Au chap. III, ci-dessus, p
2. Son mémoire, qui a été cité souvent dans les notes de cet ouvrage, forme le ms. 971 de la Bibliothèque du service hydrographique de la Marine.
3 F" 1 du ms.
'4. Cf. la note sur les observations de Voysin à propos du nombre des hommes soumis à la garde, ci-dessus, p. 72.
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outre la capitainerie de Mannerville se trouve divisée en deux (Dieppe et la Chapelle-Stc-Marguerite), mais elle continue à n'avoir qu'un capitaine. Mais le nombre des paroisses soumises à la ji^arde dans chacune a beaucoup changé : partout il a augmenté, sauf dans les capitaineries de Villerville et du Tréport.
Pour Villerville, la diminution (de 30 à 13) s'explicjue par la réduction d'étendue de la circonscription; quant au Tréport, la réduction de 68 à 34 (les 7 « nouvelles » ne devant pas entrer en ligne de compte, puisque, par définition elles sont des acquisitions récentes en 1688) est difficile à expliquer autrement que par une erreur matérielle du mémoire de Voysin. 11 faut observer en effet que le noml)rc dhomraes de la capitainerie n'a subi qu'une faible diminution de 1665 à 1688 (2 130 au lieu de 2 312). D'autre part, on peut constater que le chiffre de 68 paroisses assigné par Voysin à la capitainerie du Tréport est beaucoup plus élevé que celui de toutes les autres : la plus importante ensuite étant celle de Saint- Georges-de-Hélain (ou la Roque de Rille) avec 40 paroisses. On peut donc émettre l'hypothèse d'une erreur du copiste, qui aurait substitué 68 à 28. confusion due à l'emploi des chiffres romains (LXVIII et XXVIII).
Si l'on met de côté ces deux capitaineries du Tréport et de Villerville; si l'on élimine également celles de Thiboutot et du Tôt, pour lesquelles Voysin ne donne pas de chiffres, on arrive à un total de 215 paroisses en 1665 et 347 en 1688, sans compter les paroisses « qui se prétendent exemptes » en 1688, soit un accroissement de 132 paroisses, plus de 60 p. 100.
Quant au nombre des hommes dans les mêmes capitaineries — dont on doit retrancher encore celle de Sainte-Helaine (ou du Val-de- Ti<{ues) pour laquelle Voysin ne donne pas de chiffres, — on voit qu'il est passé de 16 387 en 1665 à 20 497 en 1688, soit une augmentation de 20 p. 100 environ.
Comment expliquer cette augmentation? On ne peut évidemnient justifier l'accroissement du nombre des paroisses par l'apparition de paroisses nouvelles : le fait ne s'est pas produit en Normandie entre les deux dates considérées, ainsi que le montrent les statistiques d'élections. Il n'est pas davantage vraisemblable que l'étendue des circonscriptions vers l'intérieur ait été accrue, les limites de la zone sujette à la garde ayant toujours été fixées de la même façon par les ordonnances.
Il faut donc admettre qu'à l'intérieur même de cette zone, M. de Montmort a enrôlé des paroisses qui n'avaient pas été comptées par Voysin; hypothèse très vraisemblable, car la garde étant une charge onéreuse pour les paysans, il était naturel qu'ils cherchassent à s'en dispenser, soit par la fraude, soit par l'obtention d'un privilège régulier. C'est ce qui apparaît dans l'enquête de Montmort : dans chaque capitainerie, l'ingénieur a trouvé un certain nombre de paroisses soumises incontestablement à la garde : ce sont celles qu'il a inscrites dans la colonne des « anciennes »; mais quantité d'autres ont prétendu être exemptes : il a dû en conséquence examiner leurs titres, et quand il a reconnu leur prétention
non fondée, il les a ajoutées d'office à la liste, sous le titre de « nouvelles paroisses « ; dans le cas contraire, il les a rangées dans la colonne « se prétendant exemptes ». Ainsi Taccroissement des chiffres de 1688 s'explique par un plus grand soin mis à rechercher les paroisses sujettes à la garde.
Cette explication vaut également pour l'accroissement du nombre des hommes : même dans une paroisse assujettie à la garde, certains individus se prétendaient exempts, à divers titres. Mais cet accroissement est proportionnellement beaucoup plus faible (20 p. 100 contre 60 p. 100). Pour expliquer cette différence, faut il admettre une diminution de la population, comme le fait Voysin en comparant son chifire avec celui de 1614? Cela est difficile, car cette diminution serait énorme, et les autres renseignements ne permettent pas de l'imaginer aussi grande — si même elle existe. Faut-il supposer un changement dans les conditions d'enrôlement des miliciens, changement introduit par l'application de l'ordonnance de 1681? Ou bien doit-on penser que tous ceux que l'on s'attendrait à voir figurer dans le compte et n'y figurent pas avaient acquis régulièrement ou indûment l'exemption de garde? Ou bien enfin la statistique de l'un ou de l'autre fut-elle mal dressée? C'est ce qu'il est impossible de décider. En tous cas, il serait imprudent de tirer une conclusion ferme de ces différences de chiffres '.
Montmort ne se borna pas à décrire les capitaineries, il en fit aussi di'esser des cartes. En nov. 1686 il avait chargé les « sieurs de la Prairie, Cairon, Pontion, Banville et de Luc, ingénieurs et dessignateurs, de se transporter depuis la rivière de Coesnon... jusqu'à Touques pour prendre le profil et perspective de ladite coste, lever les plans de chaque capitainerie, en faire des cartes exactes, marquer tous les bans de sables et rochers qui sont le long de la coste jusqu'aux grandes rades, et depuis Touques jusqu'à Rouen le long de la rivière de Seyne les sieurs Père et de Glos, d'Honfleur, pour lever exactement le plan de toutte la rivière de Seyne depuis l'embouchure jusqu'à Rouen..., ensemble faire des cartes des capitaineries qui sont le long de ladite rivière ; et depuis ladite ville du Havre jusqu'au Tréport les sieurs Du Bocage fils, Surchamp, David Laisné, Guillaume Thiebout, Daupeguard et François Jiie, de Dieppe, pour pareillement dessigner toutte ladite coste, en tirer le profil, et faire des cartes de chaque capitainerie » (f" 28). D'autre part, il fit dresser par chaque capitaine garde-côte la carte de sa capitainerie; il se fit accompagner lui-même par un dessi-
1. Sur les capitaineries, v. l'ordonnance de la marine d'août 1681, liv. IV, tit. V et VI; Valin, Nouveau commentaire sur l'ordonnance de la marine, La Rochelle, 1760, in-4°, à ces titres; Hippeau, Le gouvernement de Normandie... t. I, p. 1-160; D'Estaintot, Saint-Valery en Cau.r et ses capitaines s^ardes-côtes du XVP au XVIII' siècle, dans le Précis anal, des trav. de VAcail. de Rouen, 1^85. Un important arrêt du Conseil du 15 juillet 1721 remania les circonscriptions et réforma les règlements antérieurs : V. une table des nouvelles capitaineries délimitées en exécution de cet arrêt à la Bibl. du serv. Lydrogr. de la Marine, ms, 273, avec cartes, et d'autres cartes, signées Lemoine et datées de 1740, aux Arch. du même service, portef. 36, div. I, pièce 8, et portef. 37, div. I. pièce 6.
GENEKALITK DE ROUEN.
nateur, Elie Daubenton, qui prit des croquis. Le 10 mai 1687, il réunit et compara toutes les cartes qu'il avait reçues, « et après avoir refforiiié tout ce qui se seroit trouvé de deffectueux et de manque ausdites cartes sur les mémoires, explications et desseins que nous aurions pris nous-mesme avec ledit Eslie Daubenton pendant notre dile visite et voyage, nous aurions fait copier par lesdits sieurs Du Bocage et Surcbamp touttes lesdites cartes dans des feuilles esgalles en faisant des cartes particulières de chaque capitainerie et des plans de touttes les places, ports et lieux les plus considérables de toutte ladit,e province, ensemble une carte generalle de toutte la coste ». Il y joint en outre la copie de la carte de Dubocage père ', « de ladite rivière de Seine, ou tous les bancs, sables, courants et fonds sont marqués très exactement, avec les lieux les plus considérables qui sont le long de ladite rivière » (f° 30).
Toutes les cartes dont il est parlé dans le mémoire se trouvent dans le manuscrit. La carte générale des côtes - est peu fidèle pour le tracé du rivage : la forme générale est inexacte, et, comme dans la plupart des cartes anciennes, le profil en dent de scie des falaises a fait donner à la ligne de côte une allure plus sinueuse que dans la rcalilé ; en outre, les distances ne sont pas très exactement reportées; mais on y trouve des indications précieuses sur la nature du rivage, les ports, les corps de garde, les limites des capitaineries. — Les cartes détaillées des capitaineries, dressées à des échelles 1 1
variant du
environ, sont soignées en apparence;
tous les villages y sont figurés, mais leur emplacement ne paraît pas repéré avec grand soin. Enfin, au folio 105 se trouve la carte de Testuaire par Dubocage. Toutes ces cartes, à grande échelle, forment un ensemble unique pour l'époque. Elles pourraient fournir matière à une étude géographique utile.
1. Il s'agit de Dubocage-Boissaye, hydrographe, qui fournit Ji Voysin le beau plan du Havre qui accompagne le ms. A. (ci-dessus, p. 9). La carte dont parle ici Montinort est celle de l'estuaire de la Seine, en lt)77, qui est aux Arch. du^ serv. hydrogr. Portef. 37 div. I, pièce 4, reproduite dans Lennier, Vestuaire de la Seine, atlas.