BUREAU DE SANTÉ DE
Le bureau de santé qui fut nommé en 1885 par la corpotion de Québec prit sur lui d'imposer aux médecins vaccinatéurs un vaccin étranger, de source animale, entravant ainsi la vaccination humanisée, qui se faisait auparavant dans cette ville.
Sans blâmer le bureau de cet acte d'autorité, je croïs qu’il auräit été plus rationnel d'appeler tous les vaccinateurs publics d'alors, pour avoir leur avis sur le choix du vaccin à employer.
Leur longue pratique dans cette spécialité les rendait plus aptes à j ju ger que les médecins pris au hasard dans la formetion précipitée du bureau.
Les vaccinateurs furent démis de leurs fonctions sans un mot d'explication ou de reconnaissance pour leurs services passés, et pour la protection extraordinaire dont Québec avait joui contre la variole sous leur. contrôle. Bien plus, à la séance du 22 octobre 1885, un certain membre de ce bureau osa se plaindre de la conduite des vaccinateurs qui passaient de porte en porte ; il menaça de les dénoncer devant le bureau de médecine, prétendant que, par ces démarches, ils cherchaient à enlever les pratiques de leurs confrères.
Pour ma part, je fus extrêmement surpris d’entendre un pareil langage dans un temps où il fallait de l’entente pour éloigner le fléau qui était à nos portes.
Cette voix discordante, venant jeter du froid sur le zèle bien connu des vaccirateurs publics, me fit comprendre toute la grandeur des rivalités médicales.
Etait-ce dans un pareil moment qu’il fallait se disputer sur le droit que la vaccinateur est censé avoir, comme délégué de la corporation, de visiter les maisons, soit par lui-même ou par ses agents ? Ce droit, qu’il existe ou non, a été le meilleur moyen imaginé pour bannir le fléau de la variole.
Ce droit, que le bureau prétend refuser ax vaccinateurs, je l'ai pris de 1878 à 1885, et je m'en glorifie comme ce que j'ai pu faire de mieux pour mx ville natale, et je défie tout confrère de me dénoncer devant le bureau de médecine ou toute société honorable,
La corporation qui nous a nommé vaccinateurs l’a fait d’après une loi existante ; cette loi n’a jamais été mise à exécution, il n’y a jamais eu de bureau de vaccination, ni d’annonces telles que voulues par la loi.
1e Le médecin vaceinateur était alors obligé de remplir cette 0 1 lacune pour que la loi eut son effet. Ceci pouvait se faire de diverses manières, mais j'ai préféré le moyen de recensement par un agent qui passait par les maisons, offrant à qui voudrait la vaccination gratuite. Ensuite, je me rendais dans les fa- LE milles qui désiraient ma visite, sans mn occuper si c'était la A pratique de tel ou tel médecin.
J’ai vacciné ainsi un nombre considérable d'enfants tous les ans, qui ne l’auraient pas été sans cela. ,
Je crois donc avoir rempli un but philanthropique, et le bureau de santé devait plutôt encourager ces efforts pour répandre la vaccination que de les entraver, Je ne crois pas que les chefs de famille aient besoin de la permission de leur médecin de famille pour se conformer à la loi; le vazcinateur ne force pas les portes, au contraire, c’est avec contentement qu’il est reçu, surtout quand il a la réputation de se servir de bon vaccin.
D'ailleurs, les vaccinateurs en ont toujours agi ainsi, et personne jusqu’en 1885 n’a cherché à les blâmer.
Mais il est un fait que j'ai vu avec peine, parce qu’il tend à enlever aux parents le contrôle de la vaccination sur leurs enfants ; c’est la vaccination dans les écoles publiques, en dehors de la connaissance des parents. J’ai connu beaucoup de plaintes à ce sujet, et je les crois fondées. En vaccinant “insi, le vaccinateur me paraît outrepasser ses droits et empiéter sur le domaine de la famille.
Ainsi, que ceux qui ont des plaintes à formuler sur ces diverses manières de vacciner le fassent contre la corporation qui en est responsable, et non contre les vaccinateurs qui remplissent comme ils peuvent les fonctions pour lesquelles ils sent nommés.