‹ Mémoire sur la préparation de tous les extraits pharmaceutiques par la méthode de déplacement, au moyen d'un appareil approuvé par la Société de Pharmacie, contenant un procédé ... pour faire les extraits des plantes aromatiquesChapitre 12 sur 14 · DES EXTRAITS AQUEUX ET HYDRO-ALCOOLIQUES DE SAFRAN · texte numérisé non relu

DES EXTRAITS AQUEUX ET HYDRO-ALCOOLIQUES DE SAFRAN

6 gros de safran coupé menu ont été traités parla méthode de déplacement par l’eau à 40 jusqu’à épuisement complet. Le résidu était presque incolore. Le soluté ne s’étant pas troublé par a chaleur, je l’ai évaporé sans le filtrer jusqu’à siccité. J’ai obtenu 3 gros 36 grains d’extrait en belles écailles d’un rouge vif, conservant bien l’odeur du safran et se dissolvant bien à froid.

6 gros de safran, traités par l’acool à 22°, de la même ma -

nicre que précédemment , ont produit 3 gros d’extrait sec très-odorant, en belles écailles d’un rouge plus vif que l’extrait aqueux , translucides, brillantes. Il se dissout très-bien dans l’eau ; et je crois qu’il est a peu près inutile de traiter le safran par l’alcool pour faire l’extrait ; car l’eau se charge aussi bien des principes actifs, et de plus, dissout un peu de mucilage.

Nouveaux extraits dont je ptvpose V adoption.

DE l’extrait d’ÉCORCE DE TIGES DE LAITUE TRAITÉES PAR L’ALCOOL.

Vous savez, messieurs, que c’est dans la partie corticale de cette plante que réside le suc laiteux dont M. le docteur François voulait qu’on fît l’extraction par incision sur la plante verte et sur pied, et qui desséché a l’étuve sur des assiettes, reçut le nom de tridace, et mieux lactucarium. Ce moyen, qui exigeait beaucoup de temps, fournissait trop peu de ce médicament pour en permettre l’usage dans la médecine.

Désirant préparer un extrait de laitue qui se rapprochât autant que possible de ce lactucarium, j’ai opéré de la manière suivante.

J’ai enlevé avec soin les écorces de 4- livres de tiges de laitues vertes. Après les avoir hachées , je les ai pilées fortement et exprimées au travers d’un linge. J’ai répété deux fois la même chose sans ajouter de l’eau. J’avais obtenu 2 livres 8 onces, d’écorces qui ont produit 15 onces d’un suc fortement chargé , vert foncé, émulsif très-amer. J’ai versé sur le marc 8 onces d’alcool a 22°; je l’ai placé dans le cylindre, et déplacé l’alcool par l’eau jusqu’à ce que le liquide qui coulait n’eût plus de saveur amère. Ce soluté a été réuni aux 15 onces de suc déjà obtenu et mis au bain-marie.

L’albumine qui s’est coagulée a été séparée au moyen du filtre, et ensuite évaporée a siccité > j’ai obtenu 1 once 2 gros 56 grains d’extrait sec ; couleur chocolat clair, soluble en grande partie dans l’eau, d’une amertume très-prononcée qui est celle de la laitue.

C’est, je crois, ainsi qu’on devrait traiter les tiges de laitues, car en faisant le suc avec toute la plante et sans alcool, il est certain que lorsqu’on chauffe le suc pour en séparer la chlorophille , celle-ci enveloppe et entraîne avec elle la matière résineuse ou huileuse qui forme le lait de la laitue et qui reste sur le filtre (1). Tandis que l’alcool qui la tient en dissolution passe avec les autres principes solubles au travers du filtre, et l’abandonne a l’extrait en l’évaporant. Ce qui le prouve, c’est que, vers la fin de l’évaporation, quand l’alcool a été volatilisé, le suc, de clair qu’il était, devient un peu trouble.

Les cœurs des tiges des laitues que j’avais privées de leurs écorces , pilées et exprimées deux fois sans eau , ont produit

I livre de suc d’un vert tendre, non émulsifet sans amertume. On sait que cette partie de la plante est très-aqueuse, quelle a une saveur fraîche sucrée, qu’un grand nombre de personnes aiment a manger crue, etc. Ce suc, chauffé pour en séparer un peu de chlorophille, fut filtré et évaporé jusqu’à siccité.

II a donné \ once \ gros 24- grains d’extrait, de couleur plus claire que le précédent, soluble en totalité dans l’eaufroide, et d’une saveur saline, fraîche et sucrée, mais sans amertume.

12 livres de tiges de laitues entières, privées de leurs feuilles, hachées, pilées et exprimées deux fois sans eau, ont produit 8 livres de suc ; le résidu , pilé avec quantité suffisante d’eau, a été introduit dans le cylindre et foulé fortement. Il a été lavé ensuite sans discontinuer jusqu’à ce

(1) On sait que les sucs laiteux dos plantes sont dus a la présence des résines ou d’une huile tenue en suspension dans l’eau par le moyen du mucilage qu’elles contiennent.

que le soluté n’eût plus d’amertuine. Chauffé au bain-marie t filtré et évaporé, il a donné 7 onces 6 gros 36 grains d’extrait sec beaucoup plus foncé que les précédents. Entièrement soluble a froid , et moins amer que le premier, traité par l’alcool.

C’est ainsi qu’on prescrit de faire la thridace qu’on trouve dans les officines $ j’espère que celle que j’ai préparée avec les écorces sera supérieure et méritera la préférence.

DE l’extrait DE TURIONS d’aSPERGES

En faisant cette année ma provision de sirops d’asperges , j’ai voulu m’assurer s’il était essentiel de n’employer que les pointes pour faire le suc , et si la partie blanche et dure était d’aussi peu de valeur pour qu’on dût la. rejeter. Pour cela, je coupai en deux parties l’asperge ; avec les sommités, je fis un suc qui , chauffé pour en séparer l’albumine et la clorophille, puis filtré et évaporé au bain-marie, aproduit, pour 5 livres de suc, 2 onces 7 gros d’extrait sec.

6 livres de suc obtenu des résidus , également dépurés et évaporés, m’ont donné 3 onces 7 gros 36 grains d’extrait sec. En considérant l’extrait fourni par 1 livre du suc des pointes, et l’extrait fourni par \ livre du suc des queues, je trouve que l’extrait fourni par le suc des queues l’emporte de 48 grains en poids sur le suc fourni par les pointes. 11 est donc plus avantageux de préparer le suc dont on doit se servir pour faire le sirop avec tout le turion, qu’avec la pointe seulement.

Au reste , l’un et l’autre sont identiques ; leur saveur est saline et sucrée, leur odeur approche de celle qui se dégage d'un ragoût de viandes étuvées. Nul doute que cette plante soit fortement animalisée et doive produire de l’azote et de l’amraoniaqueen se putréfiant. De couleur chocolat, ils se dissolvent entièrement a froid dans l’eau ; mais la colorent fortement en jaune.

C’est ici le cas de faire remarquer la forte coloration que prennent les extraits des sucs de laitues, d’asperges, ainsi que celui de chiendent ; coloration telle, que, si je ne les avais évaporés depuis le commencement jusqu’à la fin au bainmarie, j’aurai? craint qu’ils ne fussent brûlés. Sans doute la température du bain-marie est encore trop élevée pour la délicatesse des principes de ces extraits, et qu’ils éprouvent un commencement de carbonisation . Cette forte coloration a déjà lieu lorsque le soluté commence a épaissir; je pense que pour éviter cet inconvénient, il faudrait les terminer dans une étuve chauffée à AO ou 50°.

Plusieurs médecins ont donné la préférence à un sirop d’asperges préparé par M. Jonbson, pharmacien. Comme la recette n’a pas été publiée,, je suis porté à croire qu’il le fait avec le suc auquel il ajoute une certaine quantité d’extrait ; car il est très-foncé en couleur, tellement qu’on le croirait préparé avec de la mélasse.

L’extrait d’asperges, attirant fortement l’humidité de l’air, doit être établi à l’état sec ; car, à l’état pillulaire, il se décuit promptement, fermente et se putréfie. Je pense que cet extrait pourra trouver un emploi avantageux dans la thérapeutique, comme la thridace : MM. les médecins verront qu’il peut être très-utile dans les cas où ils emploient le sirop d’asperges. Par le moyen de cet extrait, ils pourront en augmenter les propriétés calmantes et diurétiques selon le besoin.

de l’extrait hydro-alcoolique de poivre-cubèbes.

2 livres de poivre-cubèbes, réduites en poudre moyenne, ont été traitées par la méthode de déplacement, par 8 livres d’alcool à 24°, puis avec suffisante quantité d’eau jusqu’à épuisement; quoique la poudre soit très-huileuse l’opération marche très-bien ; le soluté alcoolique était très-foncé et trèsodorant. Soumis ensuite à la distillation pour en retirer la

majeure partie de l’alcool employé, cet alcool est passé trèsodorant, et a entraîné avec lui une certaine quantité d’huile volatile dont une petite partie nageait à la surface^ présentant une couleur citrine pâle. Le résidu du bain-marie a été évaporé a siccité , et a fourni un extrait noir, huileux , d’une forte odeur de cubèbes, d’une saveur brûlante, et de consistance molle. J’ai cru ne pas devoir trop dessécher cet extrait, crainte de lui enlever la grande partie de l’huile volatile qu’il contient, et dans laquelle réside sans doute une partie de ses propriétés.

Comme on emploie assez fréquemment la poudre de cette substance dans le traitement deSj gonorrhées, et qu’il doit être très-désagréable pour le malade , d’en prendre dans cet état des quantités assez considérables, j’ai pensé qu’en faisant cet extrait, l’administration en serait plus facile.

La quantité ci-dessus de poivre de cubèbes a produit 5 onces d’extrait en écailles qui se collent entre elles; mais qu’il est facile de détacher.

de l’extrait hydro-alcoolique de seigle ergoté.

Plusieurs médecins m’ayant témoigné le désir de savoir s’il 11e serait pas possible de préparer un extrait de seigle ergoté qui possédât toutes les propriétés de cette substance, j’ai procédé a cet essai en le traitant par l’alcool a 24-°. Voici la manière dont j’ai opéré, et les observations que j’ai faites pendant l’opération. J’ai pris une livre de seigle ergoté, je l’ai réduite en poudre demi-fine, et introduit ensuite dans le cylindre sans la tasser. Le robinet fermé, j’ai humecté peu à peu la poudre, jusqu’à ce que l’hydro-alcool ait recouvert le disque supérieur. J’ai laissé en macération pendant quelque temps ; j’ai ensuite déplacé en ajoutant de nouvel alcool, en rejetant sur le filtre les premières portions qui passaient troubles. Quand le soluté a été irès-clair, j’ai déplacé sans discontinuer, en ayant soin de ne laisser tomber le soluté qu’a petit

filet. Les dernières portions d’alcool retenues par la substance ont été déplacées par l’eau. Ce soluté était d’une belle couleur rouge violet. Mis dans une bouteille de verre blanc , et regardé en faec delà lumière, il ressemble par sa couleur à du vin de Malaga. Si on l’agite, l’écume qui se forme a sa surface, a une teinte gris rosé. Son odeur se rapproche de celle du ferment de bière. Soumis a la distillation au bain-marie , l’alcool retiré a pris une odeur fétide , fade, ammoniacale, analogue a celle que répandent des matières animales en putréfaction, ou a celle de la vulvaire lorsqu’on l’écrase sous les doigts. Le résidu a été recueilli, placé dans une capsule, et évaporé jusqu’à siccité ; lorsque l’alcool est tout volatilisé , il se précipite une matière résineuse , qui colle après les parois du vase ; il faut alors agiter sans discontinuer l’extrait , pour bien l’incorporer a la matière extractive fournie par l’eau. Durant toute l’évaporation, l’odeur fétide dont j’ai parlé, n’a pas cessé de se faire sentir ; l’extrait lui-même, quoique à l’état sec , en répand beaucoup.

La quantité de seigle ergoté , ci-dessus , a fourni 2 onces d’extrait, d’un brun rougeâtre ; pour l’employer, il faudra le dissoudre dans une potion composée de préférence avec des eaux aromatiques pour en masquer le mauvais goût , en ayant soin d’agiter le mélange,, pour que la partie non soluble se trouve également divisée dans la totalité de la potion. On peut aussi employer le vin, ou une autre liqueur aromatisée, pour en faciliter l’administration. Déjà plusieurs médecins en ont fait l’essai , et pensent qu’il possède les propriétés de la substance; néanmoins de nouvelles expériences sont nécessaires pour en constater les effets : \ grain d’extrait égale 8 grains de poudre.

Page 1