‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 9 sur 28 · SIXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME OBSERVATION

Surdité et mutisme suite d*une maladie.

Jeanne Jacquinot, âgée de douze ans, douée d’une bonne constitution, essuya une maladie à l’âge de quatre ans, qui la rendit complètement sourde j la parole se perdit ensuite petit à petit, de sorte qu’à l’époque où elle me fut présentée, elle ne prononçait plus que le mot papa. J’examinai cette jeune fille le ii novembre 18205 le nez et la gorge étaient très-bien conformés : celleci ne laissait voir aucune trace d’inflammation 5 les conduits auditifs, larges et presque droits, donnaient la facilité d’apercevoir les membranes du tympan au moyen de quelques rayons solaires. Ces cloisons étaient d’une couleur blanche nacrée.

L’opération fut pratiquée du côté gauche, avec perte de substance. Le tympan droit ne subit qu’une simple perforation, parce que j’espérais désobstruer les trompes d’Eustache.

Immédiatement après l’opération, la petite fille entendit distinctement tous les sons et les moindres bruits que l’on faisait, soit dans la chambre, soit dans la rue. Les injections n’apportèrent aucun changement dans l’audition, comme il arrive assez souvent chez les autres individus.

Le sixième jour, à dater de ropération, les trompes d’Eustache laissèrent sortir quelques gouttes d’eau par le nez j cette circonstance me donna beaucoup d’espoir pour l’oreille droite j mais les suites n’ont pas répondu à mon attente ; la gauche seule se conserva en bon état, comme on va le voir.

Pendant les quinze jours que la jeune Jacquinot demeura près de moi, elle ne cessa de s’exercer à parler avec la malade qui fait le sujet de l’observation précédente. Je remarquais avec satisfaction qu’elles prenaient toutes deux beaucoup de plaisir à répéter les memes mots, et à se reprendre mutuellement quand elles prononçaient mal ou à voix trop basse.

Sur la fin de novembre, je perdis de vue cet élève très-intéressant par sa douceur j j’espérais qu’en peu de temps il parviendrait à parler d’une manière satisfaisante, mais je fus trompéj ses parens continuèrent de lui faire des signes comme avant l’opération, de sorte que la jeune fille ne voyant aucun avantage ^prononcer difficilement un mot ou de faire un signe, ne se donna aucune peine pour exercer lesorganesde la parole...

Dans le mois de février 1821, je revis cette jeune fille à Saint-Mihiel j elle entendait trèsbien de l’oreille gauche. On voyait distinctement l’ouverture faite à la membrane du tympan. Le

tympan droit, au contraire, était intact, et quoique j’eusse débouché en partie la trompe d’Eustache, l’ouïe était peu développée de ce côté.

Quant à la parole, la malade n’avait fait aucun progrès j elle ne savait rien autre chose que les mots qu’elle avait appris durant les quinze jours qu’elle était restée près de moi ; je fis voir à sa sœur qui l’accompagnait qu’elle comprenait les articulations quand on lui parlait par-derrière, et qu’il ne lui manquait que des soins pour la rendre semblable à un autre enfant.

On a suivi mes avis pendant huit jours, et l’élève, au bout de ce temps, prononçait déjà toutes les lettres de l’alphabet d’une manière très-distincte.

Le 4 octobre 1821, je suis allé à Saint-Martin, où demeure la jeune Jacquinot j j ’ai vu avec peine qu’elle était absolument abandonnée à ellemême; j’ai oflert aux parens de l’instruire gratuitement, moyennant qu’ils la mettraient en pension à Saint-Mihiel. Il paraît qu’ils ne sont pas d’avis de faire cette modique dépense.

L’oreille gauche est parfaitement guérie, et l’on voit d’une manière très-distincte l’ouverture faite au tympan. La jeune fille entend le éaoindre petit bruit et la voix à une grande distance ; elle prononce beaucoup de mots, mais d’une

manière désagréaLle, faute d’exercice ; elle entend le battement d’une montre et les sons harmonieux d’une tabatière à musique.

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