PRÉSENT DU SUBJONCTIF
Ve final caractérisait la première personne du subjonctif présent dans les textes contemporains de Joinville. Je n'en ai
noté qu'un exemple dans les chartes, Je face (W 217) ou Je fasse (R 71); mais ils sont nombreux dans l'Histoire. Il est probable que la seconde personne du singulier se formait par l'addition d'une 5 à la première. A la troisième personne du singulier, certains verbes de la première conjugaison suppriment Xe final, en modifiant quelquefois une ou plusieurs des lettres qui le précèdent : c'est ainsi qu'on trouve dans l'Histoire doint et gart, dont la première personne devait être doinse et garde. La forme dist, consacrée dans la locution si nvaïst Deœ, suppose pour la première personne aïsse^. Une charte d'octobre 1266 présente la forme griet, en latin gravet, dont la première personne pouvait être griese'^. Les chartes offrent quelques exemples de la première personne du pluriel, aiens, faciens, pidssiens et soiens ou 5oen5; j'ai noté de même dans l'Histoire les subjonctifs 7nangiens et moivriens, qui autorisent à croire que la désinence en iens dominait pour cette première personne au présent du subjonctif tout comme à l'imparfait de l'indicatif et au conditionnel, ce qui est d'ailleurs conforme à beaucoup d'exemples fournis par les autres textes du temps. Les subjonctifs ^wz55on5 (p. 536) et traveillons (p. 534), que j'ai notés dans le Credo, et beaucoup d'autres qui se terminent aussi en ons dans l'Histoire, n'empêcheraient pas de suivre à cet égard les indications fournies par la chancellerie de Join ville, si à la seconde personne du pluriel, où les chartes font défaut ainsi que le Credo, l'Histoire ne contenait un très-grand nombre d'exemples dans lesquels la désinence du présent du subjonctif ne diffère en rien de celle du présent de l'indicatif.
En effet, outre accoiisturnez (p. 18), tenez (p. 218), véez (p. 394), attendes (p. 264), et beaucoup d'autres verbes terminés en ez au lieu de iez, on y trouve des verbes comme dites et faites (p. 14), qui conservent une forme toute différente de celle qui caractérise aujourd'hui le subjonctif. Dans d'autres passages on trouve, avec une forme qui ne peut d'ailleurs convenir au présent de l'indicatif, la désinence ez encore préférée à iez, par exemple dans puisses (p. 280) et dans facez (p. 256). En outre
1. C'est ainsi qu'à tvuist répond dans les textes du temps la première personne truisse.
2. Dans une charte de 1302, on trouve greusessent (X 6); mais cette forme se rattache à rmfinilif ^/rews/er (se plaindre), tandis que griet (L 20) se rattache à l'infinitif grever.
je dois faire observer que des mots tels que chaciés, courroiiciés, ne font pas exception à ce que je viens de dire, parce que l'on y écrivait lez plutôt que ez, même à la seconde personne du pluriel de l'indicatif présent, par la même raison qu'à l'infinitif on y écrivait chacier et courroiicier plutôt que chacer et courroucer .
Cependant il n'est pas douteux qu'il y avait pour le copiste du manuscrit A un véritable subjonctif, qui se manifestait clairement, même à la seconde personne du pluriel, d'abord dans les formes puisses et facez que je citais tout-à-l' heure, puis dans faciez (p. 418), dans preignés (p. 252), dans soies (p. 210). Mais il est certain aussi que dans une même phrase, à ces formes non équivoques du subjonctif, sont accouplés des verbes qui ont la forme de l'indicatif quoiqu'ils soient nécessairement au subjonctif : « Et vous commandons que vous en râlez vers vostre » seigneur, et dedens quinzainne vous soies ci arière, et appor- » tez au roy, » etc. (p. 302). Ces formes râlez, apportez, et autres semblables proviennent-elles du manuscrit original, ou ont-elles été introduites par le copiste? Si l'on se rappelle que ce même copiste a écrit souvent à la première personne du pluriel façons (p. 230), melons (p. 136), etc., là où les chartes permettent de supposer qu'il aurait dû écrire faciens, metiens, on sera porté à croire qu'il a pu aussi altérer les formes de la seconde personne du pluriel. Mais ce qui m'a empêché de m'arrêter à cette hypothèse, c'est que souvent le manuscrit de Lucques est d'accord avec l'autre, et que deux copistes à deux siècles d'intervalle n'auraient pu altérer de la même façon le texte original. Il est donc plus sûr de reproduire les manuscrits, surtout pour la seconde personne du pluriel, et de n'introduire la désinence iens à la première personne que dans les passages où les manuscrits offrent la finale ions au lieu de ons.