CONCLUSION
Les différences que nous avons établies par comparaison entre les artères des différentes régions, entre celles qui ont même calibre ou même épaisseur de tunique, ne nous permettent pas d'en former des groupes histologiques d'après la seule considération du calibre.
Nous avons vu que si la texture de bon nombre d'artères est sous la dépendance directe de celle de l'aorte, comme dans les membres, le cordon ombilical, celle de beaucoup d'autres s'en détache brusquement comme dans les viscères, la face, elc. Nous avons vu encore que chaque artère subissait une série de transformations toujours corrélatives à l'ordre de fonction ou d'organe avec lequel elle était en rapport. C'est ainsi que dans le membre inférieur, la disposition des fibres lisses à l'état d'éléments indépendants, agissant chacune pour son propre compte, n'existe que dans les artères plantaires, tandis que dans les intercostales, les vésicales, elle existe dés leur origine.
Dès lors il faudrait décrire presque toutes les artères en particulier. Mais la chose serait aussi fastidieuse qu'impossil)le, el, d'ailleurs, de nos observations il ressort qu'elles forment des groupes naturels caractérisés chacun par des dispositions spéciales; aussi, pour nous, le système artériel peut être divisé en six groupes ou départements, qui sont tous en connexion avec un département central, l'aorte dans toute sa longueur. Il y a dés lors un département facial, un cérébral, un viscéral et pariétal, c'est-à-dire comprenant à la fois les artères viscérales el celles des parois des cavités splanchniques, deux pour les membres et un septième entouré par tous les autres et qui correspondrait à l'aorle.
Le déparlement facial se rapproche beaucoup du département viscéral, il en dilîère néanmoins. Il est caractérisé par les transformations brusques qui s'opèrent dans la tunique moyenne des vaisseaux qui naissent dos carotides internes et externes, tandis que dans le groupe viscéral, ces mômes transformations s'opèrent dans des vaisseaux qui naissent directement de l'aorte, par le grand nombre des fibres élastiques de la tunique externe; quantité intermédiaire entre celle que nous observons dans les membres, et celle que nous constatons dans les artères viscérales où elle acquiert son maximum ; enfin, un dernier caractère est tiré du mode de dégradation de la tunique moyenne, qui est envahie par les fibres élastiques lamineuses.
Le déparlement cérébral est nettement défini par la simplicité
de strucUire et do texture des vaispoaux. Ici lo système musculaire prédomine partout, et tout converge vers une conlraclililc libre. Et d'ailleurs, l'existence des canaux périvasculaires autour des arlérioles ou des capillaires, en forme un groupe bien tranché.
Les départements correspondanis aux membres sont caractérisés tous deux par une lenteur considérable dans la dégradation des tuniques, par les transformations insensibles qui s'opèrent dans la texture, par les renflements au niveau des bifurcations, ou sur la longueur des vaisseaux, comme dans le cordon , la fémorale. Ce qui différencie le groupe des artères du bras de celui des artères du membre inférieur, est la lenteur plus marquée des transformations de texture.
Quant au déparlement viscéral, il est nettement séparé de tous les autres par l'abondance incomparable de libres élastiques dans la tunique externe, et les changemer,il5 brusques qui, à leur origine, difl'érencienl brutalement leur texture de celle de l'aorte.
Quel que soit le groupe que l'on étudie, on ne constate jamais que trois tuniques dans les artères, une interne dite fenêtrée, une moyenne élastique et musculaire, une externe celluleuse et élastique dite adventice.
On ne peut faire une tunique spéciale du réseau élastique intermédiaire à la tunique interne et moyenne, car alors il faudrait faire une tunique spéciale pour les faisceaux élastiques accolés à la tunique moyenne, une autre pour l'ensemble des éléments lamineux. D'ailleurs, ce réseau n'est pas constant, et il est sous la dépendance directe de la tunique moyenne, etconséquemmenl en fait partie. Haller et Malgaigne qui en ont fait une tunique propre ne l'avaient pas sérieusement observé.
Nous ne pouvons pas davantage accepter la division de Ilenle, encore moins les divisions anciennes qui accordaient aux artères une tunique nerveuse et une tunique glanduleuse.
Les trois tuniques sont le résultat de l'association d'éléments divers qui sont : 1" une substance amorphe élastique et fenêtrée ; 2" des fibres élastiques; S" des fibres-cellides; /i" des fdu'es lamineuses; 5° des vasa-vasorum et des nerfs.
La substance amorphe, élastique et fenêtrée, n'est pas spéciale à l'aorte. Pour nous, elle existe dans tout le système artériel dont elle forme l'élément le plus constant, la gangue de la tunique moyenne, comme je l'ai dit fi propos du cordon. Néanmoins elle est en quantité plus considérable dans l'aorte que dans toute autre région; elle est ici élément fondamental de la tunique moyenne, plus loin elle devient élément accessoire après être passée par l'état intermédiaire dans les carotides, les iliaques; elle disparaît avec les fibres-cellules. Cette substance, dans les petites artères, n'est pas le résultat d'une action chimique, parce qu'elle existe dans les artères fraîches ou dans les pièces sèches traitées simplement par l'eau. Les fibres élastiques existent dans la tunique moyenne de toutes les artères, mais à des degrés trèsdivers : nombreuses, volumineuses dans l'aorte où elles forment des cloisons fenêtrées, elles diminuent d'abord d'épaisseur, de largeur, puis de nombre progressivement, à mesure qu'on les suit dans la fémorale, l'humérale, la carotide ou les artères du cordon; puis lorsqu'on arrive aux collatérales des doigts et des orteils, à l'extrémité placentaire du cordon, etc., elles ont presque disparu; ce sont alors des fibrilles insignifiantes : il n'y en a plus dans les artérioles du cerveau. Mais cette diminution n'est pas graduelle partout : dans les mésenlériques, les intercostales, l'élément élastique qui vient de l'aorte est immédiatement réduit à rien, relativement à ce qu'il est dans le rameau qui leur donne naissance ; mais alors il semble prédominer dans la tunique externe.
Ces fibres présentent toutes les directions : il y en a qui, horizontales, suivent la courbe de la tunique moyenne ; d'autres se dirigent parallèlement à l'axe du vaisseau ; d'autres enfin coupent la tunique directement ou obliquement de dehors en dedans. Cette dernière direction est la conséquence des anastomoses transversales des fibres élastiques. Ces éléments, en effet, forment un réseau, naissant dans les petites artérioles où il esl d'abord insignifiant et englobé dans la tunique moyenne, il grandit peu à peu en se rapprochant de l'aorte.
Les mailles, qui étaient égales et dirigées dans tous les sens à
peu près, prennent surtout la direction transversale. Leur nombre, leur largeur augmentent; les iibres^élasliques qui les limitent, augmentent également de nombre et d'importance. Dans les vaisseaux de moyen calibre, elles ont déjà des connexions nombreuses avec la tunique externe, et dans l'aorte, elles donnent naissance à toutes les fibres élastiques de la môme tunique.
Indépendamment de ces connexions avec la tunique externe, ces libres donnent encore naissance au réseau élastique sousjacent à la tunique interne. Ce réseau est le plus large possible dans les points où les connexions entre la tunique moyenne et externe sont considérables; il disparaît lorsque les connexions dont je parlais disparaissent dans les tuniques. Il y a donc là une relation évidente.
Dans l'aorte, la fibre convertie en lamelleuse élastique forme un réseau de loges incomplètes, dans lesquelles sont englobées les fibres musculaires et les fibres élastiques ordinaires. La substance amorphe affecte ici toutes les directions, mais la direction horizontale est néanmoins dominante. Dans l'artère pulmonaire, les dispositions sont inverses ; les éléments élastiques prédominent dans les petites divisions du vaisseau, et lorsqu'on approche de son origine, c'est l'élément lamineux qui domine. Il y a donc un antagonisme marqué entre félément élastique et musculaire. Partout oii l'un est prédominant, l'autre diminue considérablement d'importance.
La fibre musculaire existe partout. J'ai démontré que le nombre, pour un vaisseau donné, n'était pas proportionné au calibre du vaisseau, que c'était plutôt la disposition. En effet, nous voyons, dans les artères de moyen calibre, la splénique, la rénale, etc., ces fibres se grouper en gros faisceaux vers la tunique externe, être isolées et indépendantes les unes des autres dans faorte. Nous avons vu aussi que dans les petites artères, l'abondance de ces fibres était surtout relative à la fonction qu'elles devaient remplir; que dés lors, deux vaisseaux d'égal calibre et ayant une tunique moyenne d'égale épaisseur, pouvaient bien ne pas avoir un égal nombre de fibres musculaires, et j'ai démontré le fait; bien plus, nous avons vu qu'un vaisseau d'épais-
seur supérieure à ceux qui sont, réputés comme les plus musculaires, pouvait avoir plus (l'élémenls contractiles que ces derniers. J'ai constaté celte disposition pour la masse des fibres de l'artère poplilée et de la pédieuse, pour la mésentériquo et la vésicale, pour la faciale et la pédieuse, etc.
Ces fibres musculaires existent quelquefois en dehors de la tunique moyenne, comme le cordon en offre un exemple.
Leur direction est le plus souvent horizontale; mais elle peut être oblique et même longitudinale. Les rapports qu'elles affectent avec les éléments de la tunique moyenne sont variables; tantôt elles sont accolées aux cloisons, tantôt, au contraire, elles sont enfoncées dans la substance élastique amorphe, comme des grains d'avoine que l'on enfoncerait par leur pointe dans une masse élastique.
Dans l'aorte, les fibres-cellules sont éparpillées dans la tunique moyenne; mais lorsqu'elles augmentent de nombre dans les artères qui prolongent ce vaisseau, elles se groupent en faisceaux vers la tunique interne, et envahissent progressivement toute la Innique moyenne. Puis plus loin encore, dans les artères des extrémités, mains ou pieds, dans le cerveau, les fibres musculaires cessent d'être disposées en faisceaux, elles ont chacune leur indépendance et sont néanmoins liées les unes aux autres par la substance élastique amorphe interposée. Si poussant plus loin l'observation, on cherche à déterminer quel est leur mode de disparition, on trouve, dans le cerveau, que les fibres élastiques et musculaires diminuent graduellement de nombre; que la lunique qu'elles forment perd de sa cohésion ; qu'elle est progressivement envahie par les éléments de la tunique externe; que les fibres musculaires se réduisent en une mince couche, dans laquelle, en arrivant aux capillaires, se produisent des intervalles qni grandissent à mesure que les vaisseaux diminuent de calibre; elles finissent par disparaître après s'être éparpillées sur la lunique interne de capillaires larges de quelques centièmes de millimètre.
D'autres fois, les fibres sont écartées les unes des autres par 'élément élastique, comme, par exemple, dans les artères de la
l'ace. D'autres l'ois, l'clénient musculaire ne disparaît point coinplélcmenl, mais il diminue, ainsi qu'on le voit, dans les anastomoses des artères du nez, des labiales, dans les anastomoses par iiiosculation des artères coliques, coronaires, stomachiques, etc.
Tunique externe. — Des fibres lamineuses, des éléments élastiques, des vaisseaux, des nerfs la constituent. Pour bien étudier la disposition des cléments, nous avons traité les coupes ]jar l'acide acétique qui gonflant les éléments lamineux écartait les libres élastiques les unes des autres, et nous permettait ainsi de bien préciser leurs caractères. Pour bien se rendre compte de la texture de cette tunique, il suffît de jeter un coup d'œil sup les figures 2, 3, 6, pl. III, et 6, pl. I. On constate alors que les fibres élastiques se condensent vers la tunique moyenne, où elles se disposent en faisceaux ; qu'elles sont moins nombreuses, plus écartées les unes des autres vers la limite externe de la tunique adventice; que ces fibres sont pour la plupart longitudinales ; qu'elles s'anastomosent entre elles d'avant en arrière, fig. 3, et transversalement, fig. 2 et 6 ; que le réseau qu'elles forment est d'autant plus serré qu'elles sont plus rapprochées de la tunique moyenne, fig. 6, pl. III; qu'elles envoient des prolongements dans cette tunique. Par contre, l'élément lamineux prend ici une disposition subordonnée à la précédenle; il remplit toutes les mailles du tissu élastique, il est d'autant plus abondant en un point donné que l'élément élastique y est plus rare. Les fibres qui forment sa masse sont également longitudinales pour la plupart, et s'anastomosent entre elles dans tous les sens. On le voit, les deux éléments nous offrent, dans leur proportion relative, l'antagonisme le plus marqué, et on peut dire que pour la tunique externe c'est là une loi de texture. Ces faits sont-ils généraux? 11 n'en est qu'un seul : c'est la loi d'antagonisme des deux éléments essentiels. Quant à la direction des fibres, bien qu'elle soit longitudinale dans la plus grande partie de l'arbre artériel, nous avons vu que dans des petites artérioles, telles que la pédieuse, la vertébrale, la cérébelleuse, elle a lieu dans tous les sens; que dans l'arcade palmaire, l'extrémité de l'artère cubitale et une grande partie des fibres élastiques su portent, sous forme de
faisceaux, directement en dehors, et vont s'unir h des f]brei> isolées ou à d'autres faisceaux pour former des mailles à peu près égales, dirigées dans tous les sens, et qui divisent la tuniqu»; ôxterne en petits compartiments assez réguliers ; que dans l'aorte et les carotides les fibres élastiques sont un peu obliques par rapport à la tunique moyenne ; enfin que dans les petites arlérioles du cerveau elles n'avaient plus de direction qu'il fût possible de bien déterminer, parce qu'elles étaient très-grêles, très-courtes, et ne formaient pas de faisceaux ; que dans toutes ces parties, les fibres lamineuses étaient disposées en sens inverse des précédentes.
Si, partant de l'aorte, nous suivons cette tunique externe vers les extrémités des artères, nous constaterons des changements remarquables dans la proportion relative des éléments lamineiix et élastiques et dans les connexions de celte tunique avec la tunique moyenne. De l'aorte aux terminaisons des carotides, cette tunique diminue d'épaisseur ; mais tandis qu'à son origine l'élément lamineux prédominait, que les éléments élastiques étaient accessoires et dérivaient en quelque sorte de la tunique moyenne, nous voyons aux bifurcations artérielles l'élément élastique prédominer, n'avoir plus que de rares connexions avec la tunique moyenne et former une masse feutrée qui atteint brusquement son maximum de cohésion à l'origine de la faciale surtout, de l'occipitale ensuite. A ce niveau, qui correspond à la plus grande muscularilé de la faciale et à la cessation du réseau élastique sous-jacenl à la tunique interne, les connexions de la tunique externe et de la tunique moyenne par les fibres élastiques sont rares; elles sont plus rares encore quelques miUimélres plus loin, puis le nombre des fibres élastiques diminue; celles-ci s'écartent les unes des autres et finissent par envahir en quelque sorte la tunique moyenne lorsque le vaisseau approche de la terminaison ; alors les fibres lamineuses qui, au niveau de la faciale, avaient diminué de masse, reprennent de l'importance.
Une transition analogue s'opère dans la tunique externe de l'aorte et des artères des membres inférieurs. Dans l'aorte les éléments élastiques de cette tunique sont d'abord peu nombreux,
relativement à l'élément lamineux; ils sont en quelque manière sous la dépendance des cloisons de la tunique moyenne et peu cohérents. Puis, à mesure qu'on approche de la fémorale, ces fibres élastiques acquièrent leur indépendance et augmentent de nombre. En même temps on voit que les fibres musculaires sont en raison inverse du nombre des fibres élastiques de la tunique moyenne et de l'épaisseur de la tunique interne, pour présenter leur maximum de quantité et de condensation dans la fémorale, au niveau de l'anneau du troisième adducteur. Puis progressivement, mais lentement, les fibres élastiques de la tunique externe diminuent de nombre, s'écartent les unes des autres, et diminuent de diamètre ; elles tendent à devenir des éléments accessoires. Pour la tunique externe comme pour la tunique moyenne, on ne peut dire que deux vaisseaux d'égal calibre ont même nombre de fibres élastiques; car la fémorale et la faciale ont des diamètres très-différents, et néanmoins la proportion des fibres élastiques de la tunique externe y est sensiblement la même.
Dans les artères viscérales, nous l'avons déjà vu, la tunique externe est plus riche en élément élastique que dans tous les autres vaisseaux de l'économie, à égalité de calibre ; cette disposition est nettement tranchée dès l'origine du vaisseau qui est dès lors deux ou trois fois plus élastique que l'aorte dont elle naît. Nous avons vu aussi que cette disposition persiste sur la plus grande partie de la longueur du vaisseau; que l'élément élastique offre sa plus grande masse peu après l'origine du vaisseau, dans le point où existe la plus grande quantité de fibres musculaires, et où la tunique interne perd son réseau sous-jacent ; que les artères de la face sont celles qui, sous ce rapport, se rappro* chent le plus des précédentes; que celles du cerveau, au contraire (où la tunique externe est réduite à du tissu lamineux qui finit par disparaître dans la tiinique moyenne et où bien des vaisseaux sont entourés d'une sorte de tunique surnuméraire), s'en distinguent catégoriquement.
H y a donc en résumé dans la tunique externe un antagonisme constant entre l'élément lamineux et l'élément élastique; il y a aussi un antagonisme entre l'élasticité de la tunique externe e
celle (Je la tunique moyenne ; un antagonisme entre rélcmcnl musculaire el l'élément élastique dans la luni(|ue moyenne. Là où l'élément musculaire domine dans la tunique moyenne, l'élcment élastique est en quelque sorte repoussé dans la tunique externe. Pour la tunique interne qui a son épaisseur maximum dans l'aorte, elle offre une corrélation directe avec l'étal élastique de la tunique moyenne ou inverse de celui de la tunique externe,