ARTKRKS DU COU ET DE LA FACE
S'il est vrai que l'organe et la fonction soient en corrélation constante, les artères du cou, de la face surtoiU et du cerveau,
doivent avoir une texture spéciale. En effet, la circulation de ces régions ne peut être comparée à celle d'aucune partie de la purface tégumentaire.
Observons-nous à la fesse, à la jambe, à la main, ces congestions rapides, ces pâleurs brusques et passagères qu'une action réflexe fait naître, et qui sont l'expression des sentiments les plus divers? Voyons-nous dans un organe les vaisseaux se rompre aussi fréquemment que dans le cerveau? En vérité, non. Et dès lors, à quoi attribuer ces singularités physiologiques? Sont-elles sous la seule dépendance du cœur, ou le fait d'une circulation locale spéciale? Les expériences de M. Claude Bernard nous faisaient préférer i\ priori cette dernière cause; mais il fallait transformer cette hypothèse en fait. Les résultats auxquels nous sommes arrivés, n'ont fait que confirmer en grande partie cette opinion, qu'on ne saurait donner comme exclusive, car le cœur est trop voisin de ces organes pour qu'il n'ait pas sa part d'action dans la production de ces phénomènes.
La mensuration des tuniques moyenne et externe nous a conduit à des données très-importantes. En règle générale, foules les tuniques diminuent d'épaisseur, principalement la moyenne, à mesure qu'on remonte de la carotide primitive à la terminaison de ses bifurcations.
Mais cette transformation s'opère ici d'une façon spéciale. Ainsi, tandis que la tunique moyenne conserve dans les principales artères du membre supérieur, une épaisseur à peu près égale jusqu'à l'arcade palmaire, que dans le membre inférieur cette même tunique diminue insensiblement de diamètre jus- (ju'au pied après avoir présenté même des renflements ; dans le cou, dans la face au contraire la transformation est rapide. A 20 ou 25 centimètres environ de son origine, dans la faciale, la temporale et autres vaisseaux qui sontla continuation de la carotide, la tunique moyenne a déjà diminué des trois quarts, tandis que, pour qu'une pareille transformation s'opère dans les vaisseaux du membre inférieur, il est nécessaire qu'ils parcourent une distance quatre fois plus grande. Ainsi, la tunique moyenne qui a 0""",/lâ4 de diamètre à l'origine delà carotide
j primitive, n'a plus que 0""",111 à l'origine de la temporale, et
I fr^jlSO de diamètre à l'origine de la faciale, et 0'"'",080 au
) rameau nasal.
i Si l'on compare ces diamètres à ceux que nous avons obtenus
i dans le membre inférieur, nous trouverons que la terminaison
I de l'aorte ventrale correspond à peu près à la carotide primitive
i (pour la tunique moyenne), que la fémorale à l'anneau du troi-
i siènie adducteur correspond à la carotide externe; la tibiale
t antérieure à sa partie moyenne à la faciale ; la pédieuse A la
j maxillaire interne; la plantaire externe au rameau nasal.
Carotide primitive à son origine 0,ftà'i
Carotide externe à son origine 0,222
Faciale 0,180
Lingu.ilo 0,1 6<i
Maxillaire interne (1,160
Temporale 0,110
lïameau nasal .... 0,080
Aorte ventrale 0,/i50
Fémorale 0,222
Tibiale antérieure à sa partie moyenne 0,170
Pédieuse 0,16'i
Tibiale postérieure à son origine 0,110
Plantaire externe à son origine 0,082
Ces chiffres sont donnés d'après la mensuralion d'un certain .nombre de coupes; mais ils ne sont pas en assez grande quantité pour affirmer si, d'un sujet à l'autre, il n'y a pas des variations pour un point donné.
Il découle de là que la tunique moyenne des vaisseaux de ces deux groupes n'est également épaisse que dans des points différemment situés, par rapport au centre circulatoire. Mais bien que l'épaisseur soit égale en un point donné d'artères différentes, il ne s'ensuit pas que la texture soit identique. Nous prendrons la tunique moyenne à son origine, dans les carotides et tronc brachio-céphalique, et nous la suivrons dans son trajet en faisant ressortir les rapports et les différences qu'elle présente avec les vaisseaux des membres. A son origine, elle est un peu plus musculaire dans la carotide primitive gauche que dans la carotide droite, et l'équilibre , pour l'élément musculaire,
s'élablil à la première bifiircalion du vaisseau. Nous connaissons, par un parallèle fait préccdemmenl entre les trois gros vaisseaux qui naissent de la crosse de l'aorte, la texture des deux carotides à leur origine. A mesure qu'on se rapproche de la bifurcation, l'aspect du vaisseau change : la substance élastique cloisonnée et la substance amorphe diminuent, tandis que les libres musculaires augmentent vers la tunique interne. Ce fait est très-évident dès l'origine des carotides interne et externe,; où les fibres musculaires remplissent, par leur masse, la moitié interne de la tunique moyenne, et sont éparpillées dans l'autro; moitié.
A ce niveau, la trame élastique et la substance amorphe ont déj^i perdu do leur importance, quoique en grande proportion encore, mais quelques millimètres plus haut, vers l'origine do la linguale et de la faciale et à la môme hauteur pour la carotide interne, la transformation est complète. La tunique moyenne est formée de fibres musculaires, groupées par faisceaux de f|uatre ;'i cinq fibres, entre lesquels les éléments élastiques sont devenus moins nombreux et presque insignifiants, relativement à la place qu'ils occupaient vers l'aorte. On dirait qu'ils se sont dispersés dans la série de vaisseaux qui proviennent des carotides ou qu'ils i.e sont portés vers la tunique externe. Nous verrons, en effet plus loin, que les fibres élastiques de la tunique sont très-nombreuses h cette hauteur. Si nous suivons la tunique moyenne dans les branches de terminaison , voici ce que nous constatons en prenant pour terme principal l'artère faciale. La Innique moyenne ici diminue d'épaisseur, depuis la carotide externe .'i sa terminaison aux lèvres, à l'artère ophihalmique et aux sous-raentales; il en est de même pour les temporale et occipitale. A son origine, elle est régulièrement constituée par un grand nombre de fibres musculaires qui occupent toute son épaisseur, et qui, dans un cas, formaient deux zones : une interne correspondant à la zone musculaire précédemment indiquée dans la carotide externe, l'autre externe, de formation nouvelle et un peu moins serrée. Ces zones étaient séparées par une cloison élasli(|uo.
(loiiiparéo à celle de la carolide oxlernc ù ce niveau, la liiniqiio inoyemie de la faciale est brusquemenl plus musculaire, coiuivie rinl.prcoRlale est plus musculaire que l'aorte d'où elle émane. Mais aussi les fibres élastiques y sont rares, et la substance amorphe y est moins abondante. Cette texture persiste jusqu'à l'origine des labiales, à la partie moyenne de la sous-mentale, lans la branche de la glande sous-maxillaire. Tous les rameaux (|ui naissent entre ces limites et qui vont, soit dans les muscles, ^oit dans la peau, prennent la texture du vaisseau origine en ibandonnant toujours des fibres élastiques. Mais si nous dépassons les points indiqués ci-dessus, une transformation singulière s'opère dans les labiales, les rameaux nasaux et orbilaires, etc.
Les fibres lamineuses élastiques de la tunique externe envahissent la tunique musculaire, isolent graduellement les fibres en faisceaux, puis en fibres isolées, qui finissent par ne former qu'une ou deux couches irrégulières autour de la tunique inlerno. Il résulte de ce fait une fusion entre les deux tuniques, fusion par laquelle l'élément contractile devient accessoire ell'élément élas-^ lique prépondérant. Cette disposition existe ici dans les branches anaslomotiques, mais au delà de la communication, c'est-à-dire dans le vaisseau qui lui fait suite, les fibres musculaires reprennent graduellement leur disposition normale. Il y a donc entre deux artères qui s'anastomosent une texture intermédiaire qu'on pom'rait appeler un intermédiaire cellulo-élaslique, mais si le fait est vrai pour la face, je n'ai pu l'établir pour les anastomoses des mésentériques et coronaires stomachiques. C'est peutêtre une question de calibre, car j'ai trouvé cette disposition dans une petite artère du testicule. Cette texture spéciale qui se rencontre sur le nez, les lèvres, le menton, n'expliqu(îrait-elle pas pourquoi dans les congestions de la face par action réflexe les joues se colorent plus que les parties pr('cilées?
Mettons en parallèle cette texture avec celle des vaisseaux (|ui nous ont servi tantôt de comparaison ; des différences capitales Icsséparonl. La fémorale, à son origine, est moins musculaire que la criroiide externe; la faciale est plus mu.sculaire (|ne la
tibiale antérieure, et par contre le rameau nasal est moins musculaire que les plantaires interne et externe ;\ leur origine.
Les mêmes différences existent pour le membre thoraciqup. Par rapports l'élément musculaire, la faciale a la supériorilé sur toutes les artères qui émanent de la carotide.
L'occipitale, la thyroïdienne supérieure, l'auriculaire postérieure, quoique très-musculaires surtout à leur origine, passent rapidement à l'état élastique dont j'ai parlé ; et d'ailleurs la masse contractile est toujours moindre que dans la faciale.
La temporale est de toutes les branches, celle qui se rapproche le plus de la faciale, car pour une égale épaisseur de tunique, les fibres sont en égal nombre.
Mais ce qui caractérise cette artère, c'est la persistance d'une disposition uniforme pour la tunique moyenne, qui finit néanmoins, comme la maxillaire interne, par subir le mode de transformation indiqué pour la faciale.
De tous ces faits, il ressort évidemment que pour la tunique moyenne la faciale a la priorité sur toutes les artères émanées des carotides, par sa masse de fibres contractiles analogues à celles du cordon ombilical.
La linguale, la maxillaire interne, l'occipitale, la temporale viendraient ensuite : la temporale se trouve placée la dernière par rapport à ses dimensions, mais elle devrait être placée la deuxième par rapport à sa structure, comme cela a été établi plus haut.
La tunique externe acquiert ici une notable importance comme épaisseur; elle subit des variations à chaque instant, mais en général elle diminue en même temps que la tunique moyenne, et quelquefois proportionnellement. En effet, tandis (|ue la faciale, à sa terminaison diminue d'un dixième pour la tunique musculaire, la tunique élasiiqne qui était double, c'està-dire qui avait 0'""', 210, a diminué de môme quantité, c'est-àdire alors de 0""%H0.
Ce fait, quoique fréquent, n'est pas constant. Plus ordinairement, son diamètre est double, quelquefois triple, de celui de la tunique contractile. Ainsi, la tunique moyenne de la carotide
externe est de 0'""',220, tandis que la tunique externe correapundante est de 0'"",/i50. La tunique moyenne de la maxillaire interne est de ^"'"jieO; sa tunique externe est de 0""",320. Ces particularités ne sont pas spéciales à la face et au cou, nous les avons déjà notées dans les artères parenchymateuses, dans les membres. Elles sont donc générales.
Mais les changements les plus importants s'opèrent dans la texture. Nous le savons déjà, à l'origine des carotides primitives, la tunique externe est surtout celluleuse ; les fibres élastiques qu'elle contient sont le résultat de la dissociation de la tunique moyenne; elles forment quelques rares faisceaux assez volumineux qui se dispersent un peu dans tous les sens. En se rapprochant vers les carotides externes, les fibres élastiques augmentent de nombre.
Elles s'individualisent, c'est-à-dire qu'elles ne sont plus sous la dépendance immédiate de la tunique moyenne ; elles se placent dans le sens longitudinal et forment un réseau serré, accole à la tunique moyenne avec laquelle elles conservent quelques connexions. Cette disposition, cette condensation des fibres élastiques acquièrent leur maximum dans la faciale, l'occipitale, lu temporale, la maxillaire à leur origine; puis la cohésion va en diminuant lentement vers leurs terminaisons. Alors les fibres élastiques diminuent d'épaisseur et de nombre; elles sont éloignées les unes des autres par des fibres lamineuses et forment des mailles dirigées dans tous les sens; enfin elles reprennent avec la tunique moyenne les connexions nombreuses qu'elles avaient à l'origine des carotides et qu'elles avaient abandonnées dans le point où leur masse formait le feutrage le plus serré, point qui correspondait à la plus grande muscularité du vaisseau. Cette disposition, qui est générale, sauf dans la terminaison, pour tous les vaisseaux de la face, ne l'est point pour des vaisseaux d'une égale épaisseur dans les membres; car nous avons vu précédemment que dans les collatérales des doigts, les plantaires, à leur terminaison, qui ont une même épaisseur que les vaisseaux de la face et de la tête, il y a une indépendance marquée entre chaque tunique.
La limi(|uc iiilerne ne présenle puiiiL de iJUi liculaiitc spécialo; elle cliiniiiuc d'épaisseur depuis l'aorLc jusqu'à la leriiiinaison de la faciale cl de la temporale, etc. Dès son origine elle est. pourvue d'un réseau élastique qui l'unit à la tunique nioyenuo, niais ce réseau disparaît vers l'origine des bifurcations des carotides internes et externes, là où existe le plus grand nondirc de fdjres cellules et d'éléments élastiques. Elle est partout striée en long, comme dans les vaisseaux des autres régions. Je l'ai trouvée fenêtrée dans les carotides.
En résumé des considérations précédentes, il résulte : l" que les artères de la face subissent des transformations rapides et brusf|ucs pour qucbjues-uncs; 2» que ces transformations ne peuvent cire comparées h celles qui s'opèrent dans les vaisseaux des iiiendjres supérieurs et inférieurs où elles sont lentes; 3" (|uc la dillércncc existe, non-seulement dans la masse totale du vaisseau, mais encore dans sa texture et sa structure; A" (luc décrire des vaisseaux d'égale épaisseur comme idenliques, est cliose erronée ; 5° que là où la (uni(|ue musculaire a sa plus grande puissance, là aussi la Innique externe est la plus élastique, ((uc là aussi le réseau sous-jacent à la tunique interne disparait; &' que de toutes les branches de la carotide, la faciale f)ar la niasse, la temporale par la texture, ont la priorité, et que les terniiiwu'sons de ces vaisseaux se dissocient au profit des libres élastiques; 7' enfin que les tuniques, après avoir présenté dés l'origine des vaisseaux des connexions inconlestables entre elles, pi'cnnent chacune leur indépendance vers le point où existe l.i plus grande masse musculaire, et que cette indépendance disparaît plus tard et ne persiste que pour la tunique interne.
DES AHTÈHES DU GKHVlîAU.
De tous les vaisseaux que j'ai passés en revue, il n'en est pas (jui aient une structure aussi simple que ceux du cerveau. Ici tout converge vers une seule |)ropriélé : la coiitiaclilité.
La tiuii(iue moyenne a son plus grand diamètre dans les ar-
tcrcs sylviciiiies, basilairc, verlébralc. Il tliminii(3 graducllomciil à mesure que le vaisseau s'enfonce dans la pulpe cérébrale.
Dans leur trajet, ces artères donnent naissance à un grand nombre d'artérioles, dont la tunique moyenne a une épaisseur proportionnelle toujours à celle du vaisseau origine. Dans les vaisseaux qui viennent de la périphérie du cerveau, l'épaisseur est toujours moindre que dans les gros vaisseaux de la base, cl les artérioles passent plus rapidement à l'étal de capillaires.
La tunique externe paraît bien avoir ici un diamèire proportionnel à celui du calibre du vaisseau. En effet, dans les artérioles de 0""",5 elle a O^^jOZi ; dans celles de 0""" ] elle a 0""",01 et ainsi de suite. La tunique externe est toujours plus large que la tunique moyenne à l'origine ; mais elle est plus loin égale cl inférieure même, lorsque le vaisseau passe de l'état de capillaire de deuxième ordre à celui de premier. La tunique externe va en diminuant d'épaisseur jusqu'aux capillaires, où elle alleinl 0""",001 et O'^^jOD?. de diamètre.
Mais passons à la structure. La tunique moyenne est dans ces vaisseaux, comme partout, la plus importante. Dans la sylviennc, labasilaire et les artères de la pie-mère, elle est formée par un 'grand nombre de fibres-cellules affectant l'arrangement indi(jué pour les petites artères ; elles sont groupées en faisceaux indépen dants les uns des autres et séparées par une égale épaisseur de substance amorphe et quelques fibres élastiques. Cet arrangement persiste dans la plus grande partie de la longueur de l'artère ; mais lorsque la tunique moyenne est arrivée à un diamètre deO^^jO/i, elle commence à perdre de sa cohérence. . Les fibres-cellules de la surface externe commencent à s'écarier les unes des autres, et en même temps les fibres lamineu?es de la tunique externe et sa substance amorphe, viennent combler l'intervalle. A mesure que le vaisseau diminue de volume, la dissociation devient plus profonde, le nombre des fibres-cellules diminue, et bientôt elles ne forment plus- qu'une seule couche autour de la membrane interne. Cette couche va' elle- Miètne en diminuant cl finit par disparaître; mais non d'une manière insensible, comme on pourrait le croire à priori: L&îi
libres, d'abord Irès-rapprochées, lormenl des groupes entre les- (juels existent de petits intervalles; puis on ne trouve plus que des fibres isolées entre lesquelles on aperçoit le noyau longitudinal de la tunique interne, enfin elles disparaissent, et alors cette tunique se montre avec ses caractères classiques décrits dans les capillaires de première variété. Cette modification, qui est assez lente à se produire dans les vaisseaux d'une certaine longueur, tels que l'artère sylvienne, est beaucoup plus rapide dans les branches de celte dernière artère, qui vont directement dans la pulpe cérébrale.
La tunique externe affecte ici des caractères spéciaux, différents de ceux que nous avons constatés plus loin pour des vaisseaux d'égal calibre. Dès son origine dans la vertébrale et la basilaire, elle est celluleuse, et l'élément élastique, fort accessoire, est disposé dans toutes les directions sans former une couche directement adjuvante de la tunique moyenne. Rarement on en voit pénétrer dans la tunique .musculaire à laquelle la tunique externe paraît comme accolée d'abord ; mais dans les vaisseaux d'un calibre inférieur, l'élément élastique disparait complètement, et il ne reste plus que des fibres lamineuscs et de la substance amorphe, qui pénètrent dans la tunique moyenne, comme je l'ai indiqué précédemment.
La tunique interne n'offre rien de particulier, si ce n'est qu'on peut observer ici la disparition graduelle de l'état strié, el son passage à l'état de membrane limitante à noyaux longitudinaux des capillaires de première variété.
Indépendamment de ces éléments, M. Robin a découvert, eji 1859, autour d'un certain nombre de capillaires et d'artérioles du cerveau et de la moelle, une gaîne très-transparente ayant de 0""'',001 à 0""%002 d'épaisseur, et qui forme à ces vaisseaux une tunique surnuméraire. Entre cette gaîne et le vaisseau, il existe un espace rempli par des globulins analogues à ceux de la lymphe.
M. Robin a pensé que c'étaient là des lymphatiques des centres nerveux. Un professeur de Zurich, M. His, a publié celte année un mémoire sur cette disposition remarquable, el chose
singulière, il examine les propositions émises ptir l'analomislc français, les résout par l'affirmative et passe sous silence le nom de l'auteur de la découverte. Il serait extraortlinaire que deux analomistcs se fussent rencontrés exactement sur tous les points d'un môme sujet. Quant à nous, nous avons constaté le fait, et nous n'hésitons pas à attribuer l'honneur de sa découverte à M. Robin. Nous n'avons pas fait une étude spéciale de cette particularité, et nous renvoyons les lecteurs au mémoire inséré dans le Journal de phjsiologie de Brown-Séquard (1859).
Jetons un coup d'œil maintenant sur le système artériel. Comparez la tunique moyenne des artères faciale, thyréoïdienue, fessière, mésentérique inférieure, avec celle de la basilaire, qui a le même diamètre, c'est-à-dire 0"'"',08, et vous trouverez que l'avantage, sous le rapport du nombre des libres musculaires, est pour celte dernière, et que dans les autres, pour une même épaisseur, la masse de l'élément élastique est plus considérable.
.1 fortiori encore en est-il de même si l'on compare leurs tuniques externes, qui sont surtout formées de libres lamineuscs dans les vaisseaux cérébraux, et de fibres élastiques dans les autres. Comparez encore les cérébelleuses avec les terminaisons de l'occipitale, de la labiale, vous trouverez toujours, dans ces vaisseaux, une tunique externe plus élastique, une tunique moyenne moins musculaire. Il serait encore moins possible d'assimiler la manière dont se modifient les artères du cerveau avt'c celle des artères des autres régions, bien que le résultat soit le même. Mais outre que la modilication est plus lente ailleurs, la 1 tunique moyenne est envahie surtout par l'élément élastique. Du reste, si ces caractères n'établissaient pas une dilférencc suffisante pour ces vaisseaux, l'existence des canaux périvasculaires rendrait leur rapprochement impossible.
ARTÈRES SPLANCHNIQUES.
Dans ce groupe, nous comprenons toutes les artères qui naissent de l'aorte pour aller soit dans les parois des cavités splanchniques, soit dans les viscères eux-mêmes ; dès lors, les intercostales ciMBKRT.
et mammaires internes en l'ont partie, ainsi (|ue toutes les ijranches qui naissent de l'hypogaslrique.
De toutes CCS artères, celles qui possèdent les tuniques moyennes les plus épaisses, sont, par ordre d'importance: 1° l'hypogastrique; 2° le tronc cœliaque; 3° la splénique; /i° la rénale; 5° la honteuse ; 0° la colique supérieure; 7-' l'obturatrice; 8° l'iscliiatique; 9' la mésenlérique, etc. On voit par là que l'épaisseur de la tunique moyenne d'un vaisseau n'est pas toujours proportionnelle à l'épaisseur de la tunique moyenne du vaisseau dont elle émane, niais qu'elle est plutôt relative à l'espèce de fonction avec la(luelle ce vaisseau correspond. En effet, cette tunique a O^'^lOO dans le tronc cœliaque qui émane d'un tronc qui a 0"'"',770, tandis que dans l'hypogaslrique qui émane d'une tunique moyenne de 0""",550 elle est de 0""",227. De sorte qu'une tunique épaisse en produirait une petite, et vice vcrsà. C'est là un fait assez fréquent, car la splénique (|ui vient du tronc cœliaque a ime tunique moyenne de 0""",2, Quant à l'épaisseur de la tunique externe, on peut dire qu'elle est très-variable. Ainsi, sous ce rapport, on peut classer les artères dans l'ordre suivant : Ilypogastriquc, splénique, tronc cœliaque, rénale, mésenlérique, intercostale, fessière, vésicale, etc. Mais on ne peut tirer de grandes consé- ([uences de ces dimensions, car ce qui constitue la force de la luni(iuc, ce n'est pas sa masse entière, mais la plus ou moins g;rande (juanlité de fibres élastiques.
Tunique moyenne. — Vom faciliter la description do la tuniquo moyenne, nous prendrons pour point de départ une artère queU conque, la splénique par exemple. Ce vaisseau émane du tronc cœliaque, qui brusquement est plus musculaire que le vaist^cau dont il dérive; la splénique subit la disposition du tronc^ qui est le plus musculaire de tous les vaisseaux du ventre quanl à la masse défibres; dans la splénique (fig. C5, pl. I), on voit dans la lunique moyenne une assez grande quantité de fibres musculaires dirigées, comme toujours, transversalement et groupées en faisceaux de sept à huit fibres, surtout vers la limite externe de la tunique. Ces faisceaux, et beaucoup de leurs éléments conslituanls, sont séparés les uns des autres par des libres clasli()ues qui comniu-
niqiient avec celles lic Ja luiiiiiuc externe pai- quelques rares fibres lainineuses et par de la substance amorphe interposée. GellG tunique est ici plus musculaire que dans l'humcrale, et elle est à peu de chose prés aussi épaisse qiie dans l'hypogas- Irique et aussi musculaire que dans la rénale pour une égale épaisseur de tunique donnée. Dans l'hypogaslrique, les faisceaux sont plus volumineux qiîe dans la splénique, mais les fibres-cellules y sont moins abondantes et plus petites, et la stibslance amorphe et les fibres élastiques et lamineuses qui les entourent en plus grande quantité. Ces fibres élastiques sont dirigées longitudinalement, ce qui donne alors à la tuniqUe un aspect élagé très-élégant; entre les divers étages sont des fibi'es-cellules transversales. Pour une égale épaisseur, et c'est toujours dans ' les proportions que je comparerai, les méseHlériques paraissent plus musculaires que les artères précédentes, bien qu'elles le soient moins en réalité par la masse; ])lus rapidement que dans ces vaisseaux, la disposition en faisceaux disparaît ; les fibres se disposent régulièrement dans la tunique, qui diminue d'épaisjseur, et s'individualisent comme dans la faciale et les collatérales des doigts. Cet arrangement est surtout évident à la terminaison de la mésentérique inférieure dans le rectum. Je n'ai pu déterminer sur ces vaisseaux les modifications ((u'ils présentent à leur I terminaison réelle, si elles sont comparables à celles qu'on obserVo idàns les anastomoses terminales de la faciale. Si nous passons à 'l*hémorrhoïdale, à la vésicale, h l'utéro-oVarieUne, il est facile de constater que, toutes choses égales d'ailleurs, ces Vaisseaux sont plus musculaires que les précédents; que l'élément conlraclilc est plus considérable; (|Ue les fibreâsonl d'emblée en plus grand uiombre, que d'emblée elles tujquiôrent leur individualilc jusqu'à [diîUr terminaison. La rénale, les grandes coliques, les honteuses, iqQi ont une même épaisseur de tunique moyenne, sont loin de résentcr une texture analogue. La rénale est plus tnusculaire Ue la grande anastomotique , aussi musculaire que la splénique ipour une égale section ; moins musculaire qUo la honteuse, qui lès son origine est très-riche en élément contractile. D'ailleui's cl fénalc paraît plus élasliciue que la splénique, et nous savons
([ue la tunique moyenne en masse lui èsl inl'érieure ainsi qu'au tronc cœliaque.
Si nous faisons une excursion comparative dans les autres régions, nous trouverons que la honteuse, qui naît fort loin du cœur, est moins musculaire que la faciale, bien qu'ayant une épaisseur égale environ ; que la tunique moyenne de l'iiypogastrique ne peut être mise en parallèle par rapport à la richesse des fibres avec son homologue la carotide interne ; que la mésentérique supérieure est bien plus musculaire que son homologue le rameau nasal; que l'intercostale, la vésicale, la dorsale de la verge sont plus musculaires que les terminaisons des labiales ou frontales, qui ont une même épaisseur; que ces vaisseaux enfin sont aussi musculaires que la basilaire, les plantaires internes et externes à leur terminaison. Gomme on le voit, dans tous ces vaisseaux, il y a une disposition spéciale pour la tunique moyenne, et tous, bien que les éléments soient en nombre divers pour des points donnés, arrivent à une disposition identique pour un point de leur trajet. La splénique, en un point de son trajet sur les branches, a la texture de la vésicale, l'intercoslale et autre vaisseau semblable. Mais ces points, par rapport au vaisseau origine, sont à des dislances variables pour chaque vaisseau, distance qui parait être proportionnelle à la diminution d'épaisseur des parois. De plus, dès l'instant qu'une de ces artères prend naissance, elle prend aussi immédiatement un caractère propre, caractère d'autant plus accentué que l'artère est moins volumineuse, moins longue, et que le lieu de sa distribution est plus voisin.
Tunique externe. — Il n'est pas de vaisseaux où cette tunique atteigne un plus grand développement qu'ici. Dans les mésentériques, rénales, intercostale, vésicale, etc., elle a quel- (juelbis deux et trois fois le diamètre de la tunique moyenne. Mais ce qui la caractérise, c'est la grande quantité de fibres élastiques (jui sont groupées vers la tunique moyenne où elles forment quelquefois une vraie membrane élastique surajoutée, qui a l'aspect de la tunique moyenne de l'aorte, comme je l'ai vu sur les mésentériques. Celte tunique est moins épaisse et moins élastique dans l'aorte que dans les vaisseaux qui en nais-
^onl. C'est ainsi que dans l'inlercoslale, elle est deux et trois fois plus élastique que dans l'aorte, que dans la mésentérique, la rénale, la honteuse, la vésicale. etc., etc.; la tunique externe est toujours beaucoup plus élastique que dans l'aorte et tous les vaisseaux de l'économie, excepté dans quelques vaisseaux de la carotide, par exemple la maxillaire interne, qui par l'épaisseur de ses deux tuniques principales, correspond à la rénale dont la tunique moyenneestde0'"'",166, etla tunique externe de 0""",350. Mais néanmoins dans la rénale et autres, les fibres élastiques sont toujours en plus grand nombre, plus serrées, au point qu'il est quelquefois difficile de déterminer leur direction qui est, comme partout, longitudinale. L'arlère hypog'astrique fait exception : là les fibres sont d'emblée éparpillées dans la tunique externe, mais elles se condensent dans ses branches.
La tunique externe diminue d'épaisseur à mesure qu'on avance vers les extrémités artérielles, et en même temps les fibres perdent de leur cohérence. Tandis que, à l'origine des mésentériques rénales elles étaient feutrées autour de la tunique moyenne dans laquelle elles envoyaient des prolongements, maintenant elles vont progressivement diminuer de nombre, s'écarter les unes des autres, et lorsque le vaisseau aura atteint quelques dixièmes de millimètre, elles formeront autour de la tunique moyenne des mailles polygonales dans tous les sens. Celte disposition est frappante sur la dorsale de la verge, où la tunique moyenne est entourée d'un réseau élégant et régulier de fibres élastiques très-minces. Elle se rencontre d'ailleurs dans toutes les autres artères, mais ici les fibres lamineuses sont également distribuées avec les fibres élastiques. Je n'ai pu déterminer si les fibres élastiques de la tunique externe envahissent la tunique moyenne à la terminaison des vaisseaux à sang rouge.
On le voil, la tunique externe ici, indépendamment de ses caractères spéciaux, de sa grande épaisseur, paraît avoir, comme dans la tête, son maximum de fibres élastiques, là où est la plus grande masse de fibres musculaires et son maximum de cohérence, là où les fibres musculaires cessent d'être disposées en
faisceaux. l)e plus, dans aucun vaisseau de l'éconnmie, elle ne conserve aussi longtemps sa coliérence.
Tunique inlernc. — t.a tunique interne a ici les mêmes caractères. A l'origine des spléniques, coronaires, hépatiques, etc., elle est unie i\ la tunique moyenne par un réseau inlermédiairo élastique, mais qui n'existe ])as à leur terminaison.
ARTÈRR PULMONAIRE.
L'artère pulmonaire, au point de vue descriptif, doit être divisée en trois jiarties. L'une que j'appellerai cardiaque ou sous-valvulaire, une autre valvulaire, une dernière enfin susvalvulaire ou pulmonaire proprement dite qui comprend l'arlèro constituée. On se demandera peut-être de quelle utilité peut être une division |)areiHe : on en trouvera la raison dans ce fait que ce vaisseau n'a do structure définitive qu'à une certaine dislanro du cœur, e|. que dès lors, pour mieux préciser les transformations qui s'opèrent dans sa paroi depuis son origine, il faut !iéces= sairemenl procéder avec niéljiode.
Si l'on examine une coupe longitudinale qui comprend ;'i la fois une portion de cœur, la valvule et l'artère, on conslalc des particulai'ilés de texture importantes.
Ce vaisseau, dans sa portion sous-valvulaire, se compose de l'endocarde en dedans, d'un cône fibreux interposé i\ cette première membrane et à une masse de faisceaux musculaires cardiaijues (|ui se prolongent dans la paroi, enfin d'un tissu cellulaire et d'une matière amorphe interposée à tous ces éléments, tissu cellulaire qui, se portant en dehors, constitue une tunique externe dans laquelle sont beaucoup de cellules adipeuses.
Le cône fibreux n'est autre chose que la section verticale d'un des festons cardiaques qui sont disposés, comme on sait, en sens inverse des festons artériels; il est plein et homogène dans les coupes traitées par l'eau simple, mais il augmente de volume et \)Xq\m\ un peu l'aspect d'un réseau lorsqu'on traite les coupes par l'acide ftçétique. On sait, en effet, que dans ce cas, beaucoup de fibres laniineuses se gondent el écartent les faisceaux les uns
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tlcfi autres. Ce cône a sa base dirigée vers le cœur, son sommet dirigé vers le feston supérieur et un peu en dehors. GrAco à cette dévialion, le feston inférieur envoie directement des faisceaux entre les libres musculaires et dans la porlion sus valvulaire. Par son sommet ou son bord supérieur il s'anastomose avec le feston valvulairc, mais ces anastomoses ne sont pas trèspuissantes. L'acide acétique qui les écarte les uns des autres par son action sur les libres conjonctives permet, à cet égard, nne démonstration péremptoire.
Mais si le mode de jonction du cœur et de l'artère n'est pas très-énergique, la masse des fibres musculaires et du tissu cellulaire interposés et placés en dehors, vient y suppléer. A ce niveau, en effet, les fibres musculaires sont disposées en gros faisceaux transversaux dont la totalité forme un cône qui se prolonge dans la paroi de l'artère bien au-dessus de la valvule.
Dans la zone valvulaire, c'est-à-dire dans la portion du vaisseau qui correspond à la base de la valvule, et à quelques millimètres au-dessus, les dispositions changent. Les faisceaux musculaires diminuent déjà de nombre, de volume, sont plus écartés les uns des autres, et la trame qui les sépare est plus abondante. Mais la transformation la plus importante s'opère dans l'endocarde. Cette membrane s'infléchit et se porte en tassant ses fibres dans la valvule ; elle va occuper la moitié inférieure à peu près de l'épaisseur totale de cet organe, tandis que la moitié supérieure est une dépendance de la tunique interne du vaisseau. La différence des deux textures est indiquée par des faisceaux élastiques et fibreux longitudinaux, qui appartiennent à l'endocarde et se prolongent jusqu'au sommet de l'appendice. D'ailleurs l'aspect est très-différent dans les deux cas. D'un côté c'est une trame très-riche en élément élastique, de l'autre c'est un tissu lamineux dans lequel les fibres élastiques occupent un rang trèssecondaire, et bien plus encore, jamais les vaisseaux de la moitié interne ou endocardique ne passent dans la partie supérieure, où je n'ai pu les constater, non plus que M. Robin.
Cotte constitution nous rend parfaitement compte d'un fait singulier que présentent les coupes longitudinales des valvules.