IM
étant Général des Frères Mineurs, établit dans son Ordre la Fêle de la Conception de la sainle Vierge.
Mais, pendant que les Docteurs s'abandonnaient au cours de . la dialeclique, le sentiment des âmes pieuses pénétrait plus avant, à l’aide des traditions et du sentiment des grandeurs de Marie, et enfin les premières années du xiv* siècle virent s’élever la chaire glorieuse de Duns Scot, auquel était réservé d’assigner à son tour, par la méthode scholastique, là place que doit occuper le privilège unique de Marie, dans l’ensemble du dogme catholique. Dès lors, la ferveur des fidèles prit un nouvel essor, et l’Ordre Séraphique, fidèle aux prédilections de son saint Patriarche, se posa pour jamais comme le défenseur officiel de la Conception Immaoulée. A partir de ce jour, ce n’est plus qu’un concert qui tend à devenir unanime, des Saints, des Docteurs, des Pontifes et des Fidèles, jusqu’à ce que Sixte IV, aussi enfant de saint François, inaugure la fêle de la Conception clans l’Eglise Romaine.
Mais qu’étail-ce donc que cette voix, faible d’abord, mais constanto, mais prenant de siècle en siècle une force nouvelle , jusqu’à ce que, de nos jours, elle retentisse aux extrémités de la terre, sinon la voix de l’Egliso, cette voix qui proclame toujours le même fond de vérités, mais devient plus claire, plus accentuée, à mesure que les temps se déroulent et que l’éternité s’avance? Il fallait de nombreuses générations pour que les trésors de lumière déposés parle Christ dans la mémoire intime de son Epouse fussent mis au jour, de même que les trésors de charité qu’il lui a confiés ont eu besoin des siècles pour s’épàncher sur le monde, à mesure que de nouvelles nécessités appelaient de nouveaux secours et de nouvelles ressources que l’âge précédent n’avait pas même
soupçonnés. Dieu seul conneti la mesure des développe* ' menls de doctrine et de charité qu’il a préparés pour son Église, parce que lui seul a le secret de la durée de ce monde qu’il n’a créé que pour elle.
Thomassin a parlé admirablement de ce progrès intérieur et normal que saint Vincent de Lérins avait, dès le v siècle, si merveilleusement signalé dans l'Eglise. Voici les paroles du savant et profond Oralorien que nous aimons tant à citer,
toutes les fois que des préjugés malheureux ne viennent pas éteindre les éclairs de son génie : « 11 faut juger, dit* il, du « corps mystique de Jésus-Christ, copime nous jugeons de « son corps naturel. L’Ecriture dit qu’à mesure qu’il s’avan- « çait en âge, il croissait aussi en sagesse et en grâce. Ce ir’é- « lait pas que la Sagesse éternelle de Dieu, lors même qu’elle « se fût revêtue de noire chair, pût augmenter en seience ou c< en sainteté : mais se proportionnant aux lois de notre na*
« ture, elle faisait éclater de jour eu jour plus de sagesse et « plus de piété, selon le progrès de l’âge, quoique dès le pre- « jnier moment de sa conception il eût été la sagesse et la a sainteté consommées. 11 en est, en quelque façon, de même «. dans l’Eglise. Elle éclairait, en déployant de temps en « temps les trésors de la Tradit ion, des points de doctrine et « des usages de piété qui n'avaient point encore paru, parce « qu’il n’avait pas été temps de les faire paraître ni d’en dé- « velopper les Traditions anciennes. La plénitude du Saint- « Esprit réside et a résidé dès le commencement dans le « cœur de l’Eglise; mais elle ne se montre et ne se répand au « dehors, que selon les conseils de la Providence éternelle,
« qui conduit tout le genre humain comme un homme parti- « culier, et chaque particulier comme tout le genre humain,
« par les degrés de divers Ages, el par des progrès qui aient « rapport à ces Ages divers (l). » ' . . • •
On sent aisément que les principes que nous avons touchés en terminant ce paragraphe, ne sauraient être suffisam-
ment développés dans un Mémoire du genre de celui-ci; mais il nous semble que nous sommes en droit de conclure avec l’évidence des faits* que si l’çn cherche les sources de la doctrine de l’immaculée Conception, on les trouvera dans la Révélation elle-même, transmise par la Tradition à l’Eglise, et éclaircie de plus en plus, dans le cours des siècles, par l’assistance continuelle de l'Espril-Saiut, sous la garde duquel est placé, avec l’honneur de l’Epouse de Jésus- Christ, le dépôt inviolable des vérités divines dont elle est la dispensatrice. . ^ .