VII
La présence de corps étrangers dans le canal alimentaire peut donner lieu à la folie. En première ligne, il faut citer le développement de vers d’espè'ces très-variées, tænias, strongles , vers lombricoïdes, etc. Les recueils périodiques , anciens et modernes, contiennent un nombre considérable d’observations qui attestent des rapports certains de causalité entre les affections vermineuses et de la folie. Celte disposition est assez fréquente pour qu’on ne puisse voir dans ces faits que de simples coïncidences , et c’est là une des meilleures preuves que l’on puisse donner de l’influence des réactions viscérales sur le cerveau. On voit, dans certains cas, la folie apparaître au milieu des phénomènes convulsifs si variés qui accompagnent les affections vermineuses , disparaître immédiatement après l’expulsion des vers et se montrer de nouveau après le retour
(1) Journal d'Hufelaud, p. 29; juin 1823.
d’accidents épileptiformes pour s’effacer encore avec une médication anthelminthique. La folie vermineuse se présente ordinairement sous la forme d’un délire maniaque compliqué de convulsions cataleptiformes ou épileptiformes. Esquirol a noté celle cause déterminante de la folie 24 fois sur 166 malades à la Salpêtrière, et 4 fois sur 264 dans son établissement privé. M. Ferrus a communiqué à l’Académie de médecine l’observation d’un aliéné guéri immédiatement après l’expulsion d’un lænia, obtenue au moyen d’une décoction d’écorce déraciné de grenadier. Frank (l)dil avoir vu souvent, chez des juifs de la Lithuanie, un délire furieux causé par des ascarides. Le professeur Burggræve , de Gand , rapporte un cas de rage spontanée, développée chez un homme chez lequel on reconnut un paquet de vers lombricoïdes remontés jusque dans le cardia. Caresi (2) a vu la manie et l’épilepsie, causées par des strongles et des ascarides, guérir avec des vermifuges. Vogel (3) a observé un jeune homme chez lequel deux attaques de manie furieuse, à quelques années l’une de l’autre, se dissipèrent immédiatement après l’expulsion d’une assez grande quantité d’ascarides. Prost a rapporté une foule de faits analogues, dont quelques-uns ont été recueillis par M. Bleynie, alors médecin de la Maison de Charenton. Sauvages, Whytt, Heymann, Pullini, MoIIerus, Phelsum, Froriep , ont relaté des faits analogues.
Un jeune médecin (4), présentant des symptômes propres à l’affection vermineuse, fut pris de manie, qui cessa à la suite de l’administration des vermifuges, et plus tard on prévint un nouvel accès, qui s’annonçait par les mêmes symptômes, en administrant de nouveau les anthelminthiques, puis les purgatifs, qui donnèrent lieu à
(t) Prax. med. univers, prœcept., j>. il, t. I , p. 741.
(2) Seleclœ e praxi quindena in nosocomio montis sal/ini ; Sienne, 1830, dec. VU!.
(3) Observations de médecine pratique, p. 72; Goîttinfjue, 1772.
(4) Conrot (Edme), Thèses de Paris, 1824.
l’expulsion des vers. Il resta une légèredouleur à l’hypochondre droit, qui céda à l’application d’un vésicatoire; mais les symptômes commençants de la manie cessèrent avec les autres symptômes des vers.
1! arrive cependant que la guérison de l’affection vermineuse n’a pas amélioré ou guéri le désordre mental, surtout s’il remonte déjà à une époque assez éloignée. Cela tient à ce que la modification sympathiquement déterminée dans les centres nerveux est devenue trop profonde, trop habituelle; elle domine l’organisme et ne subit plus l’influence de l’affection éloignée dont elle était d’abord le retentissement.
S vin.
Les maladies du foie et les troubles fonctionnels du système biliaire peuvent déterminer le désordre de l’intelligence, mais non pas d’une manière aussi fréquente que l’avaient admis les anciens. Esquirol, sur 168 aliénés mélancoliques, n’a trouvé que deux vices du foie. M. Scipion Pinel n’a rencontré que cinq lésions organiques du foie sur deux cent cinquante autopsies. Je n’ai vu qu’assez rarement des altérations organiques du foie pendant trois années d’internat à la Maison deCharenton. Mais le foie peutéprouver des troubles fonctionnels sans qu’il en résulte d’altération de structure appréciable. Cet organe est sujet, avec tout le système de la veine porte, à des obstructions vasculaires, qui se traduisent par une altération dans le système de la digestion et dans les fonctions intellectuelles et morales. Burrow (1), dans sa pathogénie des maladies mentales, admet que, dans la plupart des cas, des maladies du foie sont le point de départ des désordres intellectuels. Tissot, Morgagni, Lieutaud, Bonet, Hufeland, Cheyne, etc., rapportent des exemples qui démontrent l’origine dans le foie de certains délires sympathiques.
(1) Burrow et Thomson, Magasin médical de Londres, octobre 1 8 1 G.
Une femme, d’un naturel gai, et n’ayant éprouvé aucune affection morale, devint iclérique et perdit aussitôt son enjouement habituel, auquel succéda une disposition invincible à la mélancolie. La résolution de la maladie du foie arriva bientôt et fut accompagnée du retour de la bonne humeur; plusieurs récidives de l’ictère ont toujours déterminé les mêmes accidents moraux (1).
Les principales lésions du foie qu’on a signalées chez les aliénés, sont des tubercules de différente grosseur, depuis celle d’un grain de millet jusqu’à celle d’un œuf de poule, disséminés dans le parenchyme de cet organe; des abcès enkystés renfermant du pus mélangé avec de la bile ; des dégénérescences graisseuses, et c’est là l’altération la plus fréquente; des kystes hydalidiques, des adhérences avec le diaphragme. Greding signale aussi la conformation vicieuse et la situation anormale du foie, et la compression de cet organe par des tumeurs enkystées. Bergman et Georget ont vu la face convexe du foie adhérente au diaphragme.
S ix.
Les affections organiques de la vésicule du fiel et des conduits biliaires agissent probablement de la même manière que les lésions du foie lui-même. J’ai rencontré quelquefois à Charenton des ôbstructions des conduits biliaires; dans plusieurs cas la vésicule était presque atrophiée et remplie d’un liquide légèrement visqueux et presque incolore. Georget avait signalé des faits analogues. Hayner (2) a trouvé des vers dans le foie et dans la vésicule biliaire d’une femme affectée de délire mélancolique avec penchant au suicide. Je ne m’arrêterai pas à décrire avec Greding les conformations
(1) Nouveau journal de médecine, observation de MM. Délayé et Foville, t. XII, p. 117; septembre 1821.
(2) Nasse Zeitsch, 1818.
vicieuses, et les variations de structure et de volume de la vésicule biliaire.
Beaucoup de ces aItérations*qu’on a signalées ne sont pas accompagnées, à vrai dire, d’une étude convenable du mode d’invasion et des symptômes primitifs de la maladie, et ils n’offrent pas en conséquence beaucoup d’intérêt pour la science.
J’indiquerai encore, avec Wiedmann et Greding, les calculs du foie qu’il n’est pas rare de rencontrer dans la vésicule du fiel de quelques maniaques ou mélancoliques. J’ai pu constater cette altération, mais je ne pense pas qu’il faille y attacher une grande valeur. Je dirai la même chose des changements de couleur et de consistance que Greding et Marcard ont décrits dans la bile.
SX.
On a accordé aux maladies de la rate une influence sur les facultés de l’entendement, que les faits ne justifient pas suffisamment. Friedreich voit une preuve de l’importance morale de la rate dans ce fait constant que, chez tous les monstres qui sont privés de l’organe de l’intelligence, chez les acéphales, la rate manque toujours aussi, de même que chez les hémicéphales on la trouve régulièrement très-petite et très-imparfaite.
Greding signale des anomalies de conformation extérieure et de position, de consistance et de volume, des plaques cartilagineuses, des adhérences avec le foie et le diaphragme. On a trouvé chez des mélancoliques de très-grosses rates qui pesaient depuis 2 jusqu’à 15 kilogrammes; mais, par contre, Geiger (de Melanchotia hypocliojidriaca) rapporte l’exemple d’une très-petite rate.