TRENTE-UNIÈME OBSERVATION
M. Hesse, âgé de cinquante-cinq ans, a eu dans sa jeunesse une maladie du cxiir-chevelu, qu’un charlatan fit passer en quelques jours au moyen d’une pommade repercussive; cette suppression fut suivie d’une inflammation chronique des paupières qui subsista jusqu’à l’âge de vingt ans. Cette inflammation étant guérie, M. Hesse éprouva le^ premiers symptômes d’une surdité accompagnée de bourdonnemens très-incommodes. Cette nouvelle affection ne fut soulagée par aucun des moyens thérapeutiques qui furent employés} ils ne bornèrent pas même la marche de la maladie, qui maintenant est si grave.
que les sons les plus forts parviennent à peine aux nerfs auditifs j M. Hesse entend la voix forte, mais ne comprend pas la parole.
L’emploi de l’électricité, et l’application d’un vésicatoire derrière chaque oreille, n’ont pas peu contribué à augmenter la surdité, comme on le verra ci-après. Toutes ces parties étaient couvertes d.’écailles furfuracées, qui se ’ trouvaient en si grande qualité, qu’à peine pouvait-on introduire une petite plume à écrire jusqu’à la membrane du tympan. Quelques injections d’eau tiède ramenèrent au dehors une grande quantité de ces croûtes qui garnissaient l’une et l’autre oreilles. En sondant le conduit auditif, M. Hesse éprouvait une violente douleur, ainsi que quand il soufflait, le nez et la bouche étant fermés.
Je ne pus me méprendre sur la cause de la surdité, parce qu’elle était trop évidente. Au moyen des rayons solaires, on voyait le tympan épaissi, bosselé, écailleux, d’une couleur jaune fauve, etc. Enfin il était dans un tel désordre, qu’il était impossible d’y tenter la moindre opération.
Malgré le peu d’espoir de guérir cette maladie grave, il était de mon devoir de prescrire un traitement propre à en arrêter les progrès; j’ai en conséquence conseillé tous les anti-herpétiques qui doivent être employés en pareil cas : je ne sais quel en a été l’effet. Après la guérison de la
dartre, ce sera, je crois, de tenter l’opération de la perforation du tympan.
Cette observation doit inviter les individus affectés de surdité à se faire traiter de bonne heure, non-seulement parce qu’on doit craindre les progrès du mal, mais encore parce qu’on doit redouter de tomber dans le même malheur que M. Hesse, dont tous lesenfansdeviennent sourds aussitôt qu’ils ont atteint l’âge de vingt ans.
Je pourrais encore rapporter plusieurs observations de maladies qui attaquent le tympan, et qui finissent par le désorganiser à un tel degré, qu’il faut le perforer} mais je réserve ces cas pour mon second mémoire, qui sera principalement destiné à faire connaître les diverses opérations que l’on pratique sur l’oreille, et les moyens que l’on doit employer pour les rendre, autant que possible, promptes , faciles et peu douloureuses. J’espère que ce second écrit présentera autant d’intérêt que celui-ci} il contiendra des faits de surdités mieux observés et plus détaillés.