Travaux des savans sur la langue phénicienne
On lit dans une comédie de Plaute un assez long passage en langue punique. Le colonel Valençay , Irlandais , a découvert ou cru découvrir que les fragmens puniques sont littéralement irlandais. Il a traduit le passage suivant : Handone silli hanum be-
(i) Gratntnaire de Sarchi , p. 4> Nouvelle méthode hébraïque. Paris i^o8. p. 4-
(a) Grammaire hébraïque de Sarchi. Paris i8'i8, p. a.
(3) Je dois cette observation à M. de Sacy.
num situ in mustine, par ces mots : quand Vénus accorde une faveur, elle est presque toujours accompagnée de quelque désagrément (i).
Suivant l’opinion regardée comme la plus probable, il est question dans ce fragment d’un « grand esprit des divinités, et de leur providence (3). » Mais l’interprétation de Bochart est toute différente, comme l’observe M. Münter. Les diverses traductions tentées jusqu’ici d’un texte à peu près impossible à rétablir, sont loin d'atteindre un haut degré de probabilité, même celles de M. Bellermann. Les dix premières lignes publiées en 1 8 1 5 par l’abbé Mai, daus les fragmens inédits de Plaute, offrent des leçons totalement neuves, et qui rendent nécessaire un nouveau travail (3).
Ou pourrait consulter, pour le faire, Agius de Soldanis, auteur d’un ouvrage intitulé : délia lingua punica , presentamente usaia da Maltesi. In Rorna,
I ^5o in-8°.
L’abbé Barthélemy , dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions (4), donne ses réflexions sur quelques monumens phéniciens et sur les alfabets qui en résultent. Il admet en principe que l’alfabet phénicien n’est qu’une forme de l’alfabet hébreu, ou de l’alfabet samaritain. Il examine les monumens qu’il a
(1) J^nirnn) ^dndral delà littérature cMran^ére, février I'- ^7-
fa) Bellermann. Pœnui. act. V, v. tj» P*
( 3 ) Reiif;iotis de l'antiquité, trad. de l’allemand. Paris 1829. Il ,
1*4) Paris 1764 *
sons les ieux, avec uue grande sagacité, et en déduit trois altabets(i) qui ne sont pas complets, puisque sur les vingt-deux lettres hébraïques, il en manque deux. Sur les vingt qu’il donne, on assure (a) qu’il y en a une de fautive. Il a pris un schin pour un hé, et s’est ainsi trouvé réduit à proposer des conjectures peu vraisemblables, en sorte que la gloire de découvrir la véritable interprétation dont il s’était occupé, a, dit-on, été réservée au chanoine Pérez Bayer.
Francisco Pérez Bayer, savant espagnol, chanoine dignitaire de l’église de Valence, a composé une dissertation sur l’alfabet et la langue des Phéniciens et de leurs colonies. 11 y cherche à prouver que le langage phénicien était un dialecte de la langue hébraïque, surtout celui de Sidon et de la colonie Leptis. Pompouius Mêla (3) distingue dans l’Afrique proprement dite deux villes du nom de Leptis : l’une appeléeaujourd’hui Lenta, c’est la petite Leptis, indi-> quée dans la table de Peutinger sous le nom de Lepterninus: elle était située sur le bord de la mer, et avait plus d’un mille de tour; l’autre, aujourd’hui Lebida au sud-est de Tripoli. Pline la nomme Leptis altéra quæ vocatur magna ( 4 X dit ainsique c’était la grande Leptis. Elle fut bâtie par des Phéniciens selon d’Anvilie (5). Strabon ( 6 ) et Ptoléniée ( 7 ) la
( 1 ) Id. p. 4 :» 7 -
(а) Nouveau Journal asiatique. Paris i 8 a 8 . p aa.
(3, Liyre I , chap. 7
H) ilist. ^atur. iib, V, cap. 4 .
(5) Géogr. auc. Abrégée, tome 111, pages 71 et 7 a.
( б ) Livre XVII, p. 835, mal cot«e 834 dans la traduction fran-
naise. '
( 7 ) Livre IV, chap. 3.
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cônfondent mal à propos avec Neopolis, dont la situation est bien différente selon le père Hardouin.
Le chanoine Ferez rend compte de la controverse entre MM. Barthélemy et Swinthon, sur l’alfabet des Phéniciens ; il examine plusieurs médailles et monnaies du tems des colonies phéniciennes dans la Sicile, à Malte, Casterra, Carthage, en Numidie et en Mauritanie; ce qui le conduit à parler des médailles espagnoles, bartalo et bético-phéniciennes. En parlant de cet ouvrage de Bayer, dans les Ephémérides de Rome, ou dit que « son auteur s’est montré le pre- « mier dans ce genre de littérature. »
En 1781 , il publia : Francisci Perezii Bayerii , archidiaconi FalentiniSc. hispa. infantium CaroUIII regis filiorum instituloris primarii de niimmis hebreosamaritanis. Falentiœ edetanorum ;ex ofJicinâ Benedicti Monfortis.
Dans cet ouvrage. Bayer voulant frayer la route pour l’intelligence des monnaies très-anciennes de l’Espagne , réputées inconnues , parce que personne ne s’était cru assez instruit pour en aborder l’explication, jusqu’à ce que don Louis Yélasquez eût publié son Essai, et convaincu que pour bien expliquer les monumeus anciens hispano-grecs et hispano-phéniciens, surtout ces derniers, il fallait s’occuper auparavant des médailles hébraîco-samaritaines, sujet qui n’avait encore été traité, ni par les rabbins, ni par les écrivains modernes, songea à réunir sur cette matière tous les monumens qu’il pourrait trouver. Ce ne fut pas sans peine, et après bien des aiinéc.s
de travail et de recherches, qu’il parvint à se procurer Irente-uue médailles, dont il dut douze hébraïcosamaritaines à M. Savorgoiani, qui, avec une rare générosité, lui en 6t cadeau, sans consentir à accepter d’autres monumens qu’on lui offrit en échange.
Cet ouvrage fut accueilli par les sa vans antiquaires de l’Europe avec une faveur extraordinaire, o Qui ne « te louerait pas, » dit M. Woide dans sa réponse, O homme respectable, dont l’érudition consommée est a jointe à tant de douceur et de modestie, que tu « veux t’instruire à l’école de ceux que tu peux enrio chir des trésors de ton érudition ? » M. Barthélemy lui écrivit dans des termes aussi flatteurs (i).