APPAREIL DIGESTIF
Follicules de la base ordinairement tuméfiés.
Ceux du pharynx, de l’œsophage ont paru plus saillants, mais ils n’ont pas été examinés sur tous les cadavres : la partie
(1) Chez quelques-uns, la rigidité était encore assez manifeste.
inférieure (le ce dernier conduit en présentait un plus grand nombre que le reste de son étendue. La couleur de l’oesophage était variable , quelquefois rosée , rarement d’un rouge vif uniforme ; quart inférieuîlp lus coloré .
Luisant, un peu adhérent aux doigts, assez souvent sec, parcheminé en avant, contenant très rarement une faible quantité de sérosité : dans le tiers des cas , injection générale du péritoine, due surtout à des arborisations veineuses , occupant le tissu cellulaire sous -épithélial.
Fréquemment on y trouvait des aliments ( haricots , fèves sèches), lorsque la mort avait été rapide et que les vomissements n’avaient point tout expulsé. Ces matières alimentaires étaient tantôt à l’état d’isolement , tantôt mélangées au liquide cholérique, qui aurait mérité quelquefois un autre nom sous le rapport de son épaisseur : il ressemblait plutôt alors à une bouillie grisâtre. (!)
Afin d’éviter de tomber dans de graves erreurs , il faut se rappeler les différences qui existent sous ce rapport à l’état normal , entre la partie pylorique et la partie œsophagienne de l’estomac ; il faut tenir compte de l’espèce de macération que subit la muqueuse au milieu des liquides qui la baignent, pendant le temps qui s’écoule entre l’instant de la mort et la nécropsie.
Nous avons vérifié , en présence de plusieurs collègues , sur un supplicié et sur deux hommes subitement asphyxiés par l’entrée de matières alimentaires dans le larynx , la trachée et les bronches , les caractères différentiels assignés aux deux portions ci-dessus mentionnées, caractères fort bien décrits d’ailleurs dans l’anatomie de M. Cruveilhier; nous les rappelons succinctement.
(1) Je n’ai jamais rencontré de sang dans l’estomac. M. Valleix a noté, sur un sujet, la présence, dans ce viscère, d’une petite quantité de sang pur liquide , qui. 11e parait être autre chose, d’après ce savant praticien, que l’exagération de l’état dans lequel on trouve le liquide rouge et lie de vin : seulement alors, le sang exhalé serait mêlé a une plus ou moins grande quantité d’une autre matière,
( Ouv. cité. — p. 264.)
Couleur.
Péritoine.
Estomac.
Matières alimentaires.
Haricots, lèves sèclies, etc.
Liquide
cholérique.
Muqueuse
gastrique.
Degré
de consistance ou de
ramollissement.
État normal pi is
pour point de départ.
Nous ne croyons pas nécessaire, en effet, d’insister sur une vérité universellement reconnue : TJ anatomie pathologique ne saurait être bien faite , si l'on ne prend pour point de départ T anatomie normale.
« La muqueuse de la partie œsophagienne se déchire avec » la plus grande facilité , tandis que celle de la portion
» pylorique est d’un tissu tellement serré que le dos et même
» le tranchant du scalpel peuvent être promenés avec assez
» de force sur elle sans l’entamer. Pour peu qu’il y ait de
» liquide et même d’aliments dans l’estomac au moment de » la mort , la muqueuse de la partie œsophagienne, macérée ,
» s’en va en bouillie. . .
» la pulpe du doigt , promenée à la surface , la détruit, etc. »
Couleur» Est-il bien étonnant , après cela , qu’on observe chez les
diverses
delà muqueuse cholériques, un ramollissement plus ou moins prononcé de la muqueuse du grand cul-de-sac , ainsi que des colorations diverses , suivant les matières que contient l’organe , leur séjour plus ou moins prolongé , suivant les effets de l’imbibition , de la stase sanguine dans les parties déclives du viscère (1), etc.?
C’est ainsi que nous avons observé les couleurs les plus variées du grand cul-de-sac : brune, rougeâtre, ardoisée, gris-noirâtre, d’un vert très foncé , le plus souvent sous forme de larges plaques , etc. Six fois , l’estomac, le duodénum surtout et la partie supérieure de l’iléon, ont offert une teinte d’un vert noirâtre très remarquable , imprégnant la muqueuse, faisant corps avec elle et répandue uniformément ou par plaques. Cette espèce de couche était plus épaisse et plus foncée encore , dans l’intervalle des valvules conniventes de l’intestin, que partout ailleurs. Quatre de ces hommes avaient eu des vomissements de couleur analogue. J’ai rarement observé (sept fois) la psorentérie, dite gastrique (il me semble qu’en 1 852 elle se montrait plus souvent) : quatre fois sur les sept, elle était en même temps cardiaque et pylorique , ou en d’autres termes occupait les orifices de ce nom ; trois fois , pylorique , seulement.
(1) Des réflexions analogues ne sont-elles pas applicables à d’autres organes qui appartiennent au tube digestif et offrent réunies la plupart de ces conditions?
On y trouvait une quantité variable (1e ce qu’on appelle liquide cholérique, d’un blanc grisâtre ou jaunâtre , caillebotté ou grumeleux, etc.
Sa consistance nous a paru plus grande que celle des matières rendues pendant la vie.
J’ai rencontré quelquefois la matière plus ou moins rougeâtre, ou couleur lie de vin, dans laquelle M. Donné dit avoir reconnu , à l’aide du microscope, des globules sanguins.
Je m’abstiens de parler: 1° de la couche comme crémeuse, blanchâtre, recouvrant la muqueuse dans une étendue variable; 2° des ascarides lombricoïdes ; 3° des débris de matières alimentaires , haricots , fèves , etc.
J’ai noté trois formes principales :
1° La teinte hortensia (dans presque la moitié des cas; — le jéjunum et l’iléon l’ont offerte plus fréquemment que le reste du tube digestif : Voir à la lin, le Tableau N° 1.);
2° Une injection vasculaire très manifeste , se traduisant par des arborisations multipliées , et devenant graduellement d’une admirable finesse;
5° De larges plaques , comme ecchymotiques , d’une couleur brune , livide , ou d’un rouge plus ou moins foncé , qu’on aurait pu prendre , au premier abord , pour le résultat d’une violente inflammation , mais qui étaient dues surtout à la stase sanguine. C’était plus spécialement dans les anses les plus déclives de l’intestin grêle, et dans le gros intestin, qu’on remarquait cette coloration.
J’ai vu quelquefois aussi , dans le duodénum , le piqueté noirâtre, mélanique des villosités, ou le piqueté rouge brun, signalé par M. Michel Lévy , le Ier figurant pour le nombre 6, le 2e pour le nombre 8, sur 38 cas algides qui constituent le tableau des nécropsies présenté par ce professeur. J’ai rencontré cette altération anatomique dans une proportion relative un peu moindre.
J’ai observé, dans trois cas, félat macéré dont parle le même auteur ; une fois, au duodénum et à la moitié supérieure du jéjunum , deux fois, dans toute l’étendue de cette dernière portion : c’est une teinte feuille morte ou papier gris.
Intestin grêle matières contenues.
Matière lie de vin.
Couleurs de l’intestin grêle.
-Psoreiitéiie.
Plaques
de
Peïer.
Gros intestin.
Pancréas.
Foie.
Elle existait dans un grand nombre de cas , surtout à la fin de l’iléon , assez souvent aussi à la partie supérieure du duodénum et même au commencement du jéjunum. J’ai observé la psorentérie générale (I) , plus rarement que M. Lévy , puisque le développement des follicules de l’intestin grêle est représenté par le chiffre 20 sur 58 cas algides , tandis que je l’ai notée une dixaine de fois sur soixante-douze ; mais j’ai remarqué , comme ce médecin , que les follicules du duodénum et du tiers supérieur du jéjunum , les premiers surtout, étaient plus gros et plus saillants qu’ailleurs (2).
Les plaques de Peyer étaient ordinairement plus visibles et plus saillantes qu’à l’état normal , mais sans injection , sans altération réellement pathologique.
Pour éviter de fastidieuses répétitions , je renvoie aux lésions anatomiques de l’ intestin grêle, lesquelles ont présenté une certaine analogie sous le rapport des arborisations , des teintes diverses , etc.
J’ai noté quatre ou cinq fois la psorentérie (à orifices noirâtres) que M. Lévy a signalée.
Kien de remarquable.
Nous indiquons plus loin les différences que présentaient le foie et la rate, au point de vue de l’anatomie pathologique. Dans le plus grand nombre des nécropsies , le foie était congestionné , renfermait une quantité notable de sang poisseux , s’écoulant ou ruisselant de plusieurs points du tissu de l’organe, lorsqu’on le coupait par tranches à l’aide du scalpel : la congestion augmentait à la partie postérieure.
M. Michel Lévy a trouvé le foie congestionné d’une manière notable, vingt-cinq fois sur 58 cas algides; ramolli dans toute son étendue , quatre fois , etc. Nous avons bien rarement constaté de ramollissement manifeste , surtout général :
(1) Il est utile de jeter un coup d’œil sur le tableau n° 1, concernant les soixante-douze autopsies que j’ai faites.
(2) Voir, à la fin du Mémoire , la note concernant la psorentérie et précédant le tableau n° 1.
sur trois ou quatre sujets, il existait un piqueté rouge brun ecchymotique , surtout en arrière et à droite. Je n’ai jamais rencontré les globules apoplectiques, décrits par M. Lévy.
Je puis dire avoir trouvé constamment une quantité très notable de bile , dans la vésicule qui était le plus ordinairement pleine, sinon distendue. (I)
La bile comparée à la bile normale (2) m’a semblé d’un vert plus foncé , presque noirâtre (vue en masse) et peut-être plus épaisse.
D’après M. Michel Lévy , la rate était notablement augmentée de volume ( vingt-quatre fois ) , dix-sept fois un peu ramollie en même temps ; six fois elle était parsemée d’un tacheté ecchymotique rouge-brun ; trois fois enfin, elle offrait des noyaux apoplectiques. J’ai cité ces chiffres , parce que nos observations s’accordent mieux avec celles de MM. Laugier , Rocuoux , Delarroque , etc. ; c’est-q-dire que la rate était flétrie , ridée , comme exsangue , surtout si on la comparait au foie : si on la coupait par tranches , à l’aide du scalpel , on ne voyait pas le sang ruisseler de son tissu, comme de celui de l’organe que nous avons choisi pour terme de comparaison ; enfin , elle paraissait généralement rapetissée. C’est à dessein que je m’exprime , à ce dernier égard, d’une manière dubitative. Suivant nous, il faudrait, pour procéder logiquement et affirmer qu’il y a eu diminution ou augmentation du volume de la rate , percuter l’hypochondre gauche, avant l’invasion du choléra : or, c’est ce qu’il m’a été impossible de faire, vu que cette invasion avait déjà eu lieu , lors de notre premier examen. Je me dispense de donner ici le terme moyen des dimensions assignées à la rate
(1) Si mes observations sur l’état du foie diffèrent un peu de celles
de MM. Briquet et Mignot , nous sommes parfaitement d’accord à l’égard de la vésicule : « a la coupe du foie , on ne voyait ruisseler qu’une très minime quantité de sang, . la vésicule était ordinaire¬
ment distendue par une grande quantité de bile , et cependant les conduits excréteurs de la bile étaient toujours libres. » Ouvr. cité, p. 409 et 410.
(2) Gazette Médicale, 4851, p. 435, expériences sur des suppliciés , par MM. M'»r Duvau , Hochard et Petit.
Raie.
Comparaison
avec
les lésions anatomicopathologiques dans la
fièvre typhoïde
Épidémie de typhus au Bagne , en 18/(9.
Péricarde.
Ecchymoses
sous-séreuses.
par M. Piorry , tout en reconnaissant hautement les avantages de la plessimétrie. Je me borne à dire que nous avons rencontré chez les condamnés dont nous faisions les nécropsies , des rates de volume variable , ce qui tenait , pour quelques-uns du moins , à des causes» qu’il serait trop long d’énumérer dans ce Mémoire.
Si c’était ici le lieu , il y aurait une curieuse comparaison à établir entre l’état de la rate, dans le choléra, et à la suite de la fièvre typhoïde ; entre les altérations anatomiques des plaques de Peyer , des ganglions mésentériques , si rares dans la première de ces affections , si fréquentes dans la seconde où l’on observe en outre la turgescence; la friabilité du tissu de la rate; le gonflement , le ramollissement et même la suppuration des ganglions mésentériques ; la tuméfaction , l’ulcération des follicules agminés , etc. , etc. Cependant , j’ai eu récemment occasion de constater, une dixaine de fois au moins , V absence complète de lésion , appréciable à la vue, des follicules isolés ou agminés , pendant une épidémie de Typhus , ( ou, si l’on veut, de fièvres typhoïdes,) qui a régné, au Bagne, en 1849 (Mars, Avril, Mai, Juin, Juillet et Août). Sur 102 hommes gravement atteints, 51 ont succombé , plusieurs au 7e , 8e , 9e et 10e jour de la maladie. Mon attention, ( ainsi que celle des officiers de santé de l’hôpital ) fut vivement excitée par ces circonstances peu ordinaires, et je puis affirmer que le tube intestinal a été examiné par moi avec le plus grand soin. (1 )