‹ Mémoire sur la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de laChapitre 9 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Habitudes elt manière de -vi-vre des Pirostituée»

de Doirdeaii3^. (23)

« Quel bien, en effet, pourrait-on opérer sans la connaissance de ces mœurs et de ces habitudes ? Elle évitera plus lard des tâtonnements et sugrjérera peut-être à ceux qui viendront après moi l'idée de quelques mesures salutaires auxquellqi notre génération n'aura pas pensé. (V. Parent-Duchat. ouv. cil. 1. 1, p" 600.)

Les détails donnés par Parent- Duchatelet sur les habitudes et la manière de vivre des prostituées de Paris, dans son ouvrage ejjpro/(?55o, s'appliquent en grande partie aux prostituées des grandes villes de province; pourtant, certaines particularités m'ont paru dignes d'intérêt.

A Bordeaux, comme partout, les prostituées se divisent administrativement en deux classes, que je me propose de décrire séparément :

V Les filles de maison;

â*" Les filles isolées ou libres.

Dans le langage vulgaire elles reçoivent différents noms :

Les uns génériques : Filles publiques; Filles soumises; Filles à la carte '^ Filles inscrites; Filles de joie ; Câlins, vieux

(23) «c Quod ego mihi puto palmarium

<7 Me reperisse, quo modo adolescentulus

« Meretricam ing^enia et mores posset noscere.

c Mature ut corn cognovit, perpetuo oderit. » (Terent. Eun. V, 4, 8.)

« Ce que je crois glorieux pour moi , c'est d'avoir trouvé le moyen de faire conoaitrc à nos petits jeunes gens les ruses et les habitudes des prostituées, afin que, instruits de bonne heure, ils les délestent à tout jamais. >-

diminutif populaire de Catherine^ iiom qu'on donne avec mépris à toute femme de mauvaise vie; Putains^ nom ordurier et injurieux (24).

Les autres, spécifiques, moins usités : Filles à soldat^ filles de la plus basse classe ; Pierreuses , celles qui font leur métier dans les maisons en construction; Marcheuses, celles qui sont toujours en marche pour quérir des clients.

Ce vocabulaire, autrefois beaucoup plus varié, s'est simplifié à mesure qu'une police mieux faite a réprimé de plus en plus les désordres extérieurs de la prostitution , l'obligeant à respecter la pudeur publique et à se renfermer dans l'intérieur des maisons ou tout au moins dans un quartier spécial (25).

(214) Le vieux français pt«^6, veut dire fille; il dérive depw/ws, puta^ (pur) aucien mot latin, que l'usage a reraj)lacé par pi/ni«, pura. C'est l^i qu'il faut chercher Vétymologie die putain et non dans les mots puleus, puits, ou putere, puer. C'est ainsi que le mot garce s'est dégradé jusqu'à devenir ordurier, et que le mot fille , a pris une acception basse et ignoble : c'est une fille ! aller voir les filles.

(25) Chez les Romains les prostituées portaient un grand nombre de noms, les uns génériques :

Qu;ESTUARi£ ou Qu/ESTuos.«, dc qusestus, gain, commerce.

Quœstuaria mulier, désignation générale. (Ulp. dig. XXIlï, 2, 43. )

«■ Lenocinium facit qai quœstuaria mancipia babet. / (Tlp. dig. UI, ^, 4.) (( Celui qui prostitue des esclaves est un proxénète. »

« Qux sit qiiœstuosa, qu» alat corpus corpore. ; (Plaut. mu.. 785.)

X Qu'elle soit prostituée, qu'elle nourrisse son corps par son cor{)S. >

Meretrices, de merere^ gagner.

t Qua3 a prostando îcra meret. >^ (Foiioeli-. Icxicon lot. Kd. MeretrLv.) X Qui i^a^nc de l'argent en se prostituant >

^\, — Filles de Maisons.

Les filles de maison, au nombre de 70 environ^ dans 12

« Stat meretrix certo cuivis mercabilis sre. )> (Ovid. am. I, 10, 21.)

c La courtisane se prête à tout venant pour un prix convenu. »

c Ut matrona méretHci dispar erit atqne

«c Discolor, infido scurrse distabit amicus. » (Hor. Epist. I, 18, 13.)

« Autant la matrone diffère de la prostituée et s'en distinpe , autant un ami diffère d'un vil flatteur. »

c Meretrix fortunati est oppidi simillima.

c Non potest suam rem obtinere sine multis viris. » ( Plaut. Cist. 83.)

c Une courtisane est comme une ville florissante ; elle ne prospère qn'aatantque beaucodp d'hommes la fréquentent. »

Meretrix ayait son diminutif meretricula :

< Suam non enim ille meretriculis

< Muniendis rem coegit, verum parcimonia « Duritieque. » (Plaut. Trucul. "280.)

c Ce n'est pas en entretenant des filles perdues qu'il a amassé son bien, mais à force d'épargnes et de privations. ;'

Merere^ dans le sens de se prostituer , s'appliquait aux deux sexes :

oc A lenone domino ad merendum coaclus. ;» (Plaut.) « Contraint de se prostituer par le proxénète son maître. »

TOGAT.C, de toga, toge.

K Nonitts tradit meretrices apud veteres succintiore veste usas esse , postea iogam adliibuernnt. > (Forcell. lexic. To%a.)

c Nonius rapporte que les prostituées ont d'abord porté des vêtements plus courts que les femmes honnêtes, plus tard elles se revêtirent de la toge. »

< Sumpsisti virïlem togam, quam statim muliebrera reddidisti. » (Cic. pHtLiP. II.)

< Tu as pris la loge virile que tu as rendue féminine. >.

maisons nommées : Maisons fermées , Maisons publiqties ,

« Venali Cyane succincta. » (Juv. VIII, 161 )

< La vénale Cyané court vêtue. »

- Quid inter

'c Est in matrona, ancilla, pecces-oe togata? j> (Hor. Sat. I, % 63.)

' < Pécher avec une matrone, une esclave ou une prostituée , qu'importe ? >>

« Nec magis huic

<c tenerum est fémur aut crus

« Rectius, alque etiam melius persaepe togatœ est. » (Hor. Sat. I, 2, 81.)

(c Elle ( la matrone ) n'a pas la caisse plus tendre ni la jambe mieux faite ; on trouve souvent mieux chez la prostituée. j>

La toge était imposée aux femmes conyaincues d'adultère, afin qu'on pût les distinguer des chastes matrones qui étaient yêtues d'une longue tunique : stola. (V. Mart. Panckocjcke; not. de Verger, t, 1, p. 373.) Ainsi les femmes adultères étaient assimilées aux prostituées.

« Thelin viderat in togam spadonem ;

«. Damnatam, Numa dixit, esse mœcham. » (Maat. X, 52.)

(c Un jour, Numa rencontre l'efféminé Thélis en toge; c'est, dît-il, une adultère qui subit sa condamnation. »

(C — Coccina famoss douas et ianlhina mœchœ

« Vis dare quœ meruit munera? Mitte togam. » (Mart. II, 39.)

<c *- Tu donnes des robes d'écarlate et de pourpre à une adultère fort connue ; veux-tu lui faire un présent digne d'elle? Envoie- lui une toge.

(V. aussi Juv. II, 90.)

Aussi le mot mœcha , signifiant au propre adultère , est souvent pris pour prostituée , et niâ&chus pour cinxdus.

La stola était l'emblème de la chasteté des matrones :

« Quis floralia vestit, et stolatum

< Permiltit merelricibus pudorem. » (Mart. I, 36.)

Maisons de prostitution ou de tolérance \ ces dénominations,

< Qni donc, en prenant le costume des jeux floraux, {V. plus loin la note sur les^'euo; publics) permet aux courtisanes d'imiter la pudeur des matrones ? »

(V. aussi OviD. Fast. 134; Trist. H, 252.)

Les femmes adultères furent d'abord condamnées à l'amende (Tit. Liv. X, 34 ), à l'exil (Tit. Liv. XXV, 2); plus tard elles furent con traintes de se faire inscrire chez les édiles comme prostituées (Tac. ÂNN. II, 85 ], ou de faire profession de proxénétisme. (Suet. Tib. 35} Enfin, s'il en faut croire Paulus Diaconus, elles furent obligées de se livrer au premier yenu au son d'une cloche dans un lupanar, et cet usage fut aboli par Théodose. (Paul. Diac. Hist. miscell. VIIÏ, 2)

ScoRTUH , de scortum^ peau ; soit parce que dans les temps reculés elles portaient des yêtements de peau : scortea veste mdutae ; soit que la peau exprime la femme, en prenant la partie pour le tout. (Forcell. lexic. Scortum.)

Le Scholiaste de Valère-Maxime tire l'étymologie de scortum , prostituée, de ce que les anciens étaient dans l'usage de s'asseoir sur des peaux , scortea.

X — Verum nescio qnid febriculosi

<c Scorii diligis : hoc pndet fateri. » (Catul. VI, 4.)

< — Assurément tu aimes je ne sais quelle basse courtisane aux fiévreuses caresses : tu as honte de Tavouer. »

Scortum avait son diminutif scortillum :

« Scortillum ut mihi repente visum est

< Non sane illepidum nec invenustum. » ( Gat. Carm. X, 3.)

< Tout-à-coup je vois une petite prostituée tont-à-fait accorte et gentille. >

Scortari , fréquenter les prostituées , scortator, libertin, dérivent de scortum,

€ Ubi sunt isti scortatores qui soli inviti cubant? » (Plaut. Amphy. 131.) « Où sont-ils ces libertins qui n'aiment pas à coucher seuls ? »

adoptées dans le langage administratif pour désigner les

Dans la langue française populaire, une viei//epeat<, qualifie injurieusement une prostituée laide, usée.

Dans le langage médical, scrotum dérire de scortum.

C'est par erreur que certains auteurs (Virey. Dict. des Se. med. Libertinage. ) ont pensé que le mot pellex^ qui Teut dire aussi peau , était employé par le Romains dans le sens de prostituée. Le mot pellex signifiait la femme vivant en concubinage avec un homme marié.

« Pellicem autem appetlabant, probrosamque habiUm, qos joncta consoetaqae esset cum eo , in cujns maDu mancipioque, alia malrîmonii causa foret , liac antiquissima lege ostenditar , quam Nums refis fuisse accepimos. » — Suit le texte de la loi. — ( Aul. Gell. IV, 3.)

« Effeci pellice at meom privarem virum. » (Cecilius ap. Gell. II, 23.) K J'ai réussi à priver mon mari de sa concubine. >

'( Odernnt natos de pellice. » (Juv. VI, 628.) (V. ausslJuv. VI, 273.)

NoNAfii^, de hora nonaHa^ la neuvième heure; parce que, dans les premiers temps de Rome^ elles ne pouvaient exercer leur métier que dans la soirée, à partir de la neuvième heure, afin que la jeunesse ne fut pas détournée des exercices du matin par la possibilité de se livrer à la débauche ( Vet. Schol. in Forgell. lexic. Nonarius.)

c Si Cynico barbam petnlans nonaria vellat. » (Pers. I, 133.)

« Si une courtisane effrontée arrache la barbe à an Cyniqne. »

Les dénominations suivantes sont moins générales et paraissent s'appliquer à certaines espèces de prostituées.

Lup£, de lupa^ louve; prostituée rustique exerçant son métier dans la banlieue ou dans les bois. (V. la note 2.)

c Claudius ille qui secum semper scorta, semper exoietos, semper luptu duceret. » (Gic. pro MIL. 21-)

établissements de première ou de -deuxième classe

< Ce Glaudias toajours entouré d'un cortège de filles de joie , d'hommes perdus de déhanche , de louves.

PROSTiBUL.e , de pro stàbulum , devant la demeure ; prostituées de bas étage attendant debout devant leur porte.

«r Inter meretricem et prostHulam hoc interest : quod meretrix honestioris loci est et qusstns : nam meretrices a merendo dictas sunt, qnod copiam su! lantammodd noctu facerent: prostibulœ qnod ante stabnlam stent qusstus dinmi et noctumi cansa. » (Non. Marc. V , 8 )

« La différence entre la meretrix et la prostilmla est la suivante : les meritrices, de condition meilleure , font un métier moins abject; leur nom vient de gagner, parce qu'elles ne se livrent que la nuit ; celui de prostibulœ, de ce qu'elles se tiennent debout devant leur demeure, prêtes à se prostituer jour et nuit. »

c Prostibile est stautem stanti saviura

< Dare, amicum amicae. j> (Plaut. Stich. 744.)

< Gela sent la prostitution si des amants se donnent des baisers debout dans la rue. »

pROSEDvEy de pro sedere, s'asseoir devant; prostituées de bas étage attendant assises devant leur porte.

« — An te vis inter îstas versarier

« Prosedas. » Plaut. P^nul. 262.)

c — Veux-tu te mêler avec ces prostituées assises au bord des rues. »

BusTUARi/G, debustum, lieu où Ton brûle les cadavres, cimetière; prostituées de bas étage : quœ inter husta prostant , qui se prostituent dans les cimetières. (Fohgell. lexic. Bustum.)

c Qnum te lucema balneator exstincta

c Admiltat inter bustuarias maechas. t> (Mart. UI, 93.)

c Que le baigneur éteignant sa lanterne t'introduise avec les coureuses de cimetières. » (V. aussi Mart. 1 , 35, 8.)

Ainsi les prostituées avaient accès dans les bains publics ; le baigneur

ou *

1 catégorie^ sont passées dans la langue vulgaire ;

éteignait sa lanterne lorsqu'il admettait les plus ignobles. ( Y. plus loin la note sur les bains publics à Rome.)

On trouve encore un grand nombre de qualifications servant à l'occasion de dénominations :

SuBURAN^ , femme du faubourg de Subure.

SuMM/EMAN;S, du Summapnium.

Cellarlc, decellay ceUule.

NoGTiLuC/E, faisant de la nuit le jour.

DioBOLARi.'E , à deux oboles.

ScHyENicuL£ , couchant sur la paille.

ÂLiCARi^, de altca, farine; se prostituant aux esclaves à la porte des moulins, des boulangeries. (Paul. Diac. Theod. XIII.)

ScoRTA ERRATiCA , prostituécs errautcs, pierreuses.

Le vocabulaire de l'infâme prostitution des mâles (a) , et des castrats n'était pas moins varié : meritorii pueri^ cinœdi, pathici, pœdiconeSy etc.

c Pueri ingenni cum meritoriis versabantur. » (Cic. Phil. Il, 14.) «c Les fils de famille fréquentaient les prostitués. »

ec Cinœdi et pathici » (Juv. Sat. IX, tota.)

« Tanqaam parva foret sexQs injuria nostri,

« Fœdandos populo prostituisse mares,

« Jam cunsi lenonis erant, ut ab nbere raptus

«c Sordida vagitu posceret œra puer

te Immatura dabant infandas corpora psnas. » ( Mart. IX , 9.)

<c Edicto prohibnil Domilianus, pueros iutra septimum annum prostilui. > (Suet. DOMIT. Vin.)

(a) La prostitution des mâles a lieu encore aujourd'hui à Conslantioople et dans les mêmes maisons que la prostitution publique des feromt^s.

les suivantes sont plus ou moins populaires, ordu-

< Pœdicabo vos et inrumabo

« Âureîi pathice et cinœde Puri, y» (Gat. XVI.)

« Intrasti quoties inscripUe limioa cellse

< Seu puer arrisit, sive puella tibi. (Mart. XI, 46.)

c Ultimo cinœdus supervenit , singnloqne saccinctus modo, extortis nos {fldnibas cecidit, modo basiis olidissimis inqainavit. » (Petron. Satyrig. XXI.)

La rue des Toscans , victis tusctis^ était habitée par les cinriedes : c In tiisco vico, ibi sont homines , qui ipsi sese venditant. > (Plaut. Curcul. 490.) « Les hommes qui font métier de leur corps habitent la rue des Toscans. »

Les textes suivants prouyent que cette prostitution avait deux formes, l'une passive :

«c Infelix venter spectat conviva culi

<c Et semper miser hic esuril, ille vorat 3> (Mart. 2, 51.)

(V. aussi Juv. n, 21, 117.)

L'autre active :

< Si pascitnr ingaine venter. » (Juv. IX, 130.)

<c Nnmera : Sestertia qninqoe

c Omnibns in rébus. Numerentur deinde labores :

<c An facile et pronum est agere intra viscera penem

c Legitimum, atqne illic hestema) occurrere csnœ. » (Juv. XI, 41.)

Les yices contre nature étaient considérés comme le résultat des vengeances de Vénus :

a Mollis eiat , facilisque viris Paeantius héros

< Vulnera sic Paridis dicitur ulta Venus. » ( Mart. II , 84.)

ic Si Dii mihi parcere vellent

c Naturale malum saltem et de more dédissent. » (Ov. Metam. X, 728.)

< Si les Dieux avaient voulu m'épargner, ils m'auraient envoyé un mal naturel et ordinaire. »

On les considérait aussi comme une maladie fatale :

rières ou triviales : Bordels ( 26 ) , Boxons , Lupa-

c Hune «go fatis

<( Impulo, qui valta morbum incessuqne fatetnr. » (Juv. II, 16.)

« J'impute aux destins sa maladie que décèlent les traits de son visage et sa démarche. >

« Hispo subit juvenes et morbo pallet nlroque. » (Juv. Il, 53.)

Les poètes latins : Horace, Tibulle, Catulle, Martial, etc., se plaisent à chanter Tamour cynaedique, et pourtant, ils poursuivent de leurs invectives les passions infâmes; ils méritent la cynique apostrophe de Juvénal :

«c Sed pejores, qui talia verbis

<c Herculis invadunt, et de virtnte locuti «r Glunem agitant, x (Juv. Il, 19.)

Les Marseillais avaient, du vivant de Plante, une réputation proverbiale : Navigato in Massiliam, va-t'en à Marseille, avait un sens obcène et injurieux :

« Ubi tu es, qui colère mores Massilienseis postulas?

«( Nunc tu si velis me subicitare, proba est occasio. j> (Plaut. Casin. 774 ).

Si Ton considère que le personnage adresse la proposition au public , 09 peut se faire une idée de la délicatesse et du goût des plaisanteries qui égayaient le peuple-roi.

Mais, du temps de Tacite, la ville de Marseille n'était plus signalée pour la dépravation de ses mœurs; bien au contraire :

c Massiliam locum Grsca comitate et provincial! parcimonia mixtam ac bene

compositum. » (Tac. Agrig. IV.)

c Marseille , ville où règne un mélange et une heureuse combinaison de la politesse des Grecs et de la simplicité provinciale. »

(S6) L'ancien mot bordeau, dont on a fait bordel, vient du mot saxon bordf qui veut dire maisonnette ou loge, ou des deux mots français bord et eau, parce que les maisons de prostitution se trouvaient souvent au bord des rivières. (Y. Parent-Duchat. ouv. cit. t. 1, p. 262).

nars (27). Les maisons luxueuses où les filles commepcent la

(S7) Voici les différents noms que portaient les maisons publiques dans l'ancienne Rome :

LuPANARiA, de lupa, louve, surnom donné dans l'antiquité la plus reculée aux femmes qui se prostituaient. (Tit. Lit. 1 , 4.)

c Fuit enim Faustuli tnor, et propter valgati corporis vilitatem, lupa inler pastores , id est meretrix nancupata est, nnde etiam lupanar dicitur. x (Lagt. !nst. div. I, ^.)

c , iQtum , lupanar»

« si perditiQs potest qoid esse. » (Gatull. XLII, 3.)

» fange 1 lopaoar 1 Est-il rien de pins abject ! y>

c bitravit calidum veteri centone lupanar. j> (Juv. VI, 1^.)

« Elle entra dans an lupanar étoaftant , fermé d'un vieux rideau. »

c Aunoqae lucernae

« Fsda, lupanaris tnlit ad pulvinar odorem. j> (Juv. VI, 131.)

c Salie par la famde de la lampe , elle porte sur l'oreiller (de l'Empereur ) l'odeur, du lopanar. »

FoRNicEs, de /bmir, voûte, parce que les prostituées se tenaient, anciennement, sous les poternes yoiàtées des remparts.

c Pomices quoque in muro erant apti ad excnrrendum. » (Tit. Liv. XXXVI, 23.)

< n y avait des poternes vo&iées pour les sorties. »

K Contra allos nuUam , nisi olente in fomice stantem. » { HoR. Sat. II, 30.)

< Un antre an contraire (ne veut) que la prostituée dans son bouge infect. »

<r Obscsna nudum leno fomicem clausit. » (Mart. XI, 63.) « La hideuse proxénète ferme son repaire où les prostituées sont unes. » C'est de fbrnix que dérive le mot fornication. CsLLiE, cellules MeRETRicius DOMus, maisou de prostitution.

carrière de la prostitution , aussi bien que les garnis misérables où -quelques-unes la finissent, tous les repaires de la débauche, à pari de rares exceptions, sont confinés dans un quartier spécial (28).

CoNsisTORiuM LiBiDLNUM, (Tert. AD uxoR. II, 6.) établissement de débauche.

Prostibuluh , repaire de débauche.

(28) Il y avait dans l'ancienne Rome des quartiers affectés à la prostitution , c'étaient : la voie Suburane el le quartier de Subure, le Summœnium , le vicus Patricitis et les arcades du Circm Maximus. (V. DesoB. Rome au siècle d'Aug., t. III, p. 73.)

« Sub cii^co , in cellis antrisve subterraneis habitabant qus corpore facerent qosstum mulieres. » (Rosin. Ant. rou.; édit. 1585, p. 186.)

« Les femmes qui faisaient métier de leur corps habitaient sotu le cirque , dans des cellules on dans des antres souterrains. »

(c El ad circum, jussas proslare paellas (Juv. III, 65.) «r Et ses jeunes esclaves qa'il prostitue autour du cirque. »

« Suburanœ tironem trade magistrae. » (Mart. XI, 78.) « Livre l'ingénu à rinslitutrice de Subure. »

<c Summœnias csenet inter nxores. » (Mart. III, 82.) «c Qu'il soupe avec les épouses du Snmmsnlam. »

Les proxénètes demeuraient aussi dans les ruelles ouvertes sur les petites rues de traverse :

«r — Per angiportum nirsum te ad me reccpito. » (Plaut. Persa 670.) « — Tu reviendras chez moi par la petite rue. »

« Hoc est sextum a porta proxumnm

« Angiportum, in id angiportum me diverti jusserat. » (Plaut. Pseui). W8.^

Elles sonl amenées ou procurées par des courlières qui perçoivent une rétribution de 10 à 25 fr. par fille tloiit elles déterminent l'enrôlement. Ces courlières sont ordinairement d'anciennes prostituées ou des proxénètes ruinées.

Souvent les maîtresses de maison (29) ou les sous-ma5-

■ Voi14 la tiiième nielle depuis la poile (dtia lille); c'est dans celle- là qu' aimai de me rendre. •

Ccpendunt la prosliluUoD avait fini par tajl envatir, et ir De respeclail pas les lempks (*) :

« Qua non praiMt femiaa Itmplof (Juv. I\, U.)

' llljc (« nnlli polenml conumpere Indi

f Fanaqut peccBlit plurtma cauii luis, > {Pnop. Il, 19, 9.)

(39) Les maisoDS de prostitution éuient tenues à Rome par des proiénètes des deui sexes, qui portaient lea qoidb de leno et de lena, dérivés de lenire, alléctier. La rentme ipii eterçait ce raétier était. encore désignée comme la prostituée elle-même sous le nom de meretrix.

Lenoc'mlum signifiait métier de proxénète , proxénétisme :

tresses , vont elles-mêmes en recrutement dans les grandes

viles de la France ou des pays voisins.

. Ces maltresses de maisons^ nonmiées aussi Matrones ou

« Lenas eas dicimus quœ muîieres quœsiuarias prostituunt, » (Ulp.Dig. Iît. III. t. 11, 43)

<c Noos appelons prox«Dètes celles qui prostitaent des femmes publiques. » Les proxénètes étaient notés d'infamie. (V. la note 46.)

Ils étaient voués au mépris et à Tezécration publique :

c Item gênas est lenonium inter homines

<c ut muscs , calices, pedesque pnlicesque

(c Odio et malo et molestiœ; bono usai estis nnlli

« Qui constitit, culpant eura, conspaitur, vituperatur,

< Eum rem fldemque perdere, tametsi nihil facit, aiunt. » (Plaut. Curcul. 50G.)

« La gent proxénète, en ce monde, ressemble aax mouches, aax cousins, aux poox, aux

puces; toujours odieux, malfaisants, incommodes, jamais bons à rien Celui qui

s'arrête avec vous est incriminé , conspué, vilipendé. Ne fit-il point de mal , on dit toujours qu'il se ruine et se déshonore. »

c Spectatores bene valete; lono periit. Plandite > (Plaut. Pbrs. vers, ait.) c Spectateurs 1 portez-vous bien ; le proxénète succombe. Applaudissez. »

«: Leno sum fateor, pemicies communis adolescentiam

< Perjurut, pestis. » (Terbnt. Adelph. U, 1, 34.)

< Je suis proxénète , je l'avoue , pour la perdition de la jeunesse . un paijure , an fléau public. »

c ïmprohissim'ua et perjurUsimus leno. x (Cic. proRosc. VII.) « Proxénète infâme et scélérat. »

« Venit in exitium callida lena meum. » (Tib. 1,6, 2.) « Une astucieuse proxénète vint pour mon malheur. *>

Proxénèies, en style ordurier Maquerelks (30), sont presque toujours d'anciennes prostituées (31) qui ont su amasser un pécule, et qui ayant acquis par une longue pratique Texpériencede la prostitution (32), ont obtenu Tautorisation de tenir une maison oii les prostituées vivent en communauté. La ri-

Cependant les proxénètes recevaient des personnages de haut rang :

« llagDifice Tolo enim tummos viros abcipere, ut < Mihi rem esse reanlar. » (Plaut. Pseud. 163 )

«c Je venx traiter magniflqaement de grands personnages pour qu'ils me croient riche. »

Hs portaient de riches habits et se donnaient un air d'opulence pour attirer les libertins. (Plaute, not. de Naudet sur Pseudoltis^ p. SI98.)

« Ut vestitut est perfossor parietum! » (Plaut. Pseud. 960.) #

c Gomme il est veto ce perceor de murailles! »

(30) Maquereau^ elle^ de MercureaUy diminutif de Mercure; pelit Mercure, entremetteur de mauvais commerce. (Dict. de Bescherelle.)

(31) < Gum serta refudit

« Canities. Jam turba procax, noctisque recedit

<f Ambitns . et raro pnlsatur janua tactn , «

c Seqae reformidat speculo damnante senectus,

<c Stat tamen, atque alias succingit lena ministras,

«c Dilectumque diù , qoamvis longa)va lapanar

« Circuit, et retiuet mores quos perdidit stas. » (Claudian. in ëutkop. I, 80.)

c Lorsque sa tête se couronne de cheveux tiiancs, la foule bruyante ne rdde plus autour de sa demeure ; on vient rarement heurter à sa porte. Vieille, et s'effrayant de la condamnation prononcée par son miroir, elle n'abandonne pas pour cela la prostitution ; elle y livre les autres , elle passe ses derniers jours dans le lupanar depuis longtemps chéri , gardant les habitudes de sa jeunesse à jamais perdue. »

(31) d Ars meretricia : et qux merelricium et quœ lenocinium fecissent. » (Suet.

Calig. x;v.)

<< L'art de la pro:>lituliou qui comprend la proslilulion elle-même et le proxénétisme. »

coureuse surveillance dont elles soDtl'obJet, le droit que conserve l'admiiiislratioD de fermer leurs maisons, les obligent à veiller elles-mêmes au bon ordre et à éviter toute espèce de scandale. Vouées au mépris public , elles en éloignent les manifestations insultantes par une conduite relativement bonnëte et presque toujours tranquille et résenée. Avares, âpres au pain, endurcies par l'habitude du vice, dégradées par le spectacle continuel des turpitudes humaines , elles caressent, elles flattent du sourire et de la main; leurs paroles sont d'une écœurante douceur (33).

Il y a treize ans, les maisons de prostitution pouvaient être tenues, à Bordeaux, par des hommes. Maintenant, les maltresses de maison vivent avec leurs maris ou leurs amants; mais ceux-ci ne paraissent jamais , et ne jouent aucun rôle apparent. Leur intervention dans les altercations est rigoureusement interdite; et, d'ailleurs, une maison où l'on courrait le risque de rencontrer des hommes prÈls à prendre la

> )iaiKibeaeir^yaiiatiKVm.iEtanaartiimtretric/c. > (TgnBNT.HBAUT.il, i.U.) I II a une mailreEGe bDaiiHe et Men iievie qui ignois l«s ruses de 11 prusliluUoi). ■

I /Eiis Dohis area'st. anccpa hou ego.

■ Eica est mentrii, leclDB iiilei est. amalores »ets : 1 Beoe EaluliDdo cmiBDDSUunt. caupellaDdo blajiditer

• OsciilaDila, oralioiie tïDDula, lanulula.

' Si pipiJlam perlraclavll, haud est ab n ancniiie.

• SavluDi si Eiimpsil, lumere cum llcit sioe rtlihus. • (Plaut. ^

iléfeuse des matrODes ou des filles sérail désertrà par ^n cliciilelle et perdue de réputatîoa parmi les débauchais.

A Bordeaux , l'odieuse ImmixtioD des souteneurs , en style ordurier Maquereaux OU Ruficns (34) , dans les contestations ou les querelles ou dans les rédaniatious auxquelles donne lieu si souvent la prostitution, a définitivement disparu. C'est un progrés considérable au bénéfice de la sécurité publique et du bon ordre, dont Parent-Ducbatelel avait considéré la réalisation comme impossible à Paris, en 1S37. (Y. ouv. cit. I,p. 160 et 469.)

Avant d'accepter une Qlle nouvelle, les maîtresses de maisons la souœetlent à une visite corporelle, comme fait le Conseil de révision pour un conscrit (35). Elle n'admettent pas celles qui sont laides el usées, ou qui sont atteintes de quelque maladie ou de quelque infirmité, etc.

Les matrones ou les sous-mattresses acquièrent une grande expérience de l'examen corporel des filles ; la plupart savent très-bien faire l'application du spéculum ; elles passent leurs femmes à la visite plusieurs fois par seniaine, et surtout avaut

uresuDt , avec ud pacler di»c«T«iii et aiinabl:. Si lu iimie a lauchil la gor^e. les affjiies ie l'oiseleur ivrA bien ; si elle s pris ud liaisEr, la l>Éle esl prise, il n'esl pas l>^5oiQ de filtls. »

{34) Ruften, de rufiis, roux , parce qu'on tient généralement que les personnes rousees sont impudiques. [Dicr. de Besciiehelle )

(35) Cette visite esl un usage a

\\\ti [aslIdiDin emploris. omnes partes coeporia et iiis VeodHpirala, emil leno. > (L, Akn, Sbhec. Contii

dç les envoyer au Dispensaire de Salubrité pour la visite médicale hebdomadaire.

Celte visite médicale, qui a lieu daiis les formes que j'exposerai plus loin, est pour les prostituées une importante affaire; c'est le sujet fréquent de leurs conversations. Le personnelde chaque maison se rend en voiture au Dispensaire, sous la surveillance de la matrone et de la sous-mallresse. ^ Au point de vue de Tordre public, la réclusion volontaire à laquelle ces filles se soumettent sous la garde et la responsabilité des matrones est extrêmement favorable, car elles ne paraissent jamais ou presque jamais dans les rues, et la police a très-rarement à s'occuper d'elles pour la répression des querelles et des contraventions.

Les filles de maisons ne vont point chercher les hommes sur la voie publique , et les matrones n'envoient point d'émissaires au dehors. Les jeunes gens se transmettent les uns aux autres les adresses des maisons de prostitution ou s'y entraînent mutuellement (36) ; les garçons de café ou d'hôtel donnent volontiers les indications qui leur sont demandées sur ce sujet : ils offrent aux étrangers de les conduire dans les maisons les plus renommées et de les introduire auprès des matrones ; celles-ci reconnaissent ce service par un pourboire dont la valeur varie de 2 à 5 francs, selon les apparences de générosité du client. Les cochers des voitures publiques font

(36) « Qoi tom illam amabant, forte, ita ut fit, filium

« Perduxere illucsecum, ut una essent, meum. » (Terent. And. I, I, 53.)

c Un joar ceax qui la fréquentaient emmenèrent avec eux mon fils, comme cela se voit sonveiit, pour faire ensemble une partie de débaucbe.

(V plus loin, à la fin de la note 37 , le nom des esclaves qui allaient cberctter les pratiques sur la voie publique.)

concurrence aux garçons d'hôtel, et reçoivent comme eux, des gratifications de la main des matrones.

Je puis affirmer l'exactitude des détails que je \ais donner sur les habitudes intérieures des filles de maisons.

Elles se lèvent vers dix ou onze heures du matin.

Les soins corporels sont incessants et minutieux. Elles se baignent très-fréquemment, presque toujours à domicile; rarement dans les établissements publics, qui restent absolumeijj; étrangers aux actes de la prostitution (37).

(37} Les Romains se baignaient très-fréquemment. L'usage du bain, après les rapports sexuels , était prescrit par la religion (a] :

< Haec sancte ut poscas, Tiberiao in gurgite mergis

c liane caput bis terqne, et noctem flumine purgas. » (Pers. Il, 15 )

< Pour sanctifier ces vœux, tu vas, le matin, plonger ta tête «Jeux ou trois fois dans les gouffres du Tibre, et tu purifies dans ses flots les souillures de la nuit. »

<c Vos quoque abesse procul jubeo, discedite ab aris

<c Quels tulit hesterna gaudia nocte Venus.. » (Tib. II, 1 , 11.)

< Retirez- vous, je vous l'ordonne; éloignez-vous des autels, vous qui avez, la nuit dernière, goûté les plaisirs de Vénus. »

Comme Tusage fréquent des bains signala parmi les Romains Tinyasion du luxe et des mœurs efiféminées, le mot lautus, lavé, est devenu synonyme de brillant, élégant, délicat, magnifique, somptueux. (Forcel* lexic. Lautus )

Les bains, les ablutions, les soins de la toilette corporelle étaient la continuelle occupation des prostituées :

<c Ex industria ambse nnnquam concessavimus

« Lavari ant fricari, aut tergeri, aut omari, *

« Poliri, expoliri, pingi, fingi. » (Plaut. P^nul. 219.)

(a) n l'est par le Coran ; aussi à Constantinople les bains publics sont encombrés le matin et particnlièrf ment le samedi, l'accomplisspmonl îles devoirs ronjnnanx ('Innl ortloniic' pour la nuil du ven- •Ircdi an samedi.

Elles déjeunent à la fourchette , en peignoir, vers onze heu-

«c Nous n^avoDS eu toutes deux qu'uDe seule occupation ; nous laver sans relâche, nous frotter, nous essuyer, nous parer, nous polir, nous repolir, nous farder, nous pomponner. >

<c Quasi salsa muriatica

« Nisi multa aqua usque et diù macerentor

<r Oient, salsa sunt, tangere non velis : item sumus. » (Plaut. P^enul. 2tô.)

<c Comme du poisson sal^ si on ne le fait tremper longtemps à grande eau,

il sent, il est acre, on n'y peut pas toucher : telles nous sommes. »

« Pisceis ego credo, qui usque dum vivont, lavant

a Minus diù lavare. quam hsc lavât Phronesim. » (Plaut. Trucul. 293.)

« Les poissons qui passent leur vie entière à se laver , se lavent , ma foi ! moins longuement que cette Phronésie. »

Cette fréquence des bains et des ablutions devait avoir les conséquences hygiéniques les plus favorables j elle devait surtout empêcher le développement des maladies cutanées et la propagation des affections contagieuses.

Les deux sexes se confondaient dans les bains publics. Cet usage fut blâmé dès son origine :

«c Flagltii principinm est nudare inter cives corpora. » (Epitaphium Enmi.) « La débauche commence oii finit la pudeur. »

mais il se répandit. Les débauchés choisissaient les femmes de mauvaise vie dans les bains publics.

« Vis fotui, nec vis mecum Laufeia lavari

<r Nescio quod magnum suspicior esse nefas

« Aut tibi pannosae pendent a pectore mamms. » (M art. III, 72.)

c — Dicere Galla soles : nuda placebo magis

c Et semper vitas communia balnea nobis. » (Mart. III, 51.)

< — GaHa. tu ne cesses de dire : nue je te plairais davantage, et tu évites toujours de te baigner avec moi. »

res du matin. Elles passent la journée à préparer leurs

« Nudi tecum juvenesque senesque lavantur. » (Mart. Vil, 35.) c Jeunes gens et vieillards se baignent avec toi tout nus. »

Le passage suivant prouve et le luxe incroyable des thermes romains et l'usage des bains en commun :

c Videret h£C Fabricius, et itratat mrgento mulierum halineas, ita ut vestigio

locus non sit, cum viri^ lavanixum. » (Plin. XXXni, 54.)

c Oh ! si FabriciDs voyait ces thermes luxueux des femmes, où elles se baignent avec les hommes , et qui sont tellement pavés d'argent qu'on ne saurait poser le pied sur autre chose que sur ce métal. »

On applaudissait à la vue des nudités grotesques -.

M Audieris in que , Flacce , balneo plausum,

n Moriimii illic esse mentulam scito. » (Mart. IX, 34.)

c Entends-ta le bain retentir d'applaudissements ? On a vu paraître un oi^ane grotesque. »

(V. aussi Mart. Vn, 81 ; XI, 75.)

L'office de baigneur, rempli par des hommes auprès des femmes, donnait lieu à d'étranges abus :

«c Gallidus et crittx digiiot impr$t9xt aliptes

c Ad summum domina; fémur exclamare coegit. » (Juv. VI, 422.)

< Et les doigts du rusé baigneur arrachaient les exclamations lascives de la dame. »

Les matrones, les femmes qui se respectaienf, ne participaient jamais à la communauté des bains :

< Ecqnid fejnineos sequerit, matrona, recesstu,

«c Secrettuque tua, mtnne, lavarii aqua. > (Mart. VII, 34.)

«c Pourquoi, comme les matrones, fréquentes-tu les endroits écartés aflectés aux femmes, et fais-tu tes ablutions secrètes dans un bain particulier? »

toilettes (38), à causer, à fumer des cigarettes; quclques-

Quant aux femmes de mauvaise vie, l'unique précaution de leur pudeur était de porter une espèce de caleçon :

te Si pudor est transfer subligar in faciem. » (Mart. m, 87.)

c Si tu as de la pudeor, tu devrais transporter ton caleçon sur ton visage. »

L'impudique usage des bains en commun fut vainement prohibé par les édits de Trajan , successivement renouvelés par Adrien et par Marc- Aurèle j rétabli par Héliogabale, il fût définitivement aboli {)ar Alexandre Sévère. (Plaut. Noie de Naddet; miles 385.)

Desobry méconnaît l'usage des bains en commun; il donne néanmoins, sur les thermes romains, des détails très-circonstanciés. (Y. ouv. cil. t. I, p. 322.)

Dans les lupanars romains^ des esclaves spéciaux remplissaient l'abjecte fonction de présenter Teau aux prostituées après qu elles avaient accompli leur office; on les nommait aquarioli. Plus tard la dénomination de aquarioli fut étendue aux esclaves qui allaient chercher sur la voie publique et qui amenaient des pratiques aux prostituées, et aussi aux hommes débauchés qui les fréquentaient. (V. Forcell. lexic. Aquariolus.)

De nos jours, dans les villes d'Orient, ce sont de jeunes garçons , le plus souvent Juifs^ qui racolent les étrangers dans les rues pour les conduire dans les maisons de débauche (a).

(38) < Et nosti mores mulierum;

(c Dam moliuntar , dum comuntur annus est. > ( Terent. Heaut. 239.)

< Vous connaissez les femmes; tandis qu'elles s'attiffent et qu'elles se coiffent, un an se passe. 2

K Est eliam placuisse sibi quscumque voluptas.

< Virginibus cordi grataque forma sua est. » (Ovid. Cosm.31.)

(à) y. pour la prostitution dans les bains publics, Girard, Recherches sur les établissements de bains à Paris, depuis le IV» siècle jusqu'à présent. (Annales d'hygiène publique, t. VU, p. 5.)

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unes font de la musique; ou trouve un piano dans toutes les maisons (39).

c Elles trouvent ane certaine volupté à se plaire à elles-mêmes ; la parure est le souci des jeunes filles et tout leur bonheur. »

c Vos qus munditiis, mollitiis. deliciisque xtatnlam agitis, < Viris cum summis inclutaî amicae. > (Plaut. Pseudol. 169.)

< Vous, les belles élégantes , toi^ouis attifées, choyées, dorlotées; vous, qu'on renomme pour faire les délices des riches. >

(39) A Rome, les proxénètes faisaient apprendre la musique aux jeunes filles qn'ils ayaient achetées pour les prostituer ou les revendre. L'esclave qui avait des talents d'agrément, était fort recherchée. (Plaut. Not. de Nauoet; Rudens, 43 )

€ Eam vidit ire t ludo fidicino dotnum ;

c Amare obcaepit : ad lenonem devenit ;

€ Ministriginta sibi poellam destinât

€ Datqne arrhabonem et jure jurande adligat. > (Plaut. Rudbnb, 43.)

c II la vit revenant de l'école de musique : s'étant épris d'amour pour elle, il va trouver le proxénète et achète la belle, moyennant trente mines ( environ ^,760 fr.), il donne des arriies, et reçoit le serment qui engage le vendeur. »

(V. aussi Terent. Eunuch. I, % 53.)

Les prostituées musiciennes étaient louées comme joueuses de lyre pour les sacrifices j c'était une source honnête de revenu pour les proxénètes.

c Mane me jussit senex

«c Conducere aliquam fidicinam sibi hue domum;

« Dum rem divinam faceret, cantaret sibi. » (Plaut. Epidic. 295.)

c Le vieillard m'a ordonné, ce malin, de louer une joueuse de lyre et de l'amener à la maison pour lui faire de la musique pendant le sacrifice. »

La lyre devait accompagner les sacrifices, de peur qu'on n'entendtt quelque bruit de mauvais augure. (Senec. de vita beat. 86. — Rosiix. Antiq. rom. 423 D.) Telle est l'origine de notre musique sacrée.

Si elles sorlent pour quelque promenade, ce qui est rare, elles sont accompÉtgnées par la matrone ou par la sous-maltresse. Dans ces promenades, elles aiment à attirer les regards par des costumes luxueux ou excentriques; mais si leurs allures les font reconnaître, la police intervient, les oblige à rentrer chez elles et les punit de quelques jours de prison. Si le scandale a eu du retenlissement , la matrone encourt ellemême la prison et la fermeture temporaire de son établissement, le tout par simple décision administrative.

Les matrones conduisent quelquefois au théâtre les filles qu'elles veulent s'atlaclier par des procédés flatteurs et bienveillanla. I.a tenue décente et la conduite réservée sont exigées par la police dans les salles de spectacle, avec plus de rigueur encore que sur les promenades publiques. S'installer aux stalles d'orchestre ou aux premières loges, c'est encourir l'expulsion immédiate et la prison (40).

Il y avait des proslituées musiciennes dans les laTeraes frôquenlées par le bas peuple :

• Nec mertirix Ubiciaa, cnjus

- Ad slrepilnm Ealias Ifrras gravis. • (Hoa. ErisT. i, U, îl.)

Les prostituées que les débaucbés inlroduiaairnt ctiez eux, apportaieot leur lyre ;

(tO) A Rome, la prostitution avait envahi les théâtres et les ainphi-

Ihéâttes; le passage :

Elles dînent copieusement à cinq heures et demie. Après le

«r Scortum «^soletam nequis in proscenio a Sedeal, » (Plaut.P^nul. 17.)

« Que nulle prostitoée déclarée ne prenne place sur le proscenium. > ^ ^

est une saillie de Plaute, qui tourne en plaisanterie un usage que personne ne songeait à trouver incon\enant. Telle est l'interprétation de Juste-Lipse. (V. Elect. 44 )

. Les principaux personnages des pièces de Plaute et de Térence^ sont presque toujours des proxénètes et des prostituées.

Les actrices étaient des prostituées :

< Ea invenielur et pudica et libéra

< Ingenna Atbeniensis; neque qnidquatn stapri « Faciet profecto in bac quidem comaedia.

c Mox Hercle! vero, post transacta fabula,

« Argentum si quis dederit, ut vulgo suspicior,

« Ultro ibit nuptum, non manebit auspices. » (Plaut. Casin. 82.)

c A la fin, elle se trouvera pure et de condition libre, et fille d'un citoyen d'Athènes ; elle ne fera pas d'acte impudique, dans celte comédie s'entend; mais, par Hercule ! après le spectacle , si quelqu'un lui donne de l'argent . je crois qu'elle se mariera volontiers sans attendre les cérémonies nuptiales. »

Les théâtres étaient des lieux de débauche. (Tir. Liv. Il, 48.)

« Idem vero theatrum, idem et prostibulum ;^ eo quod post ludos exactes, meretrices ibi prosternerentur. » (Isidor. XVIU, 42.)

< Tfaé&tre et maison de prostitution étaient synonymes ; car, après les représentations, les prostituées s'y livraient au public. »

Aussi le grand Pompée ayant fait construire un théâtre, craignant qu'un pareil repaire de turpitudes n'exposât sa mémoire au blâme des censeurs, y superposa un temple de Vénus, Venerisaedem super posuUj ei ayant convoqué le peuple pour la dédicace du monument , il fit rendre un édit qui le nommait, non pas théâtre, mais temple de Vénus. C'est un temple de Vénus, disait-il, au-dessous duquel nous avons

dîner, elles font leur toilettCi^pour se préparer à recevoir le public , car c'est dans la soirée que les maisons sont le plus fréquentées.

Elles se font coiffer par abonnement au mois, et ne se font pas faute de teindre leurs cheveux ou d'en porter de faux, lorsqu'un peu d'artifice parait nécessaire à leur coquetterie (41).

disposé des gradins pour les spectacles. (V. Tertdl. ap. Just. Lips. Xi, 13.)

il y avait des cellules habilées par des prostituées sous les arcades du cirque. (V. la note 28.)

(41) L'art de teindre ou de remplacer les cheveux était déjà parvenu à un très-haut degré de perfection chez les Romains ; ils connaissaient aussi la prothèse dentaire :

« Nec dentés aliter , qunm serica, nocte reponas

c Et jaceas centam condita pixibas

c Nec tecum faciès toa dormiat. innuis illo

<c Q^od tibi prolatum est mane supercilio. » ( Mart. IX, 28.)

<c Le soir, tu qaittes tes dents avec le reste de tesayaslements. Ta personne s'enferme, en détails, dans ane foule de cofflrets ; ton visage ne couche pas avec toi , et ton sourcil qni m'agace, est dessiné depuis ce malin. »

Le brou de noix servait à teindre les cheveux :

« Coma tum mutatur, ut aonos

c Dissimulet, cortice tincta nucis » (Tib. I, 8, 43.)

«c Alors, pour dissimuler l'ontrage des ans , on teint sa chevelure avec la verte écorce de la noix. >

(V. aussi Plin. XV, 22.)

L'usage des postiches était très-répandu :

c Fœmina canitiem germanis inficit herhis

« Et melior vero quœritur arte color;

c Faimina procedit densissima crinibus emtis

« Proque suis alios effeciUxre suos. » (Ov. ars Amand.)

Elles font une prodigieuse dépense de cosmétiques et de

c Telle femme teint ses chevenx blancs avec des herbes de Germanie, même elle demande à Fart d'améliorer la nnance naturelle; cette autre, est parée d'une chevelure luxuriante; ce sont bien ses cheveux, elle les a achetés. »

(V. aussi Plin. XXIX, XXX; 34, 46.)

< Dentibus atque comis, nec te pudet, uteris emptis. c Quid faciès oculo, Lslia? Non emitnr. » (M art. xn, 23 )

LebruD a délayé cette épigramme :

c Cidalise achète

tf Ses dents, ses chevenx,

<c Et si la coquette

« N'a pas de beaux yeux,

c De bouche mignonne

« Ni de plus beaux bras ,

« Faut-il qu'on s'étonne :

<c C'est qu'on n'en vend pas ! »

L'invention du fard et des procédés de teinture pour les cheveux était attribuée aux Bretons :

c Nunc eliam infectas démens imitare Britannos

c Ludis et exUrno tincta nitore caput? j> (Prop. II, 18, 23.)

< Pourquoi follement imiter les Bretons fardés, et teindre tes cheveux d'une nuance étrangère. »

Les femmes de condition libre qui se prostituaient dans les lupanars, se déguisaient avec des perruques blondes :

c Et nigrum fiavo crinem abscondente galero

« Intravit calidum veteri centone lupanar, s (Juv. VI, 119.)

c Puis, cachant sa chevelure noire sous une perruque blonde , elle entra dans un lupanar étODffant, fermé d'un vieux rideau. ;>

D'après Servius et Tertullien, les perruques blondes étaient à l'usage exclusif des courtisanes.

parfumeries (42). Presque toutes se fardent les joues et les

Les peaux velaes des chèvres serTaient à faire des perruques :

j» Hsediaa tibi pelle contegenti

«c Nudsc tempora verticemqua calvs ;

« Feslive tibi, Phaebe, dixil iile,

ff Qui dixit capot esse calccatom. x (Mart. XII. 45.)

« Une perruque de peau de chèvre couvre tes tempes dénudées et ton crâne chauve, c'est une chaussure à ta tète, mon ami Phébus, un plaisant te l'a bien dit. 2

(V. aussi Mart. XIV, 50.)

Les prostituées étrangères se coiffaient d'une mitre décorée de peintures :

« Ite quibns grata est picta lupa barbara milra. (Juv. III, C6 )

(c Allez, vous que séduit la mitre peinte d'une prostituée étrangère. »

(V. aussi ViRO. Œnbid. IV, 16; IX, 616.)

Leur coiffure était une mitre , moins coupée que celle de nos prélats, également ornée de deux pendants , qu'elles ramenaient sur les joues. (RosiN. Ant. rom. 1. V, p. 444.)

La mitre était aussi la coiffure des vieilles femmes. (FoitcBLL. lexic. MUra,)

< Exsequiaî fuerant rari furtiva capilli

«c Vincula, et immundo pallida mitra situ. » (Prop. IV, 5, 68.)

ce Toute la pompe de ses funérailles fut quelques bandelettes volées qui avalent noué ses cheveux clairsemés , et une mitre immonde et déteinte. »

La mitre, originaire d'Orient « coiffait la figure de Bacchus :

« Ginge capul mitra : speciem furabor lacchi. » (Prop. IV , 2, 51.) c Coiffez-moi d'une mitre , et je serai Bacchus. j>

(48) Les Romains abusaient des parfums et des pommades :

fêvres avec une naïveté grossière. Quelques-unes se noircissent les sourcils et le bord des paupières avec le charbon d'une allumette à demi-brûlée (43).

« Qijod qoacomque venis, Cosmum migrare putamus X Et flaere excusso cinnama fitsa vitro.

* Noio peregrinis placeas libi , Gellia , nugis :

« Scis. puto. posse meom sic beae olere canem. » (Mart. ITI, 55.)

« Quand tu passes , on croirait que Cosmus (a) déménage et que toutes ses essences s'échappent de leurs flacons renversés. Comment, Gellia, peux-tu te complaire à ces superfluités exotiques ? Ne sais-tu pas <]ue mon chien pourrait sentir aussi bon ? »

• Saepe coronatis stillant ungttenta capillis. (Ovid. Hrr. \X1, 161.) X Souvent les parfuma découlent de nos chevelures couronnées. ><

Le bon goût réprouvait les parfums, et l'on tournait en ridipulc les vieilles coquettes parfumées, pommadées et fardées :

« Ecastor mulief recte olet, ubi nihil olet;

«r Nam istas veleres qua) se unguentis unctilant, interpoles, « Vetnlse edentulas, qua) vilia corporis fuco obculant, « Ubi sese sudor cum unguentis consociavit, inlico

< Ilidem oient, quasi quom una multa jura confudit cocus ,

« Quid oleaut nescias, nisi id unum ut maie olere intelligas. » (Plaut. Mostell. 273.)

« Par Pollox ! la feu; me sent bon qui ne sent rien ; car ces vieilles sempiternelles enduites de parfums , ces vieilles édentées qui cachent leurs rides sous le fard , lorsque leurs odeurs de sneur et de pommades se confondent, on pense à ces affreux ragoûts, composés par on gâte-sauce avec toutes sortes d'ingrédients : ce que cela sent, on l'ignore . mais on est sûr que cela sent mauvais. •

(V. aussi Desob. ouv. cit. t. IV, p. 1 ; Plin. XIll, 1, 2, 3, 4, 5.)

(43) La civilisation moderne n'a pas plus inventé le fard que les parfums, les mouches» les cheveux postiches, les fausses dents et l'épilation :

< Quia adeo foreis noslras unguentis uncta es aosa abcedere

« Qaiaque istas buccas tam belle purpurissatas habes. j> (Plaut. Trucul. 260.)

[a| Cosmus, célèbre pariumeur; son nom, ou plutôt 1p mot yrci- K.O<Jf/.OÇ , Jnns le sens dt-

TDTI.FTTE , i»St rétyni<>l(H]ie »lc COSMÉTIQl'E.

Farder, dans leur langage c'est maquiller. Le maqvillage s'emploie quelquefois pour dissimuler les maladies qui

(c Pour avoir osé approcher de notre porte ta personne parfumée et ton mnsean empourpré. »

(( Sanguine qus vero non rubet, arte rubet. » (Ovid. ars am. IIT, SOO.) «( Elle remplace la vraie rougeur du sang par un rouge arliflciel. » ( V. aussi Plaut. Mostell. 258. S61, 275.

« Neque illi

«c Jam mauet humida creta, colorque

« SUrcore fucatus crocodili. » (Hou. Epod. XII, 9.)

c De sou visage dégoutte la craie détrempée et ce fard composé des excréments du crocodile. ;>

<c Cretata timet Fahella nimbum

c Cerussata timet Sabella solem. » (Mart. II, 41.)

oc La blancbe Fabella craint la pluie , la rose Sabella craint le soleil. j>

« Et inter rugas malarum tantum erat cretœ, ut putares detectum parietem nimbo laborare. » (Petron. Satyrig. 23.)

« El dans les rides de ses joues il y avait tant de craie qu'on eût dit un mur décrépi sillonné par la pluie. »

€ Ille supercilium, madida fuligine tactum « Obliqua producit acu, pingitque trementes « Attollens oculos. )> ( Juv. II, 113.)

< Celui-là prolonge son sourcil an moyen d'une aiguille enduite de noir de fumée , et levant les yeux, peint ses paupières clignotantes. »

« Imo supercilla etiam profert de pixide. » (Petron. Satyrig. 110.)

< En outre, elle tire d'nne boîte une paire de sourcils. » (V. aussi Juv. VI , 464.)

Les Belges passaient pour avoir, aussi bien que les Bretons, devancé les Romains dans l'art de farder le visage.

pourraient faire prononcer l'envoi d'une fille à l'hôpital et pour tromper l'œil du médecin chargé de la visite sanitaire.

« Turpis Romano, Belgicus ore color. » (Prop. II. 18, 26.) « Le fard dn Belge déshonore le visage d'un Romain. »

Les raffinements de la coquetterie étaient portés plus loin qHe chez nous. L'épilation, dont la pratique est fort restreinte de nos jours, était d'un usage général à Rome chez les prostituées et chez les débauchés de toutes conditions.

c pleoa turpi oUa résina

« Summœnianœ qtut pilantur vxores. » (Mart. XII, 32.)

« Un vieux pot rempli d'une sale résine setvant à épiler les épouses du Summaeninm (les prostituées). »

Ainsi, on arrachait les poils au moyen d'une composition résineuse ; de plus, on les usait à la pierre-ponce :

« Nam res mortifera est inimicus pumice lœvis. » (Juv. IX, 94.)

« Car ce sont de venimeux ennemis ces hommes polis à la pierre-ponce. »

< Sit nobis aetate puer, non pumice Uevis

c Propter quem placeat nulla puella mihi. » (Mart. XIV, 205.)

Lorsqu'il aecable d'injures une vieille débauchée, dont il repousse les entreprises, Horace lui reproche la mauvaise odeur de son nez et l'in fection de ses aisselles velues :

< Neque sagacius unns odoror

«c Polypus, an gravis hirsutis cubet hircus in alis « Quam canis acer ubi lateat sus. » ( Hor. Epod. 12.)

« A mei, qui ai le nez plus fin pour flairer un polype tu le bouc immonde caché sous des aisselles velues, que le chien pour éventer le bouge du sanglier. »

« Quod pectus, quod crura tibl, quod brachia vellis,

« Quod cincta est brevibus mentula tonsa pilis

« Hoc prœstas, Labicne. inx, quis nescit, amie»?

« Cui praîslas culum, quem, Labiene. pilas? » (Mart. 11,62.)

J'ui vu des ulcérations recouvertes d'une petite pièce de baudruche adroitement collée avec de la gomme et colorée avec du carmin. Ces préparations à la visite j qui se paient de 3 à 5 francs, sont faites, le plus souvent, par des sages-femmes et même par des médecins.

Quelques-unes , par une bizarre recherche de coquetterie , laissent croître démesurément les ongles de leurs mains, qu'elles taillent en amande (44).

« Psilothro faciem levas et dropace calvam. » (Mart. III, 74.) « Le Psilothram (e sert à épiler ton visage, et le dropax ton crâne. » (V. aassi Mart. IX, 28; X. 90; Plin. XXX, 36 ; XXXII, 47^) 11 y a?aii des épileurs dans les bains publics. Alipili. (Senec. ëp. 56.)

Les vieilles femmes se faisaient arracher leurs cheveux blancs :

« Vellère tara cupias albos a slirpe capillos. » (Prop. III, 25, i3.)

<r Tu voudras alors arracher jusqu'à la racine tes cheveux blancs.

Voici les preuves de Tusage des mouches chez les Romains :

((Et 7iumero8a linunt sleliantem splenia frontem;

<c Ignoras quis sil? Splenia toile, leges. » (Mart. II. 29.)

(c Et on grand nombre de mouches (mot à mot : emplâtres) couvrent son front radieux. Ignores -tu ce qu'il est? Enlève ses mouches, et lu le sauras, x

Il s'agit d'un affranchi qui cachait avec des mouches la lettre F dont on marquait au moyen d'un fer chaud les esclaves fugitifs. Les brûlures sur le front étaient une punition fréquemment infligée aux esclaves, même pour les fautes les plus légères, par l'ordre de leurs maîtres. (V. Juv. XIV, 21 )

( V. aussi, pour les mouches , Ovid. ars Am. 202.)

(44) Comme le comte de Guiche, que Molière a dépeint vSous le nom de Clitandrc :

A partir de sept heures et demie ou de huit heures du soir, elles sont prêtes à se réunir au premier appel de la sousmai tresse dans un salon éclairé au gaz. L'ameublement de ce salon de réception n'est pas au-dessous de ce qu'on voit de plus confortable chez les personnes riches. Dans l'une des maisons la décoration est spleodide.

Il est d'usage dans certaines maisons luxueuses qu'elles se montrent enveloppées d'un court peignoir de satin de couleur claire sans aucun autre vêtement. Elles portent alors des bas de soie blancs ou roses , et sont chaussées de brodequins ou de souliers assortis au peignoir. Quelquefois même elles entrent au salon dans un état complet de nudité (45).

« Est-ce par l'ongle long qu'il porte au petit doigt

K Qu'il s'est acquis chez vous l'estime où l'on le voit ? » (Molière ; Misant. II, 33.)

(45) Chez les Romains, la prostituée était une marchandise dont l'acheteur positif voulait apprécier la valeur avant de conclure le marché qui la devait livrer à ses appétits brutaux :

c Altéra nil obstat : Coïs tlbi pêne videre est

« Vl nudam; ne crure malo, ne sil pede turpi ,

« Metiri possis oculo latus. An libi mavis

(c Insidias fîeri, preliumque aveUier, ante

«. Quam mercem ostendi? » (Hor. Sat. II, 100 J

tf Avec l'autre, point d'obstacles ; la gaze vous la laisse voir à peu près nue. A-t-elle la jambe mal tournée ou le pied mal fait? Vous la mesurez d'uu coup d'œil. Aimericz-vous micDx être dupé, et payer la marchandise avant de l'avoir vue? >'

<t Palam prostare nudam in nebula linea » (Petron. Satyrig. 55.) a Se prostituer publiquement nue dans un nuage de lin. »

« Nudum olido slans

<t Fornice mancipium. » (Juv. Il, 170.)

< L'esclave qui allcud nu dans son bouge infect. >

Le plus souvent elles cherchent dans leurs costumes pom-

' Cependant les prostituées n'étaient pas toujours nues pour attendre le public ; on leur faisait quelquefois porter des habits de garçon :

(c Inter ebriomm cenvivarum jocos jactatar, modo in puerilem, modo in muliebrem haHtum composita. » (L. Ann. Srnec. Controv. I, 2.)

4c Elle entend les g^rossiers lazzis des ivrognes , taotdt sons des habits de gaivon, tantdt sous le costume féminin. »

Les prostituées vêtues étaient sans doute d'une classe plus relevée que celles qui attendaient leurs pratiques dans un état complet de nudité :

« At tu

« Quum tibi vestiti fades scorti placet , hsres

c Et dubitas alla Ghionen deducere sella. » (Juv. III. 135.)

« Mais toi . si la figure d'une prostituée vêtue te séduit , lu balances, tu hésites à Taire descendre Chione de sa hante chaise. »

11 faut remarquer à ce sujet que les Romains n'étaient pas blessés au même degré que nous par les nudités- ( V. la note 37.) La toge découvrait aisément les organes sexuels; les mouvements brusques du corps ou des membres relevaient les plis de cette espèce de manteau flottant et exposait aux regards les organes virils. On conçoit qu'un pareil vêtement n'opposait aucun obstacle matériel à la satisfaction des désirs impudiques. Cicéron recommande à son fils l'usage du caleçon que la bienséance imposait aux orateurs et aux comédiens :

c Nec vero histrionibus oratoribusque concedendnm est , ut lis hœc apla sint nobis dissoluta. Scenicorum quidem mos tantam habet veteri disciplina verecundiam, ut in scenam sine snbligaculo prodeat nemo : verenlur enim . ne , si quo casu eveneril , ut corporis partes quidam aperiantur, adspicianlur non décoré. (Gic. de off. I, 35, i'Hè,)

«c II ne faut pas donner sur nous l'avantage de li décence aux comédiens et aux orateurs. Les anciennes traditions du théâtre exigent tant de modestie, qu'un acteur n'oserait paraître en scène sans porter un caleçon , car il serait à craindre que la décence n'eût à souffrir , si certaines parties de son corps venaient par hasard à se découvrir. >

peux et fripés à suivre les dernières modes adoptées pour

JuTénal s'indigne contre les juges qui avaient l'effronterie de siéger^ en toge diaphane :

« sed qnid

« Non Ikcieot alii , cum tu multitia sumas

« Gretice, et banc vestem populo mirante, pérores?

« nadoi agas

«c Minus est infamia turpis. » ( Juv. II, S5.)

ff Mais que ne feront pas les autres , lorsque toi , Greticus , tu te revêts de tissus diaphanes? Et tu viens pérorer sous un pareil vêtement en présence du peuple ébahi !

siège tout-à-fait nu, l'infamie sera muins révoltante. »

(V. aussi Juv. II, 96.)

Quelques débauchés relevaient leur toge en public au point de découvrir les organes génitaux. Le caprice avait à cet égard une pleine liberté :

« Malthinus tunicis demissis , ambutat ; est qui

« Inguen ad obscœnum subductis usque facetus. » (Hor. Sat. I, 2, 24.)

c Malthinus laisse traîner le bord de sa robe; tel effronté la relève jusqu'à la ceinture avec la dernière indécence. »

L'usage de s'étendre à demi devant la table sur des lits pour les repas devait favoriser la lascivité des convives, qui se faisaient servir par des esclaves des deux sexes à peine vêtus, et qui abusaient des mets stimulants et des vins épicés. (V. Desob. ouv. cit t. i, p. 33S1.)

Les danses lascives des jeunes esclaves espagnoles ou des jeunes garçons terminaient les festins :

«c Forsitan exspectes ut Gaditana canoro

<c Incipiat prurire choro, plausnque probata)

«Ad terram tremulo descendant dune puellœ. (a)

(a) Ce verset le passage de Martial cité à la page suivante, constatent l'antiquité Je la Catchoutcha.

les bals et les soirées d'apparat. Leur langage, grossier comme

( Irritamentum veneris languentis, et acres

« Divilis urticsc. Major tamen ista voluptas

« Alieriiu sexua; magis ille extenditar; et mox

« Aurihus atque oculx* concepta urina movetur. >< (Juv. XI, ICI.)

( Nec Gadibus improbis puellse

« Vibrabunt sine fine prurientes

« Latcivos docili tremore lumbos. » (Mart. V, 79.)

« Les danseuses de la licenciease Cadix n'irriteront pas tes désirs par les trémoussements de leurs croupes lascives. »

<i Tant tremulum crissât, tam blandum prurit, ut ipsum « Maslurbatorem faceret Hyppolytum. * (Mart. XIV, 203.)

« Transeo puerorum infelicinm grèges, quos, post transacta convivia, aliae cuhieuli contamellae exspectant. » (Seneg. Epist. 95.)

L'image obcène de Priape frappait les regards à chaque pas. Le Phallus était l'objet d'un culte public :

« Pénis ligneus, vel vitreus, vel coriaceus, in Bacchi festis plav^tro impo~ situs, per rura et urbes magno honore conferebatur. » (V. August. de civit. Dei. Vn, 21.)

« Dans les fôtes de Bacchus, un Phallus de bois , de verre ou de cuir était porté sur un char en grande pompe à travefs les villes et les campagnes. »

(V. aussi Arnob. V, 176.)

(V. sur le culte de Priape à Lampsaquc et dans les villes qui bordaient THellespont , Gatull. 48.)

« Priape a un temple à Pompéia. Il trônait dans le sanctuaire de la famille. » (F. Jacquot. Gaz. Méd. de Paris ; 1850, n* 28.)

Les anciens croyaient que le Phallus éioignait les fascinations :

<c Veteres adversus fascinationem veretro utebantur. Nam omnia turpia malos invidonim oculos ab instituto avertunt atque avocant. Pueris figura veretri pro amuleto de collo suspendebatur. ) (Vauk. de Ling. lat. VI, 5. — Forcell. lexic. Fascinum.)

celui de la lie du peuple, qu'elles salissent naturel-

ce Les anciens faisaient usage du Phallus pour se préserver des fascinatious. Car tout c% qui est obscène attire l'œil des méchants, et le détourne de la personne à qui ils voudraient noire. On pendait le Phallus comme amulette au cou des enfants. »

< Horto et foco tantum contra invideniium effascinationes dicari videmus in remedio tatyrica signa. » (Plin. XIX, 4, 19.)

<c Les Phallas que nous voyons dans les jardins on dans l'intérieur des maisons, n'ont pas d'autre but que de détourner les fascinations ennemies. »

D'après saint Augustin (de Civit. Dei. 6.)^ les ibmmes portaient des Phallus au cou pour se préserver de la stérilité.

Les Phallus antiques, trouvés à Pompeï ou à Herculanum^ sont trèsnombreux dans le Musée de Naples ; la plupart sont en bronze ou en or ; beaucoup sont ailés; il en est qui sont ornés de clochettes; ils sont de dimensions très-variables. (V. Musée de Naples. Edit. Ledoux, p. 29.)

Mazois cite plusieurs images de Priape qui ont été découvertes dans les maisons de Pompeï, et notamment un bas-relief représentant un Phallus placé au-dessus d'un four avec l'inscription : Me habitat félicitas; ce Phallus, d'une exécution grossière, est peint en rougevermillon. (V. Mazois. Ruines de Pompeï , t. Il, p. 84.)

< La prostitution exposait son impudique enseigne aux yeux de tous les passants. Un énorme Phallus en bas-relief indiquait les lupanars. . . et le soir, une lampe allumée devant l'image, invitait les chalands à entrer Nous avons aperçu deux Phallus lors de notre visite à Pompéia : l'un dans la voie Slarto , l'autre dans la voie Consulaire. 11 n'est pas rare non plus de trouver des Phallus sur les piliers des hôtelleries ; il en existait en ronde-bosse , et en telle quantité, qu'on a pu les réunir

dans une cour de la viUe comme un véritable musée Qu'il nous

suffise de dire qu'il est des Phallus de cinq pieds de haut Les

plus indécentes peintures se rencontrent dans les meilleures maisons de Pompéia » (V. F. Jacquot, loc. cit.)

( V. plus loin, la note 53.)

lement de mots orduriers qu'elles embrouillent de jargon

Priape était le dieu gardien des jardins :

« Custos es pauperis horti. » (Vmo. Egl. VH, 35.)

« Tu gardes le jardin du pauvre. »

(V. aussi Catull. 19 et 20.)

c Femina si fartum faciet mihi , virque puerque '

« Hsec cuanum . caput hic, prsbeat ille natcs. » (Priap. 21.)

Ce texte indique de quel châtiment Priape menaçait les voleurs.

(V. aussi Priap. 12, 16, 22, 35, 43, 56, 75.)

Le Priape gardien des jardins était de couleur rouge :

■ « Sed ruber hortorum custos , membrosior aequo ,

^ '( Qui tectum nullis vestibus inguen habet. » (Priap. Vkjbv. 5.)

(( Le gardien empourpré des jardins, qui montre à nu sa membrure gigantesque. »

«c Pomosisque ruber custos ponalur in hortis

<: Terreat ut sseva falce Priapus aves- x (Tibul. I. 1, 16.)

« Que Priape empourpré garde mes vergers, qu'il effraye les oiseaux de sa faux menaçante. )>

ff Deus inde ego furum aviumque

<c Maxima formido ; nam fures dextra coercet ,

« Obscseno ruber porrectus ab ingnine palus. » (Hor. Sat. I, 8, 3.)

«c Ainsi , je suis Dieu ; je suis l'ôpouvantail des voleurs et des oiseaux, car ma main arrête les voleurs ; ma main et ce pieu rubicond que je présente toujours dressé. »

On donnait la forme de Priape à des verres à boire -.

(c Vitreo bibit ille Priapo. » (Jov. II, 115.)

<c Celui-là boit dans un Priape de verre. »

L'usage des vases de cette forme était très répandu ; on les nommait : Phallovitroboli, Phalloveretroboli, Phallopotee^ Drillopotœ. (V. Forc. ouv. cit.)

et de patois ou qu'elles enrichissent d'argot; leurs voix

On donnait la forme obscène de Priape à des petits pains que les boulangers vendaient sur la voie publique, à certains jours de fête :

«r Si vis esse satur, noitrum potes esse Priapum

c Ipse, licet rodas ingaina» purus eris. j> (Mart. XIV, 69.)

« Si tu veax te rassasier, lu peux dévorer mon Priape; lui rongeasses-tu même les testicules , tu n'en resteras pas moins pur. 3>

à des pièces montées en pâtisserie qu'on servait au dessert dans les repas :

c lam illic repositorinm , cum placentis aliquot erat positum , quod médium Priapiu, a pistore factus tcnebat, gremio satis amplo omnis generis poma et uvas sustinebat, more vulgato. » (Petron. Satyric. 60.)

c La table était déjà couverte d'un plateau chargé de quelques gâteaux ; au centre s'élevait Priape en pâtisserie, qui dans son intérieur assez ample, présentait des fruits de toute espèce et des raisins, selon la coutume ordinaire. »

Un geste obscène accompagnait les hommages religieux qu'on rendait à Vénus :

« Et admoventes oribus suis dexteram, primore digito in erectum pollicem résidente, ut ipsam prorsus deam Venerem, religiosis adorationibus venerabantur. » (âpul. Metam. 4.)

c Et portant leur main droite à la bouche , en appuyant l'index sur le pouce relevé, absolument dans la forme d'adoration sacramentelle dn culte de Vénus elle-même. »

On offrait sa main à baiser , en lui faisant représenter une image obscène :

< Digito obscseno per obscsena Ipsum ad stuprum pelliciente et se paratum psDdiconem oslentante. x (Not. Farnâbii; Mart. Epig. I, 93.)

tf OsouUmdam tnanum offerre , farmatam conwiotamque in obscœnum modum. » SuEr. Galig. 56.)

< Ostendit digitum, sed impudicwn. » (Mart. VI, 70.)

enrouées, usées ou d'un timbre ignoble, leurs tutoiements

ic I] moDtre un doigt, mais impudique (a). » (Le médius. )

<c Dérides quoqne, fur, et impudicum

<c Ostendis digitum mihi minanti. 9 (Priap. 56.)

« Tu te ris de moi , larron , et tu réponds à mes menaces en me montrant tan doigt impudique. 3>

(V. aussi Mart. 1, 93; H, 28. Jiiv. X. 53.)

Les mœurs publiques n'étaient pas moins obscènes que les habitudes privées. Les f^tes que les Romains célébraient en l'bonneur des Dieux^ dévoilaient solennellement leur dépravation et leur lubricité. Voici les détails caractéristiques des Bacchanales :

« Ex quo in promiscuo sacra sint, et permixti viri feminis et noctis licentia accesscrit, nihil ibi facinoris, nihil flagitii prœtermissum. Plura virorum inter aese, qiiam feminarum esse stupra. » (Tit. Liv. XXXIX, 43.)

« Depuis l'admission des hommes et le mélange des sexes, depuis qu'on avait fait choix de la nuit si favorable à la licence , il n'était sorte de forfaits et d'infamies qui n'eussent été accomplis, et les hommes se livraient encore plus à la débauche entre eux qu'avec les femmes. »

Les fureurs erotiques des femmes, lorsqu'elles célébraient les mystères de la bonne déesse Isis, seraient considérées chez nous comme des accès de nymphomanie :

<c Lenonum ancillas, posila, Laufella, corona « Provocat, et toUit pendentis prsmia cox£.

« Ipsa Medullinœ frietum cHssantis adorât;

«c Nec ibi per ludnm simnlatur; omnia fient « Ad verum

(a) Un geste analogue était employé par les Grecs pour montrer les CYT(iEDES , pour les appeler ou pour les railler, pour les stygxatiser. La main prenait alors la forme du sigma 0^ . C'est pour cela sans doute qu'on considère encore comme une insulte d'être montré du doigt. (V. Thêod. Echter- MEYER -, Programm. -, cité par J. Rosanbauh , Hist. de la Syphi. p. 104.)

et leurs jurons , leurs regards faussement lascifs , les

< ToDc prurigQ morœ impatiens, tonc femina simplex

c Et pari ter toto repetitas clamor ab antro :

<r Jam foi est, admitte viros. » (Juv. VI, 321.)

Encore les Bacchanales et les mystères d'Isis étaient-ils célébrés la nuit par unnombre restreint d'initiés ; mais les jeux Floraux I mais les prostituées nues dansant en plein théâtre , outrageant la pudeur par les plus révoltantes obscénités , se livrant à la salacité du peuple , en présence des matrones, des édiles^ des sénateurs !

<c Flora cam magnas opes ex arte meretricia qossivisset populum scripsit hseredem , fertamque pecuniam reliqait . cujus ex annuo faenere , saas natalis dies celebraretur editione ludoram quos apellant Floralia. Celebrantur omni lascivia. Nam praeter verbonun licentiara , quibus obsc£nitas omnis effunditur , exuuntur etiam vestihus populo flagitante meretrices , quse tune mimarura funguntur officio , et in conspectu popiili, lisque ad satietatem impudicorum hominum cum pudendis motihus detinentur. » (Lactant. Inst. div. I, 20.)

(V. aassi pour les jeux publics : Not. de Dubois in Mart. Panckouck. t. U, p. 394.)

Gomment comprendre qu'une grande nation , celle-là même qui a tracé dans l'humanité le plus vaste sillon, se soit livrée à de pareilles aberrations , à d'aussi incroyables turpitudes I Pourtant, la vertu était toujours honorée, les chastes Vestales continuaient d'entretenir le feu sacré. Cicéron, annonçant les conséquences de la dissolution des mœurs et proclamant la nécessité de résister aux séductions de la volupté, semble devancer la morale chrétienne :

c Graves enim dominai cogitationum libidines ad omnefacinus impellunt eos quos

iilecebris suis incendemnt. » (Cic. de Rep. M, 1.)

«r Les passions , dominatrices impares de nos âmes , entraînent à tous les forfaits ceux qu'elles ont enflammés par leurs encbantements. »

» Nam eorum animi qui se corporis voluptatibus dediderunt, earumque se quasi ministros prebnerunt, impulsuque libidinum voloptatibus obedienlium, deorum et homnium jura violaverunt. * (Cic. Somn. Scip. 26.)

< Mais ceux qui se sont asservis aux plaisirs des sens, dont ils se sont faits comme les mi-

surnoms (46) qu'elles se donnent, tout cela l'orme un hideux contraste avec les toilettes ou les manières du grand monde, prétentieusement et gauchement contrefaites.

Elles soupent vers deux heures du matin, avant de se coucher.

Les repas, qui se font en commun, sont présidés par la matrone et par son mari ou son amant. La préséance à table se règle, parmi les filles, selon le rang d'ancienneté dans Tétablissenieut.

Il n'est pas rare qu'un homme passe la nuit entière avec une fille , cela s'appelle faire ou avoir un coucher. Les maisons de prostitution remplacent ainsi les hôtels garnis pour certains voyageurs qui ne font dans la ville qu'un séjour de peu de durée.

ntstres, ceux (|ui ont obéi aux incttalions de la volupté, ont violé toutes les lois divines et humaines. »

C'est que les notions du juste, du vrai et du bien, comme celles du beau, sont impérissables. Caton, suspendant par sa présence la célébration des jeux floraux (V. Val. Max. II, 7, 1.), nous apparaît comme un emblème de la conscience humaine protestant contre le désordre et le mal.

Et lorsque les orgies impériales eurent dépassé les infamies de Rome républicaine par des prodiges de luxure et de dépravation, la conscience indignée faisait entendre des protestations sublimes :

c Saevior armis

c Luxuria incubuil, victumque ulciscitur orbem. » (Juv. VI, ^3.)

« La luxure nous domine ; plus funeste que la guerre, elle venge l'univers vaincu. »

(46) A Rome, les femmes changeaient de nom au moment où elles se vouaient à la prostitution :

(( Quom bue advenisli bodie in ipso tempore

c Namque hodie earum mutarentur nomina

« Facerenlque iodignum génère qu«slum corpore. » (Plaut. P.41NUL. 1133.)

La plupart d'entre elles ont un amant de cœur dont elles ont soin, en s'enrôlant dans la maison, de stipuler l'admission gratuite pour certains jours de la semaine et à certaines heures.

Cependant, elles n'assouvissent pas toujours leur lubricité avec ces amants, pas plus qu'avec les inconnus qu'elles reçoivent. Elles contractent fréquemment entre elles d'infâmes liaisons (47), qui deviennent des causes de jalousies, de

c Ta es arrivé toat-à-fait à propos , car aiigourd'hai même, elles allaient ebanger de nom. et faire un honteux trafic de leur corps. »

11 s'agit d'un père qui retrouve ses filles et les arrache des maiRS d'un proxénète.

Les femmes libres se prosUtuaient sous un nom d'emprunt :

« titulwn mentita Lyciscœ. » (Juv. VI, 122.)

< L'écriteau portant le faax nom de Lycisca. »

(V. pour les faux noms ou les nom-^ de guerre des prostituées de Paris, le curieux chapitre de Parent-Duchatelet, ouv. cit. t. I, p. 126.)

(47) « Inqiie vices equitant, ac luna teste raoventur. » (Juv. VI , 512.)

<c Ât tu (proh facinus!), Bassa, fututor eras

« Inter se geminos audes cêmmitter& cunnos

« Mentiturque virum prodigiosa Venus. » (Mart. I, Ui.)

« Ipsarum tribadum tribas, Phileni,

< Recte quam fntuis, vocas amicam. » (Mart. VII, 70.)

< Sed plane médias vorat puellas. » (Mart. Vil, 67.) (V. aussi Mart. ffl, 82; Tac. Ann. XI, 26.)

S'il en faut croire les poètes, les femmes romaines avaient à leur usage un genre de débauche que nous ne connaissons pas même de nom ;

oc Sunt quas eunuchi imbelles, ac mollia semper « Oscula délectent, desperatio barbae

querelles violentes et même de combats acharnés, dans les-

< Et quod abortivo non est opu9. lUa Tolaptas

a Samma tamen, qaod jam calida matura juventa « Inguina traduntur medicis, jam pectine nigro :

< Ërgo exspectatoi , ac jassos crescere primnm

< Tesiiculos, postquam cœperunt etse bilibret

c Tonsoris damno tantom rapit Heliodortu. » ( Jov. VI, 367.)

«c II en est qui se délectent dans les molles caresses des eunnques ; point de barbe à redouter , nul besoin de drogues abortives. L'ingéniense recherche de la volupté ne livre l'adolescent au médecin qu'alors que son membre mûri s'est ombragé d'un poil noir. Jusquelà, on attend, on laisse croître les testicules , et lorsqu'ils commencent à peser deux livres , Héliodore les ampute an préjudice du barbier. *

te Cur tantnm eonuchos habeat, tua Geliia, qusris,

« Pannice? Yult futui, Geliia, non parère. > (Mart. VI, 67.)

c At prius (ô mores ! ) et spado motchus erat. » (Mart. VI, 2.)

c Biais avant toi (d moeurs! ) l'eunuque même était adultère (a). 2

Une autre pratique singulière qui n'a pas laissé de traces parmi nous était l'infibulation '.

< Cutis (quae super glandem est) acu filnm ducente transnitur , ejusque fili

capita inter se diligantnr , quotidieque id movetur, donec circa foramina cicatriculae fiant. Ubi eaB confirmât^ snnt, exemto filo fibula additur, quse, quo levior, eo melior est. » (Gels. Vn, 25, 3.)

« On perce le prépuce avec une aiguille chaîne d'un fil ; on noue ensuite les

deux bouts de ce fil qu'on a soin de mouvoir tons les jours, jusqu'à ce que les bords des trous qu'on a faits soient cicatrisés. Alors on dte le fil qu'on remplace par une boucle qui sera d'autant meilleure qu'elle sera plus légère. ^

Cette boucle était d'argent ; on l'appliquait dans l'intention d'obliger les jeunes gens à la continence :

K Jam vero pedagogia ad irantitum virilitatis custodiantur argenio. » ( Plin. XXXra, 54.)

(.i) Avant les édits de Uonùticii qui prohibèrent la castration des laàles.

quels elles ne se blessent jamais gravement , mais se cou-

c Qae la continence des jeunes gens soit gardée par une boucle d'argent au moment où ils deviennent pubères. »

On pratiquait cette opération pour conserver la santé ou la voix des jeunes gens :

c Infibulare quoque adolescentulos interdum vocii , interdum valetudinis cama quidam consuerunt. » (Gels. loc. cit.)

« On boucle quelquefois les jeunes gens, soit dans l'intention de leur conserver la voix, soit par raison de santé. »

La boucle était ordinairement soudée :

< Circellus sive annulns argenteus a fabro, ne facile solveretur, ferrumina-

batur, ad coercendam Venerem. » (Forcell. lexic. Fibula.)

€ Le petit cercle ou l'anneau d'argent destiné à réprimer le libertinage, était soudé par un forgeron afin qu'il ne pût pas être enlevé facilement. »

« Jam pedagogo liberatus, et cujus

t( Re^bulavit torgidum faber penem. » (Mart. IX, 28, 11.)

< Déjà pubère, et dont le pénis turgescent a été débouclé par le forgeron. >

On croyait que Tin H bu lation conservait la force aux gladiateurs, la voix aux chanteurs, et la santé aux jeunes gens , en les empêchant d'avoir commerce avec les femmes. L'infibulation n'inspirait pas grande confiance aux hommes instruits :

c Sed hoc quidem sœpius inter supervacua, quant intev necessaria ett. > (Gels. loc. cit.)

< Mais cette opération est plus souvent inutile que nécessaire. >

Martial en raillait l'inutilité :

c Die mihi simpliciter, comsdis et citharasdis

c Fihula q^id prœstatf Carius ut fuiuant. » (IKart. XIV, 215.)

< Dis-moi , franchement ; cette boucle des comédiens et des joueurs de cithare , à quoi .<ert-elle? A mettre leurs faveurs à plus haut prix. *

vrent le visage d'egratignures et de contusions (48). Il paraît que certains débauchés font simuler en leur présence, par des groupes de prostituées, de monstrueuses obscénités. I.a plupart d'entre elles portent la trace des rapprochements contre nature (49), et Ton dit qu'elles satisfont tous

On voit par cette épigramme que les comédiens étaient fort recherchés, et qu'ils faisaient payer leurs faveurs; on voit, en outre, que la boucle n'était pas toujours soudée. (V. sur ce sujet Juv. VI, 73, 110,

L'infibulation était une précaution employée par jalousie lorsqu'une Temme voulait se réserver un esclave préféré :

« Ergo ne videaris invidere

(c Servo, Cœlia, fibulam remitte. » (Mart.XI, 75.)

K Donc, si ta ne veux pas qu'où te croie jalouse de ton esclave , Gslia , déboucle-le. »

Je n'ai trouvé aucune trace, dans les auteurs latins, de ces appareils absurdes dont on sest servi au moyen-âge pour cadenasser les organes sexuels des femmes, et dont on voit des échantillons au Musée de Clunv.

(48) (( Quoties facit ira nocentem

« Hune sexum. Rabie jecor Incendente feruntur « Praecipiles. » (Juv. VI, 645.)

« Quand la colère rend la femme criminelle , enflammée de fureur elle se précipite. >

« Fulminât illa oculis, et, quantum femina, sxvil. » (Paop. IV . 10. 55.) < Ses yeux sont fulminants , sa fureur est terrible , c'est la fureur d'une femme. >

(49) « Nilimur in vetitum semper, cupimvsqne negata. )' (Ovid. Sentent.)

« L'homme est bientôt blasé par un plaisir licite ; t La menace l'attire et le reAis l'excite. »

« Promisit pariter se Pbyllis utrique daturam

c Et dédit : ille pedem stutulit, hic tunicam. » (Mart. X, 82.)

(V. aussi Mart. XI. iOO.)

les caprices de la luxure avec la servilité la plus abjecte (50). Il y a dans chaque maison une prostituée ou une ancienne prostituée d'un âge mûr, qui est investie de la confiance de Madame , qui Taide à maintenir Vordre parmi les filles et qui la remplace en toute occasion ; c'est la sous-maîtresse (51). C'est elle qui ouvre la porte extérieure, lorsqu'on vient frapper. Cette porte, solide et ferrée, est toujours fermée à double tour. Avant d'ouvrir, la sous-maîtresse s'assure, à travers un judas fortement grillé, des apparences pacifiques des visiteurs, S'ils sont trop nombreux, s'ils paraissent ivres, elle refuse d'ouvrir (52). La vive lumière du bec de

« Paedicare negas : dabat hoc Cornelia Graccbo,

< Julia Pornpeio, Fortin, Brate, tibi

'< Dulcia Dardanio nondum miscente ministro

« Pocula, Juno fuit pro Ganymede Jovi. » (Mart. in Uxor. XI, 104.)

(V. aussi Mart. XI, 44.)

(50) K Quod fellas, et aquam potas, nil , Lesbia, peccas .

<c Qua tibi parte opus est, Lesbia, sumis aquam. » (Wart. U, 50.)

(51) Chez les Romains, ces fonctions étaient remplies par un esclave qui portait le nom de villicus puellarum ^ gonvernour des filles :

« Leno vocavit villicum puellarum. » (Vit. Apoll, Tyan. p. 635.) fl Le proxénète appela le gouverneur des filles. »

A proprement parler, le vUUcus est un esclave chargé de diriger en chef tous les travaux rustiques d'une villa. ( V. Desob. ouv. cit., t. Ill, p. 276.)

(52) Lorsque la porte refusait de s'ouvrir, l'amant rebuté cherchait à la fléchir par des larmes :

« Ad noclurna jaces fastuosae limina m£ch%

« Et madet, heui lacrymis janua surda luis. » (Mart. X, 13.)

c.Tu le morfonds la nuit devant la porte d'une courtisane allièrc , et cetl,e porte, sourde , hélas ! se mouille de tes larmes. >■

gaz , qui surmonte la porte (53) , facilite Tinspection préala-

Par des inyocations , des enchantements :

« Quod si adeam ad foreis atqae ohcentem. » (Plaut. Curcul. 152.) < Que j'aille à sa porte faire des iavocations. >

Par des libations et des compliments :

< Agite, bihite, festivœ foreit,

« Potate. » (Plaut. Curcul. 88.)

c Bois, bois, aimable porte, enivre-toi. »

Par des baisers :

a Quin dos savium. j> (Plaut. Curcul. 94.)

Par des inscriptions galantes, écrites au charbon :

i( Obcentent osmium.

« Impleantur meœ foreis elogiorum carbonibus. » (Plaut. Merc. 402.)

c Ils viendraient faire des invocations devant ma porte , ou la charbonneraient d'inscriptions galantes. »

Par des injures :

«r Namque totius vobis

« Frontem tabemœ scipionibus scribam. * (Catull. XXXVII, 9.)

« Je couvrirai d'invectives, avec un tison, la façade de votre taverne. »

Il répandait des parfums sur le seuil , il y déposait des guirlandes de fleurs (TiBULL. I, 2, 7.), une torche renversée! (Prop. I, 16; Pers. Y, 465; Catull. LXVII, i. — \. Desob. ouv. cit. t. III, p 76, 77.)

(53) Chez les Romains, les maisons de prostitution étaient-elles habituellement signalées par un fanal? Rien ne prouve positivement ce fait, que tous les auteurs modernes ont répété d'après une fausse interprétation du texte de Tertulien que je vais citer. Mais on illuminait la porte et on décorait de branches de laurier pour solenniser l'inauguration d'un établissement nouveau :

ble des étrangers. Dans les cas douteux, on parlemente, on

c Et procédât de janua laureata et locemata , ut de novo consistorio libidinum publicarum. > (Tertul. ad Uxor. II, 6.)

c Elle sort de la porte ornée de branches de laurier et illuminée, comme d'une maison de prostitution nouvelle. »

Les maisons étaient ainsi décorées et illuminées lorsqu'on célébrait les mariages r

< Domus toia lauris obsita, tœiis lucida constrepebat bymsneum. » (Apul. Metam. 4.)

< La maison tapissée de laurier, resplendissait de feux et résonnait des chants de l'hymenée. »

Juste-Lipse (Elect. 3.)» après avoir prouvé que, dans l'antiquité, des lanternes étaient suspendues aux portes, aux fenêtres et aux arbres, en signe d'allégresse et pour honorer les Dieux, s'étonne qu'on ait profané ce signe de la joie publique pour l'inauguration des maisons de prostitution nouvelles. 11 attribue cette coutume à ce que, dans les temps reculés, les prostituées, qui ne pouvaient exercer leur métier que le soir, après la neuvième heure (V. la note 25; Nonai'ix.)^ se tenaient sous les lanternes des édifices publics :

<c Sub Clara nuda lucerna. » (Hor. Sat. n, 7, 50.)

c Nue, sous la lanterne. »

N'est-il pas plus simple de l'attribuer à ce que les illuminations étaient d'un usage vulgaire pour toutes les solennités? Et le proxénète, en illuminant sa maison pour l'inaugurer, la faisait connaître au public ; il faisait à la fois une fête et une réclame.

Il ne faut donc pas confondre la lampe fumeuse qui éclairait la cellule de la prostituée et dont il est souvent fait mention :

« Obscurisque genis turpis, fumoque lucernœ « FcMia. » (Juv. VI, 130.)

«c Et les joues livides, salie par la fumée de la lampe. » avec le fanal dont il est ici question et qui eût signalé la porte 11 est

délibère, et Madame, appelée en toute hâte, décide l'admission ou le refus définitif.

C'est la sous-maîtresse qui reçoit du client, du Monsieur, ce qu'il doit payer après qu'il est monté pour une passe ou pour un coucher,

La sous-maîtresse touche, de Madame, environ 25 francs par mois de gages. Dans quelques maisons, elle monte^ lorsqu'elle est demandée , ce qui augmente ses profits au détriment de l'autorité qu'elle doit exercer sur le personnel de rétablissement.

Les servantes , cuisinières ou femmes de chambre , qui ne sont pas hors d'âge, sont prostituées le plus souvent.

Il y a rarement des domestiques mâles à demeure.

Il est certain que les cloisons des chambres où les filles reçoivent les hommes sont quelquefois percées d'orifices étroits par lesquels des personnes cachées dans une pièce voisine

probable que cette sorte d'enseigne n'existait point. Mais le Phallus en bas-relief au-dessus de la porte indiquait la nature du lieu. (V. Musée de Naples, Edit. Ledoux, p 28.) J'ai vu au Musée de Nismes uu bas-relie( antique, provenant de l'imposte de la porte de l'une des cellules ouvertes sur la galerie inférieure des arènes de cette ville. II représente trois Phallus d'inégales dimensions sur lesquels une femme est debout comme sur un char. Elle tient à la main des rênes qui semblent destinées à retenir lun et à soutenir l'autre, tandis que le troisième est libre et abandonné à ses propres forces. C'est comme une image obscène des trois âges de la vie. (V. la note 45, sur les images de Priape. )

On montre encore, au même Musée, un autre bas-relief antique provenant d'un autre imposte et qui représente plusieurs séries- d'organes sexuels féminins rangés h jrizontalement les uns au-dessus des autres- 11 est permis de croire, d'après ces spécimens, que les enseignes des lieux de prostitution étaient variées. (V. pour la description complète de* maison de prostitution romaine, not. Gl.)

peuvent assister secrètement au spectacle de la débauche (54).

Les jeunes gens vont souvent ensemble passer les soirées dans les maisons de prostitution ; ils jouent aux cartes le salaire des fllles, comme la consommation au café. Les moins riches se cotisent pour former la somme destinée au paiement d'une seule fille, puis ils jouent cette somme au premier as de cœur. Aller faire un as de cœur est un usage trèsrépandu parmi les étudiants , les jeunes ouvriers ou les commis de magasin (55).

Le règlement de police défend de servir à boire dans les maisons de prostitution ; malheureusement la surveillance à cet égard est difficile. Les matrones savent qu'un homme de

(54) Il paraîtrait que ce raffinement n'était pas usité à Rome chez les prostituées:

< At meretrix abigit testem veloque seraque,

« Raraque summœni fornice rima palet. > (Mart. I, 35.)

« Cependant la courtisane écarte les témoins indiscrets à l'aide d'un rideau et d'une serrure; il est rare qu'on découvre une fente aux lubriques demeures du Summœnium. »

(V. aussi Mart. XI, 45.)

Pourtant le passage suivant pourrait autoriser l'opinion contraire :

K Itaque cum inclusi jacerent, consedimus ante limen thalami, et inprimis Quartilla, per rimam ïmprohe diductam, applicaverat oculum curiosum, lusumque puerilem libidinosa speculabatur diligentia. » (Petron. Satiryc. 25)

« Les voilà donc couchés dans le même lit ; nous restons sur le seuil de la porte, et d'abord Quartilla applique un œil curieux sur une fente perfidement pratiquée et contemple avec une lascive curiosité, les ébats des deux enfants. »

(55) Le tirage au sort, dans des circonstances pareilles, n'était pas inconnu chez les Romains :

« Stupro liber, stupro ingenuus cujus anni ad tesseram venierunt. ^ (Petron Satiryc. 81.)

sang-froid résiste aux séductions et garde son argent (56) ; aussi, le vin de Champagne qu'elles offrent et qu'elles vendent, est, pour elles, une double source de bénéfice. 11 est entendu qu'on trinque avec les filles.

Les maisons ont une clientelle d'habitués d'un âge mûr. Le Cercle est un prétexte pour s'absenter de chez soi pendant la soirée. Cette clientelle, opulente et discrète, oblige les matrones à changer fréquemment leur personnel, car les recettes d'une fille nouvelle sont relativement plus fortes que celles d'une fille depuis longtemps connue.

Plus une fille est demandée, plus la matrone la traite avec douceur, plus elle s'efforce de l'attacher à sa maison par des soins obséquieux et des caresses; mais dès qu'une fille est délaissée par le public, la matrone provoque son départ par des querelles ou par le refus de lui acheter les objets qu'elle désire et les vêtements dont elle a besoin ; ou bien elle la met brutalement à la porte, à peine vêtue d'un vieux jupon et d'une vieille robe (57). C'est ainsi que la prostituée publique

ce Affranchi par la prostitution, citoyen par elle, dont la possession se tirait au sort (mot à mot : dont les années se vendirent aux dès). »

Mais je n'ai pas trouvé d'autres traces de ce tirage au sort -, j'en conclus qu'il n'était pas fréquent.

(56) « Sine Gerere et Libero friget Venus. » (Terent. Eundch. IV. 5, 6).

c Vénus est glacée loin de Gérés et de Bacchus. »

<c Ut vino calefacta Venus , tum saevior ardet •

(c Luxuries. 2 ( Glaudian. de bell. Gild. 183.)

« Quand Vénus est échauffée par le vin , la luxure s'allume plus ardente. »

(57) Les proxénètes romains rouaient de coups les prostituées qui

descend des salons luxueux dans les bouges infects, car les riches tapis qu'elle foule aux jours de sa splendeur , traînent par un bout dans le ruisseau.

Le prix d'une passe est partout de 5 francs; le prix d'un coucher est de 10 à 20 francs, selon les maisons.

Il n'est pas rare que les filles soient demandées pour aller en ville ou à la campagne. Quelquefois alors elles sont retenues pour coucher, rarement par des gens du pays, plus souvent par des étrangers , qui les reçoivent dans leur hôtel (58). Pour les cas de ce genre, le prix est convenu avec la matrone et n'est jamais au-dessous de 20 francs.

n'attiraient pas les pratiques ayec assez d'adresse ou de zèle , et qui ne gagnaient pas assez :

«c iVm hodie mihi ex fundis tuorum amicorum omne hue penus adfertur , € Cras, Phcenidum, phœnicio corio invises pergulam. » (Plaut. Pseud. 122.)

« Si aujourd'hui les domaines de tes amoureux ne me fournissent pas des provisions de tonte espèce, demain, Phénicie, tu verras snr ton cuir une teinture phénicienne. » (Une teinture pourpre; c'est-à-dire, tu seras fouettée. — Le proxénète fait un cruel jeu de mots snr le nom du personnage Phénicie, et sur la teinture phénicienne, qui était la pourpre.)

Pour engager les prostituées à mieux séduire le public, le proxénète leur promettait raffrancbissement ou les menaçait de les mettre en vente :

« Q^am liber am fore mihi credam, et quam venalem hodie experiar. » (Plaut. Pseud. 172.)

« Je verrai, aujourd'hui, qui je dois affiranchir et qui je dois mettre en vente. y>

L'esclave prostituée avait donc à redouter une condition pire en changeant de maître.

(58) Cette location des prostituées était fréquente chez les Romains .* f Modo remisisti, continua jam ut remiltam ad te rogas. » (Plaut. Asin. 155i)

Le paiement n'est pas exigé d'avance de la part des hommes dont la tenue inspire confiance; mais il est exigible (59).

<( A peine me l'as-lu rendue que déjà ta la redemandes. »

c Si ulla meretrix domum meam introivit, ant cujasquam servnlas propter me sollicitatDS est. » (Orat. Gracchi ap. Gell. XV, 12.)

« Si jamais courtisane a franchi le seuil de ma porte, si jamais le jeune esclave d'autruî a été sollicité de ma part. »

Chez les proxénètes romains, les prostituées étaient à la disposition du ])ublic, non seulement pour l'usage momentané sur place ou pour la locution au dehors, mais encore pour l'acquisition définitive :

« Leno me peregre militi macedonico

« Minis viginti vendidit, voluptas mea » (Plaut. Pseud. 49.)

'c Chère âme . le proxénète m'a vendue vingt mines d'argent (environ 1,840 francs ) à uu soldat macédonien pour aller en pays étranger. »

La prostituée était vendue avec ou sans vêtements :

* Jam pndem vendidi.

M — Quomodo ? — Sine oiiiamentis , cum intestinis omnibus. » ( Plaot. PsEupoL. 329.)

K Je l'ai déjà vendue. — Comment? — Sans ses nipes, avec tout ce qu'elle contient. » ( Avec tous ses viscères. )

c Quia de illo emi virginem

•c Triginta minis, vestem, aurum, et pro iis decem coadcedunt minœ. » (Plaut. Gurcul. 352.)

« Parce que je lui ai acheté une flUe trente mines (environ 2,760 francs), avec dix autres de surplus (environ 920 francs) pour les vêtements et les bijoux. »

(V. aussi Plaut. Epid. 1, 1, 50 ; III, 2, 345; Persa. 656. — Plaut. Not. de Naudet, t. Il, p. 448. — Pour la vente et le prix des esclaves, V. Plin. VII, 40; Vallon, Esclav. dans l'antiq. t. II, p. 160; Desob. ouv. cit. 1. 1, p. 423.)

(59) Il parait qu'il était exigé d'avance chez les Romains :

t Excepit hlanda intrantes atque œra poposcit. » (Juv. VI, 125.) Qc Elle reçoit les étranprers avec un sourire caressant et leur demande uu salaire. »

II est donné aux iiWes^ pour leurs gants j un cadeau facul-

Oulre le terme général œs^ le salaire dos prostituées était exprimé par différents mots :

Captura :

« Vcctigalla nova atqae ioaadita exercuit ex capturis prostitiilaram, quantum quxque uno concuhila mereret. » (Suet. Galig. 40.)

(c II institua un impôt nouveau et extraordinaire sur les salaires des prostituéos, s'élevant à la valeur de ce que chacune d'elles recevait pour an coït. »

Quœstus meretricius. (V. Ja note 25, Quœsluaria).)

Merces ou prelium stupri :

c Ergo munerihus quivis mercatur amorcm ;

<c Juppiter, indignum! merce puella périt. j> (Prop. II, [G, 1%)

<c Ainsi l'amour se vend ; ô Jupiter, quelle indignité! la jeune fille s'abandonne pour un vil salaire. »

« On voit au Musée Borbomio une quantité de médailles en terre cuite et en os trouvées dans les lupanars de Pompéia. Une fresque a mis sur la voie de la découverte de leur usage : c'étaient des cachets d'entrée dans les maisons publiques. On pense qu'on prenait des abonnements au lupanar comme aujourd'hui au bain. » (V. F. Jacquot; Gaz. MtD DE Pakis; 1830, n" 28.)

La valeur du salaire de chaque prostituée était inscrite au-dessus de la porte de sa cellule avec son nom d emprunt sur un écriteau :

c Deducta es in lupanar, accepisli locum, pretium conslitutum est, titulus inscriptus est. MeretrLx vocata es, in commnni loco stetisti. superpositus est cellœ tuœ titulxLS, venientes recepisti. » (L. Ann. Seneg. Controv. I, 2.)

« Tu as été conduite dans un lupanar, tu as accepté une place, le prix a éié établi, l'écriteau a été écrit. Tu as été appelée prostituée, tu es restée dans la maison publique , l'écritean a été placé au-dessus de ta cellule, tu as reçu les arrivants. »

Lorsque le proxénète prostituait une fille vierge (ou prétendue telle) , il taisait inscrire sur l'écriteau le prix qu'il en coulerait pour la déflorer :

fatif dont elles ne doivent pas compte à la matrone; la valeur

K Paella ait prosteriiens se ad pedes ejas : miserere, domine, virginilatis meœ, ue prostitaas hoc corpus sab tam tnrpi titalo. Leno vocavit villicom puellarum et ait : Ancilia qus prssens est , et exornetur diligenter et scrihatur ei tilultu : quicumque Tarsiam deviolaverit mediam liberam dabit; postea ad singulos solidos popalo patebit. » (Vit. Apolon. Tyan. p. 695. — Cité par F. Rosbnbadm , ouv. cit. p. 80.)

c La jeune iille se jetant à ses pieds , lai dit : Mon maître , ayez pitié de ma virginité , ne prostituez pas mon corps sons un écriteau si misérable. Le proxénète appela le gouverneur des filles, et lui dit : Que l'esclave ici présente soit promptement parée, et faites pour elle l'écriteau suivant : Celui qui aura défloré Tarsia donnera une demi-livre (d'argent) ; ensuite elle sera à la disposition du peuple pour un écu d'or (de 25 deniers). :»

Cependant les prutiques payaient souvent en marchandises; les marchands de grains apportaient du blé, les bouchers de la viande, etc. etc.

<t Fac sis, sit delatum bue mihi frumentum hune annum quodsatis <c Mihi eliam familiae omni sit mibi. j> (Plaut. Pseud. 185.)

« Fais en sorte qu'on m'apporte, aujourd'hui, du blé pour me nourrir cette année , moi et toute ma fkmille. » (C'est le proxénète qui parle à une prostituée.)

« Nisi camaria tria grandia, tergeribus oneri nbcrio hodie « Mihi erunt. » (Plaut. Pseud. 192.)

« Si je n'ai, aujourd'hui, trois immenses crocs garnis, chargés de viandes »

« En excetra tu 1 quœ tibi amicos tôt habes, tam probe oleo oniutos « Num quoipiam'st hodie tua tuorum opéra conservorum c Nitidituculum caput? Aot num ipse pulmento utor magis < Unctiusculo. » (Plaut. Pseud. 211.)

c Gomment, vipère ! lorsque lu as des galants si bien fournis d'huile, tu ne procures pas à tes camarades de quoi rendre leurs cheveux plus brillants , et à moi de quoi rendre mes ragofiits plus onctueux ? »

c Ferreus es , si stare potest tibi mentula , Flacce .

c Quum te sex cyathos orat arnica gari,

« Vel duo fruata rogat cibii, tenuemve lacertum

c Nec dignam toto se botryone putat. » { Mart. XI, 27.)

« Il faut que tu sois de fer , Flaccus , pour ne pas être démonté par une maîtresse qui te

de ce qu'elles obtiennent ainsi varie, selon les maisons et selon les filles, de 8 à 50 francs par mois.

Les matrones tiennent ou font tenir un livre, par doit et avoir y où elles portent au débit de chaque fille, en se réservant un bénéfice arbitraire et toujours très-considérable, ce qu'elles fournissent en vêtements, linge, bijoux, parfumeries, etc., outre la nourriture (60), dont le prix Journalier

denumde six tasses de saumure , denx tranches de thoo on un anchois, et qni ne s'estime même pas une grappe de raisin. »

c Formosa Phyllis nocte quum mihi tota c Se prœstitisset omnibus modis largam

< Et cogitarem mane quod darem munas

c Rogare cœpit Phyllis amphoram vini. » (Mart. XII, 65.)

< La belle Phyllis m'avait pendant toute une nuit prodigué les plus douces faveurs.

Gomme je songeais , le matin , au présent que je lui ferais elle me demande une

amphore de vin. »

9 Ctti satis una

c ParrU libra foret, gracili sic tamque pusillo. » (Hor. Sat. I, 5, 67 )

c Une livre de farine par jour, c'était bien assez pour une chélive créature de son

espèce. »

(Pour la valeur du salaire en argent, V. plus loin, la noie 74.)

(60) Les proxénètes fournissaient aux prostituées les vêtements et les bijoux; puisqu'elles étaient esclaves, il n'en pouvait pas être autrement :

( StetisU cum meretricibus . stetisti sic ornata ut populo placere posses, eâ veste quam leno dederat. » (L. Ann. Senbg. Controv. I, 2.)

c Tu es restée parmi les prostituées, tu es restée parée , pour plaire au peuple , avec le vêtement que le proxénète t'avait donné. »

Ils les nourrissaient :

c Ego compendi fesi binos panes in dies;

c Ita ancilla mea qus fuit hodie , sua nnnc est ; aigeaio vicit ;

« Jam hodie alienum camabit, nil gustabit de meo. > (Plaut. Pers. 465.};

est convenu d'avance, les dépenses diverses (bains, voitures, visites de médecin, médicaments, etc.) et quelques petites sommes -en argent comptant.

Quelques filles donnent cet argent à leurs amants, plus rarement elles le consacrent à payer les mois de nourrice ou les frais d'éducation de leurs enfants, plus rarement encore elles l'envoient à leurs familles.

Les filles ne doivent rien pour le logement , le chauffage et l'éclairage. Leur crédit se compose de la moitié de leurs gains successifs. C'est donc pour payer le loyer de leur chambre , leur chauffage et leur éclairage qu'elles abandonnent la moitié de leurs gains (dont le total s'élève, à Bordeaux, comme nous le verrons plus loin, à 4,200 francs par an), et l'autre moitié paie, entre les mains des avides matrones, les frais de leur nourriture et de leur entretien. Comment donc consentent-elles à subir une aussi criante exploitation ? C'est qu'elles sont absolument ineptes et imprévoyantes; c'est que, à part de très-rares exceptions, elles sont encore plus slupides que vicieuses. Les filles qui peuplent les maisons de prostitution seraient presque toutes incapables de régler ellesmêmes leurs dépenses; elles tomberaient dans la plus crapuleuse misère , si leur vie matérielle n'était pas gouvernée et assurée par les matrones. Celles qui ont quelque peu d'intelligence et d'esprit de conduite se soustraient à l'exploitation des matrones et passent dans la catégorie des filles isolées.

On voit, d'après ces détails, qu'une maison de prostitution a quelques traits de ressemblance avec un hôtel garni. On y

(c Je me suis assuré aujourd'hui une économie de deux pains par jour, car celle qai était mon esclave ce matin est maintenant la sicnuc. L'argent est vainqueur. Elle soupera ce soir aux frais d'autroi et ne mangera plus du mien. »

trouve un salon commun de réception, une salle à manger commune à tous les locataires , une espèce de table d'hôte et des chambres meublées (61).

(61) Il nous est possible d'obtenir l'exacte description d'une maison de prostitution romaine par la réunion et la comparaison des textes déjà cités et des suivants :

«e At sabinde. ut in îocum secretiorem venimus, centonem anasurbanarejecit.... Cum ego negarem me cognoscere domum , video quosdam , inler titulos nudasque meretrices furtim conspatiantes. Tarde, imo jam sero, intellexi, me in fornice esse deductum : exsecratus itaque aniculae insldias operui caput, et per médium lupanar fugere cœpi in aliam partem. j) (Petron. Satyric. 7.)

<c Peu après, lorsque nous fûmes arrivés dans un lieu assez reculé, l'obligeante vieille écarta le rideau (d'une porte). Gomme j'affirmais ne pas connaître la maison, j'aperçus entre les cellules à écriteaux et les prostituées nues, certains individus qui allaient et venaient mystérieusement. Bien tard alors, et trop tard je compris qu'on m'avait mené dans une maison de prostitution ; maudissant les embûches de la vieille, je me voilai la face et je me disposai à fuir par l'autre issue, en traversant le lupanar. »

<c Lupanar in paiatio constitua , distinctisque et instructis pro loci dignitate compluribus cellis, in quibus matronœ ingenuique starent. » (Suet. Calig. 41.)

<( Il établit un lupanar dans son palais, avec de nombreuses cellules séparées, décorées selon la magnificence du lien , où des matrones et des fils de citoyens se prostituaient. »

«c Sub titulo prostant. j>. ( Turnus ; in musas infâmes , 16.) «c Elles se prostituent sous l'écriteau. »

<( Intrasti quoties inscriptœ limina cellœ

« Seu puer arrisit, sive puella tibi. » (Mart. XI, 45.)

c Toutes les fois que tu as franchi le seuil de la cellule à écriteau, soit que le jeune garçon , soit que la jeune fille t'ait souri. »

a Titulum mentila Lyciscœ. » ^Juv VI, 122.)

<i L'écriteau portant le faux nom de Lycisca. »

La balance du livre de comptes constitue presque toujours

la prostituée débitrice de la matrone, et pour une somme qui

• s'élève, en moyenne, à 400 fr. environ. La dette est un fait

qui ne souffre guère d'exception, par conséquent la fille de

maison n'économise rien ; si elle change de maison, même de

M . ville ou de pays, sa dette est fidèlement remboursée à Tan-

cienne matrone par la matrone nouvelle chez qui elle arrive, et

L'é.criteau indiquait si la prostituée était occupée, occupata : c In foribus scribat occupatam esse se. » (Plaut. Asin. IV, 1, 15.) c Qu'elle écrive sur sa porte qu'elle est occupée. »

En résumé :

Dans un quartier spécial et reculé ; (V. la note 23.)

Une porte fermée d'un rideau (a); — (V. la note %1 , l/upanana.)

Sans fanal extérieur, avec une enseigne obscène; (V. la note 53.)

Des prostituées nues, ou vêtues quelquefois en habits de garçon; (V. la note 45.)

Des mâles ; (V. la fin de la note 25.)

Des cellules munies d'écriteaux qui portent les noms ( de faux noms ) et le prix ; (V. la note 46 et la note 59.)

Ou l'indication : occupata;

On se voile la face pour sortir, il est honteux d'y entrer; (V. la note 46 et la note 290

11 y a deux issues.

(a) L'nsage des rid«aux de porte uu des portières étiit d'ailleurs très-répandu. (V. Desob. ouv. cit., t. 1, p. 284.)

la somme payée figure à son nouveau débit. Elle est ainsi poursuivie de maison en maison par une dette , une sorte d'engagement d'honneur, qui rattache à son infâme métier. Pourtant il n'est pas rare qu'elle s'échappe pour aller \ivre en garni , passant ainsi dans la catégorie des filles isolées, ou bien qu'elle disparaisse pour aller prendre une condition honnête dans son pays natal ou ailleurs.

Les matrones redoutent beaucoup ces évasions, qui, se multipliant par la contagion de l'exemple, les ruinent quelquefois très-rapidement. Toutes les fenêtres des maisons publiques, qui s'ouvrent sur la rue, sont garnies de vitres dépolies ou doublées de persiennes dormantes, et de plus, elles sont cadenassées à l'intérieur. Le vrai motif de ces précautions est d'empêcher les filles de se montrer aux fenêtres , ce qui est sévèrement interdit par la police, mais il n'en résulte pas moins une apparence de séquestration. Les obstacles matériels répriment les caprices , et ces malheureuses ne savent pas toujours jusqu'à quel point elles sont libres de quitter la maîtresse de maison dont elles sont débitrices.

Lorsqu'une fille veut absolument sortir ou lorsqu'elle s'évade, la matrone n'a pas de recours légal contre elle , et n'a d'autre gage de sa créance que les chiffons laissés par la fugitive. Les pertes résultant de ces évasions servent de prétextes aux bénéfices exorbitants que s'attribuent les matrones sûr les vêtements, les bijoux et les autres objets qu'elles achètent pour le compte des filles.

11 n'est pas rare que des hommes avec qui les filles ont lié des relations habituelles (62) , dans l'exercice de leur métier.

(6i) <c Longaque alit assuetudinc flammas. » (Ovid. Metam. X, 3.)

<( Et il nourrit ses feux par une longue Iiabilude. »

se déterminent à payer leur dette pour les faire sortir de la maison de prostitution , les entretenir et obtenir leur radiation du registre (63); et, chose presque incroyable ! on a vu de pareilles liaisons se terminer par des mariages (64) , qui plaçaient d'anciennes prostituées dans les plus hauts degrés de l'échelle sociale (65).

(63) Chez les Romains Tamant achetait sa maîtresse pour lui donner la liberté et en faire sa concubine. ( V. la note 25; Scortum et Pellex.)

« Si amas, eme. » (Plaut. Gurgul. Sâ2.) « Si tn m'aimes, achète-moi. »

« Illam minorem in conciibinatum sibi

a Volt emere miles quidam, qui illam dépérit. » (Plaut. P/GNUL. 109 )

« Un militaire qui se meurt d'amour pour la cadette, veut l'acheter pour en faire sa

concubine. »

(V. aussi Plaut. P^bnul. 356.)

< Quam facile et quam fortunate evenit illi

« Liber are quam vult amaior. » (Plaut. Epidic. 226.)

« Quel bonheur, quelle fortune pour elle ! Elle a trouvé un amant qui veut l'aflranchir. *

(V. aussi la note 58.)

(64) Les lois anciennes de la République ne permettaient pas de contracter mariage avec une ftîmme qui s'était prostituée publiquement. (Ulp. Excorp. jur. tit. XIII. ) Mais ces lois tombèrent en désuétude. (Sabatiek, Hist. des fem. publiq. p. 69. — V. Tit. Liv. XXXIX, 49, l'exception prononcée par un senatus-consulte en faveur d*une ancienne prostituée Hispala Fecenia, qui avait dénoncé les criminelles assemblées des Bacchanales.)

(65) < Sic visum Veneri : cui placet impares c Formas atque animos sub juga ahenea c Ssvo mittere cum joco. » (Hor. Od. I, 33.)

c Ainsi l'a voulu Vénus, qui se plaît dans ses jeux cruels à réunir sous un joug d'airain les corps et les esprits les plus divers. »

§ II. — Filles isolées

Les filles isolées se divisent en deux classes : celles qui logent en ville, et celles qui sont logées dans un quartier déterminé (66).

ï. — Les filles logées en ville, au nombre de 102, forment l'aristocratie ds la prostitution inscrite ; elles ont les mêmes habitudes de luxe et de bonne tenue que les filles de maison , parmi lesquelles elles se recrutent le plus souvent,, et se rapprochent davantage des femmes entretenues avec lesquelles le public les confond d'ordinaire.

Obligées de conduire elles-mêmes leur propre exploitation et de pourvoir â leurs besoins , elles doivent conserver un certain esprit d'ordre et de calcul dans leur vie de débauche (67).

(66) y. la note 28.

(67) Les filles de celte espèce existaient chez les Romains; elles avaient gagné un pécule pendant qu'elles étaient esclaves prostituées, chez les proxénètes, et elles s'étaient elles-mêmes racbetées :

« Scortam nobile libertioa Hispala Fecenia, noD digna qussta, coi aocillula assaeral ; etiam postquam manumiasa erat, eodem se génère tttcbatur. » (Tit. Liv. XXXIX 9.)

« II y avait une coartisane famease , l'affiranchie Hispala Fécéaia ; c'était aue femme audessus du métier auquel elle s'était livrée dans sa première jeunesse, quand elle était esclave, et qf^eUe avait continué par besoin depuis son affranchissement. »

t Tu autem quo^ pro capite argentum mihi jam jamque sœpe numeras, X Ea pacisci modo scis; sed qus pacta es non scis solvere. » (Plaut. Psbud. 217.)

c Et toi, qui parles toujours de me compter le prix de ta liberté, mais qui ne sais que promettre , ei qui ne sais pas tenir ce que tu as promis. »

Quelques-unes réussissent à amasser un capital ; elles deviennent alors propriétaires du mobilier de leur appartement, puis d'un mobilier plus considérable ; alors elles entreprennent de louer des chambres garnies à d'autres filles, s'exerçant ainsi au proxénétisme tout en continuant leur métier , ou à des célibataires, tâchant d'étendre la location de leur logis jusqu'à celle de leur personne.

Ces filles évitent d'attirer l'attention de la police par des allures indécentes ou par des querelles ; car si des plaintes étaient portées contre elles, l'administration s'empresserait de leur retirer la permission de loger en ville , et elles seraient contraintes d'aller prendre une chambre dans le quartier dévoué à la prostitution de bas étage , ce qui serait pour elles une fâcheuse déchéance.

« Nota suburanas inter Telethusa puellas

4c Quse, puto, de quaestu libéra facta suo est,

<t Cingit inaurata penem tibi , sancte , corona.

« Hune pathica) summi numinis instar habent. » (Priap. 40.)

« Stupro liber, stupj'o ingenuv^. » (Petron, Satyric. 81.)

<c AfTranchi par la prostitution , citoyen par elle. »

Il existait chez les Romains des mâles exerçant la prostitution isolément :

« Aut, sodés, mihi redde decem sestertia, Silo,

ce Dein esto quamvis ssevus et indomitus;

« Aut si te nummi délectant, desine, quœso,

<c Leno esse, atqae idem sa3vos et indomitus. » (Catull. 102.)

« Ou rends-moi mes dix sesterces (environ 2 fr. 10 c.) , mon cher Silon, et puis tu seras à ton gré cruel et inexorable ; ou si tu tiens à mon argent, je t'en prie , cesse d'être cruel et inexorable en même temps que tu es entremetteur. »

(V. la fm de la note 25.)

Mais la prostitution masculine recevait-elle le caractère d'une lolé-

Cependant, elles ont Tart de se faire suivre par les passants en leur lançant de pudiques œillades et en leur adressant des sourires à la dérobée. Dans le langage populaire, cela s'appelle brutalement, raccrocher ; dans le langage de la prostitution, attirer un homme chez soi, s'appellé/atrc un homme^ faire un paillard. L'administration peut bien réprimer les allures indécentes, les appels directs, les signes provoquants, en un mot, le raccrochage grossier; mais un geste discret , un coup-d'œil , qui suiïit pour encourager un débauché en quête d'une occasion, échappe nécessairement à la surveillance des agents. D'ailleurs le but que se propose l'administration n'est pas de détruire la prostitution, mais d'en empêcher les scandales.

Ce sont ces filles qui circulent ordinairement deux à deux dans les quartiers les plus fréquentés ou sur les promenades, et qui fournissent des conquêtes aux Lovelaces qui suivent

rance légale par l'inscription chez les édiles comme la prostitution féminine? (V' la note 7.) Il permis de penser que non; du moins, mes recherches à ce sujet sont restées infructueuses

D'ailleurs la loi scatiuia punissait la pédérastie :

« Semivir ipse

« Scatiniam metoens. » (Auson. Epig. 89.)

< Il n'est homme qu'à demi et craint la loi scatinia. y»

c Lex tcatinia vel scantinia lata a scatinio tribnno plebis anno urbis duhium quo, in molles et effsminatos; qui nefanda venere nterentur, hoc est, aat ipsi muliebria paterentur, ant pueris vim facerent, quibus paena decem millium numorum statuebat. > (V. Aoo. Ernest. Clavis Ciceron. 1777 ; p. 37.)

K Loi scatinia ou scantinia , proposée par Scatinius , tribnn du peuple , à une époque incertaine, contre les hommes débauchés el efféminés, qui se livraient aux plaisirs infâmes, soient qu'ils subissent le r6Ie de succubes , soient qu'ils fissent violence aux enfanls ; celte loi prononçait contre eux la peine de deux mille sesterces d'amende (environ 2,100 Tr.) »

les femmes dans les rues (68). Elles s'efforcent de cacher leur véritable condition et de se faire passer pour honnêtes femmes (69) ; elles cherchent à persuader à leurs clients qu'elles sont mariées (70) à des capitaines de navire , à des commisvoyageurs actuellement absents et qui ne leur ont pas envoyé d'argent depuis plusieurs mois; ou bien, elles se disent artistes dramatiques et elles attendent un engagement avantageux. Il arrive que des jeunes gens de bonne famille , des hommes

(68) c Unam formosam et oculis venantem * Viroa. » (Phed. IV. 5, 4.)

( Une femme charmante, et des yeax faisant la chasse aux hommes. »

« Quffi dum foris sant nil videtur mundius

« Nec magis compositum quidquam , nec magis elegans ,

<( Qax cum amatore suo qnnm cxnanl, ligurriunt.

« Harum videre inglaviem , sordes , inopiam ;

« Qaam inhonesta; sols sint domi atque avidse cibi,

ce Quo pacto ex jare hesterno panem atrum vorent :

« Nosse omnia haîc salus est adolescentulis. » (Terent. Eunuch. 933.)

( Quand elles sont hors de chez elles, rien de plus propre, de plus élégant, de plus coquet en apparence. Quand elles soupent avec un amant elles font les délicates. Ma» il faut voir la goinft'erie, la saleté, la misère de ces créatures quand elles sont seules chez elles; comme elles sont éhontees , affamées , comme elles dévorent un pain noir trempé dans du bouillon de la veille. Il est bon que les jeunes gens sachent tout cela; c'est leur sauvegarde. »

(G9) « Quam digne omata incedit, haud meretricie ! » (Plaut. Mil. 868.) c Qnelle mise décente ! Quelle démarche honnête ! On ne dirait pas une prostituée. >

(70) Celle ruse n'est pas neuve :

c Et simulare vinim pretium facit. Ulere causis : c Major dilata iiocte recurret amor. » (Prop. IV, 5, 29.)

« Feins d'avoir un maii , cela donne du prix à une femme. Prétexte des obstacles ; une nuit différée redouble l'ardeur d'un amant, x

libérales se laissent duper par des sirènes de cette espèce (71), dont Tavidité est sans bornes (72). Mais ces vieillards, qui déshonorent leur tombe en laissant de scandaleux testaments, appartenant aux classes aisées , ou exerçant des professions et qui frustrent leurs héritiers naturels au profit d'anciennes prostituées, sont de rares exceptions (73). Quant à ces femmes qui réussissent à ruiner et à déshonorer des fils de famille émancipés, ou des spéculateurs enivrés par des coups de bourse, elles ne se recrutent point parmi les prostituées inscrites, (c'est toujours faute d'intelligence qu'une femme descend jusqu'à l'inscription), mais parmi les femmes élevées

(71) « Crednla res amor est. * (Ovid. Métam. VII, 3.) c L'amour est crédnie. »

« Sperne fidem, pervolve Deos; mendacia viiTcant. ? (Prop. IV, 5, 27.)

c Méprise la foi jurée, moque-toi des Dieux , que le mensoDge triomphe sur tes lèvres. >

(72) c PJaculum'st non misereri dos hominum rei maie gerenlurn. » (Plaut. Trucul. 196.)

< Ce serait un sacrilège que d'avoir pitié des hommes qui se ruinent. »

c Nam ecastor numquam satis dédit sus quisquam amicx amator

( Neqne Pol, satis accepimus, ueque uUa satis popuscit

c Nam qoando sterilis est amator a datis, improbus est. » (Plaut. Trucul. II, 28.

< Car jamais, par Pollox ! un amoureux n'a assez donné , et jamais nous n'avons assez reçn. L'amoiirenx qui ne donne rien ne mérite que nos mépris. >

(73) « Nam codice sœvo

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