HUITIÈME OBSERVATION
Surdité et mutisme de naissance^ occasionés par un engouement des caisses du tambour,
Marie Salzard, âgée de treize ans , n’avait jamais entendu que les coups de tonnerre, quand elle me fut présentée par son père, le i 5 novembre 1820. L’oreiUe externe était très-bien conformée , ainsi que l’arrière-bouche et les fosses nazales : comme fille unique , elle était habituée à faire toutes ses volontés, et aussitôt qu’on la contrariait, elle jetait des cris affreux j il fallut lui faire violence pour pratiquer l’opération, et même pour faire de simples injections. La section de la membrane du tympan ne présenta rien de particulier, si ce n’est qu’elle me parut molle et engorgée. L’eau qui servit aux premières injections revint
trouble et très-chargée de matière blanchâtre d’une consistance de gelée ou de gomme fortement pénétrée d’eau ; après la sortie de ces corps inoi^aniques, la jeune personne entendit trèsbien, mais marqua peu de joie. L’eau des injections n’a jamais pu parvenir dans la bouche ; cependant, durant huit jours, elle entraîna au dehors des parcelles de cette substance mollasse qui empêchait l’audition.
Deux mois après l’opération, je reçus de son père la lettre suivante :
« Il nous semble que notre fille entend j quand on crie un peu plus fort qu^ l’ordinaire, elle nous marque par signes que cela lui fait mal dans la tête et dans les oreilles j pour nous le dire de vive voix, elle ne le peut pas, parce qu’elle ne parle pas plus que quand nous sommes partis de Saint-Mihiel.
» 11 ne nous est pas possible de la faire prononcer des mots, parce qu’elle nous fait connaître que les efforts qu’elle est obligée de faire lui donnent mal à la gorge.
» Je vous dirai aussi que ses oreilles sont bien guéries : je les ai seringuées et nettoyées chaque jour.
Signé Antoine SALZARD. »
Vacon, ai janvier iSai.
Le 31 février, j’ai appris que la petite malade entendait toujours de même, mais qu’elle ne voulait pas apprendre à parler.
Depuis peu, j’ai encore eu des nouvelles de cet enfant, qui est toujours dans les mêmes dispositions.
NEUyiÈME OBSERVATIOW.
Dysécie ou dureté d*ouie de naissance par
ossification des membranes du tympan.
Dans le mob de décembre 1820, une femme du peuple, âgée de trente-huit à quarante-cinq ans, vint me consulter. Je reconnus de suite que chez elle les membranes du tympan étaient osseuses; circonstance qui les rendait absolument insensibles au contact de la sonde; en les percutant elles faisaient entendre un bruit distinct pour les assistans, ainsi que pour la personne soumise à l’expérience.
Cette femme me dit qu’elle avait une sœur qui entendait aussi Fort dur, et qu’une seconde était morte sourde et muette à l’âge de vingt ans.
Je fis l’opération par simple perforation, pensant que les bords de l’ouverture ne pouiraient se rapprocher; je ne sais si mon pronostic s’est réalisé, n’ayant pu revoiitcette femme, qui, après l’opération , avait l’oreille si fine, que tous les bruits
lui faisaient mal à la tête. Il y a lieu de croire que cette vive sensibilité a diminué, et que l’audition s’est conservée en bon état, si l’ouverture ne s’est pas refermée. On pourra comparer ce fait à l’observation n.° ii. L’individu qui en fait le sujet était aflfecté de surdité par ossification des membranes du tympan : il a aussi deux sœurs qui ont l’ouïe dure.