Colonnes des enfans de Seth
Nous apprenons de Suidas et de Flavius Joseph qu’il a existé des monumens anté - diluviens. Voici d’abord ce que dit l’historien juif dans son ouvrage sur les antiquités de sa nation ( 2 ).
a Lorsque après sa première éducation, Seth fut a parvenu à cet âge où l’on est capable de connaître « le bien, il se donna tout entier à la vertu ; et comme a il vécut toujours en homme de bien, il laissa des « enfans qui imitèrent sa conduite. Tous furent « vertueux; et comme il ne leur arriva aucun accia dent, et qu’ils furent toujours unis entre eux, ils « menèrent jusqu’à leur mort une vie fort heureuse.
( 1 ') L’Espagne sous les rois delà maison de Bourbon. Paris 1837 IV, 368 et 36g.
(3) Livre I, chap. i
« üu leur iloit la première couuaissanco des choses « célestes, et de l’ordre qu’elles observent. Adam avait « prédit que le monde périrait deux fois: l’une par « un déluge d’eau , et l’autre par la violence du <■ feu.
« Les descendans de Setb, dans la crainte que leurs « découvertes ne fussent pas connues, et qu’elles ne « périssent avant de venir à la connaissance des « hommes, élevèrent deux colonnes, une du biiqucs « et l'autre de pierre, sur lesquelles ils les gravèrent; « abn que si la colonne de briques était détruite par « le déluge d’eau, celle de pierre y résistant, dn pût « lire ce qui y était gravé, et apprendre qu’on en « avait élevé une autre de briques. La colonne de « pierre subsiste eucoi-e aujourd’hui dans le pays de « Siriade. »
Yoilà ce qu’a écrit Flavius Joseph, mort l’an 9$ de notre ère (1). Croire tout sans preuves, c’est l’effet d’une stupide simplicité; nier tout sans raison, c’est celui d’une orgueilleuse présomption. Que les enfans de Seth aient élevé des colonnes, et qu’ils aient gravé quelque chose sur ces colonnes, le fait est extraordinaire ; et l’autorité de Joseph n’est pas assez grande pour nous obliger à le croire. Mais elle l’est assez pour nous empêcher de pouvoir le rejeter avec raison comme une fable, sans en apporter des preuves. I..a différence qui est entre rhistorien juif et les historiens profanes, sur ceux qui firent ériger ces co-
(1) Biographie Universelle. Art. Joseph.
luîmes, et sur le tcms auquel elles furent érigées, mérite d’être discutée (i).
I^es écrivains profanes ont eu la tradition des grands événemens que rapporte l’Ecriture sainte , mais une tradition vague, confuse, et qu’ils ont souvent altérée pour l’appliquer à quelques princes de leur nation ou à quelques traits de leur histoire. L’Écriture ne dit rien à la vérité de ces colonnes; mais la mémoire pouvait s’en être conservée chez les Juifs par tradition, ou même dans quelques-uns de leurs anciens auteurs, dont les ouvrages ne sont pas venus jusqu’à nous. De quelque manière qu’elle se soit conservée, comme Philon rapporte le même fait, ou a lieu de présumer que c’était le sentiment général de la nation , que les enfàns de Seth avaient élevé des colonnes. Ce que M. Simon (a) prétend que « les Juifs hellénistes voulurent faire voir par ces « prétendues colonnes des enfans de Seth, que rince ventioii des arts, surtout de l’astronomie, venait de « leurs ancêtres et non des Égiptiens, » est une de ces conjectures que ce savant avançait, dit-on, avec d'autant plus de conRance, qu’elles étaient moins soutenables. IjCS Juifs pouvaient-ils prétendre avoir eu, avant le déluge, des ancêtres différons de ceux des Égiptiens? Noë, suivant eux, n’était-il pas le père commun de l’une et de l’autre nation (3)? 11 est vrai
(i) Remarque du Père Gillet sur ce passage de Joseph, p. i36 de «ta traduction. Paris i^56.
(a) Bibliothèque critique, tome 11, p. 34i- (3) Remarque du Père Gillet, p. x.36et 137 .
qu’il n’est pas prouvé que les Juifs crussent à l’uuiversalité du déluge. Lorsqu’ils disaient toute la terre, ils ne parlaient que de la Judée. Cette observation appartient à M. Genoude qui ayant traduit toute la Bible, en connaissait bien le langage (i). 11 en donne pour preuve ce passage du prophète Isaïe ; « Voici le « tems que le Seigneur fera un désert de toute la « terre; il la dépouillera, il en dispersera les habi- « tans. » Il est même probable que Flavius Joseph qui vient de parler ne crût pas lui -même à un déluge universel. La manière dont il s’exprime au commencement de son histoire le donne à penser, et il ne conteste en aucun endroit les anciennes dinasties d’Egipte rapportées par Manétlïon. Il cite toujours avec une grande confiance le témoignage de ce prêtre égiptien. Le raisonnement par lequel M. Simon a été combattu porte donc à faux, et Flavius Joseph peut avoir ici attribué aux enfans de Seth les inventions d’Hermès.
Aussi convient-on que les découvertes astronomiques de ces enfans ont tout l’air d’une fable quoiqu’on n’ait aucune preuve de leur fausseté; mais le père Gillet qui fait cet aveu, ne regarde pas du même œil ce qu’affirme Joseph, qu’Adam avait prédit que le monde périrait par un double déluge. « Car, » ajoute-t-il, « ne trouvant aucune raison de juger fa- « buleux ce qu’il dit de ces colonnes en général, c’est « une conséquence qu’il ait eu un pressentiment d’un
Bible. Isaïe. Paris. i8ai, p. 149- chap, XXIV, verset I .
« déluge d’eau et de feu. Comme la lumière naturelle « ne pouvait pressentir rien de semblable', ce preste sentiment était nécessairement l’effet d’une révélaa tion, soit que Dieu l’ait adressée à Adam, soit qu’il « l’ait adressée à Seth ou à ses enfans (i). »
Ceux qui ont pensé comme Origènes ( Note A. ) que le commencement de la Genèse n’était qu’une belle allégorie, y ont sans doute vu les deux déluges prévus par Adam : le déluge d’eau par lequel débute ce livre, et le déluge de feu figuré par le glaive flamboyant du chérubin qui cbasse Adam et £ve du jardin de délices (a).