XIV
En résumant ce qui a trait aux sympathies viscérales, je dirai que 1 influence des viscères abdominaux dans la folie est évidente, quoi-
que moins absolue peut-être que celle du cerveau sur ces mêmes organes. Il n’y a pas de manie ou de délire partiel sans affection encéphalique; mais cette affection peut être consécutive, symptomatique, sympathique. Les médecins qui soutiennent que la mélancolie commence toujours par l’encéphale, comme ceux qui prétendent qu’elle débute constamment par les appareils de la cavité abdominale sont également dans l’erreur. L’ordre d’apparition et d’enchaînement des deux groupes de phénomènes morbides démontre clairement que les affections mentales sont tantôt essentielles et tantôt secondaires. Les phénomènes sympathiques prédominent souvent sur ceux qui tiennent immédiatement^ la lésion de l’organe affecté tout d’abord; de là une chance d’erreur que n’ont pas su éviter beaucoup d’observateurs. Dans la forme mélancolique principalement, l’encéphale, qu’il soit affecté d’une manière primitive ou secondaire, réagit avec énergie sur les organes contenus dans la cavité abdominale. Dans le premier cas, il amène la manifestation de phénomènes sympathiques à peu près constants; dans le second, il contribue à entretenir et à développer la maladie qui lui a donné naissance. Les accidents cérébraux se rattachent aux modifications viscérales par des rapports de causalité réciproque.
Quelques auteurs, et particulièrement M. Bayle, ont pensé que la nature même des affections viscérales pouvait imprimer aux troubles fonctionnels du cerveau un caractère particulier. C’est ainsi que les affections de l’estomac et des intestins grêles détermineraient surtout la crainte du poison et le refus des aliments; les lésions du côlon, les impressions hypochondriaques, les délires chimériques; celles du foie, la tristesse, l’abattement, l’ennui de la vie. Mais il n’y a rien de précis dans tout ce que l’on a avancé sur ce sujet; la manie peut très-bien se développer sous l’influence d’un vice hépatique, de même que l’hypochondrie et la mélancolie peuvent résulter d’une affection d’un organe quelconque de la cavité abdominale et même de la cavité horacique. Tout ce que l’on peut affirmer, d’une ma-
nière générale, c’est que les maladies des viscères abdominaux déterminent surtout des délires mélancoliques.