‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 16 sur 28 · SEIZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SEIZIÈME OBSERVATION

Surdité et mutisme de naissance reconnaissant pour cause l’obstruction des caisses du tambour.

Fareniaux (Auguste), sortant de Técole des sourds-muets de Paris, me fut présenté pour recevoir mes soins. Après avoir reconnu, autant qu’il est possible, l’obstruction des trompes d’Eustache, ou des caisses du tambour, je me décidai à pratiquer la perforation du tympan malgré l’observation que le père me fit, que son fils éprouvait des maux de tête suivis d’un écoulement verdâtre par le conduit auditif.

L’opération fut pratiquée le 17 novembre sur les deux oreilles. La droite fut sur-le-cbamp sensible à tous les sons j il n’en fut pas de même de la gauche, qui parut beaucoup plus dure que l'autre. Je ne pus faire parvenir l’eau dans la bouche ou le nez, malgré la force que j’employais pour faire l’injection.

Ce jeune homme s’ennuyait à Saint-Mihiel :

il partit pour Douai nonobstant le grand froid qu’il faisait alors, deux ou trois jours après avoir été opéré. Voici ce que son père m’écrivit le 5 janvier 1821 :

« La suppuration des oreilles a eu lieu d’une manière abondante pendant assez de temps. Ce n’est que depuis environ trois semaines ou un mois qu’elle a cessé d’avoir lieu, n ( On pense bien que ce travail qui se fit dans l’oreille réclamait des soins particuliers. ) & A son arrivée, j’ai remarqué que mon fils entendait faiblement, comme vous m’en avertissiez, mais j’espérais que l’oreille se serait perfectionnée au bout de quelque tempsj j’attribuais d’ailleurs cet incident à la voiture, et je croyais que quelques jours de repos lui auraient facilité l’entendement j pas du tout, l’ouïe s’est encore affaiblie.

J’ai exercé sa parole jusqu’à ce jour ; il prononce quelques mots et plusieurs lettres assez bien ; il paraît avoir la langue extrêmement gênée, et les sons qu’il rend ne sont pas naturels j ce ne sont en général que des cris en partie étouffés. »

D’après cette lettre, j’ai ordonné que l’on fît placer un séton à la nuque, et que l’on mît en usage différens autres révulsifs; mais il paraît qu’il n’en est résulté aucune amélioration.

Il est évident que ce jeune homme a commis une grande imprudence, en se mettant en route pour plusieurs jours pendant les plus grands froids de l’hiver; on voit aussi que la maladie à laquelle il était sujet depuis long-temps a déterminé une otite qui a engorgé de nouveau les

caisses du tambour, et qui a peut-être aussi déaaturé les membranes du tympan, comme on en a de si fréquens exemples.

L’observation qui suit est à-peu-près semblable à celle-ci.

BIX-SEPTIÈME OBSERVATION.

Surdité et mutisme de naissance causés par l’obstruction des trompes d’Eustache.

Lemoine, âgé de neuf ans, me fut présenté par son père dans le milieu de l’hiver. L’opération faite, ce jeune homme , qui avant n’entendait absolument rien, exprima beaucoup de joie quand il entendit le mouvement d’une montre placée près de son oreille; la musique l’affecta aussi avec plaisir. Le lendemain de l’opération il répéta plusieurs mots que je lui dis; enfin il était dans le meilleur état possible, quand le père me dit que le défaut d’argent le forçait à partir. Afin que j’eusse plus long-temps cet enfant sous les yeux, M. le greffier du tribunal le conduisit à la Cour un jour d’audience, et lui fit faire une quête; mais le père n’en réalisa pas moins son projet; il partit le lendemain avec son fils, sans m’en prévenir, par un temps très-froid. La neige et la grêle les prirent en route; l’enfant eut

froid, ce qui occasiona une olite, et plus tard la perte de l’ouïe. Je n’ai pas revu ce malheureux ; je ne sais dans quel état sont ses oreilles : son père m’a fait dire qu’il se portait bien du reste, et qu’il desirait me le ramener si je le jugeais à propos.

Je suis persuadé que cet enfant aurait joui de l’audition à un degré très-satisfaisant, s’il eût reçu les soins dus à son état.

DIX-HUITIÈMB OBSERVATION.

M. Dreher, âgé de vingt-six ans, sonrd-muet depuis Tàge de quatre ans, par suite delà variole, fut opéré sans succès le 2.3 novembre ibso: les trompes d’Eustache étalent entièrement libresj mais les membranes du tympan se trouvaient tellement épaisses, j^u’elles remplissaient presque entièrement les caisses du tambour j elles avaient pris une teinte grisâtre, tirant sur le noir, et une mollesse semblable à celle du catechu , ou gomme élastique du commerce j elles étaient cependant douées d’une vive sensibilité. Il est évident ^ue cette dégénération provenait d’une ancienne pîilegmasie, qui avait causé ces désordres d’une manière insensible.

L’observation suivante semble avoir quelque analogie avec celle-ci 3 mais elle donne lieu à des^^ considérations d’un intérêt plus majeur.

Page 1