‹ Mémoire sur le choléra [microforme]Chapitre 14 sur 17 · AVIS ET CONSEILS · texte numérisé non relu

AVIS ET CONSEILS

Une des misères qui accompagnent presque tou- Jours les calamités publiques, c’est de donner cours à des rapports, à des rumeurs et à des opinions de toutes sortes. (Cela fait que les timides tremblent d’effroi et que les personnes excitables perdent le sens.

Les hommes à systèmes répandent leurs idées qu'adoptent comme des vérités absolues les hommes

crédules. La spéculation aussi profite de ces moments

d'alarme et de recherches fiévreuses : longtemps avant l’arrivée du choléra, alors qu'on se demande quoi

faire au cas qu’il arrive, on annonce des spécifiques

et des formules de remèdes : des médecines, brévetées ou non brévetées, qu’on offrait ci-devant pour la guérison de la fièvre, de la débilité, de l’inflammation, de la gangrène, de la diabète et de la suppression des urines, de la constipation et de la diarrhée, etc., etc., voient ajouter au long catalogue de leurs incroyables vertus celle de guérir le choléra. C’est ainsi que, de mille manières, le charlatanisme et la convoitise tendent leurs piéges à la peur et à la crédulité. Il n’est pas besoin d’insister sur les dangers que l’on court à prêter l'oreille à toutes ces histoires, à tous ces rapports, à toutes ces prédictions et à toutes ces promesses. Il serait pourtant du devoir de la presse

. de ne pas donner cours à ces systèmes, à ces recettes et

À ces rumeurs, qui dévoient, alarment ou exaspèrent les lecteurs trop confiants dans ce qui s’imprime.

Les lois du pays ont confié à certains corps publics le soin de veiller à la sureté commune et de recueillir les renseignements qu’il peut être utile de donner, le plus sage donc est d’accomplir fidèlement et de bon cœur les ordonnances qu’ils promulgent et de n’accepter d'informations que d'eux.

Si la maladie se déclare au sein des familles, il est une classe d'hommes qui ont fait, de l’étude de l'organisme humain et du traitement des maladies, l'étude de leur vie; leur devoir, leur réputation, leur intérêt, leur tranquillité s’accordent à leur prescrire de tenter tout ce que la science humaine peut suggérer de moyens pour vous sauver: il est vrai que souvent leurs efforts sont impuissants ; r' is eux seuls connaissent ce qu'il faut faire ou ne pas faire, tandis que l'intervention de personnes sans science, sans miission comme sans responsabilité est accompagnée de toutes sortes depérils.

Il convient de donner ici quelques conseils, à propos du soin des malades en temps de choléra, parceque de lâches et indignes frayeurs peuvent faire oublier ce qu’on doit à son prochain, quand, d'autre part, un dévouement indiscret peut être la cause de dangers inutiles. Une simple maxime, offerte d'avance à la réflexion des esprits droits, peut produire une somme considérable de bien, la voici :

Qui que ce soit que vous rencontriez en proie à la maladie, quelque soit votre position äans la société, vous devez à ce frère secours et conseils : #1l n’a pas encore eu l'assistance d’un médecin, procurez la lui: #1l a besoin de quelque chose qu’il soit en votre pouvoir de lui donner, donnez la lui; s’il est délaissé, administrez lui ou faites lui administrer les soins que demande sa situation. Mais si, au contraire,

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celui que vous savez malade n’a besoin de rien, sil est entouré des secours nécessaires, alors n'allez pas auprès de lui à moins que ce ne soit un parent ou un ami intime : car les réunions inutiles autour du lit d’un malade sont mauvaises pour le malade, mauvaises pour les assistants et nuisent au service de ceux qui sont appelés à donner leurs soins au patient.

En devoir et en honneur on est tenu d'affronter tous les dangers quand on est appelé à ce faire pour un objet légitime, en devoir on est tenu d'éviter le moindre danger qui n’aurait pas sa raison d’être. Ki l’on excepte l’encombrement dont on vient de parler, il n’y à pas à soigner les dr naras le danger que certaines gens imaginent, et », Pourvu qu'on S "entoure des précautions signalées ici, il n’y a guère plus de périls à courir auprès du lit d’un malade que dans l’acte de parcourir les rues d’une ville sous l’influence immédiate de l’épidémie. La plupart des médecins du pays, nos sœurs de charité, nos gardes malades des hôpitaux ont traversé plusieurs épidémies du choléra sans en avoir sérieusement souffert, malgré qu'ils aient, pendant des mois, vécu presque jour et nuit avec les

malades : tout leur secret a consisté à ne pas se tourmenter de frayeurs ridicules, à à conserver leur calme et leur sang-froid, à à suivre les règles de la prudence et de la propreté.

Il ne faut pas oublier, à propos de la garde et du secours des malades, qr’il est nécessaire de désinfecter et de laver avec un soin particulier les effets d’habillement et de literie qui ont été souillés par les déjections des malades ; il vaudrait mieux peut-être brûler ou enterrer les objets de ce genre qui se trouveraient n'avoir presque point de valeur. Les déjections des cholériques devraient être reçues dans des vases contenant quelque substance désinfectante, et on ne doit pas déposer ces matières dans les égouts com-

imuns ou les latrines et puisards, mais les enfouir dans la terre.

En temps de choléra les cimetières doivent être l'objet d’une surveillance spéciale, et il vaut mieux ne pas : assister en grand nombre aux funérailles. Il faut encore éviter les inhumations précipitées et les inhumations tardives et savoir, en matière de cette importance, se garder des dangers que peuvent présenter les unes et les autres. Il est souvent nécessaire d’ appeler un médecin afin d'obtenir une constatation régulière et certaine et de ne pas “exposer aux terribles conséquences de méprises fatales. Moyennant certaines précautions, il n'y aurait pas de danger à accorder, aux fanilles qui en veulent faire les frais, la jouissance des usages ordinaires adoptés pour les sépultures et la consolation des cérémonies religieuses.

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