‹ Mémoire sur la préparation de tous les extraits pharmaceutiques par la méthode de déplacement, au moyen d'un appareil approuvé par la Société de Pharmacie, contenant un procédé ... pour faire les extraits des plantes aromatiquesChapitre 11 sur 14 · DE L’EXTRAIT DE SALSEPAREILLE · texte numérisé non relu

DE L’EXTRAIT DE SALSEPAREILLE

Les souches mondées de leurs liges et les racines de salsepareille ont été traitées séparément, et ont fourni l’une et l’autre une égale quantité d’extrait sec. Chaque livre produit environ 2 onces. Pour que l’opération avec les racines réussisse bien, il faut préalablement les réduire en poudre très-grosse, l’humecter pour en dilater le tissu, et l'introduire dans le cylindre sans, trop tasser. On déplace jusqu’à épuisement. Le soluté est rougeâtre très-foncé, et mousse beaucoup quand on l’agite, ce qui est dû à la smilacrine, qui jouit de cette propriété, et non à la gomme, quoiqu’elle en contienne. Le soluté clair a été évaporé au bain-marie jusqu’à siccité. Cet extrait se dessèche très-bien, et se conserve sans trop attirer l’humidité. Il est aujourd’hui d’un grand usage; on le mêle a de la gomme ou a du sucre de lait pour préparer des poudres, avec lesquelles on prépare a froid des tisanes pour le traitement des maladies vénériennes.

DE l’extrait DE SQUINE.

Deux livres desquine grossièrement pulvérisée, humectée avec quantité suffisante d’eau froide , et mise en macération pendant douze heures, placée ensuite dans le cylindre, et lavée jusqu’à épuisement, ont fourni un soluté d’une teinte roussâtre, d’une saveur aigrelette; il rougit faiblement le sirop de violettes. Versé sur du cuivre jaune oxidé, il le nettoie comme si on s’était servi d’une solution d’acide oxalique. Je suis porté à croire qu’il existe dans cette racine un acide libre, qu’il sera essentiel de déterminer. Cette saveur acide

devient plus sensible, a mesure que la concentration a lieu, elle est aussi très-caractérisée dans l’extrait sec. Vers la fin de la dégustation , on sent même une odeur de goudron. Par la chaleur, il s’en sépare une grande quantité d’albumine, qui nage dans le liquide et se précipite en partie. Dans cet état, ayant versé le soluté dans un autre vase, pour le faire refroidir avant de le filtrer, j’ai été bien surpris de trouver au fond de la capsule , de petits corps isolés offrant la forme d’un godet, adhérant au fond dû vase, et paraissant de nature albumineuse. J'ai pu les détacher un à un , et les ai fait sécher entre deux papiers. Ils ont éprouvé du retrait, ont noirci un peu, mais ont conservé leur forme. Comme dans le grand nombre d’expériences que j’ai faites sur les extraits , rien de semblable ne s’était présenté, j’ai cru bien faire en notant cette particularité.

Les deux livres de sequine ont produit, 2 onces \ gros d’extrait sec, d’une couleur fauve, d’une saveur amère et aigrelette, d’un arrière-gout de pain brûlé ; cet extrait est léger et se déche très-bien de dessus la capsule.

DE l’extrait DE GENTIANE.

Deux livres de racine de gentiane séchée à l’étuve, pulvérisée et passée au travers d’un gros tamis de fer, ont été humectées avec quantité suffisante d’eau froide ; la poudres’ est gonflée considérablement ; après douze heures de macération, elle a été introduite dans le cylindre. Il faut l’éparpiller avec les doigts, au moment où on la laisse tomber dans le cylindre. On ne doit pas la tasser : après en avoir aplani la surface, on met le disque supérieur, et on la lave sans discontinuer jusqu’à épuisement. Pour arriver a ce but, il a fallu une grande quantité d’eau, environ six parties pour une. Les solutés réunis et chauffés se sont troublés beaucoup; il faut, aussitôt que cela a lieu, les retirer du feu, les laisser refroidir, si on veut

les filtrer au papier ; car, plus concentrés, ils ne passent qu’avec beaucoup de difficulté.

Si je me suis un peu étendu sur la préparation de cet extrait, c’est que j’ai appris que plusieurs de mes confrères , qui avaient essayé de traiter cette racine au filtre-presse, avaient prétendu que cette opération ne pouvait réussir. Je puis affirmer qu’en agissant comme je viens de le dire, l’opération au contraire se fait très-bien .

Cette quantité a fourni 7 onces 2 gros d’extrait sec.

DE l’extrait DE FUMETERRE.

Deux livres de fumeterre traité convenablement, par la méthode de déplacement, ont produit un soluté noirâtre, très-chargé, très-amer, qui, chauffé, a laissé précipiter beaucoup d’albumine. Refroidi et filtré au papier, il a ensuite été évaporé jusqu’à siccité. A mesure que la concentration avait lieu, il se déposait une grande quantité d’une substance granulée , d’une saveur salée , fraîche. Comme cette plante contient beaucoup de malate de chaux , je pense que c’est ce sel qui se précipite, à mesure que la quantité d’eau nécessaire pour le tenir en dissolution s’est évaporée. J’ai cru qu’il ne fallait pas le séparer de l’extrait, aussi ai-je agité jusqu’à la fin l’extrait, pour le rendre homogène. Cette quantité de fumeterre (2 livres) a fourni 8 onces d’extrait sec, d’une couleur brune rougeâtre, la couleur delà poudre se rapproche de celle du sous-carbonate de fer.

de l’extrait hydro-alcoolique d’ellébore noir.

C’est par l’alcool à 22°, qu’une livre de cette racine réduite en poudre grossière, a été traitée par la méthode de déplacement. Le soluté était très-foncé en couleur. Après avoir épuisé la racine , j’ai mis le soluté dans l’alambic pour en retirer la majeure partie de l’alcool employé. Ce qui restait dans l’a-

lambic présentait, outre la partie liquide, un dépôt très-considérable, abandonné par l’alcool. Cette substance dénaturé résineuse, agglomérée et tenace, avait une couleur vive de sous- carbonate de fer hydraté. Ce dépôt, et la partie du liquide qui surnageait, ont été recueillis avec soin, et placés dans une capsule. Il a fallu surveiller l’opération, afin de saisir le moment convenable pour incorporera l’extrait aqueux cette substance, en l’agitant sans discontinuer, pour que la masse soit homogène. J’ai obtenu ainsi 5 onces d’extrait sec, cassant, d’une couleur foncée d’acajou, soluble en partie dans l’eau, et en totalité dans la salive, qu’il colore en jaune orangé. Il fait éprouver sur la langue une espèce de fourmillement analogue à celui produit par la racine de pyrètre quand on la mâche , mais beaucoup plus faible.

DE l’eXTUAIT DE GAYAC.

Trois livres de râpures de gayac ont été placées dans un cylindre et fortement tassées, ensuite lavées à l’eau froide sans discontiner, en ne laissant couler le soluté que lentement pour prolonger le contact de l’eau avec la substance. (C’est ici le cas où je dois faire remarquer que, lorsqu’on a â traiter la poudre d’un bois dur par le filtre-presse , il faut la mettre sans l’humecter dans le cylindre, et la fouler fortement*, le liquide qu’on ajoute, en la pénétrant dilate légèrement la poudre, et la masse, en se serrant davantage , retient plus longtemps le liquide ; au contraire , toutes les fois qu’on a a traiter des substances qui se dilatent beaucoup, il est indispensable de les humecter préalablement , sans cela la dilatation se faisant dans le cylindre, la masse étant trop comprimée, le liquide ne pourrait la traverser. ) Le soluté chauffé, s’est légèrement troublé. Après le refroidissement je l’ai filtré au papier, et ensuite évaporé jusqu’à siccité. Les trois livres n’ont produit que 5 gros d’extrait, ayant une odeur agréable de vanille, grumeleux, friable, sans consistance , d’un aspect lé-

siïieux , ne se dissolvant que dans une grande quantité d’eau. Sa saveur est peu prononcée, légèrement piquante; sa poudre, quand on la respire irrite, la membrane muqueuse. Il attire très-peu l’humidité de l’air.

DE l’extrait DE ROSES DE PROVINS.

Deux livres de fleurs choisies, séchées et pulvérisées convenablement, humectées et mises en macération pendant douze heures, placées ensuite dans le cylindre et lavées sans discontinuer jusqu’à épuisement , ont produit un soluté d’un beau rouge. Malheureusement cette belle couleur s’altère par l’évaporation, et brunit a mesure que l’extrait se dessèche. Lorsqu’il est à l’état pilulaire, sa couleur primitive est assez bien conservée ; cet extrait contient une grande quantité de mucilage , beaucoup de tannin , et de l’acide gallique. Il est très-difficile à sécher, et attire promptement l’humidité de l’air. Sec , il conserve encore l’odeur de la rose. Sa saveur est styptique , sa couleur est brune foncée. Cet extrait doit être un bon astringent, dont l'action doit être mitigée par le mucilage abondant qu’il contient.

DES EXTRAITS AQUEUX ET RÉSINEUX DE JALAr.

C’est bien dans le traitement de cette racine que la méthode de déplacement s’applique avec tous ses avantages. On va en juger. Deux livres de jalap en poudre grossière ont été humectées avec suffisante quantité d’eau, et contusées légèrement dans un mortier , pour que la poudre fût pénétrée parfaitement du liquide. Après douze heures de macération, la poudre a été introduite dans le cylindre à robinet, en l’éparpillant avec les doigts a mesure qu’elle tombait. On applanit bien la surface et on place dessus le disque percé de trous, de manière qu’il s’y appuie sur toutes ses parties. Le robinet étant fermé, on ajoute de l’eau jusqu’à ce qu’il n’y ait plus

de dégagement d’air, après quoi on déplace, sans discontinuer jusqu’à épuisement, en ne laissant couler le soluté qu’à petit filet. Ce soluté chauffé au bain-marie se trouble, et après avoir filtré, on l’évapore jusqu’à siccité.

Les deux livres de jalap ont donné 8 onces 7 gros d’extrait sec.

On traite ensuite le marc par de l’alcool à 36°; pour cela on saisit le moment où le disque n’est plus couvert par l’eau ; l’alcool déplace celle que retenait la poudre ; on surveille le liquide à mesure qu’il coule par le robinet : aussitôt qu’on voit le soluté aqueux devenir trouble, on change le récipient ; c’est le moment où la solution alcoolique passe à son tour. On lave ainsi la poudre jusqu’à ce qu’on ait employé environ 8 livres d’alcool, qu’on déplace ensuite à son tour par l’eau. Ce soluté alcoolique est soumis à la distillation pour recueillir la presque totalité de l’alcool. Le résidu est de la résine mêlée à un peu de soluté aqueux ; on le recueille avec soin , on le malaxe dans de l’eau tiède , jusqu’à ce que l’eau ait enlevé tout l’extrait aqueux ; alors on le replace dans une capsule et on le déssèche entièrement en agitant sans cesse avec une spatule.

Le poids de résine obtenue fut de 5 onces 3 gros, d’un beau noir vitreux. — (C’est de cette manière qu’on traite le quinquina. )

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