P. CONSONNES
Après avoir parlé des voyelles et des diphthongues, il me reste à présenter sur les consonnes quelques observations que j'abrégerai autant que possible.
Le redoublement du ^, comme celui de la plupart des consonnes, était souvent négligé malgré l'étymologie ; on écrivait donc quelquefois abé ou abei, et l'on devait prononcer ainsi quoique l'usage le plus ordinaire fût d'écrire abbé ou abbei. Le b devait être muet dans absoile (T 5), puisqu'on trouve aussi assoille [Credo, 508). Je n'ai pas remarqué que le b ait été nulle part remplacé par la consonne forte p.
Le c doux se prononçait probablement comme aujourd'hui, sinon qu'il alterne avec ch dans les mots faucie et fauciées; c'est par exception qu'on a écrit une fois capele au lieu de
chapele, et coses au lieu de choses ^ . Il remplace notre double s dans fauce, et au subjonctif du verbe faire (face, faciens, facet), où il représente plus exactement l'orthographe latine, quoique la forme fasse s'employât déjà. C'est parce qu'il se prononçait comme Vs au commencement des mots que l'on écrivait quelquefois par erreur ce (H 168) au lieu de se et ces (H 118, P 20, R 19) au lieu de ses. Il devait avoir à l'occasion le son de notre ç à cédille, par exemple dans les mots cà, cay, renonçons.
Le c dur s'employait comme aujourd'hui devant les voyelles a, 0 et ii; mais il remplaçait par exception les lettres qu dans coi (L 36) et dans que, lorsque ce dernier mot était suivi du pronom on : l'on trouve donc con (P 3) et com (R 41) au lieu de qiion. Conformément à une loi qui voulait qu*à la fin d'un mot la consonne douce fût remplacée par une forte, il se substituait au g dans les mots sanc et lonc, mais il devait rester muet quand le mot suivant commençait par une consonne. Il l'était certainement dans oct ambre et octaves, qu'on écrivait aussi ot ambre et ottaves.
Sans prétendre que l'articulation du d fût plus voisine qu'aujourd'hui de celle du t, je dirai qu'on trouve une fois garandir (S 99) au lieu de garantir^, et que l'Histoire offre dans le mot debde un autre exemple de cette permutation.
L'/* finale ne s'articulait probablement pas aux cas indirects bief et chief, puisqu'elle ne figurait même plus à la fin de fié ou fiei où elle eût dû représenter le v de fevum. Elle ne figurait pas non plus dans les sujets blés et chiés parce que l'addition d'une 5 à la fin d'un mot faisait ordinairement disparaître la consonne précédente, à moins que cette consonne ne fût une m, une n ou une r. La lettre /"se retrouve encore à la fin du nom de nombre nuef, où elle remplace le v étymologique, comme elle tient lieu du p dans chief.
Quoique le g eût habituellement le son dur devant l'a, Vo et Yu, et le son doux devant les deux autres voyelles, on trouve d'une part, dans trois chartes différentes, la forme obligons, dont la véritable prononciation devait être exactement indiquée par la variante oblijons, de l'autre les mots longe et longemant,
1. Il est probable que le copiste aura cédé involontairement à l'influence de l'étymologie latine.