‹ Mémoire sur la folie sympathiqueChapitre 4 sur 33 · DES SYMPATHIES · texte numérisé non relu

DES SYMPATHIES

Je définirai, sous le nom de sympathies, d’une part , cette dépendance mutuelle qui existe entre toutes les [ arties de l’organisme, et qui se montre plus étroite entre certains organes et certains appareils, et, d’autre part, cette solidarité spéciale que l’on remarque dans certains états pathologiques ou dans certaines idiosyncrasies.

On a divisé les sympathies en physiologiques et pathologiques ; à

vrai dire cependant celte séparation n’est pas rigoureuse. La dépendance mutuelle qui existe entre certains organes, dans l’état de sauté, devient la source de la communauté de leurs affections. Les rapports sympathiques sont plus actifs dans la jeunesse que dans la vieillesse; ils se montrent plus marqués dans certaines idiosyncrasies et dans certains états morbides. Les sympathies pathologiques ne sont donc autre chose que l’exagération de l’étal physiologique. On comprend, sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer, ce qu’il faut entendre avec certains auteurs par sympathies thérapeutiques.

En raison de ce rapport inconnu qui lie les uns aux autres tous nos organes, de ce consensus qui enchaîne toutes leurs fonctions et les met dans une dépendance réciproque, aucune partie du corps ne peut être gravement altérée dans sa structure ou dans ses fonctions, sans déterminer un trouble pathologique correspondant dans la partie organisée de manière à y être le plus sensible. Un organe étant malade, une région plus ou moins éloignée peut devenir secondairement le siège principal de la concentration morbide , au point de fixer spécialement l’attention du médecin.

Il ne faut pas confondre sous le nom de sympathies les connexions quelconques qui existent entre les organes, les rapports mécaniques ou fonctionnels , par exemple. J’incline volontiers à retrancher des sympathies les phénomènes que Barthez a rangés dans son ordre des synergies, c’est-à-dire ceux qui résultent du concours d’actions simultanées ou successives de divers organes pour l’accomplissement d’une même fonction. Je voudrais réserver le nom de sympathies à ces irradiations nerveuses qui ont lieu entre des organes plus ou moins éloignés, sans que les parties intermédiaires éprouvent aucune sensation , aucune commotion. La distribution des rameaux d’un même nerf dans un même organe ou dans un même appareil, l’identité ou l’analogie de texture, expliquentle mutuel concours que se prêtent les différentes parties d’un organe ou d’un appareil; les rapports sympathiques, lesaclions électives d’un organe sur un autre ne peuvent s’expliquerainsi par une disposition anatomique spéciale.

Hunter , dont M. Chomel a conservé la classification dans ses Éléments de pathoforiie (jéncrcile, a distribué en trois ordres les phénomènes nombreux et variés que l’on rapporte à la sympathie. 11 admet que ces phénomènes peuvent avoir lieu dans des organes continus, contigus ou éloignés. Les considérations que je viens d’émettre me porteraient à ne considérer comme phénomènes sympathiques que ceux qui se passent entre deux organes qui ne concourent pas aux mêmes fonctions et qui n’ont entre eux aucun rapport essentiel. Je comprends la douleur qui se fait sentir dans tout le trajet d’un nerf au moment où il est piqué ou contus , sans avoir besoin de recourir à une sympathie de continuité. Je dirai la même chose des convulsions générales et du tétanos qui se montrent après le déchirement d’un filet nerveux. Je ne vois pas trop , par contre , comment Hunter a pu rapporter à la sympathie de continuité le prurit des fosses nasales chez les personnes qui ont des vers dans les intestins, et la douleur du gland chez les individus qui ont un calcul dans la vessie. La sympathie de continuité n’est pas non plus à l’abri de toute contestation, à moins que l’on ne veuille faire du mot sympathie le synonyme d’irradiation nerveuse. Les vomissements dans la péritonite, que Hunter donne comme un exemple de sympathie dans les organes contigus, sont-ils en réalité le résultat d’une action sympathique, ne peuvent-ils s’expliquer par une irritation de voisinage? Si les phénomènes sympathiques reconnaissent une même cause physiologique, à quoi bon séparer les unes desaulres des actions identiques qui ne varient que par leur siège , le plus ou moins grand éloignement des organes entre lesquels le consensus est établi? Les phénomènes sympathiques varient à l’infini avec les organes qu’ils ont pour point de départ, mais il serait difficile de trouver dans leur mode de manifestation les bases d’une classification logique et rigoureuse. Les sympathies de contiguïté, comme celles de continuité sont le plus souvent le résultat d’une disposition anatomique ou d’une irritation de voisinage. On peut s’expliquer ainsi, autant qu’il me semble, la dysuriedans le gonflement hémorrhoidal

et dans le flux dysentérique, que Hunier rapporte à la sympathie de contiguïté. L’observation seule peut apprendre à connaître les sympathies; l’anatomie, au contraire, ne peut qu’indiquer des connexions, des rapports mécaniques ou fonctionnels, des similitudes de fonctions, en révélant des similitudes déstructuré.

Dans l’état de la science physiologique, il n’est guère possible d’admettre les sympathies de tissu qui jouent un si grand rôle dans les traités de Bichat et de ceux qui l’ont suivi. Ce qu’on a appelé sympathies de tissu n’est autre chose que des métastases matérielles ou dynamiques d’une cause morbifique. Mon savant ami , M. le Dr Mesnet, a cité, dans le numéro de juin 1856 des Archives générales de médecine, un exemple remarquable d’aliénation mentale avec chorée, dans un cas de rhumatisme articulaire aigu. MM. Hervez de Chégoin, Vigla, Trousseau, ont rapporté des faits analogues. 11 n’y a pas là de sympathie proprement dite, mais un exemple de cette disposition qu’on a appelée diathèse , et en vertu de laquelle plusieurs organes ou plusieurs points de l’économie sont à la fois ou successivement le siège d’affections spontanées dans leur développement, et identiques dans leur nature, lors même qu’elles se présentent sous des apparences diverses.

Que la muqueuse utérine cesse, par une cause accidentelle quel- m conque, de laisser exsuder du sang, et qu’une autre surface mu-' queuse s’affecte tout à coup et rejette ce fluide, d’où certaines hémorrhagies du nez, de l’estomac, des bronches, etc., est-ce là un effet de sympathie de tissu? Évidemment non , mais le résultat du molimen hémorrhagique qui s’exerce vers une partie organisée de façon à offrir une voie supplémentaire à l’exhalation du fluide sanguin; et ainsi des autres phénomènes qu’on a rangés parmi les sympathies de tissu.

Parmi les actions sympathiques les moins contestables, on peut citer les vomissements que détermine la lésion de la sclérotique dans l’opération de la cataracte par abaissement, les convulsions ou les vomissements causés par le chatouillement chez les personnes extrè-

mement irritables, le gonflement des seins à l’époque des règles, l’érection du mamelon, produite par la sensation voluptueuse du coït, l’influence exercée par la stimulation de la peau sur les organes de la génération , les convulsions de la dentition , l’action remarquable que le testicule exerce sur les organes de la voix, qui devient plus grave au moment où il commence à entrer en action, et qui éprouve, parle fait de la castration, un changement si caractéristique , etc.

Je n’ai point à tracer ici l’histoire des sympathies; il m’a suffi d’indiquer nettement ce que, dans ma pensée, on doit entendre par phénomènes sympathiques. L’analyse que j’ai faite de ces phénomènes, les exemples saillants que j’ai cités, ne me paraissent pas laisser de place à l’équivoque.

Est-il besoin d’ajouter qu’il faut rejeter de cette classe de phénomènes les troubles généraux déterminés par une cause morbifique quelconque, l’introduction dans l’économie d’un virus, de substances toxiques ou médicamenteuses. Les accidents cérébraux qui surviennent dans le cours des affections rhumatismales, ie délire qui suit l'ingestion des substances narcotiques, ou qui peut résulter d’une affection syphilitique, d’une de ces maladies cutanées mal connues dans leur essence, ne sont pas des phénomènes sympathiques. 11 en est de même du délire qui apparaît dans un grand nombre de maladies aiguës, et qu’on peut rattacher à des modifications subies par le liquide sanguin ou à l’activité anormale de la circulation. L’état stupide qui accompagne souvent l’anémie, la mélancolie, que les anciens appelaient mclancolia a loto, et qui se trouve placée sous la dépendance d’un état général, ne doivent pas figurer non plus dans la classe des délires ou des aliénations mentales sympathiques.

Les troubles généraux de l’organisme, quelle que soit la cause qui les produise, les répercussions et les métastases, déterminent çà et là, dans les organes ou dans les appareils, des phénomènes en rapport avec leur nature propre ; ils engendrent des symptômes proprement dits, et non pas des actions sympathiques.

Les sympathies rentrent , à la rigueur, dans la classe des symptômes, mais ils y forment un ordre à part ; ils échappent davantage à l’analyse; les symptômes, en général, peuvent être plus ou moins accusés, plus ou moins voilés; mais il est rare qu’ils manquent entièrement. Le contraire a lieu pour les sympathies; essentiellement variables dans leurs manifestations, elles ne constituent pas des phénomènes contingents, nécesssaires ; elles peuvent se développer comme ne pas survenir, la maladie restant la même.

J’ai presque constamment raisonné jusqu’ici en supposant la communication sympathique établie entre deux organes ; mais les choses ne se passent pas toujours ainsi. Une lésion de peu d’importance peut suffire à déterminer des troubles dans un plus ou moins grand nombre d’organes; c’est ainsi qu’une plaie peu étendue de la peau, une inflammation légère du tissu cellulaire, une angine tonsillaire, etc., amènent souvent une réaction fébrile intense et un retentissement marqué dans presque toutes les parties de l’organisme.

De toutes les parties de l’organisme humain , il n’en est pas dont les sympathies soient plus multipliées que celles des centres nerveux. La structure propre de l’encéphale, son importance prédominante, la multiplicité de ses fonctions, rendent parfaitement compte de ce fait. Parmi les organes dont le consensus avec le cerveau est le mieux établi, il convient de citer en première ligne l’estomac et le tube intestinal, puis les organes de génération, les différents viscères abdominaux, les poumons, le cœur.

Les différents^ foyers de sensibilité qui ont avec le cerveau les sympathies les plus vives et les plus multipliées, sont , d’après Cabanis : 1° la région phrénique, qui comprend le diaphragment l’estomac, dont l’orifice supérieur est si sensible que Van Helmont y plaçait le trône de son archée; 2° la région hypochondriaque , a laquelle appartiennent non-seulement le foie et la rate, mais tous les plexus abdominaux supérieurs, une partie considérable des intestins grêles, et la grande courbure du côlon; 3° les organes de la génération

qui embrassent en outre le système urinaire et celui des intestins inférieurs.

Ces prémisses établies, on se rendra bien compte des phénomènes physiologiques ou morbides. Au commencement de la digestion, nous éprouvons une espèce de froid sympathique que nous rapportons à la peau , aussi chaude le plus souvent qu’à l’ordinaire; c’est une réaction exercée par l’estomac sur la sensibilité cutanée. La première éruption des règles s’accompagne d’une émotion générale de tous les systèmes, qui se renouvelle partiellement avec plus ou moins d’intensité aux périodes menstruelles suivantes. A chacune de ces époques, la sensibilité devient plus délicate et plus vive, la physionomie s’anime, le langage se colore, les seins se gonflent, les penchants ont quelque chose de plus capricieux et de plus bizarre. On peut étendre cette observation à la grossesse et aux différents états pathologiques des organes sexuels.

La continence imprime à l’imagination une activité déréglée, et peut déterminer l’altération des facultés intellectuelles et morales. Chacun a présent à la mémoire l’histoire rapportée par Buffon, de ce pauvre curé de la Guyenne qui, par l’effet d’une chasteté rigoureuse, était tombé dans un état bizarre de délire maniaque.

Les affections organiques de l’estomac ou de la région épigastrique produisent des désordres cérébraux. Les maladies des viscères abdominaux changent, troublent et intervertissent quelquefois entièrement l’ordre habituel des sentiments et des idées. Des appétits extraordinaires et bizarres se développent; des images inconnues assiègent l’esprit; la volonté est dominée par des impressions nouvelles.

La doctrine des sympathies n’est pas nouvelle; elle est assez clairement indiquée dans certains passages d’Hippocrate. Galien y revient en différents passages de ses écrits, et, à part l’explication qu’il a voulu donner de ces phénomènes, il a émis sur ce sujet des opinions que nous pourrions encore avouer aujourd’hui.

Quand l'intelligence est troublée par suite d’une affection de I es-

tomac, dit Galien, soit par des vapeurs, soit par des humeurs malignes qui remontent à l’encéphale, on ne saurait dire ni que l’encéphale est affecté primitivement, ni qu’il est complètement exempt d’affection; mais le mot sympathie exprime très-exactement ce que ces médecins eux-mêmes reconnaissent dans cet état. En effet, le terme sympathie n’indique pas l’absence complète d’affection, mais une affection commune avec une autre partie. Toutefois, il serait mieux et plus clair de dire que la partie sympathiquement affectée souffre par suite de l’affection d’une autre partie. (Galien, trad. Daremberg, des Lieux affectés, I. 1, ch. 6.)

Le signe de l’affection idiopSlhique d’une partie, dit Galien, c’est la permanence de l’affection. Lorsque, dans la pleurésie ou la péripneumonie, survient le délire (des Lieux affectés, 1. il, ch. 10), personne ne s’avisera de dire que ce symptôme vient de la plèvre ou du poumon ; mais tout le monde conviendra que la partie où réside le principe de l’âme est affectée par sympathie... Dans d’autres affections, ce principe est affecté, non par sympathie, mais primitivement, par exemple, dans le lethargus et le plirenitis.

Lorsqu’une affection secondaire et consécutive à une affection primitive à son apogée disparaît à mesure que l’affection première diminue, admettre que le mal a été produit par sympathie... (des Lieux affectés , I. il, ch. 10.)

Arcliigène, cité par Galien, prétend que certaines fonctions sont lésées sans affection de la partie du corps dans laquelle elles se produisent. Galien, discutant celte opinion d’Archigène (des Lieux affectés, 1. m, ch. 1), observe que si la partie lésée par sympathie avec une autre n’a pas encore une diathèse permanente, néanmoins, suivant l’expression même d’Archigène , il existe en elle comme une ombre de cette affection permanente.

Les affections primitives (des fonctions dirigeantes) se distinguent par la complète évolution des symptômes propres à l’encéphale; elles sont persistantes et naissent primitivement, sans être précédées d’autres affections. Dans les autres, les symptômes propres à l’encé-

phale n’arrivent pas à leur entier développement; elles n’ont pas le même degré de persistance, et surviennent à la suite d’autres affections. Il faut se rappeler que, parmi les affections sympathiques, il y en a qui n’existent réellement que pendant le temps où elles sont en voie de formation (c’est-à-dire, aussi longtemps que dure la cause qui leur a donné naissance) ; elles disparaissent avec les causes qui les ont produites, tandis que celles qui ont déjà donné lieu a une diathèse permanente des parties sympathiquement affectées persistent, quand bien même ces causes viennent à cesser, [des Lieux affectés > 1. lli, ch. 7.)

Je ne poursuivrai point, pas à pa?, à travers les âges, l’histoire des sympathies sur le compte desquelles je me suis peut-être un peu longuement étendu. Je renverrai ceux que celte question peut intéresser aux traités et aux mémoires de Rega, d’Hoffmann (Fréd.), de Roux, d’Hufeland, de Fodera, de Whytt, de Hunter, de Barthez, de Bichat, de Georget et de Broussais, et aux principaux traités de physiologie: mais, après avoir esquissé ce qu’on doit entendre par sympathies, dans l’état actuel de la science, il m’a paru intéressant de reproduire les principales propositions que nous a laissées sur ce sujet un des pères de la médecine.

Les progrès de la physiologie ont restreint le rôle assigné aux sympathies; elles n’ont plus aujourd’hui cette importance que leur donnaient naguère encore Bichat, Barthez, Broussais; mais la part qui leur reste dans la production des phénomènes physiologiques et pathologiques est assez importante encore pour mériter l’attention du praticien et de l’observateur, et réclamer de nouvelles études.

Une dernière question me reste à aborder. Quelle est la condition organique des sympathies? quel est l’agent de leurs transmissions? Les auteurs ont été extrêmement divisés sur la cause qui entretient les sympathies, et aujourd’hui encore il est difficile d’en donner une explication satisfaisante et irréprochable.

Au commencement du xvne siècle, Sennert défendait encore l’ex-

plication de Galien, le transport des vapeurs subtiles d’un organe à l’autre. Mais lorsque Harvey eut découvert la circulation du sang, tous les médecins crurent pouvoir expliquer les sympathies au moyen de cette circulation. Baglivi pensait que les rapports sympathiques avaient lieu par la communication des membranes et des vaisseaux sanguins. Haller, Barthez et Dumas admettent comme .explication l’anastomose des vaisseaux; Fréd. Hoffmann, Haller, Barthez, Dumas, la continuité des membranes; Rega, l’oscillation des membranes; Bordeu voulait que la communication se fit par l’intermédiaire du tissu cellulaire; Haller, Barthez et Dumas, ont encore partagé cette manière de voir. On a cherché à se rendre compte des sympathies par les rapports d’organisation et d’usages. Parmi ceux qui ont adopté cette opinion, qui n’est fondée que pour les synergies, on peut citer Rivière, Haller, Barthez, Tourtelle, Dumas, etc. Depuis Willis et Vieussens, cependant, la plupart des auteurs ont pensé que les nerfs étaient le moyen de communication qui lie les organes les uns aux autres et qui enchaîne ainsi leurs dérangements; seulement, les uns voulaient que les sympathies eussent lieu par des communications nerveuses directes ou des anastomoses nerveuses , et de ce nombre étaient Willis, Vieussens, Ettmüller, Rega, Haller, Barthez, Ch. Bell, Dumas, etc. Beaucoup d’anatomistes ont pensé, avec Vieussens, Boerhaave, Meckel, que les sympathies étaient établies entre les organes par les rameaux multipliés du nerf tri-splanchnique, de là le nom de nerf sympathique qui lui a été donné. Mais les progrès de l’anatomie et une étude plus attentive des rapports des organes ont démontré que beaucoup de sympathies ne pouvaient se concevoir dans ce système, tandis que certaines parties qui reçoivent des nerfs d’un même tronc ne subissent nullement une influence réciproque. D’autres physiologistes enfin estimaient que la communication avait lieu par l’intermédiaire du cerveau; Astruc, Haller, Whytt, Monro, Sœmmering, Bichat, Aliberl, Dumas, etc., ont soutenu cette doctrine. Bichat, qui considérait les sympathies comme des aber-

rations des forces vitales, ne pensait pas qu’elles reconnussent un principe unique; il considérait comme très-incertain que les nerfs fussent les seuls agents qui transmissent au cerveau les sensations intérieures. Il ressort des citations que nous venons de faire , que Haller admettait aussi plusieurs causes organiques des sympathies, et, de même, de quelques autres. Toutes ces divergences tiennent évidemment à ce qu’on a confondu sous un même nom des phénomènes différents, actions sympathiques proprement dites, rapports mécaniques et fonctionnels, affections diathésiques, etc.

Le système nerveux seul peut suffire à l’explication des phénomènes sympathiques, et s’il ne la donne pas toujours suffisante, il la laisse du moins le plus souvent entrevoir. C’est par l’intermédiaire du cerveau que se font la plupart des sympathies. L’impression organique est transmise au cerveau et de là réfléchie vers la partie la mieux organisée pour subir l’influence de l’irradiation nerveuse. La réflexion peut avoir son point de départ dans le bulbe rachidien et dans la moelle et l’on a alors de véritables actions réflexes ; ainsi s’expliquent les convulsions vermineuses , les contractions utérines au moment de l’accouchement, l’étermiment à la suite de l’irritation des filets sensitifs de la pituitaire , les mouvements de l’iris , déterminés par l’impression de la lumière sur la rétine, etc. Lorsque l’organe impressionné par sympathie est le cerveau luimême, on admet généralement que la communication est le résultat d’une transmission nerveuse directe ; il en est de même, si l’irradiation nerveuse qui vient impressionner une ou plusieurs parties de l’organisme , a le cerveau pour point de départ. S’il était permis d’ajouter à tant d’hvpolhèses , que le temps et les progrès de la science ont successivement renversées, une explication nouvelle, je demanderais si les névroses intellectuelles ne peuvent pas être le résultat d’une réflexion sur la couche corticale du cerveau , siège de l’intelligence, d’impressions transmises p^V* des organes malades. Dans cette manière de voir, le délire sympathique est une action réflexe au même titre que les mouvements convulsifs dans les affec-

— lotions vermineuses. On peut faire reposer cette explication , ce me semble, sur certains faits d’observation. La présence de vers dans l’intestin détermine chez un malade des accidents convulsifs et des accès d’aliénation mentale; on expliquera les convulsions par la réflexion d’impressions non perçues sur certains nerfs de mouvement. Ne serait-il pas rationnel d’appliquer le même raisonnement pour expliquer les désordres cérébraux?

En terminant ce paragraphe, je dirai que ce mot sympathie n’est à vrai dire qu’une abstraction, une pure création de l’esprit. Comme les mots d’attraction, d’affinité, de force vitale; c’est une dénomination métaphysique qui n’a pour but que de nous indiquer d’une manière abréviative les propriétés de la matière. Ce n’est , comme l’a dit Bichat, qu’un mot heureux qui sert de voile à notre ignorance sur le rapport des organes les uns avec les autres.

Page 1