OBSERVATION III
Folie hypochonâriaque , hépatite; guérison (1)
RI. G..., maître d’hôtel garni, marié, âgé de 47 ans, d’un tempérament lymphatico-nerveux , s’est assez bien porté jusqu’au mois de mai 1 8 îO. A cette époque, sans pouvoir soupçonner d’autre cause que des excès de table, il ressentit une douleur sourde dans i’hypochondre droit. Appelé auprès de lui, nous trouvâmes le teint légèrement jaune , la région du foie quelque peu .tuméfiée et sensible à la pression; la langue était blanchâtre, humide et un peu rouge à ses bords; l’appétit considérablement diminué; la peau avait sa température ordinaire, mais le pouls donnait 80 pulsations par minute. Du leste, pas d’autres
(I) Michéa, Traité de l’hypochondrie.
symptômes. Diagnostiquant chez ce malade une hépatite chronique, nous conseillâmes une application de 15 sangsues sur la région douloureuse, l’usage d’un régime lacté et des boissons délayantes. Malgré ce traitement antiphlogistique, il ne survint pas d’amélioration; alors M. G... commence à concevoir des inquiétudes relativement au retour de sa santé. Cet état moral empirant successivement, la perspective de sa mort, qu’il croit imminente, le désole sans cesse; celte pensée lui fait répandre des larmes. Il demande avec instances et anxiété tantôt un notaire pour lui transmettre ses dispositions envers sa famille, tantôt un prêtre pour se réconcilier avec Dieu devant qui son âme va prochainement paraître. Ce genre de terreur absorbe toute sou activité morale; aussi le malade cherche-t-il avec une ardeur incroyable les moyens de reculer son heure dernière : il consulte des magnétiseurs, des homœopatlies, des commères, des médecins qui prétendent diagnostiquer les maladies par l’entremise des urines. 11 combine les divers traitements qui lui sont indiqués, et les emploie simultanément, dans le but d’obleuir par leur ensemble ce qu’il demaude eu vain à chacun d’eux en particulier.
Toutefois il revient à l’allopathie, ainsi qu’il la désigne lui-même; il nous supplie de le tirer de l’affreuse position où il se trouve, en nous promettant la moitié de sa fortune si nous y parvenions.
Nous lui faisons prendre des bains, et appliquer un large vésicatoire sur la région du foie. A l’aide de ces moyens, la douleur de l’hypochondre droit diminue, le gonflement de cette partie cesse, le teint perd sa couleur jaune; enfin, au bout de six semaines, la douleur hépatique ayant complètement disparu, l’hypochondrie s’évanouit d’elle-même, et ne s’est pas renouvelée depuis lors.
Réflexions. — Dans ce cas, une lésion corporelle se lie évidemment à uu trouble de l’esprit; l’inflammation chronique du foie engendre et entretient l’hypochondrie. La première affection est si bien la cause de la seconde, que celle-ci disparait aussitôt que l’autre cesse. *