S XVII
Dans la grossesse, l’utérus développe d’énergiques réactions sur
(1) Article Folie du Dicl. des sc. mcd.
(2) Leçons orales sarla phrénopalhie , t. Il , p. 75.
(3) Recherches sur la localisation de la Jolie.
l’encéphale et vient exercer une influence marquée sur les facultés intellectuelles et morales. Cette influence est prouvée par les penchants et les appétits bizarres, la perversion des affections, des impulsions à la violence, au vol, au suicide, au meurtre même. La manie furieuse éclate quelquefois pendant le cours de la grossesse. Dans les premiers temps de la grossesse , les troubles de ! innervation sont dus à la suractivité fonctionnelle de l’utérus, qui réagit avec énergie sur les centres nerveux. À une époque plus avancée,, les phénomènes de compression, l’obstacle apporté à la circulation du sang dans les membres abdominaux par le développement progressif du fœtus, et peut-être aussi les changements survenus dans la composition du fluide sanguin, viennent ajouter leurs effets à 1 irradiation nerveuse. Mais des faits bien authentiques démontrent l’influence même de la conception et des modifications immenses qu’elle imprime à l’appareil reproducteur.
Une jeune femme, le lendemain de ses noces, présenta des apparences de dérangement dans la raison , un léger trouble dans les idées, que l’on attribua à des fatigues physiques. On prescrivit seulement des bains et du petit-lait ; mais il paraît qu’elle était enceinte. Deux fois depuis elle devint grosse, et chaque fois elle se mit à délirer dès le premier jour de la conception. De manière que lorsqu’elle délirait on pouvait la croire enceinte et l’annoncer sans crainte de se tromper (1). Esquirol rapporte un fait tout semblable (2). M. Edme Courot cite dans sa thèse une dame qui devenait aliénée de deux grossesses l’une.
J’écarte, bien entendu, les cas où une influence morale a pu déterminer l’invasion de la maladie ou du moins y contribuer. Esquirol a donné des soins à une jeune dame qui avait eu un accès de manie
(1) Thèses de Paris , Edme Courot.
(2) Des Maladies mentales , t. I , p. 7t.
dès la première nuit de ses noces : sa pudeur s’était révoltée contre la nécessité de coucher avec un homme. Le même auteur cite une jeune femme très-nerveuse qui fut si douloureusement affectée par les premières approches de son mari, que sa raison s’aliéna immédiatement.
11 y a donc manifestement pendant la grossesse une action sympathique de l’utérus sur le cerveau. Dans certains cas, la folie se dissipe au bout de quelques mois; il semble alors que l’innervation de l’appareil reproducteur se soit accoutumée à la fonction physiologique à laquelle elle doit présider. Mais le plus souvent la folie persiste jusqu’à l’accouchement.
A l’appui de cette influence de l’utérus sur les centres nerveux on peut citer la chaleur excessive, l’irritation vive que les aliénées éprouvent souvent dans cet organe pendant la durée des accès, tandis qu’on voit le calme se rétablir et le troubie des idées disparaître avec la cessation de ces phénomènes.
S xvm.
Le travail de l’accouchement peut devenir par lui-même une cause de folie qui sera plus ou moins persistante. 11 suffit, pour le comprendre, d’en observer les différentes périodes. « Lors de l’accouchement, dit Naegele , dans son Traité des maladies du sexe féminin, l’altération dans le système sensible se manifeste clairement dans les variations d’humeur et dans les émotions subites qu’éprouvent des femmes, d’ailleurs sensées et nullement timides; variations qui souvent ne sont pas le moins du monde en rapport avec leur caractère. On peut rapporter à cela l’expression étrange et farouche du regard, le changement dans les traits du visage, les palpitations , les tressaillements nerveux , les mouvements spasmodiques , les frissons violents, etc. Les troisième et quatrième périodes de l’accouchement ressemblent souvent, il est vrai, à un accès de folie. Les phénomènes
extérieurs font voir que la femme a cessé d’être maîtresse de ses sens. Les palpitations, les convulsions et le délire, surviennent quelquefois sans aucune disposition préexistante susceptible d’être observée, et il n’est pas rare que ces symptômes se prolongent après l’accouchement. »