DEUXIÈME PARTIE
Tableau des affections syphilitiques primitwes des parties génitales en particulier.
Les affections syphilitiques primitives sont celles qui se manifestent aux parties génitales des deux sexes, ou ailleurs, à la suite de l’acte qui résulte de leur union , ou de tout autre, dans lequel une surface saine s’est trouvée en contact avec une surface affectée d’un symptôme vénérien. Cet ordre de maladie comprend deux variétés ; I® j’appelle symptômes primitifs locaux, ceux qui se développent dans le lieu même de l’inoculation ; 2° sous le nom de primitifs sympathiques ou métastatiques , je comprends ceux
dont le développement est le résultat, dans le premier cas , de la propagation de l’irrilaliou sypliiiilifjne à une partie en sympathie avec le lieu malade, et, dans le second cas, de trans[)ort métastatic|ue de celte irritation sur une autre partie plus ou moins éloignée.
La syphilis ne se communiquant guère que par contact immédiat, les symptômes lés plus fréquens s’observent dans les régions du corps dont la situation favorise l’inoculation ; aussi , ne s’établissent-ils ordinairement que sur les merabràneymuqueuses qui tapissent les organes génitaux de f un et l’autre sexe, et sur la surface cutanée.
Les-maladies primitives des systèmes muqueux et cutané se manifestent sous la forme d inflammations, d’ulcérations ou de végétations, et compi’ennent la série des rcraux vénériens connus soùs les noms i'’ d’urétrite, urétro-vaginite, et de leurs accidens sympathiques, tels quel’orcbile, l’adénite, etc. ; 2” de chancres , de pustules ulcérées ou sèches; 3° d’excroissances de toutes formes.
Nous allons rapidement passer en revue tous ces phénomènes, en commençant par ceux qui ont leur siège dans les membranes muqueuses.
1® Symptômes sypliiliticjiies primitifs des memhranes
miifpieuses.
T. Ini LAMMATiON. = Urétritcs. — L’inflammation de la membrane muqueuse du canal de l’u-
rètre a été désignée successivement sons les noms de gonorrhée , blennorrhagie , catarrhe urétral , etc. JXous adopterons celui d’urétrite, déjà proposé par Bosquillon, parce cpie pins exact cjue les autres dénominations reçues, il indique tout^ à-la-fois le siège et la nature delà maladie.
Indépendamment d’un congrès impur, qu’elle reconnaît presque toujours pour cause, l’urétrite peut êti’e occasionée par d’autres causes qui agissent directement ou sympathiquement. Dans Je nombre des premières on range la masturbation , les excès du coït avec une femme saine d’ailleurs, la cohabitation avec celles cpii négligent les soins de propreté, celles C[ui ont actuellement leui’S règles, cjui viennent de les avoir ou qui sont affectées de leucorrhée ; et , généralement, toutes les causes cjui agissent directement, en irritant le canal de l’urètre. Parmi les causes sympathicpies de l’iirétrite , on range le travail de la dentition chez les enfans , la présence des vers intestinaux , l’iiVitation gastro - intestinale, etc. Certains alimens ou boissons ont encore le privilège de lui donner lieu.
L’état moral de l’individu, la susceptibilité des organes génitaux , d’autres circonstances difficiles à apprécier, influent plus ou moins sur la facilité avec laquelle s’o|)ère alors la contagion.
L’inflammation débute presque toujours par la partie antérieure de l’urètre et le j)his ordinairement ne paraît pas se propager beaucoup
au-delà du méat urinaire ; elle ue s’étend plus avant que par l’augmentation de l’irritation? comme le prouve évidemment l’expérience que le docteur Swediaur a faite sur lui-même.
L’écoulement de l’urètre se manifeste quelque fois le jour même de l’infection, plus souvent les 2me^ 3me^ 4'”®? 8™®, OU même le iS"'® jour.
Les premiers symptômes indiquent une irritation légère de la membrane muqueuse caractérisée par une sorte de chatouillement cjue le malade rapporte au méat urinaire, bientôt suivi d’envies fréquentes d’uriner, d’un sentiment de plénitude, de pesanteur et de constriction dans la partie inférieure du pénis, enfin de chaleur et de douleur en urinant. Ces sym])tômes précèdent ordinairement l’écoulement qui se déclare les 3™® , 4™*^ 5'"® jours, quelquefois plus tard.
La matière d’abord tenue, limpide et blanchâtre augmente à mesure que la douleur diminue j elle devient d’un jaune verdâtre, ensuite l’écoulement diminue progressivement ; en mêmetems les symptômes locaux et sympathiques disparaissent insensiblement. Telle est la marche de la maladie dans les cas les plus favorables. L’urétrite dure depuis 25 jusqu’à 6o jours, mais elle peut se prolonger davantage, comme nous aurons occasion de le dire.
Les choses ne se passent pas toujours ainsi : il survient quelquefois des symptômes plus ou moins graves suivant les circonstances et le ré-
gîme qne suit le malade ; son âge et son tempérament entraînent aussi une infinité de variations dans la marche de cette plilegmasie.
La tuméfaction du gland et du reste du pénis varie en raison du degré de l’irritation ; elle peut devenir assez considérable pour qu il s’en suive un phimosis ou un paraphiraosis. Il y a phimosis lorsque la tuméfaction du gland est poi'tée au point que le malade perd la faculté de retirer le prépuce et de mettre le gland à découvert; s’il ne peut plus le ramener sur l’extrémité de la verge après lui avoir fait franchir la saillie delà couronne , il y a paraphimosis.
Les douleurs se propageant aux aines, il en résulte quelquefois un engorgement sympathique des ganglions de cette partie.
L’irritation qui se propage le long des conduits déférons jusqu’aux testicules par le moyen du cordon , produit d’abord un sentiment douloureux , dans ces organes délicats, d’où uent résulter une véritable inflammation ( orchite ) sous l’influence de la cause la plus légère. Cet accident peut être aussi le résultat de tout ce qui peut irriter directement le testicule; si cette inflammation est intense, il y a diminution ou même cessation de l’écoulement urétral , en vertu de l’axiome médical, /Inohus labori us simid obortis , vehementior obscurcit alterum.
L’inflammation peut ne pas se borner à la
muqueuse de l’urètre et envahir les parties sousjacentes, ce qui a lieu ])rincipalement à la pai'lie inférieure delà verge, d’où résulte ce qu’on appelle uiétrite cordée, parce que le pénis en érection décrit une courbe.
Enfin , r inflammation de la membrane muqueuse se propage quelquefois à la prosta^te, à la vessie, aux uretères et aux reins, ce qui constitue des accidens graves.
Parmi les accidens sympathiques de l’iirétrite, on ne doit pas omettre la gastro-entérite qui se développe quelquefois lorsque l’irritation de la muqueuse de furètre est portée à un haut degré d’in tensîté.
L’urétrite peut se terminer par résolution , par délitescence suivie ou non de métastase, par suppuration, par gangrène, ou passer à l’état chronique.
1® La résolution est la terminaison la plus favorable, celle qu’on doit toujours tenter quand on est appelé à teins.
2" Si au lieu de se résoudre insensiblement , l’urétrite diminue notablement , ou disparaît brusquement, et qu’un organe s’enflamme, on dit qu’il y a délitescence suivie de métastase. Cette suppression a souvent pour résultat l’ophthal mie (conjonctivite.) Cette phlegmasie a beaucoup de rapport avec l’ophthalmie puriforme des nouveau-nés. Si elle est plus opiniâtre que dans les cas ordinaires, cela tient à la violente inflam-
raation qui l’accompagne ; elle réclame impérieusement la méthode antiphlogistique la plus active. La matière de l’écoulement, fournie par la muqueuse de l’urètre enflammée, peut aussi être inoculée directement. C’est ce qui arrive aux enfans cjui sont infectes pendant l’accouchement, et chez les adultes lorsque la matière d’un écoulement urétral est mis en contact avec la muqueuse oc U 1 a i r e. M ’al^eiTtendcTTa p po r ter au professeur Boyer robservation d’une jeune dame, fort honnête, qui, s’étant lavée la figure avec une éponge qui avait servi à son frère pour se bassiner le pénis affecté d’une urétrite , contracta une conjonctivite dont on ne connut cjue fort long-tems après la véritable cause. Les faits de la même espèce ne sont pas rares.\ L’otite a été adm^e°commê~possTBTeTceTIe~qTnest sympathicjue a été observée. Il en est de même de l’inflammation de la muqueuse nazale. La fluxion métastatique s’opère le plus souvent sur le testicule. Toutes ces affections qui succèdent à la délitescence de Purétrite ne diffèrent de celles qui s’observent chez un sujet bien sain c]ue parce qu’elles sont suivies de la suppression brusque ou d’une diminution de la phlegmasie urétrale et ne réclament pas de moyens spéciaux.
S'’ Anciennement, on considérait l’écoulement fourni par l’urètre enflammé comme le produit d ulcérations dans le canal. On convient anjour-
criiiii cfiie ces ulcères sont fort rares; cependant les brides et les cicatrices qu’on y observe ne permettent pas de révoquer en doute leur possibilité. En effet , lorsque l’inflammation est trèsintense, il en résulte quelquefois de petites ulcérations qui fournissent du véritable pus. Elles peuvent reconnaître encore pour cause l’introduction d’une sonde ou tout autre moyen violent. D’ailleurs, il est fort difficile de les reconnaître sur le vivant.
4” La terminaison par gangrène est fort rare ; elle s’observe quelquefois, comme j’ai eu occasion de le voir, dans le cours d’une gastro-entérite adynamique.
S^Celle par le passage à l’état cbronique est trèscommune. Cet état offre deux variétés dont le pronostic est bien différent. La première est connue cb ezles auteurs sons le nom de gonorrhée bénigne ou blennorrhée. L’urétrite aiguë, soit quelle ait été abandonnée à elle-même, soit qu’elle ait résisté aux moyens employés pour la combattie, fournit tantôt un flux de matière claire, limpide, ou d’une couleur variable, sans chaleur, douleur ni érection , tantôt un suintement àpelne sensible qui peut persévérer pendant plusieurs années, que la moindre cause exaspère ou supjirime. Ces sortes d’écoulemens ne sont pas toujours continus; ils cessent parlois à des intervalles plus ou moins rapprochés. Lorsqu’on a occasion d’examiner le canal des individus at-
teints de cette variété, on observe les traces d’nne légère pblegmasie sans épaississement des parois du canal. Cet état peut se prolonger, pendant plusieurs années, sans entraîner d’autres accidens qu’une légère démangeaison le long du canal et un suintement continuel ou intermittent.
Mais si l’inflammation , ne se bornant plus à la membrane muqueuse , attaque les tissus sousjacens, le cas est beaucoup plus grave et développe d’autres accidens. L’effet de l’extension de cette pblegraasie, a pour résultat le rétrécissement du canal de l’urètre. H arrive souvent alors que l’irritation se concentrant sur un point limité de l’urètre , donne naissance à une ou plusieurs ulcérations, à des adhérences ou à des dépôts de matière concresciblé, suivant l’opinion de Ducamp , qui resserrent les tissus et en augmentent l’épaisseur; de là, engorgement de ses parois, épaississement de la membrane muqueuse du canal, et par suite diminution de son calibre. Ces rétrécissemens font des progrès très- lents; les malades d’abord s’en aperçoivent à-peine, mais bientôt le jet de l’urine diminue, son excrétion devient de plus en plus difficile, et il vient un moment où elle est impossible.
Plus de développement sur cette matière n’entrant pas dans le sujet de ce mémoire, nous devons nous Jjorner à noter cet accident comme le
résultat possible delà phlegmasie chronique de la membrane muqueuse du canal de J’urèlre; l’ouvrage de Dücamp et ceux publiés sur la même matière par MM. Lallemand , Amussat, etc. , fournissent tout ce cju’on peut désirer sur ces maladies dont le traitement a été sln<fulièrement
éclairé dans ces derniers teins.
L’urétrite peut-elle donner lieu aux symptômes consécutifs? La solution de celte question n’offrirait pas beaucoup de difficultés, si l’on s’en rapportait au témoignage de beaucoup de praticiens tels que Astruc, Hukter, Petit, Swe- DiAUR , CuLLERiER, Lagneau , qui citeiit des exemples d’infection générale à la suite des urétrites. Ces médecins admettent une identité parfaite entre le virus gonorrhéïque et le virus vénérien, tandis que Duncan, Fabre, Haller, Franck et surtout B. Bell et son traducteur ont émis une opinion contraire.
Une preuve qui a paiTi sans réplique aux partisans de l’identité des deux maladies est celle fournie par l’observation de trois jeunes gens C[ul communiquèrent successivement avec la même fille publique. Le premier fut atteint d’un écoulement au bout de trois jours; un bubon se manifesta chez le second , dix jours après; et le troisième se retira sain et sauf. Cependant la fille n’avait qu’un simple écoulement sans ulcérations. Cette preuve n^ serait pas sans répliijue, puisque l’expérience prouve que des
adénites peuvent être le résultat d’une urétrite non vénérienne.
D’ailleurs, on ne peut nier, sans se ré fuser à l’évidence, que des symptômes secondaires se déloppent quelquefois à la suite d’une urétrite, comme l’ont remarqué Swediaur, Cullerirr, La- GNEAU et beaucoup d’autres praticiens distingués. Si ces phénomènes sont moins fréquens après des phlegmasies de l’urèti e qu’après des ulcérations vénériennes, cela dépend, sans doute, de ce que beaucoup de ces urétrites doivent leur développement à des causes étrangères à la syphilis, tandis que la plupart des . ulcérations qu’on observe aux parties génitales, sont le résultat de l’infection vénérienne.
Le mercure n’a pas ici, plus que dans les autres symptômes vénériens, le privilège de prévenir le développement des accidens consécutifs. Nous pourrions, à ce sujet, rapporter l’exemple d’un de nos malades, atteint d’une urétrite récente et qui voulut absolument être traité par la liqueur de Van Swieten. Sur ses instances réitérées, elle lui fut administrée avec toutes les précautions convenables , et cependant, quelque tems après, il se manifesta des pustules humides à l’anus et des douleurs ostéocopes qui cédèrent à un traitement local secondé des boissons sudorifiques, d’un régime sévère, des bains , etc.
J mue]â lait remarquer que nous ne possédions aucun signe au moyen duquel on pût distinguer
l’m'étrite syphilitique de celle qui est due à toute autre cause. L’une et l’autre peuvent donner lieu aux coarctations de l’urètre, comme l’ont observé Boyer , IIunter et Lallemand.
Dans l’état actuel de nos connaissances, est-il ])Ossible de déterminer quand et comment l’urétrite est contagieuse ? Il est très-difficile de répondre à cette question. Bell, considérant les écoulemens de l’urètre comme étant d’une nature différente de la syphilis, ne lui reconnaissait pas la faculté de développer la vérole; il pensait que l’urétrite perdait la propriété contagieuse à son déclin , lorsque l’inflammation était calmée. L’observation confirme l’opinion de ce médecin et démontre que les urétrites naissantes et celles dont l’inflammation a conservé toute son intensité sont, dans la plupart des cas, facilement contagieuses, tandis qu’elles conservent rarement ce caractère dans les nuances chroniques ou lorsqu’elles sont accompagnées de symptômes inflammatoires peu manifestés.
Vaginite ( iirétro- vaginite ). — Je désigne sous ce nom la phlegmasie de la membrane muqueuse génito-urinaire chez la femme.
C’est mal-à-propos quëTes auteurs distinguent à l’urétro-vaginite trois variétés qui ne sont que trois degrés de la même maladie. Que l’inflammation occupe la vulve, le vagin ou l’urètre, c’est toujours la même affection qui réclame les ;mêmes moyens thérapeutiques.
SwEDiAUR ayant remarqué que rinflanimatioa occupait le plus souvent une partie ou la totalité du vagin , l’a désignée sous le nom de vaginite ; mais l’observation prouve que, dans certains cas, elle est bornée à la vulve et que, dans des circonstances plus rares , elle a son siège aux environs ou même dans le canal de l’urètre; enfin ^ elle envahit ces différentes parties à -la -fois ou successivement. Il est inutile de faire observer que les symptômes sont différens, suivant la partie qui est le siège de la phlegmasie. Celles qui sont récentes, sont rouges, plus ou moins tuméfiées et très-sensibles. Le passage des urines cause d’ordinaire des douleurs et des cuissons très-vives.
Les sympathies que développe cette phlegmasie chez la femme, sont moins étendues que celles qu’on observe chez l’homme. Elle so propage cependant quelquefois aux ganglions inguinaux, à la vessie, aux reins, etc. Elle peut affecter les mêmes terminaisons que l’urétrite, mais elle a plus de tendance que cette dernière à ju'endre le caractèi’e chronique.
On convient généralement des difficultés qu’offre le diagnostic de cette maladie. En effet , il n’existe pas de signe caractériîitique propre à faire distinguer la leucorrhée de l’urétro- vaginite; l’erreur est encore plus facile lorscjue celle-ci est chronique. L’aveu de la femme peut, sans doute, dans quelques cas, mettre sur lu voie delà vérité.
mais celle ressource augmenle souvent l’embarras du médecin qui ne peut toujours lui accorder une entière confiance.
Le problème des propriétés contagieuses de la maladie est encore plus dilficile à résoudre chez la femme que chez l’homme. En effet, on voit tous les jours des individus cohabiter impunément avec des femmes affectées d’écoulemens , sans qu’il résulte aucun accident de cette communication; tandis que d’autres parfaitement saines et à l’abri de tout soupçon, affectées de fleurs blanches copieuses, communiquent des urétrites aux individus qui ont des rapports avec elles. Enfin , la secrétion du vagin acquiert quelcjuefois, chez certaines femmes, des qualités irritantes qui suffisent pour produire des urétrites chez les hommes qui exercent le coït avec elles.
II. Ulcérations. = Ulcères ( chancres ). — Les ulcérations qui résultent d’un coït impur, s’observent ordinairement chez l’homme, à l’intérieur du prépuce ou sur la surface du gland. Toutes ne reconnaissent pas pour cause la syphilis : il en est qui sont dues à toute autre cause, comme l’avait déjà fait remarquer Swediaur.
Les parties qu’elles occupent chez la femme, sont l’inlérieur des grandes lèvres, les nymphes, le clitoris, les environs du méat urinaire , l’intérieur du vagin , la commissure postérieure, etc.
Ces ulcères se développent lentement et plutôt ou plus tard, rarement passé le jour
après l’acte vénérien. Ils sont ordinairernent précédés de l’apparition d’un petit point enflammé , rouge , où. le malade éprouve de la cbaleur , du cliatouillement , du prurit. Ce point s’agrandit, s’engorge; de son centre s’élève un bouton miliaire , rougeâtre dont le sommet blanchit et s’ulcère. L’érosion s’élargit et devient une ulcération dont les progrès et l’aspect varient suivant l’inflammation qui l’accompagne.
La marche des ulcères vénériens varie suivant qu’ils sont abandonnés à eux-mêmes ou qu’ils sont traités par telle ou telle méthode thérapeutique. Une ulcération récente, peu enflammée, abandonnée aux seuls efforts de la nature, et si le malade a la précaution de prendre quelques soins de propreté, diminue insensiblement et se cicatrise en peu de jours. D’autres fois, elle reste stationnaire, plus ou moins de teras , tandis que dans d’autres circonstances, surtout si elle est très-enflammée, et si l’on néglige les soins de propreté, elle s’agrandit rapidement en su?’face et en profondeur et prend un aspect grisâtre ou lardacé.
Lorsque ces ulcérations sont combattues de prime abord par les bains, les antiphlogistiques et le régime, elles cèdent ordinairement avec facilité. Le traitement mercuriel, ou tout autre analogue, ne réussit même, dans la plupart des cas, qu’après l’emploi des antiphlogistiques; il échoue le plus souvent, lorsqu’ils sont très-
irrités, et qu’ils ont réveillé un grand nombre de sympathies ; circonstances qui favorisent singulièrement le développement ultérieur* des accidens consécutifs. En général, les chancres sont d’autant plus difficiles à guérir qu’ils sont plus enflammés et plus anciens.
Les ulcères vénériens des parties génitales, chez l’homme, peuvent être compliqués de phimosis, de paraphimosis, d’urétrite, et, chez les deux sexes, de bubons ou adénites.
Accidens sympathiques des ulcères. — Bubons ( adénites ). — Le bubon ou adénite est une tumeur inflammatoire des ganglions lymphatiques qui avoisinent unesunface enflammée ou ulcérée. Cependant il arrive quelquefois qu’ils se développent sans avoir été précédés d’autres symptômes locaux. Ce qui établit deux variétés ; i» les bubons primitifs qui se manifestent d’emblée, comme on le dit vulgaiiement ; c’est-à-dire, sans avoir été précédés d’autres symptômes locaux ; 2® les bubons sympathiques qui résultent de la propagation de l’irritation d’une phlegmasie ou d’ulcères situés sur une surface voisine. Il peut donc se former des bubons dans toutes les régions du corps où il y a des ganglions sympathiques auxquels aboutissent des vaisseaux du même ordre nés des parties qui sont le siège de phlegmasies ou ulcérations vénériennes. Ainsi , on observe de ces tumeurs aux glandes inguinales, à celles du creux de l’aisselle, à celles de la ma-
clioire inférieure, du col, etc., lorsque les surfaces voisines de ces glandes sont le siège de plilegmasies ou d’ulcères vénériens. Il ne sera question ici que des adénites qui se développent aux aines.
Faut-il , avec certains raédecins , attribuer le développement inflammatoire des ganglions lyniphatiques des aines à l’absorption du vii’us vénérien appliqué sur la surface muqueuse des organes génitaux ? Ou bien , faut-il, suivant l’opinion de quelques autres, considérer la tuméfaction de ces ganglions comme le sinyile produit sympathique de l’inflammation ? jCest à tort que l’on considère encore les engorgemens inguinaux , soit qu’ils se développent de prime abord, soit qu’ils se manifestent pendant la durée des uré- : trites ou des ulcérations vénériennes, comme le résultat du virus et de son transport par les lymphatiques dans les ganglions voisins ; ce phénomène est le produit d’une irritation ganglionnaire opérée par sympathie , analogue à ce qui arrive aux enfans qui ont des plilegmasies ; du cuir chevelu. Aussi, l’apparition de ce sym- : ptôme ne nécessite, presque jamais, l’emploi I d’un traitement mercuriel. S’il devient utile de recourir à l’emploi des stimulans à l’intérieur,
I ce ne peut être que pour produire la révulsion sur d’autres organes, afin de favoriser la réso- ( lution de ces ganglions tuméfiés.
’Tætt^re d’întensîîe de l’inflammation qui ac-
compagne ces Ininenrs, établit la différence des bubons en inflammatoires ou ])blegmoneu\ , et en indolens. Les premiers caractérisés par la chaleur, la douleur, la rougeur, tendent à la su])pui ution , si on les abandonne aux seuls efforts de la nature ; les seconds earaelerisés par un état inflammatoire moins manifeste, sont durs, ]>eLi douloureux ou indolens, tendent à se prolonger indéfiniment et rentrent dans le genre des subinflammations de M. Broussais.
li’adénite peut se terminer par résolution, suppuration, gangi'ène ou ])ar induration.
l.a l’ésolution est la terminaison la plus heureuse, celle qu’on doit toujours avoir en vue d’obtenir. On ne oit [)lus aujourd’hui à la nécessité de faire suppurer les bubons pour favoriser la sortie du virus.
La suppuration s’établit quelquefois malgré l’emploi le plus méthodique des antiphlogistiques. Cette terminaison est moins favorable que la précédente, parce qu’elle retarde beaucoup la guérison du malade et l’expose à une série d’accidens qui viennent contrarier la cicatrisation. Loi’Sc[u’on n’a pu l’éviter, il ne reste plus qu’à diriger l’inflammation de manière à ce que la guérison ne se fasse pas trop attendre.
La gangrène n’a lieu que dans des cas fort rares , et reconnaît ]iour cause l’intensité de l’inflammation.
L’induration est une terminaison assez com-
nmne : c’est une sorte de plilegmasie chronique dont la guérison est souvent très-longue.
En général, les adénites offrent dans leur marche et leur terminaison des variétés infinies qui dépendent de la disposition du malade, et du degré d’inflammation qui accompagne la maladie.
III. Végétations. — F é gélations ou er croissances. — L’application d’une surface enflammée ou ulcérée peut donner lieu, sur les surfaces mu queuses, à des productions accidentelles, connues sous le nom générique d’excroissances ou de végétations, auxquelles on a donné des noms bizarres, tirés de la ressemblance qu’on a cru leur trouver avec divers objets.
La membrane muqueuse qui tapisse les organes génitaux des deux sexes, est le siège le plus ordinaire de ces végétations. Chez les hommes, le gland , la couronne ou les environs du frein en sont principalement affectés. Chez les femmes, qui paraissent être plus exposées à ce symptôme vénérien, elles se développent aux grandes et petites lèvres, sur le clitoris, dans toute l’étendue de la vulve, à la commissure postérieure, etc.; elles se manifestent souvent au pourtour des ulcérations et des pustules.
Elles varient autant par leur volume que par leur forme. Quoiqu’elles soient le plus souvent consécutives, cependant elles peuvent, comme les ulcères, être le résultat immédiat de la contagion syphilitique.
Nous avons fait remarquer, dans la première partie de ce mémoire, qu’il pouvait se manifester aux parties génitales des deux sexes , des végétations tou t-à-fait étrangères à la syphilis, et que le diagnostic présentait, dans quelques circonstances, des difficultés.
Les végétations sont tantôt vasculaires, d’autres fois elle ne paraissent jouir que de très-peu de vitalité. Les premières, grénues, rouges, lorsqu’elles fournissent ou suintement séreux , sont susceptibles de donner lieu à un symptôme vénérien ; celles, au contraire, c|ui sont sèches, décolorées, verruqueuses , ne communiquent que très-rarement la syphilis.
Toutes les végétations ont une grande tendanceàse reproduire lorsqu’elles ont étédétiuites.
2® Symptômes sypliililiques primitifs de la peau.
Si la syphilis a moins d’action sur la peau que sur les membranes muqueuses , cela tient sans doute à ce qu’un épiderme épais la garantit contre son impression. Cependant cette enveloppe ne la met pas toujours à l’abri de la contagion : celle-ci est très- facile lorsque la peau est accidentellement privée de son épiderme.
Les symptômes primitifs vénériens se manifestent sur les tégnmens des organes génitaux, comme sur la membrane muqueuse, sous la forme
de plilegmasies , 2" d’ulcérations^ et 3" de végétations.
I. Inflammations. = Ephélides^ pustules. — Les éjDliélides, les pustules sèches, certaines rugosités de la peau, qui se dévellopent, après un contact impur, sur les parties génitales ou dans leur voisinage, sont de véritables points phlegmasiques de la peau. Ces symptômes vénériens sont considérés, par la plupart des auteurs, comme des symptômes consécutifs de la syphilis. Cependant, pourquoi n’admel trait - on pas des pustules primitives, puisqu’on observe tous les jours des ulcères primitifs du derme? M. Lagneau en reconnaît de primitives; il assure quelles sont plus communes chez les femmes que chez les hommes, et que la malpropreté favorise surtout leur développement.
Les éphélides et les pustules, qui en sont le deuxième degré, se déclarent d’abord sur le scrotum, au périné, près de la vulve, à Pinîén’eur des cuisses, et se propagent quelquefois au front, sur les tempes, le cuir chevelu, la poitrine, le cou, les épaules, etc. Elles restent souvent stationnaires dans le lieu où elles se sont d’abord manifestées; quelquefois elles disparaissent pour se reproduire ailleurs. Elles sont piales, semblables aux éphélides herpétiques, séparées et distinctes, plus ou moins étendues, d’une couleur variable, mais ordinairement d’un jaune cuivreux , et ne causent aucune douleur.
Les pustules offrent une partie de ces caractères; elles sont plus saillantes, quelquefois rugueuses, et fournissent une exsudation épaisse, exhalant une odeur particulière. Cette affection est toujours plus ou moins rebelle.
IL Ulcérations. — Ulcères de la peau. — Les ulcères primitifs delà peau occupent les mêmes parties que les pustules auxquelles ils succèdent souvent. Ils n’offrent rien de particulier, et ne font pas éprouver pour leur guérison , comme on l’a cru mal-à-propos, plus de difficultés que les ulcères des membranes muqueuses.
III. Végétations. = V égétations. — Les végétations des tégumens qui recouvrent les organes génitaux sont rarement primitives, et présentent les mêmes caractères et les mêmes indica-
lions curatives que celles que l’on observe sur les membranes muqueuses. «