I. Ligature de la langue par /’ intérieur de la bouche
A. Ijiyalut’e à anses latérales. ( M*rocétlé «le Itéra taier. )
Ce procédé consiste à cerner la partie dont on veut faire l’extirpation au moyen d’une série d’anses dont le nombre et l’étendue varient suivant les conditions de la maladie. Pour l’exécution de cè procédé, les liens les plus commodes sont les cordonnets de chanvre ou de soie, qui par leur extrême souplesse se prêtent admirablement à toutes le s exigences d’une manœuvre assez compliquée.
1° Le malade étant assis en face d’une croisée , la bouche largement ouverte, le chirurgien saisit l’extrémité de la langue soit avec une érigne, soit au moyen d’un tîl fort passé dans son épaisseur, afin de la fixer au moment du passage des ligatures.
2° Prenant ensuite sa longue aiguille de Belloc, il en enfonce la pointe sous la langue, au niveau de la ligne médiane, puis lui faisant
(1) Concours pour la chaire de clinique chirurgicale. Paris, î 8 4 8 . Thèse sur les tumeurs de la langue , p. 4 57.
(2) Idem, p. 4 59.
(3) Observation de cancer de la langue traité par la ligature d’une des artères linguales et par la ligature en masse de la^langue en 4 833. Guérison. (Gaz. méd., t. II.)
(4) Tumeur cancéreuse de la langue occupant la moitié de cet organe. Guérison au moyen de la ligature, par James Arnolt. (Arch., 1840, mai, 103.)
(5) Observation d’une langue de grosseur démesurée guérie par la ligature, par Pierre Fine de Genève, en 1813. (Journal de Sédillot, t. XLIX, p. 224.)
(6) Lisfranc, Cancer de la moitié droite de la langue. Ligature et incision combinées. (Revue médicale, 1827, t. II, p. 69.) .
(7) Cloquet, Cancer de la langue. Ligature et incision. (Arch., t. XIV, p. 544.)
(8) Mayor de Lausanne, Observation d’un vaste cancer de la langue opéré et guéri par la ligature en masse. (Gaz. méd., t. III.)
parcourir d’avant en arrière un arc de cercle à concavité supérieure, pendant que ses deux doigts index et médius de la main gauche sont portés profondément jusque près de l’épiglotte, il fait sortir la pointe de l’instrument h la face supérieure de la langue, derrière les limites de la tumeur.
5° Pendant que le chirurgien maintient l’aiguille en place, un aide pousse le ressort flexible qui se recourbe d’arrière en avant et vient sortir par la bouche, où le chas qu’il porte à son extrémité est aussitôt armé d’un fil fort.
4° Le chirurgien retire alors l’aiguille et entraîne en même temps le ressort flexible et le fil qui y est attaché, de sorte que ce dernier se trouve en place.
5° Le chef postérieur du fil est ensuite attaché au milieu d’une forte ficelle longue de 2 mètres, de sorte qu’en tirant sur le chef antérieur du fil on entraîne à sa suite cette ficelle pliée en double.
Il en résulte que la langue se trouve cernée à sa base par deux fortes ligatures, qui embrassent chacune une de ses moitiés latérales.
6° On réunit alors les chefs de chacune des ligatures que l’on adapte au constricteur n° 2. On introduit ensuite l’instrument au fond de la bouche, en ayant soin d’appuyer fortement son anneau dans le sillon maxillo-lingual afin d’embrasser plus profondément les tissus malades, puis faisant mouvoir la vis on opère la constriction. Comme il y a deux ligatures, on peut ou bien les serrer l’une après l’autre, ou bien les serrer simultanément avec deux constricteurs.
Quand au lieu d’envahir toute la largeur de la langue la tumeur n’en occupe qu’une moitié latérale, l’opération ne diffère pas sensiblement de celle que nous venons de décrire; seulement, au lieu de diriger les deux anses dans les sillons latéraux de la bouche, on en ramène une sur le dos de la langue de manière à diviser cet organe sur la ligne médiane pendant que l’autre cerne la tumeur à sa base.
On peut varier ce dernier procédé de plusieurs manières, suivant les principes de la ligature en arcades. Toute la. question est de cerner convenablement la partie malade, car la constriction s’opère toujours de la même manière.
Pansement. — Après l’ablation d’une portion un peu considérable de la langue, il est toujours utile d’appliquer un léger tamponnement sur la plaie soit avec de la charpie, soit avec du coton cardé; cette précaution a pour avantage d’absorber le suintement séro-sanguinolent de la plaie et de prévenir l’hémorrhagie, contre laquelle, malgré la puissance hémostatique de la ligature extemporanée, le chirurgien ne saurait trop se mettre en garde.
B. JLigalttt'e à mtse» fransrectalM.
Dans plusieurs cas où j’ai eu l’occasion de pratiquer l’extirpation totale ou presque totale de la langue au moyen de la ligature extemporanée, je me suis servi d’un procédé très-simple qui me paraît convenir au plus grand nombre des circonstances.
Description du procédé. Le malade étant assis sur. une chaise, la tête maintenue par un aide et la bouche largement ouverte, le chirurgien saisit la pointe de la langue avec une pince de Museux qu’il confie à un aide. Portant ensuite au fond de la bouche une aiguille de Deschamps armée d’un fil fort, il introduit la pointe de cette aiguille au-dessous de l’un des bords de la langue, derrière la limite du mal ; puis, lui faisant parcourir transversalement une courbe à concavité supérieure et plus ou moins profondément , suivant l’étendue présumée de la dégénérescence, il la fait sortir de l’autre côté sous le bord opposé de l’organe. Aussitôt le chirurgien saisit avec une pince le fil dont l’aiguille était armée, il en tire à lui* une certaine longueur, puis ramenant l’aiguille par où elle était entrée, il la dégage de son fil et l’extrait de la bouche.
Un fil fort se trouve donc ainsi porté transversalement à travers l’épaisseur de la langue et derrière la limite du mal. Ce fil sert à passer une forte ficelle pliée en deux , laquelle donne ainsi deux puissantes ligatures.
Les deux chefs de l’une de ces ligatures sont ramenés en avant, et le constricteur auquel on les adapte est lui-même porté sous la langue, de manière à cerner en dessous toutes les parties malades. Les 'deux chefs de l’autre ligature, au contraire, sont portés sur la face dorsale de l’organe, et l’anneau du constricteur dans lequel on les a engagés
est conduit jusque dans l'arrière-gorge atin d’opérer la section des tissus derrière la limite du mal. Deux des malades que j’ai soumis à cette grave opération n’ont éprouvé aucun accident sérieux, ce sont : 1° le nommé Leloup (René), âgé de soixante et un ans, opéré le 22 mai 1858, et sorti le 27 janvier 1859; 2° le nommé Sterne (Jean), cinquante-trois ans, cordonnier, opéré le 24 mai 1858, sorti le 2 janvier 1859. Un troisième, au contraire, le nommé Passoir, âgé de soixante-huit ans, a succombé à des accidents d’infection putride le dixième jour de l’opération.
C. Mjiyalnee combinée avec l'incision. ( /Procédé tle Lisfeanc.) (1)
‘ Lisfranc ayant affaire à une tumeur qui occupait l’un des côtés de la langue et se prolongeait près de sa racine, eut l’idée de l’isoler latéralement des parties saines avec le bistouri et d’embrasser la base dans une ligature.
Le malade étant assis sur une chaise, la tète un peu penchée en avant et bien assujettie, un bistouri droit fut porté sur la partie inférieure de la langue , au lieu où elle cesse d’être adhérente aux parties sous-jacentes. L’instrument traversa l’organe de bas en haut et d’avant en arrière, de manière que la pointe alla sortir vers l'épiglotte, où se. terminait la maladie. On fit une section d’arrière en avant, pour séparer la portion affectée des tissus que l’on voulait ménager. Cette partie de l’opération exécutée, on introduisit la tumeur cancéreuse dans l’anse de la ligature qui devait étreindre sa base , on saisit ensuite le cancer avec une pince de Museux, et on exerça des tractions d’avant en arrière pour faciliter la manœuvre; enfin, l’opérateur portant ses doigts jusque derrière le point où se terminait la maladie, exerça la constriction à l’aide du treuil de Mayor.
(4) Revue médicale, 4 827, t. II, p. 69.