PRONOMS RELATIFS
Dans les chartes de Joinville, comme aujourd'hui, notre pronom relatif lequel, laquelle^ présente l'article combiné avec le mot quel et conservant néanmoins la liberté entière de ses flexions. Aussi la distinction du masculin et du féminin est-elle facile partout où l'article fournit le moyen de la faire ; mais au régime pluriel, l'article devenant commun aux deux genres, il n'y a moyen de les distinguer que dans les passages où le pronom, contrairement à l'usage plus ordinaire, prend une désinence féminine. J'ai noté desquelles (U 6), lesqueles (Y 13), lesquelles (Z 36), laquelle (T 43) et liquele (X bis 35). Relativement au nombre des désinences masculines, ce sont des exceptions; mais je devais les signaler avant d'indiquer les formes régulières et habituelles de ce pronom.
J'ai noté, pour le masculin, au sujet singulier li qiiex (F 5, U 11 et 16) ou li quès (P 12) ; au régime, le quel (G 22, Z 15) ; au sujet pluriel li quel^ (S 6, W 22 et 216); au régime les quels ou les quelz (Y 16 et 19, Z 46), les qués (L 70 et 72, S 36), et les queis (G 5); puis desquex (L 5, Q 18 et 24),
1. C'est ainsi encore qu'on trouve en icelle ore dans le Credo (p. 518), et les appendices d'icele (X bis 36).
2. On trouve U quex au pluriel (U 13); mais c'est une des rares fautes qui ont été commises dans les chartes de Joinville.
desquieœ (E ter9)y desqués (N 15), desquelz (V 28, Z 31), auqués (L 38), auœqueiœ (W 185). Pour le féminin, on trouve, au sujet singulier, la quex (Q 15, T 12) ou laquez (H 67); au régime laqueil (K 47) et surtout la quel (H 121, M 21, N 47, P 36, Q 42, X bis 6, Z 9); au pluriel lesquels (G 9), lesqués ^ (L 85) et /e5 gii^^ (M 17), sans qu'il y ait lieu de distinguer le sujet du régime, parce qu'en règle générale cette distinction n'existait pas pour les désinences du féminin pluriel. On voit au contraire qu'au singulier il y avait pour le pronom dont il s'agit une distinction du sujet et du régime, aussi constante au féminin qu'au masculin.
Outre ce pronom combiné avec l'article, il y en avait un autre qui servait généralement pour les deux genres et pour les deux nombres, faisant au sujet qui, au régime oui et que. Le mot oui sans préposition peut répondre au latin cujus, comme dans la charte de 1298 (W 107), où on lit : « cil pour cui meifait » (ille pro cujus malefactoY . Il pouvait encore répondre à l'accusatif quem, comme dans la charte de 1292, oui Dieœ absoile(Tb), et à l'accusatif gt^05, comme dans la lettre de 1315, où les mêmes mots (AA 20) doivent se traduire par quos Deus ahsolvaf^. Enfin j'ai trouvé cui précédé de lune des prépositions à (W 58), pour (W 172) et sus (Q 11); ce qui montre assez que ce régime du pronom relatif pouvait se combiner avec toutes les prépositions et répondre à tous les cas.
Je ne citerai pas d'exemple du pronom que employé au régime masculin ou féminin, tant au singulier qu'au pluriel; il me suffira de dire que ces exemples sont fréquents et conformes à l'usage moderne. Ce qui s'écarte de cet usage, c'est que de temps en temps que est substitué à qui pour le sujet féminin pluriel (Q 35 et 45, R 38 et 47, W 133). Ce ne sont que des exceptions, mais elles sont assez nombreuses pour attester l'influence de la forme latine quœ, plutôt qu'une irrégularité provenant de la distraction ou de l'ignorance du copiste. Je ne verrais au contraire qu'une erreur de copiste dans un passage où que remplace qui au sujet pluriel masculin : « des marriens que mestier
1. La même désinence reparaît dans le régime indirect desqués (N 19).
2. Voyez aussi (E bis 15, E quater 15) « de cui heritaige, » de cujus hercditate.
3. Cui pouvait aussi répondre au datif, comme dans ce passage du Credo (p. 528). cui Diex envoia le feu dou ciel.
» lour averont » (H 113). Quant à l'emploi de que au sujet singulier, dans des passages où il répondrait au latin qiiod, j'en parlerai quand je signalerai quelques traces du neutre dans le vieux français.
11 me reste à parler du mot dont qui prenait déjà fréquemment la valeur du pronom relatif, quoique par son étymologie il tînt de la préposition latine de combinée avec l'adverbe unde. Il se présente habituellement sous la forme dont (R 13, X 10 et 65); mais on rencontre aussi don (E ter 23) et même doit (E ter^Ti). Dans les différents passages que je viens d'indiquer, il fait l'office de pronom relatif; mais c'est plutôt son acception à la fois adverbiale et conjonctive qu'il a conservée dans le passage suivant : « plusours entrepresures dont l'abbes et li couvens se plaignoient » de Jeliannet » (R 5).
Dans l'Histoire le mot dont conserve toujours le t final, mais je n'ai pas noté de passages où il figurât comme pronom relatif. On y trouve le pronom oui employé de la même manière que dans les chartes, avec ou sans préposition; seulement il y est souvent écrit qui selon l'usage actuel. L'orthographe moderne y est bien plus souvent encore employée pour le relatif combiné avec l'article; cependant on y trouve quelquefois laqiiel au féminin (laqiiel chose, p. 34). Il est moins rare d'y rencontrer l'ancienne désinence quiex; mais au lieu d'être affectée au régime pluriel masculin, elle paraît aussi au sujet, combinée dans l'un et l'autre cas avec l'article les, ce qui est complètement contraire à la distinction observée dans les chartes. C'est encore là une confusion introduite par le copiste du manuscrit A.