‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 13 sur 28 · ONZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

ONZIÈME OBSERVATION

Surdité et mutisme de naissance dus à rossijication des membranes du tympan.

Anbré Crinon , âgé de vingt-trois ans, grand, bienfait, très-bien portant, a deux sœurs qui ont

l’ouïe très-dure ; quant à lui, il n’entendait, avant l’opération, que les bruits les plus forts, comme le tonnerre, etc.

Après avoir examiné ce jeune homme, j’ai reconnu que la gorge était saine, les conduits auditifs en bon état, mais très-larges, les membranes du tympan insensibles à la percussion de la sonde, et rendant par cette épreuve un son très-distinct pour toutes les personnes qui étaient présentes; les trompes d’Eustache et la caisse du tambour m’out paru saines, ce qui m’a fait annoncer le succès de l’opération aux personnes qui étaient présentes (il serait à desirer que l’on pût toujours prévoir ainsi l’effet de l’opération ; mais ces cas sont très-rares ; et quand on en rencontre quelques-uns, c’est toujours trop s’avancer que de promettre le moindre succès ).

L’opération fut faite le i 5 février 1821 avec mon instrument, qui enleva sur chaque membrane du tympan une pièce d’une demi-hgne de diamètre, dont l’une était entièrement osseuse,et l’autre cartilagineuse. Aussitôt après l’opération, qui causa très-peu de douleurs, Crinon entendit le mouvement d’une montre, et s’agita aux sons d’un lorlépiano. Le soir et le lendemain, les seuls jours qu’il resta près de moi, il dit entendre mieux les sons sourds que les sons clairs; par exemple, ceux que rend une bouteille pleine légèrement per-

( loo )

ctttée, arrivaient plus facilement à son oreille que quand ce vase était vide ; il en était de même d’un gobelet.

Le jeune homme me fut amené par son cousin, Maire de la commune de Blecourt, près de Cambray; c’est ce monsieur qui m’écrit les lettres suivantes ;

, K Yous serez sans doute étonné de ce que je ne vous ai pas écrit plus tôt , selon les conventions que nous aviops faites ensemble avant notre départ de chez vous : j’aurais pu le faire j mais la situation de mon cousin ne s’étant pas encore beaucoup améliorée du côté de l’audition, cela me fit retarder quelques semaines, afin de vous mieux dépeindre sa situation présente, laquelle est qu’il entend toujours comme il a manifesté entendre au moment même de l’opération et dans toutes les expériences faites par vous. Ses oreilles ont été bientôt guéries. Dès ce moment on s’est occupé à lui faire former quelques sons en lui apprenant l’alphabet ; il prononce passablement bien tes lettres p, q, r, b^f et d’autres 3 mais les consonnes c, g, v ne sont émises qu’avec beaucoup de peine, ipla prononciation en est désagréable.

35 Les parens perdraient courage si je ne leur persuadais qu’il faut du temps et de la patience, vu qu’il n’entend pas encore les sons que rendent

une bouteille et des gobelets, comme vous en avez fait la remarque lorsque nous étions chez vous.

» Je pense néanmoins que si mon cousin était entre les mains de quelques personnes qui le gêneraient, davantage, et qui seraient en même temps pourvues de grands moyens propres à développer la parole, on obtiendrait des résultats plus avantageux; c’est ce qui est l’objet de mes désirs. Je sollicite les parens à le faire, attendu que je ne puis rester auprès de mon cousin pour lui donner quelques soins.

, » Signé VtLLETTE. »

Kaillencourt, 29 avril 1821.

« Pour satisfaire le grand désir que vous avez d’avoir des nouvelles fréquentes sur la situation de mon cousin Crinon, et sur les progrès qu’il peut avoir faits du côté de la parole, je vous adresse celte lettre, parce que j’ai vu ce jeune homme il y a quelques jours.

» J’ai reconnu qu’il entend maintenant les sons que rendent une bouteille et un verre percutés; cette circonstance me fait toujours avoir une grande confiance dans l’opération, d’autant plus qu’il manifestait toujours auparavant ne pas les entendre. Ma tante n’a pas cette même con-

fiance, à cause, sans doute, que son fils ne parle pas beaucoup. Il prononce cependant quelques mots, tels que papier^ table, et d’autres, etc.

Signé ViLiETTE. »

Blecourt, la juin i8ai.

Cette observation est très-intéressante sous le rapport du perfectionnement de l’audition. Ce jeune homme entendait tous les sons sourds à une grande distance j et cependant il ne perçut que bien long-temps après l’opération les sons que rendent une bouteille, un verre frappés avec force. Comment expliquer ce phénomène ?

La membrane du tympan ne se relâche et ne se tend donc pas selon que les sons se trouvent graves ou aigus, comme certains physiciens l’ont prétendu. Chez Crinon, tout mouvement de la part des membranes du tympan est impossible, puisque ces diaphragmes sont osseux.

cc Je pense que mon cousin Crinon restera au point où il en est, parce que ma tante relâche tous soins à son égard (à la vérité, ces soins n’ont jamais été très-grands). Il entend toujours, non pas aussi distinctement que nous , mais assez pour que, s’il avait l’usage de la parole, en lui parlant un pt-u haut, il parviendrait à comprendre comme il le fait pour le mot Cambrai et autres j il répète

les mots qu’il sait et les lettres sans qu’on lui fasse aucun signe.

35 Signé VlLlETTE. 3J

4 octobre 1821.

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