‹ Mémoire sur la folie sympathiqueChapitre 16 sur 33 · XX · texte numérisé non relu

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Reii disait que la tête et les parties génitales étaient les deux pôles du corps, exprimant ainsi la réaction mutuelle que ces deux parties exercent l une sur l’autre. Ainsi, de même que nous avons vu les désordres de la menstruation, l’accouchement, l’état puerpéral, déterminer la folie, nous voyons aussi le retour des règles, la grossesse et l’accouchement, faire cesser cette maladie. On peut en dire autant d’une excitation vive de l’appareil génital. Dominique de Léon rapporte (cap. de Mania) qu’une jeune fille, devenue maniaque par rétention spermatique et désir du plaisir, parcourait les champs et les bois, invitant tous ceux qu’elle rencontrait à soulager sa douleur ; les refus qu’elle en recevait la portaient à les poursuivre et à leur jeter des pierres; dès quelle fut satisfaite, sa fureur s’apaisa. Krliger a écrit une dissertation sur le mariage envisagé comme pouvant servir de remède à un grand nombre de maladies.

L’hystérie, dont le point de départ est assurément l’utérus dans le plus grand nombre des cas, se complique souvent de mélancolie, de nymphomanie, de manie même.

S xxi.

Ap rès avoir étudié l’influence que les altérations vitales ou organiques de l’appareil reproducteur exercent sur le cerveau, je vais passer rapidement en revue les caractères propres que ces affections semblent imprimer aux troubles intellectuels et moraux.

De nombreux exemples prouvent une liaison étroite entre la folie religieuse et les anomalies physiques et fonctionnelles du système sexuel. L’érotomanie alterne assez souvent avec la folie religieuse;

ces deux formes de délire se rencontrent aussi réunies. Cela tiendrait-il à ce que beaucoup de personnes cherchent dans la religion la consolation d’un amour malheureux ou non satisfait? Toujours est-il que de nombreuses observations (1) établissent la connexité de la mélancolie religieuse avec une propension maladive aux plaisirs sensuels. La vie de plusieurs enthousiastes religieuses révèle celte tendance instinctive. La mélancolie religieuse coïncide fréquemment, chez les jeunes filles, avec la période du développement sexuel.

Les maladies mentales sympathiques des affections du système génital paraissent aussi quelquefois caractérisées parla propension au suicide ou le penchant au meurtre proprement dit (Friedreich, ouvrage cité, ch. 7). Les fastes de la justice criminelle signalent aussi la fréquente connexion de la lubricité avec le penchant au meurtre.

Les troubles de la menstruation engendrent la mélancolie, le penchant au suicide, des conceptions délirantes de nature mystique; quelquefois aussi l’excitation maniaque proprement dite.

Dans la folie des femmes grosses nouvellement accouchées, on remarque aussi la prédominance des idées tristes avec des impulsions au meurtre. C’est un fait dont les médecins et les magistrats ont à tenir compte en médecine légale. Friedreich rapporte avoir donné des soins à une accouchée dont les lochies s’arrêtèrent à la suite d’un refroidissement, et qui, dans sa folie, était toujours occupée de l’idée de tuer son enfant, qu’elle aimait tendrement auparavant. Le retour des lochies la guérit.

La manie avec excitation n’est pas rare chez les nouvelles accouchées affectées d’aliénation mentale.

Il m’a paru logique de considérer comme des exemples de folie sympathique les cas où l’aliénation mentale se produit, en dehors de toute cause morale, à l’époque puerpérale ou pendant la lactation et au moment du sevrage, forcé ou volontaire. Je reconnais la prc-

(l) Voy. Friedreich, Diagnostic gcnérul (les maladies mentales , chap. â, § i'J

disposition paissante qui appartient aux modifications que la diathèse puerpérale imprime à l’organisme; mais je crois avoir sainement interprété l’influence de la suppression des lochies, de la sécrétion lactée ou des changements survenus dans leur qualité et dans leur nature, ha métastase laiteuse, dont on a tant abusé et qui est restée populaire, est aujourd’hui difficile à défendre, et l’on s’étonne de rencontrer encore cette explication dans le conciencieux ouvrage du Dr Friedreich sur le diagnostic général des maladies mentales.

S xxii.

L’influence des organes sexuels sur le développement de la folie est plus marquée et plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, ce qui tient évidemment au rôle plus complexe que ces organes ont à remplir chez les femmes. Parmi les causes physiques de de la folie, M. Parchappe n’a constaté, àSaint-Yon, que deux causes organiques non cérébrales , qui puissent être communes aux deux sexes, sur 385 aliénés, tandis qu i! en a trouvé cinq appartenant spécialement au sexe féminin. Ce fait nous explique pourquoi les causes de la folie restent plus souvent ignorées chez les femmes ou bien sont rapportées à des causes morales insignifiantes.

Chez l’homme cependant , les modifications qui s’accomplissent dans les organes sexuels à la période de la puberté, l’inactivité de ces organes, et certains vices matériels ou fonctionnels, peuvent être les causes excitantes de l’aliénation mentale.

Lallemand nous a laissé l’observation d’une spermatorrhée diurne, développée par une blennorrhagie, et sous l’influence de laquelle le malade fut affecté de gastralgie, d’hypochondrie , d’affaissement intellectuel, avec nnpossibilité'de fixer l’attention, mobilité extrême des idées, conceptions délirantes, relatives à la santé, besoin irrésistible de mouvement. Après une cautérisation de la portion prostatique du canal de l’urèthre, il y eut une amélioration presque in-

stantanée de l’état moral. Un retour des accidents de spermatorrhée ramena du trouble intellectuel ; une nouvelle cautérisation eut pour résultat une guérison définitive presque immédiate (1).

Je me hâte d’ajouter que cet exemple ne constitue qu’une exception. Ici il y a une relation directe évidente entre la spermatorrhée et le trouble intellectuel; mais, dans le plus grand nombre des cas, les pertes séminales ne déterminent des accidents cérébraux qu’en débilitant tout l’organisme et en déterminant un trouble profond de l’innervation générale, comme l’onanisme, les jouissances sexuelles répétées.

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