IMPARFAIT DU SUBJONCTIF
Quoique l'imparfait du subjonctif se présente rarement dans les chartes, les exemples qu'on y trouve suffisent pour constater que les formes habituelles du manuscrit A doivent s'accorder généralement avec l'orthographe du manuscrit original. Pour la première conjugaison, l'Histoire présente au singuher les
désinences asse, asses et ast^ ; une charte de 1272 contient le verbe gannast (F 12), et le Credo fournit les verbes osasse (p. 510), alast (p. 512), et donast (p. 530). Au pluriel, j'ai noté à la troisième personne laissassent (H 123) ei greusesseyit (X 6). La première désinence se rencontre aussi dans l'Histoire [aidassent, osassent, ostassent, etc.); mais on y trouve aussi une désinence adoucie qui est l'équivalent de celle du verbe greusessent : j'en citerai pour exemples devéissient (p. 42) et seingnissient (p. 330). Cet adoucissement n'est pas sans exemple dans l'Histoire à la seconde personne du pluriel; j'y ai noté amissiez (p. 18). Il est bien plus fréquent à la première personne, où l'on trouve aidissons (p. 46), alissiens (p. 112), alissions (p. 202), alissons (p. 116), demourissons (p. 156), e7tvoison (p. 224), esveillissiens (p. 116), loïssons (p, 78). Dans les exemples que je viens de citer, il faut noter, indépendamment de l'adoucissement de Va en i, les formes iens, ions, ons et on, que le copiste emploie alternativement et quelquefois dans la même page. Le mélange de ces désinences ne se présente pas seulement pour les verbes de la première conjugaison, mais dans tous les autres. C'est une mauvaise habitude du copiste du manuscrit A, condamnée parles chartes, où j'ai noi^peussiens (W 189 et X 23), veissiens et voisissiens (W 29 et 78), sans y trouver d'exemple des désinences en ions, ons et on, auxquelles il faut substituer uniformément iens, comme à l'imparfait de l'indicatif et au conditionnel. Pour justifier cette correction par un exemple décisif, je dirai que la forme très-irrégulière envoison est tirée d'un passage de l'Histoire que le Credo reproduit; or on trouve dans ce dernier texte envoïssiens (p. 524) au lieu de envoison, en sorte que cette altération de l'orthographe originale est constatée par deux preuves indépendantes et tout à fait incontestables.
Pour les trois dernières conjugaisons, l'imparfait du subjonctif n'avait généralement, sauf iens à la première personne du pluriel, que des désinences consacrées par l'usage actuel. J'ai noté dans les chartes une double forme pour le verbe pouvoir à la troisième personne du singulier, peitst (V 21) eipoist (C 23) : cette dernière forme se retrouve dans le Credo (p. 512 et 522).
1. C'est par exception que l'on trouve à la troisième personne du singulier sacordat et parla.
Dans les chartes comme dans l'Histoire, la double consonne $t est, plutôt que le t simple, le signe caractéristique de la troisième personne du singulier. Au lieu de nos formes contractes vÎ7tt, vmssions, mussent, j'ai trouvé venit (0 30) et plus correctement venist^ (p. 510 du Credo), puis dans l'Histoire venissiens (p. 360) et venissent dans le Credo (p. 522). On rencontre aussi dans l'Histoire tenist, detenissent, etc. Il y faut noter aussi deux formes beaucoup plus rares, attendrisist (p. 82) et partisist (p. 238, 250 et 256). Quelques exemples fournis par les chartes et confirmés par différents passages de l'Histoire et du Credo, permettent de dire que les verbes de la troisième et de la quatrième conjugaison qui avaient perdu par contraction la dernière consonne de leur radical latin, ajoutaient un e avant les désinences ordinaires de l'imparfait du subjonctif: ainsi on écrivait dans les chartes peussiens (W 189), veissiens (W 29), feisse (T 6 et V 15), deissent (X 6); dans l'Histoire meisse, preisse, teusse, creusse, occeist, etc. Au contraire, je trouve dans l'Histoire deffendisse, descendist, vesqidst^. Sans prétendre que cette distinction fut toujours observée, on peut affirmer que les exemples s'en présentent fréquemment. Cependant il y a désaccord entre la charte de Yaucouleurs pour le verbe vendeist et l'Histoire pour le verbe perdist : cela tient peut-être à ce que la contraction du double d, qui était encore accusée par la forme vendeist pour vendidisset , mais qui ne l'était plus par la forme perdist pour perdidisset, doit être considérée comme une contraction secondaire, en ce sens qu'elle laissait subsister le d radical. On s'expliquerait ainsi que la trace de cette contraction, déjà effacée dans la prononciation, tendît à disparaître aussi de l'orthographe. Je ne crois donc pas qu'il y ait lieu de substituer dans l'Histoire perdeist à perdist, ou rendeissent à rendissent ; mais y trouvant 7neust (p. 154), je suis autorisé à n'y pas laisser miist (p. 344).
1. CeUe forme se représente très-fréquemment dans l'Histoire.
2. C'est bien certainement par erreur que le copiste du manuscrit A a écrit despendeit au lieu de despendist, qui se lit dans le manuscrit L.