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Nouvelles observations sur la langue phénicienne

On s’est servi d’un passage d’Isaïe pour prouver que la langue phénicienne était parfaitement conforme au langage des Hébreux ( 4 ) ; en effet ce prophète dit (. 5 ) qu’il y avait de son tems cinq villes d’Égipte, dont l’une était Héliopolis , qui parlaient la langue de Canaan, et qui juraient par le nom de

( 1 ) Livre II, ^ 41-

(a) Chronologie d’Hércxlote par M. Larcher, p. 119 dans l’édition de iSna.

(3) Voyez dans le Journal des savans pour le mois de septembre i8a3, p. le discours prononcé par M. Saint-Martin.

14) Nouveau journal asiatique. I, 17.

( 5 ) Au rhapilie XIX, verset 18, et non au chapitre XVlIt, verset iq.

Jéhovah. Ce passage a donné lieu à beaucoup de discussions et d’interprétations difTérentes, et l’on en a même disputé l’authenticité (i). Bosenmûilcr l’explique en disant que la langue cananéenne était la langue hébraïque , et que ce nom de cananéenne lui venait soit de ce qu’elle était la même que celle des Phéniciens ou Cananéens, anciens habitans du pays, restés alors à Tir ou à Sidon , soit plus simplement de ce qu’elle était la langue des descendans d’Âbraham qui habitaient la terre de Canaan. Ce dernier sens paraît assez naturel , et il est difficile de tirer quelque conclusion d’un passage aussi obscur. D’ailleurs le fait n’aurait rapport qu’au tems d’Isaïe qui vivait sous le règne d’Ézéchias, c’est-à-dire vers l’an 71a avant notre ère (a), plus de huit siècles après Cadmus. Les Juifs de la tribu de Juda chassés de Jérusalem par les Israélites, les Iduméeiis et les Philistins ( 3 ), se réfugièrent peut-être daus les ciuq villes d’Egipte désignées par Isaïe, et l’on parla alors dans ces cinq villes la langue de Canaan, comme on y 6t les sermens sous le nom sacré de Jéhovah.

M. Sarchi ,dans sa nouvelle grammaire hébraïque (4), convient que la langue primitive avait subi diverses

(1) Voyez Jesajes vaticinia arec les Commentaires de Hosenmüller. y olumemecundum y editio secundo, Lipsiœ 1818. p. 36.

(3) L'Art de rérifier les dates avant l’ére chrétienne. Il, $9. La Biographie Universelle, Art. Isaïe, le fait prophétiser dés Tan

(3) L'Art de vcrifîer les dates avant l'ère chrétienne. Histoire des rois de Juda.

(j) Paris î8a8, préface, p. 7.

altérations, cl s’était partagée en plusieurs dialectes dès les tems les plus voisins de Pliaieg, sous lequel on place la confusion des langues, c’est-à-dire vers l’an 2777 avant notre ère, suivant le raleulde l’Art de vérifier les datesf 1). En effet laGenèsedit que, lors de leur dernière entrevue, Jacob et Laban ayant élevé un monument, qu’ils appelèrent monceau du témoignage, c’est-à-dire une pierre gravée, l^ban lui donna uu nom caldéen, et Jacob un nom hébreu. Roscnmüller en conclu! aussi (a) qii’alors on parlait en Mésopotamie une autre langue que dans le pays de Canaan. Or; la séparation de Jacob et de f^banest placée ('^) sous l’an a 109 avant l’ère chrétienne, c’est à -dire 668 ans après la confusion des langues, et près de i4ooans avant Isaie. Nous pouvons juger par les altérations succt^sives de nos langues modernes, de celles qu’a dû subir le phénicien dans un aussi long intervalle.

Isidore, évêque de >Séville, né à Cartbagène vers l’an 670 de notre ère, nous donne une tradition intermédiaire entre Pline et nos grammairiens grecs. Dans son Traité des origines ( 4 ), il dit aussi que Cadinus, fils d’Agénor, apporta le premier de Phénicie en Grèce, non pas seize, mais dix-scpl lettres grecques, savoir A , B, r, A, E, Z, I, K, A, M, N, O, n, P, ï, T, <l>. Lors de la guerre de Troie, continue-t-il, Palainèdes

i l) Avant IVre chrétienne. Chronologie de THistoire Sainte.

(^) Penlateuchus , volumen primum. editio tevtia. Lipsia; i8ui P <99-

(3) L'Art de vérifier les dates avant Tcre chrét. 1. 35o.

fJvrc I, cha|>. 3. Voyez la Iradiirlion de ce ehapilre dai»« mon noiiveau sisl^me de Ribliographic Alfahëtiqiic, p. i34

leur ajouta ces trois H, X, ii. Après lui, Simouides le Milésien ajouta de même les trois autres : S, 0, V. Pithagore , de Samos, forma le premier la lettre r, ce qui fait en tout les vingt-quatre lettres dont se compose l’alfabet grec. Isidore ajoute que les Phéniciens portèrent les lettres de la mer Rouge en Sirie où ils bâtirent la ville de Sidon. Phéniciens , dit-il encore, désigne en grec et en latin une couleur d’un rouge éclatant. C’est pour cela , selon lui , que les titres de ce qu'il nomme les livres et de ce que nous appellerions aujourd’hui les manuscrits, sont écrits en celte couleur, parce que les lettres ont commencé chez eux.

L’antiquité de la langue phénicienne n’était donc point contestée parles Grecs, et ne peut l’être parnous. Quant à la forme des lettres, n’ayant point imprimé d’ouvrage phénicien, nous ne l’avons pas fixée. Nous connaissons l’alfabet hébreu, composé de vingt-deux lettres, qui sont toutes des con.sonnes à l’exception de la première. Celle-ci est la voyelle a, comme dans l’alfabet grec. Mais en hébreu Xaleph n’a point de son particulier; les voyelles de l’alfabet hébreu n’ont commencé à être indiquées par des points que vers la fin du cinquième siècle , époque à laquelle il parait que l’on inventa cinq voyelles longues, cinq brèves, et quatre très-brèves qui furent désignées par des points ( i ). \Jaleph prend le son de la voyelle qui est dessous; ce n’est qu’une aspiration presque insensible : à peine a-t-il un autre son que celui de la

fl' Nouvelle méthode he'braïqtic. p. 5.

voyelle dont il est accompagné (i). M. de Sacy observe que c’est un avantage, en ce que la prononciation est ainsi mieux notée, l’organe vocal étant obligé d’aspirer avant d’émettre le son d’une voyelle isolée.

L’ordre des lettres de l’alfabct hébreu est d’une haute antiquité, comme le prouvent plusieurs psaumes acrostiches,, ainsi que les quatre premiers chapitres des lamentations de Jérémie et le premier chapitre des Proverbes (a). Les Arabes, qui ont aujourd’hui un autre ordre alfabétique, ont conservé l’ordre hébraïque dans la valeur numérique de leurs lettres (3).

On voit que le caractère de l’alfabet hébraïque est tout différent de celui de l’alfabet grec qui énonce toutes les voyelles. La prononciation dn Grecs est claire et sonore; elle n’est point gutturale comme celle des Arabes et des Juifs. Si donc les Phéniciens ont enseigné leur alfabet aux Grecs, les lettres phéniciennes doivent ressembler aux lettres grecques et non aux hébraïques.

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