‹ Mémoire sur la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de laChapitre 3 sur 56 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

■■ fi-oatltollon. (1)

On entend par prostitution , l'abandon du corps pour l'acte génital, moyennant salaire.

La proslitation de la femme se retrouve dans toutes les Bocîélés civilisées (2) ; c'est un fait universel : il faut donc que

(\) Proslitation, prostitaé, du mol latin prostllutus, a, formé luimSmedesdeui moi» pro el slare , se tenir deboul, se tenir prSt, ou de pro et sCatvere , mettre en avant , mettre en vente , qui semble plus

(8) ha proatilutioD ligure dans les traditions obscurcies par la nuit des temps qui racontent l'entance dea deux jumeaux Bomulus el Râmus, fondateurs de Rome :

a Smt qni Idunntiini . mlgalo corpore, lupim inler pastOTEta vOEatam puteot. ■ (TiT.

Uv. I, 4.) ( Quelques-nu prttendsDl que Laorentia élail âne priHlitnie i qui Jes bergers avaient dODDé'ls Doni de LODie. •

(V. ansiiVina. CEneu). I, S78;V1II. 630.)

Dès les premiers temps de la république romaine une querelle causée par des prostituées détermina la création de la dictature :

f QuiiHi ptr Indes ab Salinonim joienlulo pei' tascivinm srorla raperr.nlur. coiicursn bHnlDUin rlia ae prape pislinm Cuit, j [Tit. Liv, II, IS.)

■ Durant la célébiatloii des Jeoi. de Jeunes Saliins, dnn; un mamcnl d'eiïencsi'Fiicc .

ce fait ait sa cause dans la constitution même de Thumanité (3) : il résulte, sans doute, de ce que la femme , moins apte au travail qui lui peut procurer sa subsistance, est en même temps moins impérieusement dominée que Thomme par le désir des jouissances sexuelles, et de ce que ces jouissances entraînent pour elle les pénibles conséquences ou les charges de la maternité; in dolore paries Jilios iuos^ et suh viri potestate eris. (Gen. III, 16.) De là, chez la femme, la tendance à demander une récompense pour prix de son consentement (4) , et chez l'homme , la tendance à offrir une partie des fruits de son travail; et c'est pour cela que la rigoureuse délimitation de la prostitution est impossible ou arbitraire; aussi les lois n'ont pu réglementer qu'une certaine sorte de prostitution, \3L prostitution publique.

On ne saurait compter les degrés entre l'abnégation de la femme qui se prodigue et se sacrifie pour témoigner son amour et le trafic de la prostituée qui se livre pour obtenir une pièce d'argent; entre le dévouement et l'égoïsme la distance est infinie, comme entre l'esprit et la matière.

La doctrine des anciens, continuée par saint Augustin, établit que la prostitution publique est un désordre nécessaire

enlevèrent quelques prostUuées et occasionnèrent un attroupement, une rixe et presque un combat. *

(3 ) f Tu prins et flnctus poteris siccare marines « Altaque mortali deligere astra manu , « Quam facere ut noslrae nolint peccare pnellae. » (Prop. II, 32, 49.)

ff On desséchera l'océan, une main mortelle atteindra les astres avant que nos filles reAisent de pécher, n

(4) f Amare oportet omneis, qui qnod dent habent. » (Plaut. Trucul. 57.) « Il faut aimer quiconque a de quoi donner. »

qui garantît la société contre des désordres plus grèves (ô).

(6) La nécessita el l'ancleaDetë de la prostitution sont protlam^es par ricéroD :

• Si quit «t, qui eliim raenUidb anornnu iilerdidun jiiTnUill putet , etl ilie qaiileiii ' •nWt uierDS. naprenon ixaiDni: sed tUmnet dod modoib hiijai ucull licanlla. lerain ctiui a majonuB unueliulnu ilqm uiiMsti). Qvando «liant faetum mm etl? Quandt rtprelienamT Qiui'^ «on ptnaittunt • (Gic. orat. pro Cul. c. X\,)

t Si qnelipi^a peue qn'iJ faille iileaàie à ta JCDiieue loDl eommo^ aiu l«s pmli toCei . Is w pni* nier qne ulnï-ii est Irès-aéièrg : Mail, en mnluiiiiaiil la licence i» notre «itcle. il condamiiï ainsi la cautome île nui aaceint «t l«iin csucuiloai. Qund donc, ea «ITel. t'en est-ou ibateiuf Quud ra-t-ou bllmt ! Quand ne l'a-t'in pu penali f >

Celle opinion est an lieu commua chez les poètes :

• S»a al fCogillum, mUi cr ■ Scorlari. ■ (Terknt. Adelph. I, 3. SI.) n'eu pl9 na* Unie, pour nn jeene b

D'ailleurs la prostitution prolê^e le mariage ; rorntce : — Uicta

• Uuc jmitntt aqum» at ittceaiert , nan aliénât t PtrmitlTC uXBTta. • (HOR. S>T. I, S. SU.) f L*n homme codqu lorlaitnti joui d'un lieu de [lébsuclie : — Courage, I dauudiïiue fi^tsa; caisilâtqas l'acre Ininre a ganfld leun Teines, e'eitl aller 1« jeunes gens, aAa de De pas pcenaiire les reniuei d'aolrui. ■ ( V. ussj Hoa. Sat. n , 7. tS.)

La prostilutiati assouvit des désirs brutaux, sans déshoii Inquiétude, sans jalousie :

ÎJi xwie et ÏA^'^MUÂMSà <6e la fiJle par fia ganefine onàne ^) e^.AUlii'iibueat «u raeruteioeut de la firaëSituiôafi piAdsfne pur uîMf £<uji^ {kart.

<>u^Lut il riiér^ité de La firofsitiilutioii, «"est OBe ie«oe||BttlMi ée» |(d«bi( raire^. £a r<âei kss raiMMis : la prdfittîliiiôe ééteëite ««n iii^èijer. dk «(&éis)if>e k quitter; si elle a deseofuente^ èOe fuit k» |4-ii« l<MâUe^ eflortj^ pmsr les éJeifl* hcHifiiêlenKEiit; éHe icot

<mmU tibUinit/u^, » {Axi*iv»r, ttm Otut^z ; n, 12.)

f <^oi 4« |)t«s i>Qrdid«, d« |rfti» t|;»o}^l« et de plss hoateaz qM les fvediaftfiB. let |Mv«^uéles «t lef «i1#e» f*e»tes 4e eelie salure? Et pvvilaot. s«|ipfîaei les piatitaftw «b«

(6) (^'«t i»fôro« commerce éUit pratiqué ebez les Romains. La mère cherche une juitifieatiori dan^ la misère et la faim :

« .,.,. ,Neqoe ego haiie foperbue cansa

« (iepuli a4 nieretrîeiofn r|ttai!«tftiD, oisi ot n« esuriam. » {Pi.Avr. Gistell 44 )

« f^ï je l'ai (MOfffée à la prottilotioD, ee u'est pas par doreté de cœur, c'est pour ne pas wutirir 'k faim, »

¥ Nam si \taic non oubat, lugubri mihi famé familia pereat. > (Plaut. Gistell. 47.)

• Hï le* hommes loi manquaieQt, il y aorait deoil et famine à la maison. ■

<r Nam prodiga corraptoris

« Improbitas ipsos andet tentare parentes. » ( Juv. X, 304.)

• Car la prodigue perversité d'an corraptenr ose séduire jasqu'aax parents. •

les sentines im^iures; mieux la société coiitialtm ses plaies, mieux elle en pourra dimiDuer les douleurs i?[ mieux elle en saura préparer laguérison. Moins les proalilmcsseronthiileu- 668, infeetes, ivrognes, syphilitiques et moin^ i) y aura de concubinage el de prostitution clandestine; et. Un reste, il ne „ fout pas perdre de vue la fonction sociak iiiii est attribuée h la prostitution, de préserver les femmes honnêtes des poursuites passionnées des libertins.

xt calooei , qiiiD etiun iJJnd ■ AuiilU. ul cuiilam tcalet caudamqtiC salacem [«) I Demcunt ferrum. Jure omnes : GdJba negahit. ■ (HoR. S*T. I, ï, U.)

(V. »OS!iVAt.H*ï. VI, t.)

L'fnlrus, surpris ea flagrant délil, pouvait #tre déchiré decoaps,

ni>[d« DU riml, il siJvv. Vl.ii.)

La vente et l'exploitalion de la fille par sa propre mère (6) cuiitribueal au recrutement de la prostitution publitjue pour une faible part.

Quant à l'héiédilé de la pros^tulion, c'est une exception des a plus rares. En voici les raisons : la prostituée déteste son métier, elle désire le quitter ; si elle a des enfants, elle Fait les plus louables efforts pour les élever honnêtement; elle veut

.-Ah!iBtcpWu,iii

Enlîn, voici l'opinion de saint Auguslio, touchant la nécesBilé de la prostitution :

' Quid sardidius, qaid ioasiDs decorli et toipiludliie plenlas merelridliiii, lemmihiu ut»risigue boc geaus pestibus ilici polsslî Avfer merelrieta de rebui liamanii, (urfcnwri» oinnta IMtlinibus. • (Avsust. di Ohdine ; II, IS.]

■ Qagi de plus sordide, de plDs ignoble et de plus bonleni qni les pioitiliiéM, lei proiCaèles et les Mires tiesles de celle aalare ? Et ponrtint, BUpprimei les pruliluéei. toiu Irsalilecei lasociélé parleliberlinage. ■

(6) Cet infilme commerce était pratiqué chez les Romains. La mère cherche une jusliHcalio:i dans la misère et la laim :

• Neqne ego hant BuperbiK Mosa

' Repull ad mereliicinin quie^lum, dis! ut ne «niriam. ' [Pi~tHT. Cistell U |

I Si je l'ai ponssée à la prosliluUou, ce u'eat pas par dnrelé de ciEor, c'est pour ii« pu

n si hxt Dm nubat. lufluiri milii fami familio pereaJ. i (Plaut. CiSTeLL. «.) es tiomnes loi maniiuilciil, il y ancail deuil et famine 1 la maisoD. •

■ Car la prodigue peri

qu'ils ignorent comment elle gagne sa vie. (V, Pauent Diichat. Ouv. cit.; t. I,p. 149.)

Que la prostitution devienne une ressource pour alléger la misère de vieux parents, pour subvenir aux besoins d'un enfant, qu'elle prenne alors le caractère d'un acte de dévouement et qu'elle paraisse excusable, c'est une opinion qui " trouve à peine à s'appuyer sur quelques faits esceplionnels : je la crois dangereuse et subversive. Les femmes qui ont bien pu affronter l'infâme servitude de la prostitution, ont-elles jamais cherché de bonne foi à gagner leur vie par une iionnêle domesticilc ou par le travail des champs? Cette doctrine qui admet les difficultés de la vie comme e>:cuse à la prostitution, pourrait fort bien servir à justifier le vol et l'assassinat.

Le plus grand nombre des tilles inscrites au registre de la police (7) appartiennent k des familles d'artisans miséra-

(T) Les édiles, magîslriits municiiiaux char^ps de la police cité, recevaient la iléclaralion des femmes qui toutaienl se livre proslilulioii :

■ Veslilia, preloria ramllia geoila, licenliam itupfi apud edila valgiiv.

(Tac. Arn. n.8s.) • VesUlii.iEHied'uiieriiiiiireprjUirieiine. ivaild^br«, chez les édiles, l'intei

(V. anssiCn. DBSOBRï^HaDiGaDEiècled'Aoguile. 1. 1. p. 409.) st donc à l'E(

t ni> nuficLn pnduii et uodesliie Hierlua CeoiatiL i (Cic. in Piso. i.)

, Celle eardienoe si\«!e de li pudeur et de li mcidestie. ■ avait des allribullons plus générales ; c'était une des plus hautes dignités de la République. Les Empereurs eux-mômes s'en sont revl^tus ; César a jiorlé le litre de Prérel de mœurs i Prœfèctus morum; (Suet. C<cs. 76.) et Auguste refut la Direclion des mœurs : BeeepU morum regimeti. (Svet. Adc 27. )

bles, ignorants et débauchés (8); elles ont commencé par être ouvrières à la journée ou servantes (9). Sans nier les

(8) « Velocius et citius nos

« Corrumpunt viiiorum exempla domestica. » (Juv. XIV, 3i.)

I Plus efficaces, plus prompts à nous corrompre sont les exemples domestiques. •

c — Exspectas ut non sit adultéra Largx

« Filia, qus nunqnam matemos dicere mœchos ff Tarn citô , nec tanto poterit contexere cnrsu , « Ut non ter decies respiret. Conscia mairi « Virgo fuit. » (Juv. XIV, 25.)

• — Tu veux que la fllle de Larga ne soit pas adultère , elle qui ne pourra jamais énumérer les amants de sa mère, les énumérer avec la plus rapide volubilité, sans reprendre trente fois haleine. Vierge encore, elle fut complice de sa mère..*

(9) Chez les Romains, beaucoup de prostituées étaient esclaves; l'acquisition d'une esclave entraînait le droit d'en tirer parti en la prostituant :

• Qnaedam virgo a piratis capta veniit : empta a lenone et proslituta ett. • (L. Ann. Senbga. Gontrov. 1,2.)

« Une jeune fille , prise par des pirates , (tit mise en vente ; elle fut achetée par un proxénète (a) et livrée à la prostitution. •

à moins de stipulation contraire au moment de ja vente.

Le maître qui vendait une esclave à condition qu'elle ne serait pas prostituée, restait son patron ; et si le nouveau maître prostituait Tesclave, malgré les réserves de la vente, il perdait tous ses droits sur elle ; elle devenait libre :

« Proslituta coutra legem venditionis , veuditorem habet patronum ; si hac lege venierat, ut, si prostituta esset, fieret libéra. » (Lex de in jus vocando. § 1.)

(A) Pour traduire les mots : leno et letia , j'adopte le mot français proxé^iête , qui me semble exprimer, sans périphras* et sans descendre aux bassesses de l'aryot, l'homme ou la femme exploitant la prosUtQtion d'aulrui. Maudet, dans l'admirable édition de Plante qu'il a donnée, propose les mots PROSTITUEUR et PROSTITUEUSE , qui ont l'avantage d'entrer en famille avec prostitctiot( et prostittjer ; mais je n'ose pas, même après Naudet, employer des mots nouveaux lorsq[ue.les ressources de la langue {Muraissent suffisantes. Les mots prostitueur et prostitucuse sont adoptés par Vallon . dans son beau livre De l'EsCLAVAGE da:(s L'A^nQriTK.

cas exceptioDnels, j'expose ici les faits généraux : à peine

Le commerce des femmes esclayes était fort »

IClif:

■ EmptiD mntoes

. Complures, elilem hlocslia, qaa. po,lo Cjproni

■' Mil ea ad mercatam veoio, UimDuin Diaiimum'sl. ;

. (Tëbent. Adrlph. 330.)

. J'ai m une urgiison de Fcaimes el anlres ohjels qae je |

)orle i Ct.ypre ; si Je manque

11 exislail à Rome un marché spécial pour le trafic des prostiluées, dans le lemple de Venus :

.Qais

lapu

d iKiem Vener

is hoJie ett inercalus mweliic

. Eei

■ûiool mdialer

ei : ibi ego me ostendi ïolo.

. (PLAUT

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