, tant que le pouls reste fréquent et la chaleur cutanée au dessus du type physiologique; mais une fois que le calme existe, sous ces deux rapports, on peut, en général, annoncer que le malade est guéri et qu'on n'a plus qu'à restaurer ses forces souvent très épuisées.

En ne comptant la durée de la maladie que de la première application du traitement évacuant, la moyenne est de dix jours à peu près, ainsi que cela résulte du tableau statistique que j'ai adressé à l'Académie royale de médecine, tableau qui portait sur un nombre de cent malades et auquel étaient annexées les observations particulières.

») vent à chaque visite un grand nombre de prescriptions, sou- « vent en contradiction entre elles , ou avec celles des joins » précédents. >• ( Fiè^^re bilieuse de Lausanne, p. i53. )

ÏIIAITE->JENÏ. 131

Quant à la mortalité, il dérive encore du même tableau qu'elle est d'un sur dix , en y comprenant tous les malades arrivés mourants dans l'hôpital et ceux qui m'étaient livrés in extremis au moment de la permutation de mon service, permutation qui s'opère tous les six mois. Cette mortalité a toujours porté sur les malades qui avaient été saignés en ville, sur les nostalgiques, ceux qui étaient afFectés d'un profond chagrin ou qui avaient des complications graves , telles que des pneumonies, des perforations stomacales ou intestinales, des péritonites, des hémorrhagies intestinales ou utérines.

Ce qu'il y a de très remarquable chez les malades qui sont soumis au traitement évacuant pur, c'est que presque jamais ils n'offrent d'escarres gangreneuses, soit dans les surfaces qui supportent la pression du lit, soit dans les lieux où les vésicatoires sont appliqués : or, c'est précisément tout le contraire de ce qui arrive à ceux qui sont traités par la saignée, les toniques ou la méthode expectante. En cherchant à se rendre raison de cette différence, je crois qu'on peut dire qu'elle lient en grande partie à ce que, par ces trois derniers modes de traitement, on n'attaque pas la véritable cause du mal , on favorise souvent son transport dans le système circulatoire, et on lui permet ainsi d'aller altérer la résistance vitale des tissus organiques.

D'autre part, on peut faire observer que, si les malades traités par les saignées, les toniques et l'expectation se sauvent, leur rétablissement est lent, leur convalescence est en général laborieuse, et par conséquent leur séjour dans le lit excessivement prolongé.

Or, tout le monde sait que c'est à cette dernière circonstance que sont dues presque toujours les escarres gangreneuses du sacrum et des trochanters, circonstance qui n'existe guère chez les sujets soumis au traitement évacuant, puisque leur convalescence est courte et leur rétablissement complet très prompt.

Article 4»

Des ioniques.

Si nous avons reprociié à la médecine expectante, que divers médecins mettent en usage dans la fièvre typhoïde, de n'avoir pas pour base la connaissance de la cause morbifère, d'agir en aveugle, d'être très incertaine dans ses résultats, de permettre souvent que la maladie acquière tout le développement dont elle est susceptible, de ne pas empêcher qu'elle soit si généralement funeste , de ne pas obvier à la longueur des convalescences quand les patients ont le bonheur de se rétablir, d'être impuissante pour s'opposer à quelques complications , je pense que c'est avec non moins de raison qu'on peut jeter le blâme sur le traitement stimulant mis en usage de prime-abord.

Ce n'est évidemment qu'en prenant les effets pour la cause de la maladie, en ignorant la nature et le siège de ce principe morbifère, en ne s'étant pas fait une idée des ravages qu'il produit dans toute l'économie , qu'on a pu être conduit à employer dès le début, et pendant tout le cours de la fièvre qui nous occupe, les toniques permanents et diffusibles.

Que fait-on, je le demande, en mettant en usage

avec tant d'empressement et de constance cette thérapeutique incendiaire? On livre manifestement un combat à \di faiblesse indirecte qui dérive, ainsi que nous croyons l'avoir démontré, de la présence d'une cause délétère dans le canal intestonal, et très vraissemblablement de son transport dans le système circulatoireé Les toniques expulsent-ils et sont-ils employés dans le but de chasser hors de l'économie cet agent morbifére? non certes; ils augmentent au contraire son acrimonie, le rerident plus propre à donner naissance aux inflammations intestinales, aggravent celles-ci et rendent plus intenses les troubles de l'organisme (i). Y a-t-il des circonstances où ces résultats fâcheux s'observent d'une manière plus particulière? oui sans doute, et c'est lorsque les défections alvines sont interrompues sous l'influence de cette thérapeutique , pendant un temps plus ou moins long. Pourquoi cela? parce qu'alors la cause du mal, prolongeant son action destructive sur le canal intestinal, pénètre de plus en plus dans le torrent circulatoire et produit ainsi, tôt ou tard, l'augmentation ou un développement nouveau des accidents.

Mais n'est-il pas dès lors bien évident que loin de parvenir au but qu'il veut atteindre , c'est à dire à la restauration des forces , le médecin ne fait que s'en éloigner de plus en plus et que rendre la débilité organique plus considérable?

Qu'on examine et qu'on pèse bien les documents historiques dont la science est aujourd'hui en possession,

(i) Quia moi bi lationem malam , mala consequi metliodus debebat. ( Stoll, t. II, p. 274. )

etl'on se convaincra sans peine que, sur vingt malades, il y en a dix-neuf chez lesquels les toniques administrés d'emblée produisent, multiplient ou rendent plus profonds les symptômes adynamiques ou adynamicoataxiques : or, si cela est prouvé d'une manière irrécusable, il est bien évident que tout médecin, ami de rhumanité et jaloux d'être utile à ses semblables, repoussera ou abandonnera une méthode thérapeutique aussi dangereuse, méthode contre laquelle le grand Sydenham(i), qui se connaissait en médecine pratique, s'était élevé avec tant de force, qu'il y a lieu d'être étonné qu'après les utiles leçons qu'il nous a laissées, il se soit trouvé des praticiens assez imprudents pour oser la mettre en usage dès le début et pendant tout le cours de la maladie (2;.

(i) « In utrisque verô ( id est pueris adultisque), si ingere- )) lentur calidiora remédia et sollicitarentur sudores, maliim in » caput facile transfeiebatur, et dictis symi^tomatis ansam praen bebat. » ( Thom. Sydenh. Febiis continua, an. 1673, -^45 1^-> t. I, p. 137. Genevae, 1723. )

(2) Bans l'épidémie de Lausanne, les échauffants, les spiritueux,et surtout le vin, aggravaient tous les accidents. « Mais, » dit Tissot, «< c'est ce qu'on ne peut faire concevoir au vulgaire » qui, dès qu'il aperçoit de la faiblesse, a sur-Ie-cliamp recours » aux consommés, aux excitants et aux aromatiques , pratique »> funeste et qu'on ne saurait trop condamner. » (Op. cit., p. 329 et 33o.)

Si l'on veut avoir la preuve de ce que dit cet illustre médecin, il n'y a qu'à supputer les guérisons qui sont rapportées dans le traité de la fièvre entéro-mésentérique , où la méthode stimulante est fortement recommandée.

Cette vérification est des plus instructives , surtout quand on a de la propension à recourir à ce mode de traitement dès le

On m'objectera peut-être qu'avec le quinquina, le camphre, l'acétate d'ammoniaque, les alcools, l'èther, les vins de toutes les qualités, ils ont obtenu quelques succès non équivoques , je conviendrai que cela est vrai; mais je ferai observer à mon tour que ces heureux résultats sont très loin de racheter les nombreuses victimes qui ont été faites par les mêmes agents médicamenteux. Je dirai , en outre, que si on y regarde de bien près , on observera que ce n'est pas en tonifiant les malades qu'on a réussi, mais bien parce que les médicaments, en sollicitant avec plus ou moins de violence les déjections alvines, ont fait l'office de purgatifs.

Les toniques produisent-ils au contraire la constipation , le ventre se météorise et devient douloureux^ la face s'injecte, le délire et V assoupissement survien* nent ou augmentent ^ la langue, les dents et les lèvres se dessèchent déplus en plus^ lajuliginosité sac^ croît ou se manifeste, la soif devient ardente, la respiration s'embarrasse, la peau contracte une sécheresse et une ardeur insolites , le pouls prend de la fréquence et de la petites se, les sécrétions salivaires et urinaires se suspendent ou deviennent difficiles ^ etc.

début de la maladie, car les succès sont si rares et si diamétralement opposés à ceux qu'on obtient par les évacuants, que, sans un aveuglement profond, on ne peut guère conserver une idée favorable des toniques et des stimulants diffusibles.

Qu'on les donne, selon le conseil de Baglivi (Praxeos medicae lib. I, p. 53), après avoir nettoyé les premières voies^à la bonne heure ; mais qu'on le fasse sans avoir pris cette précaution, c'est ce que l'humanité et l'état actuel de la science ne tolèrent pas.

136 CHAPITRE vr.

Mais veut-on remêdiei' à ces symptômes formidables, on n'a en général qu'à cesser la raéciication tonique, qu'à rétablir promptement les garde-robes, qu'à les entretenir pendant plusieurs jours sans recourir à des purgatifs très irritants, comme les drastiques. On atteindra ce but avec d'autant plus de facilité que le traitement tonique aura été moins prolongé et que la suspension des déjections aura été d'une plus courte durée.

Cependant, si les toniques ne faisaient naître les symptômes fâcheux dont il vient d'être question qu'en provoquant, ainsi que le disent plusieurs palbologistes modernes, une inflammation, ou en exacerbant celle qui existe déjà, il n'y a pas le moindre doute que les évacuants ne pourraient qu'être nuisibles, car leur action étant stimulante, ils ajouteraient nécessairement à l'irritation du canal digestif; mais comme il n'en est pas ainsi , comme il est très certain que les résultats de ces médicaments toniques ne sont si malheureux que parce qu ils empêchent les déjections d'avoir lieu , on ne doit pas être étonné dès lors qu'on administre avec tant d'avantage les moyens propres à rétablir les selles.

Ce qu'il y a de très remarquable , c'est que les individus traités par les évacuants d'abord, et chez lesquels les toniques employés trop tôt suspendent les évacuations, en même temps qu'ils font reparaître quelques symptômes adynamiques, supportent ces mêmes toniques dès qu'ils ont été évacués de nouveau à une ou plusieurs reprises.

Ce n'est donc, comme nous venons de le laisser entre-

voir et comme nous l'avons dit ailleurs (i), que lorsque la cause matérielle de la maladie a été complètelement éliminée et que tout annonce la terminaison de cette dernière , qu'on peut employer les toniques avec quelque sécurité et sans crainte de voir se reproduire les caractères de la fièvre typhoïde ou des complications qui, par elles-mêmes, peuvent entraîner la perte des malades (2).

Quoji attende que la langue soit bien humide , quelle ait repris son aspect naturel , que la soif ait disparu , que le ventre soit bien souple et tout à jait indolent, que la chaleur morbide se soit dissipée, que le pouls soit tombé, même au dessous du type physiologique , et alors on naura point à redouter que le quinquina et autres agents thérapeutiques très excitants produisent des effets dangereux ou funestes; mais quon se persuade bien que ces derniers résultats sont presque i?faillibtes ^^ si, de prime-abord, on a recouru à l'esprit de Mindererus, au camphre, aux alcools et aux vins les plus généreux.

Comme la faiblesse que laisse après elle la fièvre typhoïde est souvent très profonde , comme les fonctions sont languissantes, les toniques, administrés à la fin, sont d'une très grande utilité, non seulement parce qu'ils restituent le ton aux organes digestifs, favorisent l'élaboration des aliments, augmentent l'éner-

(i) Dans l'un des mémoires relatifs à la fièvre typhoïde, que nous avons adressés à l'Académie royale de médecine.

(2) Quod uno tempore prosit, in eodem tamen morbo alio tempore datum absit. ( Yau-Swicten , Corn, in herm. Boerh., §849, t. II, p. 707.)

gie de la nutrition, celle du cœur, des autres muscles et du système nerveux ; mais encore parce qu'ils concourent puissamment à rétablir la fonction perspiratoire (i) de la peau et hâtent les progrés de la convalescence.

Quoique les toniques dont on peut se servir soient excessivement nombreux, je n'ai ordinairement recours qu'à l'infusion d'angélique, recommandée par Hildenbrand, au vin de quinquina, à la dose de 4 ou 5 onces, à Feau vineuse que les malades boivent en général avec un plaisir extrême.

Ces médicaments m'ayant toujours paru suffisants pour remonter les forces vitales dont l'abattement est proportionné à la gravité et à la longueur de la maladie , je n'ai jamais senti le besoin de recourir à l'acétate d'ammoniaque , aux alcools de différentes sortes, à la liqueur d'Hoffmann , aux chlorures , ni à une foule d'autres moyens médicamenteux, que les pathologistes signalent comme propres à combattre les symptômes adynamiques.

Il n'y a guère que le camphre dont je fais assez souvent usage à petites doses et en lavement, dans l'inten-

(i) Comme les sueurs ne sont utiles qu'à la fin , il ne nous arrive jamais , durant le cours de la maladie , de recourir aux sudorifiques. Je crois que c'est avec raison qu'on a reproché à Pringle d'employer > presque dès le début de l'affection, ce genre de moyens , au nombre desquels il faut mettre la tliériaque , l'esprit de corne de cerf, l'esprit de Mindererus. Je conçois qu'ils puissent être très avantageux quand la peau reste sèche, bien que la circulation et la chaleur cutanée soient rentrées dans l'état normal. C'est en pareille circonstance que nous les mettrions en usage, si la nature n'avait pas le soin de restituer à la peau l'humidité et la souplesse qu'elle doit avoir.

tion défaire cesser, après les évacuations convenables, quelques mouvements spasmodiques ou une insomnie plus ou moins opiniâtre; je me sers aussi de celte substance en friction; mais, au lieu de l'employer alors à la dose de 12 ou 14 grains, j'en fais entrer jusqu'à 1 gros dans 5 onces de Uniment huileux.

C'est dans les mêmes vues que, dans quelques circonstances, j'ai eu recours au musc, soit en lavement ou en friction , soit sous forme de potion et de pilules. Jamais je n'ai recours aux opiacés durant le cours de la maladie, quelque nombreux que soient les symptômes nerveux ; mais si , lorsqu'elle est terminée , les malades se plaignent d'insomnie et d'agitation nocturnes, si le défaut de sommeil leur porte un préjudice réel , je donne une potion dans laquelle je fais entrer quelque sel de morphine , ou une préparation quelconque d'opium. Ce médicament, auquel Sydenham recourait bien mal à propos , offre deux grands inconvénients : i** celui d'augmenter la stupeur des malades; :i° celui bien plus important encore d'arrêter les déjections que la nature détermine ; or ce sont là les deux raisons capitales qui m'engagent à le rayer de la thérapeutique des fièvres graves , dont le meilleur des calmants est sans contredit tout moyen qui entretient la liberté du ventre ou qui expulse convenablement le principe morbifi que. Rarement j'emploie la serpentaire de Virginie dont les auteurs ont vanté les bons effets; l'arnica auquel Stoll a accordé les plus grands éloges, l'infusion de valériane et de contrayerva, substances qui sont considérées comme d'excellents antispasmodiques. Comme je n'emploie les stimulants difTusibles que lorsque la maladie est tout à

fait terminée, ou à peu prés, je m'en suis assez souvent trouvé bien ; mais il est des malades chez lesquels ils ont déterminé de l'agitation au lieu de produire du calme , et ce sont ceux qui n'avaient pas été suffisamment évacués. Je me suis toujours hâté , dans ces cas, d'abandonner momentanément cette médication, et de ne la reprendre que lorsque j'avais de nouveau nettoyé le canal digestif. Si , après avoir pris cette précaution , les stimulants difFusibles m'ont paru irriter de rechef, j'y ai renoncé tout à fait.

J'ai constamment tenu la même conduite à l'égard des toniques permanents, lorsque je me suis aperçu qu'après avoir été tolérés et salutaires pendant un temps plus ou moins long , ils finissaient par donner naissance à une irritation gastro-intestinale , à la constipation , à des maux de tête et à l'insomnie.

Dans un cas de cette espèce , je m'adressai avec avantage aux lavements émollients , aux cataplasmes et aux boissons de même nature; mais je me gardai d'insister longtemps sur cette médication relâchante, parce que j'ai eu plus d'une fois l'occasion d'observer que, sous son influence, les malades tombent dans une sorte de langueur, se décolorent de plus en plus et finissent par devenir infiltrés.

Je n'ai pas besoin de dire qne les toniques sont surtout indiqués lorsque les sujets typhoïdes, ou plutôt les convalescents, sont affectés d'escarres gangreneuses au sacrum ou surlestrochanters, qu'il convient alorsde les administrer à l'intérieur et de les appliquer sur les lieux sphacélés, tant pour donner à l'économie la puissance de résister à l'influence fâcheuse de ces altérations organiques que pour favoriser la

TRAITEMENT. lil

séparation des parties mortes d'avec les vivantes.

Pour parvenir plus sûrement à ce dernier résultat, il m'arrive souvent de faire laver les escarres avec du vin pur ou miellé, ou bien avec de l'eau chlorurée qui, à l'avantage de désinfecter ces foyers putrides , joint celui de faire naître autour d'eux une inflammation conservatrice.

L'usage local de ces médicaments est d'ailleurs secondé par des pansements convenables que je m'abstiens de décrire ici.

Nous ne terminerons pas cet article relatif au traitement tonique sans faire remarquer que, quoiqu'en principe il faille s'abstenir de ce genre de médication jusqu'au moment où la convalescence se prononce, il peut néanmoins se présenter des circonstances tellement graves qu'on est quelquefois obligé de déroger à cette règle. C'est ainsi que lorsque les malades sont d'une prostration extrême , lipothymiques , couverts d'une sueur froide et visqueuse , il convient de recourir d'emblée au bon vin , aux fortifiants , aux frictions alcooliques, et de les continuer jusqu'au moment oii l'on est parvenu à maîtriser ces accidents et tous ceux de même nature qui peuvent les accompagner. Il serait imprudent, en pareille circonstance , de chercher à déterminer des déjections. On ne s'occupe de remplir cette indication que lorsque la réaction vitale s'est opérée et que les forces paraissent suffisantes pour résister aux évacuations plus ou moins abondantes que les laxatifs procurent.

Article 5.

Des révulsifs cutanés.

Les vésicatoires et les sinapismes sont les révulsifs auxquels les praticiens ont ordinairement recours (i). Les uns , sans avoir sans doute l'espérance d arriver souvent au but désiré, les mettent en usage pour remonter les forces abattues ; d'autres , avec plus de raison peut-être, les emploient dans l'objet de déplacer une irritation concentrée dans un organe important, ou dans Fintention de remédier à un grand trouble des fonctions sensoriales, respiratoires , circulatoires ou digestives.

A l'époque où je m'étais laissé persuader, comme le plus grand nombre de médecins français de nos jours , que la fièvre typboïde reconnaissait pour cause une inflammation intestinale et se compliquait très fréquemment de méningo-encéphalite, j'avais assez souvent recours aux applications des cantharides et de la moutarde; mais aujourd'hui que j'ai acquis la conviction que cette dernière phlegmasie ne complique presque jamais la fièvre en question , aujourd'hui que je sais que l'entérite typhoïde n'est pas la source d'où dérivent les phénomènes généraux , que je ne puis douter du caractère symptomatique de cette inflammation, que j'ai les témoignages les plus authentiques de l'origine humorale de la pyrexie qui nous occupe , que je

(i) Nous ne parlerons point ici des ventouses, il en sera question ailleurs.

connais l'influence salutaire des vomitifs et des purgatifs sur l'ensemble de cette maladie, que j'ai été à même d'apprécier , ainsi que d'autres médecins , l'inditTërence, l'action fâcheuse ou funeste des saignées, je fais d'autant moins usage de ces agents thérapeutiques , que je sais, par expérience, combien ils sont inutiles, et combien, d'autre part, ils offrent d'inconvénients.

Leur inutilité provient, selon moi , de ce que leur influence directe, comme celle des toniques, ne s'exerce pas sur la cause du mal. Ils ne peuvent avoir sur elle qu'une action indirecte, toujours incertaine, et la plupart du temps trop faible pour que les praticiens puissent en espérer de prompts et salutaires effets.

Cela est si vrai, que tous les médecins expélimentés conviennent que ces révulsifs ne sont de quelque avantage que dans la dernière période de la maladie, ou, en d'autres termes, quand le principe morbifique a été en grande partie épuisé par des évacuations spontanées ou artificielles, et que cet épuisement a été suivi d'une diminution remarquable dans l'intensité des phénomènes pyrétiques.

Plus les symptômes adynamiques sont prononcés, moins il convient d'user des révulsifs, parce que, d'une part, ils ne produisent guère la réaction générale qu'on en attend, que, de l'autre, l'excitation locale qu'ils procurent est d'autant plus sûrement suivie de gangrène, qu'elle a été plus prolongée, plus profonde, plus étendue, et qu'elle a eu lieu dans un moment où la résistance vitale semble, pour ainsi dire, anéantie.

Applique t-on, au contraire, les révulsifs chez des sujets vigoureux, sanguins, atteints de fièvres violentes,

avec exaltation forte des facultés sensoriales, congestion de la face, gêne plus ou moins grande de la res-piration, dureté, plénitude et fréquence du pouls, on voit très communément survenir des accidents d'une nature très différente de ceux qui se montrent dans une profonde adynamie ; c'est à dire que l'irritation générale augmente, les désordres fonctionnels deviennent plus intenses et se multiplient, parce qu'évidemment, au lieu de produire une dérivation, on n'a fait qu'amener une réaction universelle , dont l'intensité est généralement relative à l'irritabilité du sujet, à la force et à l'étendue de la phlegmasie artificielle.

De quelque côté donc qu'on considère les révulsifs cutanés à l'égard de la fièvre typhoïde, il ne paraît pas que leur utilité soit bien démontrée, à moins que cette maladie ne soit arrivée près de sa terminaison ; mais, quand l'affection est parvenue à ce point, divers médecins, et entre autres Pringle, prétendent qu'on en retire des avantages marqués, et que presque jamais ils n'offrent les résultats fâcheux qu'on observe durant le suprême degré de l'affection typhoïde. Chose bien digne de remarque, c'est que presque jamais nous n'avons besoin de recourir à cette médication chez les sujets soumis au traitement évacuant, par cela seul que les déjections artificielles et naturelles les débarrassent, dans un espace de temps assez court, des accidents qui paraissent dangereux et pour lesquels beaucoup de praticiens ont, en général, recours a la rubéfaction et à la vésication de la peau.

Cependant nous ferons voir bientôt, quand nous parlerons du traitement des complications, que l'emploi des vésicatoires est quelquefois forcé, parce qu'il

s'agit de détruire, en économisant autant que possible les forces vitales, des mouvements fluxionnaires qui peuvent avoir des conséquences très fâcheuses..

Quant aux sinapismes, je les fais appliquer assez souvent à la plante des pieds lorsque les malades sont dans le délire, ou quand ils paraissent oppressés; mais je dois dire avec franchise que j'ai rarement eu l'occasion de voir les bienfaits de cette médication , quelque vive que soit l'irritation qu'ils font naître. S'ils procurent quelque soulagement, il est tellement éphémère qu'il ne dure, en général , que pendant plusieurs heures.

Jamais, du reste, l'amélioration ne se fait remarquer dans l'ensemble de l'économie, mais seulement dans quelques organes et les fonctions correspondantes.

Les sinapismes, de même que les vésicatoires, étant très susceptibles de provoquer des inflammations violentes, à la suite desquelles il n'est pas rare de voir survenir la gangrène, il est bon de recommander de ne pas les laisser séjourner trop longtemps sur la peau et de les appliquer, autant que possible , sur des surfaces où les accidents, dont nous venons de parler, se développent difficilement.

La plante des pieds est le lieu que choisissent ordinairement les praticiens qui, dans les fièvres typhoïdes, connaissent tous les inconvénients de ces rubéfiants.

C'est là que la peau est très épaisse et dure dans plusieurs points , que le tissu cellulaire est serré et abondant, le système capillaire sanguin peu apparent, et par conséquent moins susceptible que dans beau-

coup d'autres lieux de devenir le siège d'une irritation très forte, sous l'influence d'un stimulant. Du reste, on peut dire qu'il est indiqué d'appliquer les sinapismes sur ces extrémités, parce qu'il ne s'agit, en général , que de faire cesser les troubles fonctionnels de la tête et de la poitrine.

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