‹ Mémoire sur la langue de JoinvilleChapitre 26 sur 55 · FUTUR ET CONDITIONNEL · texte numérisé non relu

FUTUR ET CONDITIONNEL

Le futur et le conditionnel peuvent donner lieu à quelques

1. J'ai noté mirent dans une charte de 1303 (Y 16); dirent c\ prirent paraissent quelquefois dans l'Histoire, où dominent cependant distrent et pristrent ; mais fislrent n'y est jamais employé à côté de firerit, dont les exemples sont trèsnombreux. Il faut donc conserver l'une et l'autre forme, sans prétendre introduire sur ce point une régularité systématique.

2. Je ne pense pas qu'il en fût de même pour les prétérits en u; j'ai bien noté dans l'Histoire couru, mais on y trouve but, crut ; de même dans le Credo j'ai remarqué quenut.

observations communes. Les terminaisons du futur étaient fixées dans les chartes comme elles le sont aujourd'hui ; c'est par exception que Ton y trouve, a la troisième personne du singulier, paierai, serai, tanrat et viverât avec un t final. C'est encore par exception qu'à la première personne la finale a paraît dans les verbes soffrera (E bis 19) et vanra (E qiiater 20, L bis 7). Des exemples beaucoup plus nombreux consacrent la désinence ai, qui paraît seule dans le Credo, et qui est aussi justifiée par le texte de l'Histoire, malgré quelques exemples, tels que faimeré, je dire, je respondrè, où elle est remplacée peu correctement par un é.

Les désinences du conditionnel étaient les mêmes que celles de l'imparfait, oie à la première personne du singulier, iens à la première du pluriel : la désinence oie est pour ainsi dire constante dans l'Histoire, mais au pluriel c'est la forme ions qui domine : les chartes et le Credo ne l'employant jamais, il n'est pas douteux qu'il ne faille préférer la désinence iens, sans s'arrêter aux variantes eiens, eeins et iemes.

Deux caractères communs au futur et au conditionnel peuvent s'observer dans les chartes : plusieurs verbes de la première conjugaison perdent, en se contractant, Ve de nos infinitifs en er, répondant à Va des infinitifs latins en are; au contraire, dans plusieurs verbes de la troisième et de la quatrième conjugaison, on retrouve Ve des infinitifs latins en ère. qui a disparu de nos futurs et de nos conditionnels. Voici quelques exemples des formes contractes de la première conjugaison : demouront (Y 43), donra (W 165), donynens (W 113), au lieu àedemoureront, donnera, donneriens. J'ai noté de même dans l'Histoire comparrez, demourrai, donra, et dans le Credo, dernourra, durra. C'est ainsi que par exception du verbe envoyer, nous îovmoxis j'enverrai, j'enverrais^. Au contraire, Ve de l'infinitif latin, qui a disparu du futur et du conditionnel dans les verbes tels que avoir ^ devoir, mouvoir, connaître, 7nettre, perdre, rendre, vendre, s'y montre le plus souvent dans les chartes de Joinville, où j'ai noté avérons, averont, averoit, averiemes ou averiens, aver oient, deveroit, mouveroit,

1. Ce n'est pas cette forme contracte qui se présente dans la charte de Vaucouleurs, où je trouve envieroknt, au lieu de envoieroient (W 36) ; ni dans le Credo, où on lit (p. 528) envoieroit.

co7inoistera, ineteriens, perdera, renderoient , venderont. Des exemples analogues se rencontrent dans l'Histoire et dans le Credo, mais moins uniformément, et aucun de ces exemples ne s'applique au verbe avoir.

Je ne parle pas d'autres formes contractes telles que tenront, venront, parce que Ye etlï des infinitifs latins tenere et ventre ne paraissent pas davantage dans nos futurs tieyidront et viendront. Mais je dois signaler un déplacement de la lettre r dont l'Histoire et le Credo fournissent plus d'un exemple : au lieu de délivrera, moustrera, rantreroit, antreront, on y trouve deliverra, mousterra, ranterroit, anterront. C'est une habitude orthographique dont les textes du temps fournissent beaucoup d'exemples, quoique les chartes de Joinville ne m'en aient pas offert un seul. J'y ai bien noté le futur soufferrai; mais la forme de l'infinitif latin siifferre empêche qu'on ne reconnaisse là un déplacement de Yr analogue à ceux que je viens de citer.

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