OBSERVATION
Tumeur cancroïde occupant toute la pointe de la langue. — Ligature extemporanée. — Guérison.
M. X... vint, le 12 juillet 1859, me consulter pour une dégénérescence cancroïde de la pointe de la langue. D’après les renseignements fournis par le malade, cette affection, qui remontait à plusieurs années, avait débuté par une espèce de verrue semblable à celles que l’on observe sur les mains. Après être restée longtemps stationnaire, cette verrue, grosse à peine comme une lentille, avait tout à coup pris un accroissement rapide, et depuis trois mois en était arrivée à envahir toute la pointe de la langue, mesurant dans le sens transversal près de deux centimètres, et pénétrant dans la partie charnue de l’organe à plus d’un centimètre. La surface de cette tumeur était rugueuse, chagrinée, mais sans aucune ulcération.
Dans ces conditions, il me parut convenable de proposer l’extirpation par la ligature extemporanée. Cet avis étant agréé du malade , je procédai à l’opéfation de la manière suivante : le malade étant assis en face d’une croisée, je saisis la tumeur avec une pince-érigne, glissant ensuite par-dessus cette pince mon serre-nœud de trousse , armé d’un simple fil de fer, je cernai la partie malade , puis je terminai l’opération en faisant mouvoir la vis jusqu’à division complète des tissus.
Aucun écoulement de sang ne suivit cette petite opération, et le malade put retourner immédiatement chez lui. Les jours suivants il vint me rendre compte de l’état des choses; il ne-survint aucun accident, et le quinzième jour la cicatrisation était complète.
§ 2. Ligature extemporanée dans /’ extirpation d’une partie plus ou moins considérable du corps de la langue.
C’est principalement pour l’extirpation du corps de la langue que les chirurgiens ont exercé leur génie opératoire. Il en est résulté de nombreux procédés, que l’on peut cependant réduire à deux groupes.
suivant qu’on les exécute par l’ouverture de la bouche ou par-dessous le menton.
Mais chacun de ces groupes se subdivise lui-même, suivant que la ligature est employée seule, ainsi que le faisaient Récamier (1), Blandin (2), Mir'ault d’Angers (5), Arnolt (4), Fine de Genève (5), ou bien combinée avec l’incision, ainsi que le préféraient Lisfranc (6), Cloquet (7), Mayor de Lausanne (8).