‹ Mémoire sur la langue phénicienneChapitre 3 sur 12 · Sur les Phéniciens · texte numérisé non relu

Sur les Phéniciens

Les Phéniciens, dit Hérodote (i) d’après l’opinion des Perses qu’il croit les plus savans dans l'histoire de leur pays, vinrent par, terre des bords de la mer Rouge sur les côtes de la mer Méditerranée ( 2 ). Strabon, qui avait d’abord rapporté ce sentiment sans y ajouter foi (3), convient vers la fin de son ouvrage (4) que les Sidoniens delà mer Méditerranée .sont une colonie des habitans du golfe Persique. Il est conforme aux anciennes traditions et à la marche des peuples asiatiques qui se sont portés vers l’occident, que des hahitans de la mer Érithrée «t du golfe Persique soient venus s’établir sur les rivages de la Méditerranée. Il existait encore, du tems d’Alexandre, dans le golfe Persique, une ville nommée Sidodona (5), qui était située près du cap Gherd

( 1 ) Dans son Histoire , 1 > i .

(q) Vo^ez la note de M. Larcher sm* ce passage.

(3) Lirre I , p. 4^.

( 4 ) Livre XVI, p. 784.

(5) ArrianiiSrif/or. Indic. cnp. 37 .

d’aujourd’hui. 11 y avait dans le même golfe, l’ile de Tir et celle A'^éradus , dont les noms ont aussi élé transportés sur les côtes de la Phénicie (i). Dans la belle carte qui a été gravée pour la seconde édition de l’Examen critique des Historiens d’Alexandre par M. de Sainte-Croix (a), on trouvera sur la rive gauche du golfe Persique et vers son embouchure dans la mer Erithrée une ville de Sidodona, et plus haut sur la rive droite les îles de Tjrlos et tl'Arados.

Quinte-Curce se trompe quand il dit que Sidou et Tir eurent le même fondateur, Agénor (3), à moins qu’il ne s’agisse ici d’un autre Agénor que de celui qui était père de Cadmus. Tir fut bâtie, selon Justin (4) , long - tems après .Sidon regardée comme sa fille. Dès les tems les plus reculés , disent les pai-tisans de Justin, Sidon était déjà une ville remarquable, avant qu’on eût pensé à construire dans une île la nouvelle Tir, appelée néanmoins la mère des plus anciennes villes, à cause du grand nombre de ses colonies (.ô).

En effet il est question de Sidou dans la Genèse (6) où il est dit qu’au nombre de ses fils Chanaan eut

(i) Note de M. (iosselin sur Strabon , dans la Irati. franc, de Slrabnn. I, 9^.

(*ï) Paris 180 J.

( 3 ) Quinte-Curcc , livre IV, c. 4 -

( 4 ) Juslini liistoria y lib. XVlII, cap. 3 .

( 5 ) Examen cri! . des historiens d\Mc]iaDtlie. Paris 1804. p. 277*1

^6' Cbap. X, verset jTiel suiv.

Sidon etqiiedelui desccndirvnl lesHéthéeiis, les Jébuséens, les Ainon liéens, les Gergéséens, les Hévëens, les Aracéeiis, les Siiiéens, les Acadiens, les Tsétnnrieiis et les Amalliiens, en socle que les familles des Cananéens s’étendicent, et que l’encéinte de leuc pays était lécmée d'un côté pac les villes de Sidoii , de Gëraca et de Gaza; et de l’autce par celles de Sodome, de Goinocclie, d’Adama, et de Séboïm jusqu’à I^ésa. Plus bas (i) Jacob, dans son testament, annonce que Zabulon habitera le livage où abordent les navires, et s’étendra jusqu’à Sidon. Eu effet nous apprenons par le livre de Josué ( 2 ) que lorsque Jabin , roi d’Asor, voulut attaquer Israël il envoya des députés à plusieurs rois et entre autres vers les Cananéens en orient et en occident, vers les xAinorrhéens , les Héthéens , les Phérézéens et les Jébuséens qui habitaient les inonlagnes; et vers les Hévëens qui habitaient sous l’Hermon , en la terre de Masplia. Josué les vainquit tous ; il les poursuivit jusqu’à la grande Sidon (3), de manière qu’il n’en resta pas un seul .

Mais il est question de Tir en même tems que de Sidon dans ce mênîe livre de Josué où lorsqu’il est question du partage fait entre les tribus, celle des enfans d’Aser a un lot qui s’étend jusqu’à la grande Sidon (4) et jusqu’à la forte ville de Tir (5). Ces deux

(1) Cliap. XLIX, verset i 3 .

{ 7 .) Chap. XI , vers, i et suiv.

( 3 } Id. verset 8.

( 4 ) Id. cb. XIX, verset a8-

( 5 ) Id. verset 29.

Gciogic

ville» existaient tione clès~lors, c’esl-à-<iiix' <lès l'an i6o5 avant notre ère, si l’on adopte le calcul de l’Art de véri6er les dates. Il n’est ainsi nullement prouvé par la Genèse que Sidon fût plus ancienne que Tir qui existait déjà à une époque si reculée.

Quant au nom de Phéniciens ou rouges, que portaient les habitans de ces lieus , il leur venait de la couleur rouge des terres et des rochers qui bordent une partie du golfe arabique et des côtes méridionales de l’Arabie; couleur que l’on retrouve jusque dans les montagnes de l’ile d’Ormuz. Cette espèce de phénomène avait fait donner à toutes les mers comprises entre les côtes orientales de l’Afrique et de l’Inde, le nom de mer Rouge , que les Grecs exprimèrent par le mot Érithrée, et il se communiqua à plusieurs des peuples qui en occupaient les bords ( i ).

Il paraît que les liabitans du golfe Persique s’établirent d’abord dans la partie la plus méridionale de l’Arabie heureuse, où ils furent appelés Homérites, nom qui eu arabe, dit-on, signifie la même chose que phénicien en grec. Us fixèrent leur demeure sur les bords de la mer à laquelle ils communiquèrent leur nom. Cette nation s’étant accrue, peupla les côtes de proche en proche, et l’on voit près de Hippos, port du golfe d’Ailath ou Ælana, abalitès selon Pline (a), aralitès selon Étienne de Bizance (3), une

( i) Note de M . (vosselin sur Strabon dans la tradnriion fi aiiraisr de StraboB. i y i4- (ri) VI, ag.

(3' Ce dernier nom est celui <|iie préfère M. nruc dans la spcondr carte de «on atlas, intitnlee : Monde connu des nnriens.

ville nommée Phœnicum Oppidum, ville des Phënieieiis. T.es Grecs l’avaient ainsi appelée par la même raison qui les avait engagés à donner le nom de Phéniciens aux Homérites transportés sur les bords de la mer Méditerranée. De cette ville aux côtes de Phénicie, il y a deux ou trois cens lieues, distance qui ne choque en aucune manière la vraisemblance, surtout si, comme le dit Denis le Périégète (i), les Phéniciens essayèrent les premiers de traverser la mer sur des vaisseaux. Les Espagnols, dans l’Amérique méridionale, les Anglais dans l’Amérique septentrionale, ont eu bien plus de chemin à faire pour établir leurs colonies.

Phénicie que les auteurs profanes confondent avec le pays des Philistins , en est distinguée par les écrivains sacrés, qui donnent pour limites à la première de ces deux contrées le mont Carmel au midi , qui la sépare de la seconde ; le mont Liban au nord ; la Méditerranée au couc-hant, et une chaîne de montagnes au levant. L’origine des Philistins et des Phéniciens est encore plus différente que leur position. Ceux-ci, comme nous venons de le voir, étaient Cananéens, et ceux-là descendaient de Mesraïm, frère de Canaan. Sidon, fils aîné de ce dernier, fonda sur la Méditerranée la ville de son nom qui fut longtems la métropole de la Cilicie (2). Quant à Tir, la Genèse ne parle point de sa fondation bien plus ancienne que les tems dont elle nous donne l’histoire>

I) Orhia descriptWj versQO^.

^i) L’Art rie verif. les dates. Chronologie ries roi» de Tyr

et anterieure au déluge d’Ogigès. C’est ce que nous apprenons d’Hérodote qui dit (i) : u Je me transportai « à Tir, en Phénicie; j’y vis un temple superbe de « l’Hercules Tirien ; les prêtres me dirent que ce « temple était aussi ancien que la ville , et qu’il y « avait a 3 oo ans que cette ville était bâtie. »

Les voyages d’Hérodote sont à peu près de l’an >

460 avant notre ère. Donc la fondation de Tir est,' selon l’opinion des Tiriens eux-mêmes attestée par riiistorien grec, de l’an 2760 avant notre ère (2), c’est-à-dire environ cinq siècles avant le déluge d’Ogigès, et cette assertion n’étonnera pas ceux qui admettent que l’histoire d’Ëgipte commence cinq' mille ans avant notre ère ( 3 ).

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