DES NERFS VASO-MOTEURS
La question des vaso-moteurs n'a réellement pris une place dans la science que depuis la découverte de M. Cl. Bernard. Bichat, dans son Anatomie générale, avait déjà insisté sur le voisinage constant des vaisseaux et des nerfs ; et à cet égard je ne puis ra'empêcher de citer le passage de son livre où il dit : « Je ne saurais trop le répéter, le rapport constant des vaisseaux avec le système nerveux des ganglions mérite l'attention des physiologistes, parce qu'il est trop général pour ne pas tenir à quelque grand but des fonctions de l'économie. » On le voit, le^génie du créateur de l'anatomie générale avait entrevu l'importance d'une découverte qui ne devait se faire que longtemps après sa mort. Nous avons essayé d'apporter quelques documents anatomiques à cette question pour les mettre en corrélation avec les expériences de l'illustre professeur du Collège de France. De nombreuses recherches ont porté sur l'homme; mais les résultats que nous avons obtenus ne sont pas des plus heureux; et si nous'avons vu des nerfs accolés à la tunique moyenne dans les artères de la face, des membres et des parenchymes, nous n'avons pu déterminer d'une façon précise leur mode de terminaison. M. Ordonez, dont tout le monde connaît l'habileté opératoire, a bien voulu nous communiquer le résultat de ses recherches. Plus heureux que nous, il a pu constater la terminaison en pointe des nerfs sympathiques sur les artères du cerveau, du cervelet, de la moelle, du péritoine et de l'iris. L'examen, chez la grenouille, de la muqueuse palatine, de la membrane interdigilale , du mésentère et de la paroi abdominale, m'a conduit, en revanche, à des données exa' . et qui confirment de point en point celles obtenues par M. Robin et M. Ordonez (fig. 6, pl. III), pour la disposition des vaso-moteurs.
Le grand sympathique, chez la grenouille, accompagne presque toujours les artérioles. Le volume de ses rameaux est toujours proportionnel au calibre des vaisseaux, et ii din)inue
d'épaisseur à mesure que celui-ci diminue de diamètre; ils se subdivisent constamment comme les vaisseaux qu'ils accompagnent, et d'autant plus qu'ils approchent davantagfi de l'état de capillaires de deuxième variété. Dans les anastomoses des vaisseaux^ il existe quelquefois un ganglion accolé aux vaisseaux sanguins ; mais le ganglion peut se former par anastomose directe de nerfs isolés. Ces ganglions sont à leur tour le point de départ de nerfs qui vont se perdre sur les vaisseaux. Quelquefois des artérioles, des capillaires de deuxième variété, cheminent isolés dans la muqueuse palatine ; mais alors ils reçoivent directement un rameau du ganglion voisin ou d'une cellule multipolaire (Robin, Programme dit Cours d'anatomie, 1864). Les artérioles ne paraissent pas recevoir de rameaux des gros troncs qui les suivent ; mais alors c'est un rameau des branches secondaires qui prend une direction inverse de celle du tronc principal, et vient se distribuer aux fibres-cellules.
Quoi qu'il en soit de ces différences d'origine, lorsque les fibres nerveuses vont se distribuer dans les vaisseaux, elles sont réduites à l'état d'élément de Remak isolé, et disparaissent en pointe au milieu de la masse : on ne constate plus leur présence du moment que le capillaire a pris le caractère de ceux de première variété. Il est donc évident que tout ce qui a force impulsive dans les artérioles et capillaires est sous la dépendance du grand sympathique. Reste à démontrer le fait pour les gros vaisseaux, et il est probable qu'il est analogue. Je ne connais aucun auteur qui ait traité la question complètement et donné là-dessus des observations précises.