‹ Mémoire sur le calcul des probabilités appliqué a la médecine [electronic resource]Chapitre 4 sur 7 · Q CA|.CUL · texte numérisé non relu

Q CA|.CUL

Ire au même traitement ; de là , les insuccès des Iraitemens opposés, et le rejet de tous. Ceci mérite d'être éclairci par un exemple.

Supposez que , dans un de vos groupes de 5oo pneumoniques, il y ait 4oo pneumonies bilieuses de StoU , et seulement i oo pneumonies inflammatoires : vous ordonnez la saignée à tous; les lioo malades s'aggravent, et la saignée est bannie du traitement; car elle n'a servi qu'à la guérispn de i oo malades ; et 4oo morts valent mieux que loo guérisons.

Venons à l'autre groupe.

Vous avez dans celui-ci 4oo pneumonies inflammatoires franches, et loo pneumonies bilieuses. Ici c'est l'émétique qui est prescrit à tout l'hôpital; mais il aggrave l'état de la majorité de vos malades. 11 est condamné sans ressource. Voilà donc la saignée et l'émétique également bannis de la thérapeutique; et cette proscription sera légitime, car les chiffres ont parlé, et l'autorité en est irrécusable.

Et ne nous dites pas que vous auriez d'avance distingué les pneumonies où il fallait saigner, de celles où il fallait faire vomir; car c'est justement pour trouver cette inconnue, que vous expérimentez en aveugle ; aussi me suis-je placé avec vous, tout au début de l'art , et à ce

premier pas de l'empirisme, où toute méthode est indifférente , parce qu'on les cherche lou-r tes. Mais vous avez la prétention de refaire ls^ science ab imis fundamentis; en voilà les conséquences.

Quelle singulière coïncidence , messieurs , et que notre effroi doit s'accroître , quand nous voyons l'histoire réaliser de tout point nos suppositions? car ce rejet absolu de toutes les méthodes a eu lieu , même pour l'emploi des spécifiques , lorsqu'au début de leur découverte, mal appréciés encore, on s'en est servi comme au hasard. Quand, au seizième siècle, Béranger de Carpi eut trouvé dans le mercure un spécifique de la syphilis , il ne faut pas croire que ce moyen guérissait tout le monde. Les immenses richesses qu'au rapport de Fallope il procura à son inventeur, étaient sans doute le fruit de ses nombreuses cures; mais l'expérience ne tarda pas à démontrer que l'administration du mercure était fréquemment suivie d'accidens mortels ; que plus souvent encore elle échouait complètement. Le mercure commença donc à être calomnié. Ulrich de Hutten fut un de ses premiers adversaires. Il dit, dans son livre de l'emploi du gaïac, que , sur cent malades, à peine le mercure en guéris-

sait-il un ; encore éprouvait-il presque toujours des rechutes. Il donne une longue liste des exemples funestes de son emploi.

Au rapport de Gaspard Torella , le cardinal de Segorbe , Alphonse Borgia son frère, et une infinité d'autres malades, périrent misérablement par les effets du mercure.

Yoilà donc le mercure proscrit, et un nouveau remède qui s'élève: c'est le gaïac, qui, après quelques années de vogue , tombera bientôt dans le discrédi|; du premier. Ulrich de Hullen fut le premier à l'employer sur luimême, contre une affection syphilitique qui durait depuis neuf ans , et que le mercure, pris onze fois en frictions, n'avait pu faire disparaître.

Nicolas Poil , médecin de Charles-Quint, rapporte que trois 7?u7/e malades désespérés furent guéris pjesque à la fois par l'usage de la décoction de ^aïac.

Mais voyez Mathiole élever bien des doutes sur l'utilité de ce bois sudorifique, au point qu'une quinzaine d'années après sa découverte, vers 1 53o, il était rejeté de la pratique , de l'avis unanime de toutes les Facultés d'Europe.

A^int alors le tour de la salsepareille, qui

éprouva , comme le mercure et le gaïac , les mêmes vicissitudes.

Pareille chose est arrivée à l'ipécacuanha , si inefficace à sa première apparition , entre les mains de Chirac , et si bien utilisé plus tard par Zimmermann , dans a dysenterie.

Vers le milieu du seizième siècle , un arrêt du parlement interdit l'usage médicinal de l'antimoine; et il fallut un siècle entier pour que , en 1666, un autre arrêt permit aux médecins de s' n servir. Vous savez que Guy-Patin n'aimait pas plus l'antimoine que le cardinal Mazarin , le cardinal Mazarin que les jésuites, et que son Martyrologe de l'émétique , comme il l'appelait, n'était qu'une statistique des cas funestes.

Et pourquoi, messieurs, toutes ces proscriptions des moyens les plus héroïques?

Parce qu'ignorant alors les conditions de leur emploi , de leur indication , on les appliquait empiriquementà tous les cas; parce qu'on voulait à chaque maladie un remède, aussi absolu, aussi uniforme que la maladie elle-même; et que, par un empirisme inconsidéré, excusable à certaines époques de l'art, mais impardonnable à d'autres , on se proposait partout la recherche des spécifiques, c'est-à-dire des moyens directs , absolus de guérison , et non

l'étude des circonstances pathologiques de la guérison elle-même.

Or qu'a fait la science depuis ces époques? A travers l'enthousiasme ou la proscription, elle a saisi les indications et les contre-indications de ces moyens héroïques ; et, par Un éclectisme d'instinct, que le temps seul a amené (car rien d'éclectique comme le temps), elle est arrivée à les concevoir parfaitement, à les varier, à n'en négliger aucun, et à les employer tous.

Nous n'avons, grâces à Dieu, à craindre à cette heure, messieurs, ni les arrêts du parlement, ni le sort de Paulmier chassé ignominieusement de la Faculté pour n'avoir 'pas obtempéré à l'arrêt; mais les disputes de Jean Riolan et de Duchesne peuvent se reproduire, et si une idée juste de la nature de notre art et de l'esprit de notre science peut les faire éviter, ce sera, croyez-le bien , autant de gagné pour l'un et pour l'autre.

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