A moins qu'il ne s'y prononçât comme ch
2. La même observation est applicable au xixcAqannasi (F 11).
deseure que j'ai notée une seule fois dans le passage suivant : « les choses ci deseure escrites (S 105). ^> Il est vrai que le même mot est écrit avec 1'^ finale dans un passage où le mot suivant commence par une voyelle, mais le sens indiquait à cet endroit un repos suffisant pour empêcher de faire sentir la liaison de 1'^ dans la prononciation : « l'estant lou molin de la Doiz et la » coste de desus, à tout lou pourpris qui siet à l'issue de Domartin » lou Franc (I 94) . » La lettre r simple ou redoublée s'employait au lieu de dr dans plusieurs mots tels que vanrredi, panvre, tanroit ou tanrroity vauroit, vorient, vorrient; j'ai rencontré pourtant un exemple de prendre, prandrai^ voudrait et voudraient.
La lettre s simple ou redoublée avait le son du c doux dans conosant, connoissant, alesens, alessiens; ce qui explique qu'on ait pu l'employer au lieu du c doux dans sey^vise et jostisse. Cela n'empêchait peut-être pas qu'elle ne se prononçât comme un z dans maison ou maisson, devisé ou dévissé. Elle remplace l'^r étymologique à la fin du moi pais et dans sestière, comme elle est quelquefois remplacée par Vœ dans le substantif inoiœ et la conjonction maioo. Elle alterne fréquemment avec le z après Yé final des mots tels que donnés. J'ai déjà dit que sans être articulée elle servait d'appui à une voyelle, comme dans le mot lestre.
Dans les substantifs qui se terminent par tion le t avait le son du c doux, qui l'y remplaçait très-souvent (condicion, diminucion). Le v se rencontre au heu du b dans truvle et taisivleinent; il est remplacé par le w dans wal, loandue, octawes; peut-être occupe-t-il la place de Vh dans le nom de nombre huit qu'on trouve écrit vuit et wit. Ce que j'ai dit de Vx et du z en parlant de 1'^ suffit pour montrer que ces consonnes pouvaient souvent se substituer l'une à l'autre surtout à la fin des mots ; mais Ve à la suite duquel on ajoutait un œ ou un z n'était pas muet, tandis que celui qui était suivi de ïs pouvait l'être.
32°. DE l'7 parasite.
Je termine en disant quelques mots d'une question qui se rattache en même temps à l'articulation de certaines consonnes et à l'emploi qui se faisait de Vi comme voyelle parasite ou
presque muette, notamment dans plusieurs infinitifs et participes passés de la première conjugaison. Pour mieux déterminer l'influence que l'articulation des consonnes pouvait exercer dans l'emploi de cette voyelle, je prendrai pour premier exemple le verbe i^enoncier, où il seniblerait qu'elle n'a été introduite qu'à cause de l'étymologie latine.
Ce qui prouve que dans ce verbe la présence de Vi ne doit pas s'expliquer uniquement par l'étymologie, c'est que en parcourant les exemples fournis par les chartes, on trouve Yi employé dans le participe renonciez mais supprimé k la troisième personne du pluriel de l'indicatif présent renoncent, comme à la première renonçons. L'z parasite n'était donc pas mis uniquement à titre de lettre étymologique ; il n'y était pas davantage pour indiquer que le c avait le son de 1'^ ; car il n'eût été nécessaire que devant Yo de renonçons où le c aurait dû se prononcer comme im Â, si les lecteurs n'avaient su d'avance que cette articulation gutturale était exclue de toute la conjugaison de ce verbe. Quelle est donc la circonstance qui peut expliquer que Yi parût inutile pour figurer la prononciation de renoncent ou de renonçons, et qu'il ne le parût pas pour celle de renoncé? Il me semble que si l'on compare l'articulation de ces trois finales, même dans notre prononciation actuelle, on entend que le sifïlement du c est moindre dans la première que dans la seconde, et dans la seconde que dans la troisième. Or, comme il atteindrait son maximum dans la syllabe ci, on doit croire qu'en écrivant renoncié on voulait indiquer un sifflement moindre, mais voisin de celui-là. C'est par la même raison que Yi parasite figure dans la finale de gagier, sans être employé dans la pénultième de engaigera; la prononciation actuelle des syllabes ge et ger présente une difierence analogue à celle que je signalais entre les finales de reno7icent et renoncié. C'est un sifflement plus fort dans la finale de gagier qu'on a voulu indiquer en y conservant Yi étymologique de wadiare\ ce même i disparaît de la troisième syllabe à! engaigera, parce qu'il n'est pas nécessaire pour en figurer la prononciation.
Les exemples que je viens de citer permettent de constater la double influence de l'étymologie et de la prononciation dans l'emploi de Yi parasite ; je voudrais montrer maintenant que cet i pouvait s'employer dans certains mots où l'étymologie n'a pu l'introduire. Je puis citer dans l'Histoire le verbe sechier
(p. 324), et dans les chartes les substantifs marchié eipechié, dont l'orthographe avait pour but de peindre un sifflement plus prononcé encore que celui des syllabes finales des mots rcnoncié et gagieTy sans que l'étymologie latine ait pu contribuer à cette prononciation. On peut conclure de là que l'articulation des lettres cli, dans la syllabe que nous écrivons aujourd'hui ché, pouvait amener par elle-même l'introduction de Vi parasite, indépendamment de toute raison étj'mologique. Ce qui n'empêchait pas que cet i ne disparût lorsque les lettres cJi étaient suivies d'un e sourd ou muet comme dans le îvXwv pescheront.
On peut voir, au contraire, que l'étymologie était la raison primitive et déterminante d'employer ou de ne pas employer Yi parasite lorsqu'il s'agissait de l'articulation de la double s. Si nous comparons aujourd'hui l'orthographe comme la prononciation des verbes chassey^ et passer, nous y trouvons pour les cinq dernières lettres une identité complète. Je trouve au contraire, dans l'Histoire de saint Louis d'abord, les deux prétérits chacièrent (p. 182) et passè?'ent (p. 160), ensuite les infinitifs chacier (p. 328) et passer (p. 70), où Vi parasite est employé dans le premier verbe sans l'être dans le second. Cette différence ne tient pas à l'articulation propre du c doux comparée à celle de la double s, puisque le c est remplacé par la double s dans le prétérit chassâmes. Donc c'est dans la comparaison des étymologies latines cacciare et passare qu'il faut chercher la cause de cette différence d'orthographe, à laquelle, pendant un certain temps, a dû répondre aussi une différence de prononciation; différence légère sans doute, puisqu'elle a fini par disparaître entièrement, et qu'elle n'est pas constamment observée dans le manuscrit de l'Histoire; mais indispensable à signaler, quand on veut déterminer les causes qui ont amené ces modifications de l'orthographe ancienne.
Entre l'articulation des lettres ch qui déterminaient l'emploi de Vi parasite indépendamment de l'étymologie, et celle du c doux ou de la double s, qui n'entraînait pas la modification de la forme étymologique, il y avait l'articulation intermédiaire du g. J'incline à penser qu'elle pouvait exercer la même influence que les lettres ch. Je trouve, en effet, dans les chartes le participe obligié, et dans l'Histoire le verbe alongier (p. 306), qu'on doit dériver du latin allongare plutôt que de la forme allongiare, qui semble relativement moderne, puisque les Itahens disent
allungare. Je ne cite ni le participe chargié (p. 280), ni le verbe mangier (p. 518), parce qu'ils ne dérivent pas directement du radical latin, mais d'un mot contracté, et que par cette contraction même le second verbe a pris Yi parasite dans l'italien mangiare. J'avertis d'ailleurs que pour l'articulation intermédiaire du g, le manuscrit de l'Histoire se contredit fréquemment; mais l'ensemble des exemples fournis par les chartes autorise à faire suivre le g de Yi parasite, et c'est d'ailleurs l'orthographe conforme à l'usage le plus général.
Cet usage autorise également à faire suivre de Yi les lettres gn et la lettre l mouillée, dans des mots tels que enseignier (p. 526), esloignïer (p. 536), espargnier (p. 6), apjjarilié (p. 538), où nous entendons encore aujourd'hui le son de Yi, quoique nous ayons cessé de l'écrire ^ . Il faut aussi exphquer par une habitude de prononciation l'emploi de Yi parasite dans certains infinitifs, après l'une des consonnes d, r, s, t, z, lorsque ces consonnes étaient immédiatement précédées d'un autre i : tels sont les infinitifs ijlaidier (Hist. p. 460), ampoi7Her (Y 60), brisier (Hist. p. M), profitier (N 42), ù^aitier (Hist. p. 456), esploitier (Hist. p. 316) et le participe baptizié(Hist. p. 314)^. Ces exemples, que je pourrais multiplier, suffisent pour constater le fait et peut-être aussi pour en fournir l'explication.
Du moment où l'emploi de l'z parasite dans les cas analogues à ceux que je viens de citer coïncide toujours avec la présence d'un autre i dans la syllabe précédente, il est naturel de rechercher si en prononçant ce premier i on était amené à en introduire un dans la sjdlabe suivante pour la prononcer plus facilement. Or, on peut remarquer que pour articuler de suite la seconde et la troisième syllabe des verbes 2^'^ofitier et baptisier, l'organe n'a pas besoin de se modifier autant que pour articuler de suite les mêmes syllabes selon l'orthographe moderne. Je n'entrerai point ici dans des détails trop minutieux que ne comporte pas la nature de ce mémoire, et je me borne à constater qu'à mon sens,
1. C'est contre l'usage ordinaire que cet i parasite figure devant un e muet dans le subjonctif aillieni (X 58), puisqu'on a vu que même dans les verbes où l'étymologie avait contribué à l'introduire, il n'était employé ni devant Ve muet, ni devant les autres voyelles.
2. J'écarte à dessein d'autres mots où la présence de Vi parasite peut tenir à féiymologie, comme prisier, à cause du latin pretiare, et laissier, à cause de l'italien lasciare.
c'est par des nuances de prononciation qu'il faut expliquer ces légères variations d'orthographe. Plus ces nuances sont délicates, plus il sera facile de comprendre que les copistes ne les aient pas constamment observées et qu'elles aient fini par tomber en désuétude.